Évolution du marché : Vêtements bébés bonneterie (CN 6111) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 6111 désigne les vêtements et accessoires en bonneterie pour bébés (à l'exception des bonnets), un segment qui regroupe trois sous-catégories : le coton (611120), les fibres synthétiques (611130) et les autres matières textiles (611190). Sur la période 2015–2025, ce marché a connu des transformations profondes, marquées par la recomposition des flux d'approvisionnement, une dépendance accrue de l'Union européenne vis-à-vis des importations, et des chocs exogènes majeurs — pandémie de Covid-19, Brexit et conflit russo-ukrainien — dont les effets restent visibles dans la structure des échanges. Ce rapport propose une analyse des principales dynamiques observées sur la base des données commerciales de l'UE.
Le tableau ci-dessous résume les indicateurs clés du commerce extérieur de l'UE sur cette période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1 443 M€ | 1 406 M€ | −2,6 % |
| Importations (volume) | 82 803 t | 73 972 t | −10,7 % |
| Importations (prix moyen) | 17 425 €/t | 18 999 €/t | +9,0 % |
| Exportations (valeur) | 194 M€ | 282 M€ | +45,5 % |
| Exportations (volume) | 4 894 t | 8 174 t | +67,0 % |
| Exportations (prix moyen) | 39 539 €/t | 34 425 €/t | −12,9 % |
| Solde commercial | −1 249 M€ | −1 124 M€ | +10,0 % |
| Dépendance nette aux importations | 56,3 % | 78,6 % | +39,6 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1. Le basculement géographique des approvisionnements : déclin chinois et montée de l'Asie du Sud
La Chine a perdu sa position de fournisseur dominant de l'UE
En 2015, la Chine représentait le principal fournisseur de l'UE en vêtements bébés bonneterie, avec 646 M€ d'importations, soit près de 45 % du total. En 2025, ce montant a chuté à 396 M€, une baisse de 38,7 %. Le plancher historique (374 M€) a été atteint en 2023. Ce repli s'inscrit dans un mouvement plus large de restructuration des chaînes d'approvisionnement textiles mondiales, amplifié par les tensions géopolitiques, la politique de « zéro Covid » chinoise (2020–2022) et les efforts de l'UE en matière de diligence raisonnable et de diversification des sources.
Le Bangladesh et l'Inde ont comblé l'espace laissé par la Chine
Le Bangladesh est passé de 300 M€ (2015) à 446 M€ (2025), soit une hausse de 48,3 %, devenant ainsi le premier fournisseur de l'UE dans ce segment. L'Inde a connu une progression encore plus marquée, de 160 M€ à 254 M€ (+58,9 %). Ensemble, ces deux pays représentaient 50,1 M€ des importations de l'UE en 2015 contre 50,0 % en 2025. Le Cambodge (+16,3 %) et le Pakistan (+42,9 %) ont également accru leurs parts, confirmant la dynamique de relocalisation vers l'Asie du Sud et du Sud-Est.
| Partenaire | Import. 2015 | Import. 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 646 M€ | 396 M€ | −38,7 % |
| Bangladesh | 300 M€ | 446 M€ | +48,3 % |
| Inde | 160 M€ | 254 M€ | +58,9 % |
| Turquie | 69 M€ | 45 M€ | −34,7 % |
| Royaume-Uni | 69 M€ | 18 M€ | −74,2 % |
| Cambodge | 42 M€ | 49 M€ | +16,3 % |
| Pakistan | 18 M€ | 26 M€ | +42,9 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
La concentration des importations a diminué, signe d'une diversification effective
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations est passé de 2 640 à 2 193 (−16,9 %), indiquant un marché moins dépendant d'un fournisseur unique. En volume, la concentration est restée plus stable (de 2 294 à 2 373), ce qui suggère que les écarts de prix entre fournisseurs ont joué un rôle important dans ce rebalancement : les volumes en provenance de Chine ont diminué, mais les prix unitaires plus élevés du Bangladesh et de l'Inde ont amplifié la réduction de concentration mesurée en valeur.
