Évolution du marché : Pantalons coton femme (CN 620462) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 620462 couvre les pantalons, knickers, salopettes à bretelles, culottes et shorts en coton pour femmes ou fillettes, hors bonneterie et articles de bain. Ce produit représente un segment significatif du commerce textile de l'Union européenne, avec des importations s'élevant à environ 4,2 milliards d'euros en 2025 et des exportations autour de 1,1 milliard d'euros. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit a connu des mutations profondes : restructuration des chaînes d'approvisionnement, déclin de la production locale, chocs géopolitiques et pandémiques, ainsi qu'une dépendance croissante aux fournisseurs extra-européens.
Ce rapport s'appuie sur les données de commerce de la Commission européenne pour analyser les dynamiques majeures de ce marché sur une décennie.
1. Une géographie d'approvisionnement en pleine mutation
1.1 Le déclin inexorable de la Chine au profit du Bangladesh et du Pakistan
La transformation la plus marquante du commerce européen de pantalons coton femme réside dans le basculement de l'approvisionnement depuis la Chine vers le sous-continent indien et l'Asie du Sud-Est. En 2015, la Chine était le premier fournisseur de l'UE avec 903 millions d'euros d'importations, talonnée par le Bangladesh à 888 millions d'euros. En 2025, la hiérarchie s'est complètement inversée.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 888 | 1 239 | +39,5 % |
| Chine | 903 | 499 | −44,7 % |
| Turquie | 701 | 720 | +2,6 % |
| Pakistan | 255 | 481 | +89,0 % |
| Cambodge | 165 | 290 | +75,6 % |
| Maroc | 208 | 161 | −22,7 % |
| Tunisie | 215 | 176 | −18,0 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
Le Bangladesh est devenu le fournisseur dominant de l'UE, avec un pic à 1 470 millions d'euros en 2022, représentant à lui seul près de 30 % des importations totales. Cette progression s'explique par des coûts de main-d'œuvre compétitifs, une industrie textile devenue très performante et les accords commerciaux préférentiels dont bénéficie le pays. Le Pakistan a connu une croissance encore plus spectaculaire (+89 %), passant de 255 à 481 millions d'euros, consolidant sa position de quatrième fournisseur. Le Cambodge poursuit également une trajectoire ascendante forte (+75,6 %).
En parallèle, la Chine a vu ses parts fondre, passant de 903 à 499 millions d'euros. Cette érosion reflète la montée des coûts salariaux chinois, la politique de diversification des acheteurs européens visant à réduire leur dépendance à un seul fournisseur, ainsi que les tensions commerciales croissantes entre la Chine et l'Occident.
1.2 Le recul des fournisseurs méditerranéens au profit de l'Asie du Sud
Les partenaires méditerranéens traditionnels de l'UE ont perdu du terrain sur la période. Le Maroc a vu ses exportations vers l'UE reculer de 22,7 % (de 208 à 161 millions d'euros) et la Tunisie de 18,0 % (de 215 à 176 millions d'euros). Ces pays, autrefois positionnés comme ateliers de proximité grâce à leur proximité géographique et aux accords EuroMed, subissent la concurrence des pays asiatiques à moindre coût.
| Année | Maroc (M€) | Tunisie (M€) | Bangladesh (M€) | Pakistan (M€) |
|---|---|---|---|---|
| 2015 | 208 | 215 | 888 | 255 |
| 2018 | 187 | 189 | 1 041 | 310 |
| 2020 | 118 | 154 | 919 | 314 |
| 2022 | 159 | 212 | 1 470 | 461 |
| 2025 | 161 | 176 | 1 239 | 481 |
Source : Principaux partenaires par valeur
On observe toutefois que le Maroc et la Tunisie ont bénéficié d'un léger rebond après le creux de 2020 (pandémie), suggérant que l'atout de la proximité géographique conserve une pertinence, notamment pour les commandes rapides ou les segments à plus forte valeur ajoutée.
1.3 Une concentration des importations relativement stable
Malgré les changements de fournisseurs, l'indice de concentration HHI des importations est resté relativement contenu, passant de 1 517 en 2015 à 1 540 en 2025. Cela signifie que la part perdue par la Chine a été redistribuée entre plusieurs fournisseurs (Bangladesh, Pakistan, Cambodge), évitant une concentration excessive sur un seul pays. Le pic de concentration a été atteint en 2022 (1 834), année où le Bangladesh a temporairement capté une part exceptionnelle des importations européennes, avant un retour à la normale en 2023–2025.
