Évolution du marché : Pantalons en coton pour femmes et fillettes (CN 62046239) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 62046239 couvre les pantalons, knickers, pantalons similaires et culottes en coton pour femmes ou fillettes, à l'exclusion du denim, du velours/peluches, du bonneterie et des vêtements de travail. Ce segment représente un pan significatif du marché européen du vêtement, l'Union européenne étant structurellement déficitaire en raison d'une forte dépendance aux importations en provenance d'Asie et du bassin méditerranéen.
La période 2015–2025 est marquée par une série de chocs exogènes — pandémie de Covid-19 (2020–2021), tensions géopolitiques (guerre en Ukraine, sanctions contre la Russie), perturbations des chaînes d'approvisionnement et inflation des coûts de transport — qui ont profondément reconfiguré les flux commerciaux de ce produit. L'analyse qui suit s'appuie sur les données du tableau de bord Trade Dashboard et identifie trois dynamiques majeures : une contraction globale des volumes, une restructuration géographique des approvisionnements, et une vulnérabilité croissante de l'Union européenne face aux chocs d'offre.
1. Une contraction généralisée des volumes échangés et de la production intra-européenne
Le recul des importations et des exportations de l'UE sur toute la période
Sur la période 2015–2025, les importations intra-extra de l'UE pour le code 62046239 ont diminué de 26,4 % en valeur, passant de 1,73 milliard d'euros à 1,27 milliard d'euros. En volume physique, la baisse atteint 17,3 % (de 91 469 à 75 657 tonnes), tandis que le nombre de pièces importées a reculé de 28,6 % (de 246 millions à 176 millions). Les exportations extra-européennes ont connu une contraction encore plus marquée : -22,1 % en valeur (de 443 M€ à 345 M€) et -27,5 % en volume (de 9 736 à 7 061 tonnes), avec un effondrement de 38,6 % du nombre de pièces exportées (de 26,6 millions à 16,3 millions).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 1 732 | 1 274 | -26,4 % |
| Importations (volume, t) | 91 469 | 75 657 | -17,3 % |
| Importations (pièces, M) | 246 | 176 | -28,6 % |
| Exportations (valeur, M€) | 443 | 345 | -22,1 % |
| Exportations (volume, t) | 9 736 | 7 061 | -27,5 % |
| Exportations (pièces, M) | 26,6 | 16,3 | -38,6 % |
Sources : Vue d'ensemble des échanges
Une production intra-européenne en déclin accéléré
Le volume de production de l'UE pour ce produit a subi une contraction particulièrement brutale. Le nombre de pièces produites est passé de 72,9 millions à 23,5 millions sur la période, soit une chute de 67,8 %. En valeur, la production est tombée de 811 M€ à 405 M€ (-50,1 %). Cette érosion reflète à la fois la délocalisation continue de la confection vers des pays à moindre coût de main-d'œuvre, la pression concurrentielle exercée par les importations asiatiques, et les restructurations industrielles accélérées par la pandémie de Covid-19.
Des prix à la pièce qui divergent entre importations et exportations
Un phénomène notable est la divergence des trajectoires de prix. Le prix moyen à la tonne des importations a reculé de 11,1 % (de 18 937 €/t à 16 840 €/t), tandis que le prix à la tonne des exportations a augmenté de 7,4 % (de 45 493 €/t à 48 845 €/t). En prix par pièce, l'écart se creuse encore davantage : le prix moyen d'exportation passe de 16,65 € à 21,12 € (+26,8 %), alors que le prix d'importation ne progresse que de 3,1 % (de 7,03 € à 7,24 €). Cette divergence suggère que l'UE se spécialise progressivement dans des segments à plus haute valeur ajoutée pour ses exportations, tout en important des produits de gamme inférieure à des coûts maîtrisés.
2. Une restructuration géographique profonde des approvisionnements
Bangladesh, principal bénéficiaire de la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement
Parmi les principaux partenaires d'importation, le Bangladesh se distingue comme le seul partenaire majeur à avoir accru ses parts sur la période. Ses exportations vers l'UE ont progressé de 6,0 % en valeur (de 384 M€ à 407 M€), avec un pic à 588 M€ en 2022. Ce résultat, combiné à une volatilité remarquablement faible (coefficient de variation de seulement 0,107), fait du Bangladesh le fournisseur le plus stable et le plus résilient du marché européen pour ce produit. Le pays a ainsi consolidé sa position de premier fournisseur, profitant de coûts de production compétitifs et d'un accès préférentiel au marché européen via l'initiative « Tout sauf les armes » (TSA).
