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Évolution du marché : Chemisiers femmes fillettes bonneterie (CN 6106) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code nomenclature combinée 6106 — couvrant les chemisiers, blouses, blouses-chemisiers et chemisettes en bonneterie pour femmes ou fillettes (hors T-shirts et gilets de corps) — sur la période 2015–2025. Ce secteur textile, qui englobe les sous-produits en coton (610610), en fibres synthétiques ou artificielles (610620) et en autres matières (610690), a connu des transformations profondes marquées par un effondrement de la production intérieure, un redéfinition des partenaires commerciaux et une dépendance accrue aux importations. Le marché reste structurellement déficitaire, mais le déficit tend à se réduire par un mouvement combiné de baisse des importations en volume et de stabilisation de la valeur exportée.

Pour une vue d'ensemble interactive, consulter le tableau de bord.


1. Un déficit commercial structurel en voie de résorption

1.1. Le volume des échanges décline sur l'ensemble de la période

Le commerce de la position 6106 se caractérise par un déclin marqué des flux, tant à l'import qu'à l'export, sur la période 2015–2025. Les importations en valeur passent de 869,5 millions d'euros en 2015 à 745,3 millions en 2025 (−14,3 %), tandis que les exportations restent quasi-stables autour de 275 millions d'euros (−0,8 %). En volume (tonnes), la contraction est encore plus nette : les importations perdent 18,0 % de leur masse (de 44 343 à 36 355 tonnes), et surtout les exportations s'effondrent de 45,2 %, passant de 7 109 à 3 897 tonnes.

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations — valeur (M€) 869,5 745,3 −14,3 %
Importations — volume (t) 44 343 36 355 −18,0 %
Exportations — valeur (M€) 277,6 275,4 −0,8 %
Exportations — volume (t) 7 108 3 897 −45,2 %
Solde commercial (M€) −591,9 −469,9 +20,6 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2. Une divergence de prix entre importations et exportations

Le différentiel de prix entre exportations et importations s'est considérablement creusé. Le prix moyen à l'exportation (en valeur par tonne) a bondi de 39 050 €/t à 70 644 €/t (+80,9 %), tandis que le prix moyen à l'importation ne progresse que modérément, de 19 609 à 20 493 €/t (+4,5 %). Ce mouvement suggère que l'UE s'est spécialisée dans des productions à plus forte valeur ajoutée (segments haut de gamme, marques de luxe) tout en important des volumes à moindre coût unitaire.

En prix par pièce, la dynamique est cohérente : le prix à l'exportation passe de 7,80 €/pièce à 14,75 €/pièce (+89,0 %), tandis que le prix à l'importation progresse de 4,00 à 4,28 €/pièce (+6,8 %).

1.3. Le déficit se réduit par ajustement des volumes plus que par dynamisme exportateur

Le solde commercial négatif de l'UE s'améliore de 20,6 %, passant de −591,9 à −469,9 millions d'euros. Cette amélioration s'explique principalement par la contraction des importations (−14,3 % en valeur) plutôt que par une progression des exportations (−0,8 %). La dépendance nette aux importations (net import reliance) double presque, passant de 19,6 % en 2015 à 53,8 % en 2025 (+174,3 %), signalant une vulnérabilité accrue de l'approvisionnement européen. L'intensité commerciale passe de 62,0 % à 87,4 %, ce qui indique que le marché européen est de plus en plus ouvert et intégré dans les échanges mondiaux pour ce produit.

Source : Dépendance nette aux importationsIntensité commerciale


2. Un réalignement géographique des partenaires commerciaux

2.1. Le Bangladesh s'impose comme premier fournisseur face au recul de la Turquie

La hiérarchie des partenaires d'importation de l'UE a été profondément remaniée entre 2015 et 2025. La Turquie, premier fournisseur en 2015 avec 218,6 millions d'euros, cède sa place au Bangladesh (179,7 M€ en 2025, +24,6 %) et chute à 130,7 M€ (−40,2 %). La Chine, troisième fournisseur, se maintient à un niveau stable (de 175,4 à 188,6 M€, +7,6 %).

Partenaire import Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Bangladesh 144,1 179,7 +24,6 %
Turquie 218,6 130,7 −40,2 %
Chine 175,4 188,6 +7,6 %
Inde 70,4 46,2 −34,3 %
Royaume-Uni 59,3 11,5 −80,6 %
Macédoine du Nord 26,5 8,4 −68,3 %
Cambodge 47,3 33,4 −29,5 %

Source : Principaux partenaires par valeur

2.2. Le Brexit transforme radicalement les échanges avec le Royaume-Uni

Le Royaume-Uni connaît la plus forte contraction parmi les partenaires de l'UE, tant à l'import (−80,6 %, de 59,3 à 11,5 M€) qu'à l'export (−54,9 %, de 87,1 à 39,3 M€). En 2015, le Royaume-Uni était le premier client de l'UE pour les chemisiers bonneterie ; en 2025, il a perdu cette position au profit de la Suisse et des États-Unis. La volatilité des flux avec le Royaume-Uni est la plus élevée de tous les partenaires d'importation (coefficient de variation de 1,30), témoignant des perturbations induites par le retrait britannique du marché unique.

2.3. Les États-Unis et l'Ukraine, nouveaux moteurs de la croissance des exportations

Alors que les exportations vers les partenaires traditionnels (Royaume-Uni, Russie, Macédoine du Nord) reculent, deux marchés émergent comme moteurs de croissance :

Partenaire export Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
États-Unis 13,5 28,7 +113,1 %
Ukraine 2,8 9,0 +223,6 %
Suisse 36,7 39,3 +7,3 %
Royaume-Uni 87,1 39,3 −54,9 %
Russie 23,0 7,9 −65,6 %

La Russie voit ses importations en provenance de l'UE fondre de 65,6 % (de 23,0 à 7,9 M€), vraisemblablement sous l'effet des sanctions européennes adoptées à partir de 2022. À l'inverse, l'Ukraine — malgré le conflit armé — affiche une progression spectaculaire des importations de produits textiles européens (+223,6 %), possiblement liée à l'ouverture commerciale facilitée par l'accord d'association UE-Ukraine.