2. Une dépendance structurelle aux importations et un déclin de la production européenne
2.1 Un déficit commercial qui s'aggrave considérablement
L'UE est structurellement déficitaire sur le segment des pantalons coton femme, et ce déficit s'est creusé au fil de la période. En 2015, le solde commercial était de −2 845 millions d'euros ; en 2025, il atteint −3 135 millions d'euros.
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2020 | 2022 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations (M€) | 3 915 | 4 018 | 3 258 | 4 537 | 4 217 |
| Exportations (M€) | 1 070 | 1 169 | 1 024 | 1 294 | 1 082 |
| Solde (M€) | −2 845 | −2 849 | −2 234 | −3 243 | −3 135 |
Source : Échanges commerciaux
Le pic négatif a été atteint en 2022 (−3 243 M€), année d'inflation où les prix des importations ont fortement augmenté. En volume, les importations ont progressé de 21,3 % (de 205 000 à 249 000 tonnes), tandis que les exportations ont reculé de 11,6 % (de 25 400 à 22 400 tonnes).
2.2 L'effondrement de la production européenne
La production intra-UE de pantalons coton femme a connu un déclin dramatique sur la période. En volume, elle est passée de 125 millions de pièces (données 2003) à seulement 37 millions de pièces en 2024, soit une chute de 70 %. En valeur, la production est passée de 1,42 milliard d'euros à 695 millions d'euros (−51 %).
| Année | Production (M pièces) | Valeur (M€) |
|---|---|---|
| 2003 | 125,1 | 1 419 |
| 2010 | 83,8 | 1 172 |
| 2015 | 46,8 | 698 |
| 2020 | 46,9 | 612 |
| 2023 | 39,6 | 729 |
| 2024 | 37,4 | 695 |
Source : Volumes de production
Ce déclin de la production s'accompagne d'une dépendance aux importations qui a bondi de manière spectaculaire. Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 20,7 % en 2003 à 80,9 % en 2024, signifiant que la quasi-totalité de la consommation européenne de pantalons coton femme est désormais satisfaite par des importations.
2.3 Une spécialisation européenne qui se concentre sur quelques pays
La carte de spécialisation révèle que seuls quelques pays de l'UE conservent un avantage comparatif dans la production de pantalons coton femme :
| Pays | RSCA 2025 | Part dans la production UE | Part dans les exports UE |
|---|---|---|---|
| Espagne | 0,543 | 19,6 % | 5,8 % |
| Pologne | 0,398 | 15,4 % | 6,6 % |
| Danemark | 0,254 | 2,9 % | 1,7 % |
| Italie | 0,099 | 9,8 % | 8,0 % |
L'Espagne et la Pologne se démarquent comme les principaux pays producteurs et exportateurs. La Pologne a connu une croissance remarquable de ses exportations (+540 % sur la période, passant de 13 à 85 millions d'euros), tandis que l'Italie maintient une position solide dans les segments à plus haute valeur ajoutée.
À l'inverse, des pays comme l'Allemagne (RSCA de −0,051), les Pays-Bas (−0,022) ou la France (−0,205) ont un avantage comparatif faible ou négatif, malgré des volumes de production importants, ce qui suggère qu'ils se positionnent principalement comme des plates-formes logistiques ou des marchés de consommation.
3. Chocs géopolitiques et volatilité des flux commerciaux
3.1 L'impact du Brexit sur les exportations vers le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, principal marché d'exportation de l'UE pour ce produit, a connu un effondrement de ses importations en provenance de l'UE. Les exportations sont passées de 220 millions d'euros en 2015 à 134 millions en 2025 (−39 %), avec un effondrement en volume de 6 053 à 3 033 tonnes (−50 %).
| Année | Valeur exportée vers UK (M€) | Volume (t) |
|---|---|---|
| 2015 | 220 | 6 053 |
| 2019 | 218 | 7 122 |
| 2020 | 196 | 6 678 |
| 2021 | 160 | 3 235 |
| 2025 | 134 | 3 033 |
Source : Événements de choc
L'analyse des chocs détectés révèle un événement majeur en 2021 : le prix unitaire des exportations vers le Royaume-Uni a bondi de 65 % (anomalie de 22,1 écarts-types), tandis que les volumes ont chuté de 53 %. Ce choc coïncide avec l'entrée en vigueur du Brexit et la mise en place de nouvelles barrières douanières et réglementaires. Le prix est resté durablement élevé (environ 50 000 €/tonne contre 30 000 €/tonne avant le Brexit), suggérant un ajustement structurel du commerce bilateral.