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | 384 | 407 | +6,0 % | 31,9 % |
| Chine | 464 | 263 | -43,3 % | 20,6 % |
| Turquie | 280 | 161 | -42,5 % | 12,6 % |
| Maroc | 123 | 80 | -34,9 % | 6,3 % |
| Pakistan | 45 | 71 | +60,4 % | 5,6 % |
| Cambodge | 74 | 47 | -35,7 % | 3,7 % |
| Tunisie | 101 | 43 | -57,7 % | 3,4 % |
Sources : Partenaires d'importation par valeur
Le recul marqué de la Chine, de la Turquie et du Maghreb
Le déclin de la Chine est spectaculaire : de premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 464 M€, le pays est tombé à 263 M€ en 2025, soit une baisse de 43,3 %. Ce recul s'inscrit dans le mouvement plus large de diversification des approvisionnements européens, accéléré par les tensions commerciales sino-européennes et américaines, la hausse des coûts de production chinois, et la stratégie de « China+1 » adoptée par de nombreux distributeurs européens.
La Turquie a connu un déclin comparable (-42,5 %, de 280 M€ à 161 M€), malgré sa proximité géographique et l'union douanière avec l'UE. Le Maroc et la Tunisie, partenaires historiques du bassin méditerranéen, ont également fortement reculé (respectivement -34,9 % et -57,7 %), reflétant les difficultés structurelles de l'industrie textile nord-africaine face à la concurrence asiatique.
En revanche, le Pakistan émerge comme un partenaire en forte croissance (+60,4 %, de 45 M€ à 71 M€), rejoignant le groupe des fournisseurs significatifs.
Des marchés d'exportation européens profondément perturbés
Du côté des exportations, trois dynamiques sont observables :
- L'effondrement des exportations vers la Russie : de 47 M€ à 19 M€ (-60,3 %), conséquence directe des sanctions économiques imposées à la suite de l'invasion de l'Ukraine en 2022.
- Le repli vers le Royaume-Uni : de 82 M€ à 46 M€ (-43,5 %), probablement lié aux effets du Brexit (barrières non tarifaires, formalités douanières).
- La forte croissance vers l'Ukraine : de 5 M€ à 23 M€ (+369,5 %), suggérant un rapprochement commercial lié à l'association économique UE-Ukraine et, potentiellement, à des besoins humanitaires et de reconstruction.
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 82 | 46 | -43,5 % |
| Suisse | 90 | 70 | -22,1 % |
| Russie | 47 | 19 | -60,3 % |
| Ukraine | 5 | 23 | +369,5 % |
| Turquie | 16 | 21 | +29,6 % |
| Mexique | 14 | 2 | -85,8 % |
Sources : Partenaires d'exportation par valeur
Une recomposition intra-européenne des rôles : la Pologne émerge, l'Europe du Sud recule
Au sein de l'UE, la répartition entre États membres s'est profondément transformée. La Pologne a connu une ascension remarquable : ses importations ont bondi de 246,4 % (de 50 M€ à 175 M€) et ses exportations de 744,7 % (de 5 M€ à 44 M€). La Pologne se positionne désormais comme un hub de confection et de réexportation au sein de l'UE, avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,377, le plus élevé de l'UE.
À l'inverse, l'Espagne et l'Allemagne, premiers importateurs en 2015, ont fortement reculé (respectivement -45,6 % et -45,1 %). L'Espagne, qui était également le premier exportateur (141 M€), s'est effondrée à 27 M€ (-80,5 %). La Belgique a connu un effondrement encore plus prononcé de ses importations (-81,1 %, de 104 M€ à 20 M€).