Source : Principaux partenaires d'exportation

2.4. Une concentration des importations en hausse, une dispersion des exportations en hausse

L'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations progresse de 1 487 à 1 644 (+10,6 %), indiquant un léger renforcement de la concentration des fournisseurs. À l'inverse, l'HHI des exportations chute de 1 345 à 744 (−44,7 %), révélant une diversification significative des débouchés à l'exportation de l'UE. En volume, le HHI des exportations passe même de 1 544 à 696 (−54,9 %), ce qui confirme que les exportateurs européens ont ouvert de nouveaux marchés au cours de la décennie.

Source : Concentration HHI


3. L'effondrement de la production européenne et la montée des chocs de prix

3.1. Une production intérieure en chute libre

La production de l'UE en chemisiers bonneterie (code Prodcom 14141310) s'est effondrée au cours de la période. En volume (pièces), elle passe de 132,5 millions de pièces à 32,9 millions (−75,2 %). En valeur, elle recule de 647,6 à 370,5 millions d'euros (−42,8 %). La contraction du volume est nettement plus forte que celle de la valeur, ce qui suggère que la production européenne restante se concentre sur des segments à plus haute valeur unitaire, dans une logique de montée en gamme face à la concurrence asiatique.

Source : Volumes de production

3.2. Les spécialisations intra-européennes subsistent dans les pays périphériques

Malgré l'effondrement global, certains États membres conservent une spécialisation relative dans ce segment. En 2025, les cinq pays les plus spécialisés (selon l'indice RSCA) sont la Grèce (RSCA = 0,79), la Bulgarie (0,62), le Danemark (0,54), le Portugal (0,33) et la Lituanie (0,25). À l'inverse, Malte (RSCA = −0,95), le Luxembourg (−0,88), l'Irlande (−0,77), la Hongrie (−0,63) et la Lettonie (−0,59) n'ont aucune spécialisation dans ce secteur. Cette carte de spécialisation reflète les anciens bastions textiles méditerranéens et est-européens.

Source : Spécialisation des États membres

3.3. L'Italie renforce sa position de moteur exportateur européen

Au sein de l'UE, les performances à l'exportation divergent fortement :

État membre export Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Italie 36,0 81,9 +127,6 %
France 21,2 39,6 +86,8 %
Pologne 11,6 22,2 +90,8 %
Allemagne 47,1 47,4 +0,5 %
Espagne 72,7 14,9 −79,6 %
Grèce 18,9 7,4 −61,1 %
Danemark 15,1 12,4 −17,8 %

L'Italie triple presque ses exportations, portant sa part au sein des exportations intra-européennes, tandis que l'Espagne et la Grèce — pourtant historiquement présentes dans le textile — perdent respectivement 79,6 % et 61,1 % de leurs exportations. La Pologne, membre de l'UE depuis 2004, affiche une progression de 90,8 %, témoignant de l'intégration de l'Europe de l'Est dans les chaînes de valeur textile.

Source : Principaux États membres exportateurs

3.4. Des chocs de prix ponctuels mais significatifs sur les importations

L'analyse des événements de choc détecte trois ruptures majeures au cours de la période :

Choc Partenaire Type Date Amplitude Part de valeur
1 Bangladesh Prix 2022 +30,4 % 26,5 %
2 Inde Prix 2022 +17,7 % 9,1 %
3 Panama Prix 2023 −59,1 % 0,2 %

Le choc le plus significatif concerne le Bangladesh en 2022, avec une hausse de prix de 30,4 % sur un fournisseur représentant 26,5 % de la valeur des importations. Cette hausse coïncide avec l'inflation mondiale des coûts de l'énergie et du transport post-Covid. L'Inde connaît une dynamique comparable (+17,7 % en 2022). Ces chocs ont ponctuellement renchéri le coût d'approvisionnement européen, même si les prix à l'importation se sont ensuite stabilisés.

Source : Événements de chocs d'approvisionnement


Conclusion

Le marché européen des chemisiers et blouses en bonneterie pour femmes et fillettes (CN 6106) a traversé une décennie de transformations profondes. Trois tendances majeures se dégagent :

  1. Un retrait massif de la production européenne, dont le volume a été divisé par quatre en dix ans, au profit d'une spécialisation sur des segments à forte valeur ajoutée.

  2. Une reconfiguration des partenaires commerciaux, avec l'ascension du Bangladesh au détriment de la Turquie, l'impact radical du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni, l'ouverture de nouveaux débouchés vers les États-Unis et l'Ukraine, et une diversification croissante des marchés d'exportation.

  3. Une vulnérabilité accrue de l'approvisionnement européen, comme en témoignent le doublement de la dépendance nette aux importations (de 20 % à 54 %) et les chocs de prix observés en 2022 sur les principaux fournisseurs asiatiques.

Si le déficit commercial tend à se réduire (−20,6 %), cette amélioration repose davantage sur la contraction des importations en volume que sur un dynamisme exportateur. L'industrie européenne conserve néanmoins un avantage compétitif sur le segment premium, comme l'illustre la forte hausse des prix unitaires à l'exportation (+89 %) et les performances remarquables de l'Italie et de la France. L'enjeu pour la prochaine décennie sera de concilier cette montée en gamme avec la sécurisation des approvisionnements dans un contexte géopolitique et commercial incertain.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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