Source : Concentration HHI
Les États membres affichent des trajectoires d'importation très contrastées
Côté importateurs intra-UE, la Pologne a connu la plus forte progression (+337 %, de 30 M€ à 130 M€), en lien avec son rôle croissant de plateforme logistique et de production en Europe centrale. L'Espagne a également augmenté ses importations (+18,9 %). À l'inverse, l'Italie (−36,3 %), la Belgique (−71,1 %) et le Royaume-Uni — bien que sorti de l'UE — ont vu leurs flux fortement se contracter, reflétant les restructurations logistiques post-Brexit et les évolutions de la demande intérieure.
Source : Principaux États membres importateurs
2. Une dépendance structurelle croissante malgré une reprise des exportations
Le déficit commercial reste massif malgré une légère amélioration
Le solde commercial de l'UE sur le segment CN 6111 est resté structurellement négatif tout au long de la période. Passé de −1 249 M€ en 2015 à un minimum de −1 606 M€ en 2022 (année de pic des prix à l'importation), il s'est redressé à −1 124 M€ en 2025, soit une amélioration de 10 %. Ce déficit demeure considérable : pour chaque euro de vêtements bébés bonneterie exporté par l'UE, environ cinq euros sont importés.
La production européenne de vêtements bébés bonneterie a nettement reculé
Selon les données de production disponibles, la valeur de la production intra-UE est passée de 388 M€ à 304 M€ (−21,7 %) entre les première et dernière années de la série. Ce déclin, qui accompagne une tendance plus large de désindustrie textile dans plusieurs États membres, explique en grande partie la hausse de la dépendance nette aux importations, passée de 56,3 % à 78,6 % (+39,6 %). L'UE consomme un volume croissant de vêtements bébés importés alors que sa propre base de production se réduit.
Source : Volumes de production
Les exportations progressent, mais à des prix unitaires en baisse
Les exportations de l'UE ont connu une croissance remarquable : +45,5 % en valeur (de 194 M€ à 282 M€) et +67,0 % en volume (de 4 894 t à 8 174 t). Cette dynamique est portée par une propension à exporter en forte hausse (de 41,7 % à 93,2 %), signe que la production résiduelle de l'UE s'oriente de plus en plus vers l'extérieur. Cependant, le prix moyen à l'exportation a reculé de 12,9 % (de 39 539 €/t à 34 425 €/t), tandis que le prix moyen à l'importation augmentait de 9,0 %. L'écart de prix entre importations et exportations se réduit, ce qui traduit une compétitivité-prix accrue mais aussi potentiellement un déplacement vers des segments à moindre valeur ajoutée.
L'Espagne, la Pologne et le Portugal se distinguent par leur spécialisation sectorielle
L'analyse des avantages comparatifs révétés (RSCA) montre que trois États membres possèdent un avantage comparatif marqué dans la bonneterie bébé :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les export. UE (produit) |
|---|---|---|---|
| Espagne | 0,59 | 3,90 | 22,6 % |
| Portugal | 0,46 | 2,73 | 3,8 % |
| Pologne | 0,36 | 2,13 | 14,2 % |
L'Espagne domine les exportations intra-UE avec 77 M€ en 2025, suivie de la France (47 M€) et de l'Italie (45 M€). La Pologne a connu une progression spectaculaire de ses exportations (+311 %, de 6 M€ à 25 M€), consolidant sa position de plateforme manufacturière pour le marché européen.
3. Les années de turbulence (2020–2022) : pandémie, inflation et chocs géopolitiques
La crise Covid-19 a provoqué un effondrement des volumes importés suivi d'un rebond atypique
L'année 2020 marque un point bas pour les volumes importés (66 083 t, contre 84 890 t en 2019), reflétant les fermetures d'usines et les perturbations logistiques mondiales. Toutefois, la valeur des importations n'a que légèrement diminué (1 362 M€), les prix moyens ayant été soutenus par la raréfaction de l'offre. En 2021–2022, un rebond des volumes s'est accompagné d'une forte inflation des prix à l'importation, culminant en 2022 avec des prix record sur l'ensemble des sous-catégories :
| Sous-catégorie | Prix import 2019 | Prix import 2022 (pic) | Prix import 2025 |
|---|---|---|---|
| Coton (611120) | 18 606 €/t | 22 846 €/t | 18 612 €/t |
| Synthétique (611130) | 19 070 €/t | 24 007 €/t | 19 678 €/t |
| Autres textiles (611190) | 31 895 €/t | 38 901 €/t | 33 128 €/t |
Source : Segmentation produit
Ce pic de prix de 2022, qui reflète la conjonction des coûts de transport élevés, de l'inflation énergétique et des tensions sur les matières premières, a particulièrement frappé les importations en provenance du Bangladesh (choc de prix de +31,9 %, anomalie détectée de 21,0), qui représente 34,7 % de la valeur des importations.