3. Une vulnérabilité croissante de l'UE face aux chocs d'approvisionnement
Une dépendance aux importations qui s'est triplée
L'indicateur de dépendance nette aux importations révèle une transformation structurelle profonde. Il est passé de 24,2 % en 2015 à 70,5 % en 2025, soit une progression de 191,6 %, avec un maximum à 76,1 % observé au cours de la période. En parallèle, l'intensité commerciale est passée de 29,9 % à 97,8 %, tandis que la propension à exporter a bondi de 4,5 % à 90,5 %.
| Indicateur de vulnérabilité | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations | 24,2 % | 70,5 % | +191,6 % |
| Intensité commerciale | 29,9 % | 97,8 % | +226,7 % |
| Propension à exporter | 4,5 % | 90,5 % | +1 928,7 % |
Ces chiffres démontrent que l'UE est devenue structurellement dépendante des importations pour satisfaire sa consommation intérieure de pantalons en coton. L'effondrement de la production intra-européenne (-67,8 % en volume) en est le corollaire direct : la capacité domestique ne couvre plus qu'une fraction marginale de la demande.
Des chocs de prix détectés sur les principaux fournisseurs
L'analyse de la volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle des épisodes significatifs :
- Bangladesh (2022) : un choc de prix d'une abnormalité de 4,8, avec une hausse de 20,1 % du prix moyen, touchant 37,2 % de la valeur des importations. Ce choc est vraisemblablement lié à l'envolée des coûts de transport et de l'énergie dans le contexte post-Covid et du conflit russo-ukrainien.
- Pakistan (2022) : un choc de prix d'une abnormalité de 4,1, avec une hausse de 18,5 %, affectant 6,6 % de la valeur des importations.
- Suisse (2023) : un choc de prix à l'exportation d'une abnormalité de 6,4, avec une hausse de 27,8 %, touchant 24,1 % de la valeur des exportations.
| Choc détecté | Type | Année | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh (import) | Prix | 2022 | +20,1 % | 37,2 % |
| Pakistan (import) | Prix | 2022 | +18,5 % | 6,6 % |
| Suisse (export) | Prix | 2023 | +27,8 % | 24,1 % |
Une concentration des importations en légère hausse, masquant des vulnérabilités ciblées
L'indice de concentration HHI des importations en valeur a augmenté de 8,7 % (de 1 602 à 1 742), indiquant un léger accroissement de la concentration des fournisseurs. En volume, la hausse est plus marquée (+29,4 %, de 1 990 à 2 576). Cette évolution est cohérente avec la montée en puissance du Bangladesh au détriment d'une diversification plus large des sources d'approvisionnement.
Du côté des exportations, le HHI a légèrement diminué (-9,2 % en valeur), ce qui traduit une diversification des débouchés européens, notamment vers la Turquie, l'Ukraine et la Chine. Cependant, la forte volatilité des flux vers la Russie (coefficient de variation de 0,564) et l'Ukraine (0,663) souligne la fragilité de ces nouveaux débouchés.
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément transformé le marché européen des pantalons en coton pour femmes et fillettes. Le bilan est marqué par trois tendances convergentes :
-
Une contraction sévère des volumes : tant les importations que les exportations et la production intra-européenne ont reculé, traduisant à la fois une désindustrialisation accélérée de la confection en Europe et un ajustement de la demande.
-
Une restructuration géographique majeure : le Bangladesh s'est imposé comme le fournisseur dominant de l'UE, tandis que la Chine, la Turquie et les pays du Maghreb ont perdu des parts de marché significatives. Au sein de l'UE, la Pologne a émergé comme un acteur clé, au détriment de l'Espagne et de l'Allemagne.
-
Une vulnérabilité structurelle croissante : avec une dépendance nette aux importations passée de 24 % à 70 %, l'UE est désormais fortement exposée aux risques d'approvisionnement — chocs de prix, perturbations logistiques, instabilité géopolitique dans les pays fournisseurs. Les chocs de prix détectés en 2022 sur les importations en provenance du Bangladesh et du Pakistan illustrent cette vulnérabilité.
L'avenir de ce segment dépendra de la capacité de l'industrie européenne à relocaliser certains segments de production, de la diversification des sources d'approvisionnement vers des pays émergents (Vietnam, Myanmar, Inde — déjà visibles dans les données mais encore à des volumes modestes), et de la gestion des risques géopolitiques dans un environnement commercial de plus en plus fragmenté.