Évolution du marché : Pantalons et shorts (CN 620463) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) pour le code nomenclature combinée (CN) 620463, qui couvre les pantalons, knickers, salopettes à bretelles, culottes et shorts en fibres synthétiques pour femmes ou fillettes (hors bonneterie et vêtements de bain). Sur la période 2015-2025, le marché européen de ce produit a connu des transformations majeures, marquées par une désindustrialisation accélérée et une dépendance accrue vis-à-vis des importations. Les données révèlent une dynamique où la demande intérieure est de plus en plus satisfaite par des fournisseurs extérieurs, tandis que la production au sein de l'UE s'effondre. Ce constat s'accompagne d'une évolution géographique des flux commerciaux et de l'apparition de vulnérabilités structurelles.
1. Une dépendance importatrice croissante face à l'effondrement de la production locale
L'analyse des données sur la décennie révèle une tendance structurelle lourde : la substitution de la production locale par des importations massives, creusant un déficit commercial considérable.
L'envolée des importations en quantité et en valeur
Les importations hors-UE de produits CN 620463 ont connu une hausse spectaculaire entre 2015 et 2025. En valeur, elles sont passées de 850,6 millions d'euros à 1 636,3 millions d'euros, soit une progression de 92,4%. Cette dynamique est encore plus marquée en volume, avec une augmentation de 98,9% (de 37 293 à 74 184 tonnes). Cette croissance supérieure des quantités par rapport aux valeurs traduit un léger fléchissement des prix moyens à l'importation (-3,3% sur la période). Le sous-produit dominant, les pantalons ordinaires (CN 62046318), représente plus de 74% de la valeur des importations en 2025, avec une hausse de 108% sur la période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 850,6 | 1 636,3 | +92,4 |
| Quantité des importations (tonnes) | 37 293 | 74 184 | +98,9 |
| Prix moyen à l'importation (€/t) | 22 807 | 22 049 | -3,3 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
L'effondrement de la production de l'UE
Parallèlement à cette importation croissante, la production de l'UE dans ce segment s'est effondrée. La production mesurée en pièces a chuté de 150,8 millions en 2015 à seulement 35,8 millions en 2025, un recul de 76,2%. La valeur de cette production a également baissé de 69,5%, passant de 1,31 milliard à 399,4 millions d'euros. Cette chute vertigineuse illustre le transfert quasi-complet de la production vers des pays à moindre coût de main-d'œuvre.
Source : Volumes de production
Un déficit commercial qui se creuse inexorablement
La combinaison d'importations en forte hausse et d'une production nationale en chute libre a mécaniquement conduit à l'élargissement du déficit commercial de l'UE. Il est passé de -586,7 millions d'euros en 2015 à -1 200,8 millions d'euros en 2025. La dépendance nette aux importations a bondi de 6,7% à 78,5%, indiquant qu'une part croissante de la consommation intérieure est désormais assurée par des sources extérieures.
2. Géographie du commerce : entre concentration et diversification des partenaires
Les flux commerciaux de l'UE pour ce produit se sont redessinés, avec une concentration géographique différente selon le sens du flux (importations ou exportations).
Les principaux fournisseurs : montée en puissance de l'Asie du Sud-Est et de la Turquie
En 2025, la Chine demeure le premier fournisseur de l'UE, avec des importations valorisées à 427,8 millions d'euros (+49% vs 2015). Cependant, la croissance la plus dynamique provient d'autres pays asiatiques. Les importations en provenance du Bangladesh ont été multipliées par près de 3 (189% d'augmentation), et celles en provenance du Cambodge par plus de 6 (515%). La Turquie a également fortement accru ses parts (+161%), consolidant son rôle de fournisseur de proximité.