Le Brexit a provoqué l'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, qui figurait parmi les principaux partenaires commerciaux de l'UE dans ce segment en 2015, a vu ses flux s'effondrer dans les deux sens :
- Importations depuis le Royaume-Uni : de 69 M€ à 18 M€ (−74,2 %), avec un coefficient de variation de 1,04, le plus élevé de tous les partenaires — signe d'une extrême instabilité.
- Exportations vers le Royaume-Uni : de 43 M€ à 36 M€ (−17,8 %), avec une chute plus progressive.
Ce déclin, qui s'est accéléré après le 1ᵉʳ janvier 2021 (entrée en vigueur du commerce post-transition), s'explique par les nouvelles barrières non tarifaires (déclarations douanières, règles d'origine, contrôles sanitaires) qui ont rendu les échanges plus coûteux et plus complexes. Le Royaume-Uni reste cependant le premier client de l'UE dans ce segment, bien qu'en repli.
Le conflit russo-ukrainien a entraîné un choc de prix sur les exportations vers la Russie
En 2022, les exportations vers la Fédération de Russie ont subi un choc de prix majeur (anomalie de 65,0, hausse de prix de +80,6 %), alors que les sanctions économiques imposées par l'UE à la suite de l'invasion de l'Ukraine perturpaient les circuits de paiement et logistiques. À moyen terme, le volume des exportations vers la Russie s'est effondré : de 17 M€ en 2015 à 6 M€ en 2025 (−62,9 %). La Turquie (+183,9 %), la Suisse (+111,2 %) et la Serbie (+539,4 %) ont partiellement compensé ce recul en devenant des destinations alternatives ou des plateformes de réacheminement.
L'année 2022 constitue un pic exceptionnel pour les exportations de l'UE
En 2022, les exportations totales de l'UE ont atteint 15 051 tonnes et 365 M€ — des records absolus sur la période. Le segment coton (611120) a seul atteint 13 214 tonnes exportées, soit un triplement par rapport à 2015, mais à un prix moyen record bas de 21 820 €/t. Ce pic s'explique probablement par l'écoulement de stocks accumulés pendant la crise Covid, combiné à une demande européenne post-pandémique et à des prix de vente réduits pour rester compétitif. En 2023, les volumes ont brutalement retracé à 7 428 tonnes avant de se stabiliser autour de 8 174 tonnes en 2025, suggérant un retour à la normale après un épisode atypique.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché de l'UE pour les vêtements bébés en bonneterie (CN 6111) a été marqué par trois tendances majeures : la recomposition géographique des approvisionnements au profit du Bangladesh et de l'Inde au détriment de la Chine ; l'approfondissement de la dépendance structurelle de l'UE aux importations, dans un contexte de déclin de la production intra-européenne ; et les effets durables des chocs exogènes de 2020–2022 (pandémie, Brexit, conflit ukrainien) qui ont reconfiguré les flux commerciaux et accéléré certaines tendances préexistantes.
Malgré un déficit commercial qui demeure considérable (−1 124 M€), les signaux positifs ne manquent pas : la diversification des fournisseurs réduit les risques de dépendance excessive, les exportations de l'UE progressent en volume, et plusieurs États membres (Espagne, Pologne, Portugal) affichent des avantages comparatifs solides dans ce segment. La montée de la propension à exporter (de 42 % à 93 %) traduit néanmoins une réalité préoccupante : la production européenne résiduelle s'oriente de plus en plus vers l'exportation, tandis que la dépendance nette aux importations atteint 78,6 %. L'UE reste donc largement tributaire de sources extérieures pour approvisionner son marché intérieur de vêtements bébés, un enjeu qui pourrait être renforcé par les futures réglementations européennes en matière de durabilité et de diligence raisonnable dans les chaînes d'approvisionnement textiles.