3.2 La guerre en Ukraine et l'effondrement des échanges avec la Russie
La Russie était le deuxième marché d'exportation de l'UE en 2015 avec 109 millions d'euros. Les exportations avaient progressé régulièrement jusqu'à atteindre 146 millions d'euros en 2019. Depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022 et les sanctions qui ont suivi, les exportations se sont effondrées à 57 millions d'euros en 2025 (−47 % par rapport à 2015, −61 % par rapport au pic de 2019).
3.3 Le choc inflationniste de 2022 sur les prix des importations
L'année 2022 a été marquée par un choc de prix sur les importations en provenance des principaux fournisseurs. Les analyse de volatilité détectent des événements significatifs :
| Partenaire | Choc détecté | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 2022 | +19,6 % | 35,8 % |
| Pakistan | 2022 | +16,5 % | 11,9 % |
| Cambodge | 2022 | +9,8 % | 7,8 % |
Ces hausses de prix reflètent la conjonction de plusieurs facteurs : la hausse des coûts de l'énergie et du transport dans le sillage de la guerre en Ukraine, l'inflation des matières premières (coton), et les perturbations persistantes des chaînes d'approvisionnement post-Covid. L'impact a été particulièrement sensible pour le Bangladesh (35,8 % de la valeur des importations) et le Pakistan (11,9 %).
3.4 Des marchés d'exportation en restructuration
Les exportations de l'UE vers les marchés non européens montrent des dynamiques contrastées. Les marchés traditionnels reculent :
| Marché | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 220 | 134 | −39 % |
| Russie | 109 | 57 | −47 % |
| Mexique | 33 | 9 | −71 % |
En revanche, certains marchés progressent fortement :
| Marché | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 55 | 101 | +83 % |
| Turquie | 41 | 104 | +154 % |
| Suisse | 149 | 189 | +27 % |
Source : Principaux partenaires à l'exportation
La progression vers la Turquie (+154 %) est particulièrement notable et peut s'expliquer par des réexportations ou des fournitures à l'industrie textile turque. La Suisse reste un marché stable et lucratif, avec des prix unitaires parmi les plus élevés. Les États-Unis ont doublé leurs importations depuis l'UE entre 2015 et 2022, avant un recul partiel en 2023.
Enfin, l'Ukraine est devenue un marché en forte croissance pour les exportations européennes, passant de 11 millions d'euros en 2015 à 55 millions en 2025, probablement en lien avec la reconfiguration des flux commerciaux induite par le conflit.
Conclusion
Le marché européen des pantalons coton femme (CN 620462) a profondément évolué entre 2015 et 2025, sous l'effet de tendances structurelles et de chocs conjoncturels. Trois grandes dynamiques se dégagent :
-
La reconfiguration géographique de l'approvisionnement : le Bangladesh s'est imposé comme le fournisseur dominant de l'UE, dépassant la Chine dont les parts ont fondu. Le Pakistan et le Cambodge ont également gagné des parts de marché significatives, tandis que les fournisseurs méditerranéens (Maroc, Tunisie) ont perdu du terrain.
-
L'accélération de la dépendance aux importations : avec un taux de dépendance nette de 81 % et une production européenne en chute libre (−70 % en volume depuis 2003), l'UE est désormais quasi-totalement tributaire de l'extérieur pour satisfaire sa demande. Le déficit commercial dépasse les 3 milliards d'euros.
-
L'impact des chocs géopolitiques : le Brexit a durablement réduit les exportations vers le Royaume-Uni, les sanctions contre la Russie ont fermé un marché important, et l'inflation de 2022 a entraîné des hausses de prix significatives sur les importations. Ces événements ont accéléré la restructuration des flux commerciaux et poussé l'UE à diversifier ses partenaires.
À l'horizon, la concentration de l'approvisionnement sur le Bangladesh (30 % des importations) et la volatilité géopolitique constituent des facteurs de vulnérabilité pour le marché européen, tandis que les initiatives de reshoring et les exigences environnementales croissantes (taxe carbone aux frontières) pourraient redessiner les équilibres du secteur dans les années à venir.