| Pays fournisseur | Valeur importations 2015 (M€) | Valeur importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 287,1 | 427,8 | +49,0 |
| Bangladesh | 69,7 | 201,4 | +189,0 |
| Turquie | 76,4 | 199,3 | +160,7 |
| Vietnam | 105,2 | 187,2 | +78,0 |
| Cambodge | 29,1 | 179,0 | +514,6 |
Source : Principaux partenaires par valeur
Les exportations de l'UE : une concentration sur la Suisse et le Royaume-Uni
Les exportations de l'UE, bien que de plus faible volume, se concentrent sur des marchés de proximité ou à forte valeur ajoutée. La Suisse est devenue la première destination, avec des exportations multipliées par 3,2 (221% d'augmentation), atteignant 145,8 millions d'euros. Le Royaume-Uni reste un partenaire historique malgré une légère baisse (-14,8%). L'Allemagne a fortement augmenté ses exportations (+104%), tandis que des destinations comme la Turquie (+389%) ou les États-Unis (+134%) ont connu une forte croissance.
| Pays destination | Valeur exportations 2015 (M€) | Valeur exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Suisse | 45,5 | 145,8 | +220,7 |
| Royaume-Uni | 75,5 | 64,4 | -14,8 |
| Turquie | 8,4 | 41,2 | +389,1 |
| États-Unis | 12,5 | 29,2 | +133,6 |
Source : Principaux partenaires par valeur
Évolution de la concentration mesurée par l'indice HHI
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) mesure la concentration des flux. Pour les importations, l'HHI (en valeur) a diminué de 1 579 à 1 339, indiquant une légère diversification des fournisseurs. À l'inverse, l'HHI pour les exportations a augmenté de 1 299 à 1 556, suggérant une concentration plus forte sur un nombre restreint de destinations, principalement la Suisse et le Royaume-Uni.
Source : Indice de concentration HHI
3. Dynamiques de prix, vulnérabilité et chocs de marché
L'analyse plus fine des prix et des indicateurs de risque révèle des tensions et une exposition accrue de l'UE à des chocs potentiels.
Tensions sur les prix à l'importation
Si le prix moyen à l'importation a légèrement reculé (-3,3%), il cache des disparités selon les sous-produits et les partenaires. Le prix moyen des pantalons de travail (CN 62046311) a augmenté de 13,4%. Plus frappant, le prix des salopettes de travail (CN 62046331) a connu une volatilité extrême, avec un écart type élevé. Les données sur la volatilité confirment que certains partenaires, comme le Cambod (coefficient de variation de 67%) ou le Myanmar (56%), présentent des flux très instables.
Indicateurs de vulnérabilité : net import reliance et trade intensity
Plusieurs indicateurs confirment l'exposition croissante de l'UE. L'indicateur de dépendance nette aux importations a bondi de 6,7% à 78,5%. L'intensité commerciale (ratio du commerce extérieur sur la production) a explosé, passant de 14,4% à 114%, ce qui signifie que les échanges hors-UE représentent désormais plus que la production intérieure. La propension à exporter a également été multipliée par 43, un effet en partie lié à la baisse de la production et à l'importance croissante des exportations de biens déjà importés (réexportation).
Chocs de prix détectés sur les exportations
L'analyse statistique a détecté des chocs de prix significatifs sur les exportations de l'UE en 2023, notamment vers le Canada (+121,8%), le Japon (+178,3%) et les États-Unis (+120,7%). Ces hausses de prix soudaines, sans variation équivalente des quantités, pourraient refléter des changements de mix-produits vers des articles à plus forte valeur ajoutée, ou des tensions sur les coûts de production et de transport.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des pantalons et shorts en fibres synthétiques (CN 620463) a subi une transformation profonde. La tendance dominante est celle d'une désindustrialisation achevée : l'effondrement de la production de l'UE (-76% en volume) a été compensé par un quasi-doublement des importations (+99% en quantité), faisant passer la dépendance nette aux importations de 7% à près de 79%. Cette nouvelle donne commerciale se caractérise par une géographie redessinée, avec une montée en puissance des fournisseurs d'Asie du Sud-Est (Bangladesh, Cambodge) et de Turquie, et une concentration accrue des exportations de l'UE sur la Suisse et le Royaume-Uni. La structure du marché révèle désormais une vulnérabilité structurelle de l'UE, marquée par une forte intensité commerciale et une exposition à la volatilité des prix des fournisseurs. Les chocs de prix détectés sur les exportations en 2023 soulignent également les défis auxquels les entreprises européennes du secteur sont confrontées. En résumé, la décennie a consacré l'UE comme un bloc purement importateur et consommateur pour ce segment de vêtement.