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Évolution du marché : Gants bonneterie (CN 6116) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les gants, mitaines et moufles en bonneterie (code NC 6116, hors articles pour bébés) sur la période 2015–2025. Ce produit, qui englobe des sous-catégories variées — gants imprégnés ou enduits de matières plastiques/caoutchouc, gants en fibres synthétiques, en coton, en laine ou en autres matières textiles — constitue un segment significatif de l'habillement en bonneterie.

L'UE est structurellement déficitaire sur ce segment : en 2025, les importations s'élevaient à 1 033 M€ contre 126 M€ d'exportations, soit un déficit commercial de 907 M€. Ce déséquilibre s'est creusé de manière marquée au cours de la décennie, la dépendance nette aux importations passant de 30 % à plus de 93 %. L'analyse qui suit s'articule autour de trois dynamiques majeures : la géographie des approvisionnements, le déclin de la production intérieure et les fragilités structurelles du marché.


1. Géographie des échanges : une domination chinoise consolidée et une diversification partielle

1.1 La Chine, fournisseur incontournable de l'UE

La Chine demeure de loin le premier fournisseur de gants bonneterie de l'UE. Les importations en provenance de Chine sont passées de 446 M€ en 2015 à 616 M€ en 2025, soit une hausse de 38 %. À son pic en 2022, elles atteignaient même 834 M€. La Chine représente ainsi près de 60 % de la valeur totale des importations de l'UE sur ce segment, une concentration qui s'est renforcée au fil du temps comme en témoigne l'indice HHI des importations passé de 3 481 à 3 870 (+11,2 %).

Partenaire d'importation Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Chine 446,5 616,3 +38,0
Sri Lanka 105,2 124,4 +18,3
Pakistan 83,1 93,9 +12,9
Viêt Nam 17,9 73,3 +309,5
Corée du Sud 53,9 17,2 −68,1
Inde 11,5 21,7 +88,8
Malaisie 26,7 24,1 −9,7

1.2 L'essor spectaculaire du Viêt Nam

La dynamique la plus remarquable de la décennie est la montée en puissance du Viêt Nam, dont les exportations vers l'UE ont été multipliées par plus de quatre, passant de 17,9 M€ à 73,3 M€ (+309,5 %). Ce pays s'est hissé au rang de quatrième fournisseur, dépassant la Corée du Sud et la Malaisie. Cette progression s'inscrit dans le mouvement de diversification des chaînes d'approvisionnement asiatiques, accéléré notamment par les tensions commerciales sino-américaines et la recherche de coûts de production compétitifs. Cependant, la volatilité des flux en provenance du Viêt Nam reste élevée (CV de 0,46), ce qui traduit une relation commerciale encore en phase de maturation.

1.3 Un recul marqué de la Corée du Sud

À l'inverse, les importations en provenance de Corée du Sud ont chuté de 53,9 M€ à 17,2 M€ (−68,1 %), avec une volatilité très élevée (CV de 0,45). Ce repli peut s'expliquer par la relocalisation de la production coréenne vers des pays à moindre coût (Chine, Viêt Nam, Bangladesh) et par une perte de compétitivité-prix sur un segment de gants industriels et techniques.

1.4 Des exportations européennes vers des marchés proches, avec des réorientations notables

Côté exportations, l'UE dirige principalement ses ventes vers des voisins européens ou proches géographiques. Le Royaume-Uni, premier client historique, a vu ses achats reculer de 34,9 M€ à 21,2 M€ (−39,2 %), un déclin probablement lié au Brexit et à la reconfiguration des flux commerciaux post-2020. En parallèle, la Suisse (+125,6 %), la Norvège (+107,5 %) et les États-Unis (+88,0 %) ont significativement accru leurs achats auprès de l'UE, compensant en partie ce recul. L'Ukraine représente aussi un marché en forte croissance (+233,3 %), passant de 1,1 M€ à 3,6 M€.

Partenaire d'exportation Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Royaume-Uni 34,9 21,2 −39,2
Suisse 9,9 22,3 +125,6
Turquie 11,2 11,1 −0,9
Norvège 4,6 9,5 +107,5
États-Unis 5,5 10,3 +88,0
Russie 5,9 2,1 −65,2
Ukraine 1,1 3,6 +233,3

La forte baisse des exportations vers la Russie (−65,2 %) reflète très probablement l'impact des sanctions économiques imposées après 2022. Par ailleurs, l'indice HHI des exportations a diminué de 1 682 à 866 (−48,5 %), signe d'une diversification des débouchés à l'export.


2. Déclin de la production européenne et montée de la valeur unitaire

2.1 Un effondrement de la production intérieure

La production européenne de gants bonneterie a connu un déclin prononcé sur la période. En volume (nombre de paires), elle est passée de 72,1 millions de paires à seulement 40,0 millions (−44,5 %). En valeur, la chute est de 119 M€ à 75 M€ (−36,8 %). Ce déclin est plus marqué en volume qu'en valeur, ce qui indique que la production européenne restante se concentre sur des segments à plus forte valeur ajoutée (gants techniques, en laine, haut de gamme).

2.2 Une spécialisation nord-européenne sur le segment premium

L'analyse des avantages comparatifs révèle que les pays les plus spécialisés dans la production et l'exportation de gants bonneterie sont la Suède (RSCA de 0,54), la Belgique (0,41) et le Danemark (0,32). Ces pays se positionnent vraisemblablement sur des niches à forte valeur ajoutée, comme en témoignent les prix unitaires à l'export très élevés. Par exemple, le prix unitaire des exportations de gants en laine (611691) a été multiplié par 1,75, passant de 12,5 €/paire en 2015 à 21,7 €/paire en 2025.

2.3 Des prix à l'export en hausse généralisée

L'ensemble des sous-catégories affiche une tendance haussière des prix à l'export, reflétant une montée en gamme de la production européenne :

Sous-catégorie Prix export 2015 (€/paire) Prix export 2025 (€/paire) Variation (%)
611610 — Imprégnés/enduits 1,46 1,67 +14,3
611693 — Fibres synthétiques 3,19 3,48 +9,1
611692 — Coton 1,19 1,10 −7,9
611699 — Autres matières 3,23 3,43 +6,0
611691 — Laine/poils fins 12,52 21,75 +73,7

La catégorie laine/poils fins affiche l'augmentation la plus spectaculaire (+73,7 %), confirmant la stratégie de montée en gamme sur des produits de niche. À l'inverse, les gants en coton voient leur prix export légèrement reculer, reflétant une pression concurrentielle accrue sur ce segment de commodité.

2.4 La structure des importations : les gants enduits dominent massivement

Du côté des importations, la catégorie 611610 (gants imprégnés, enduits ou recouverts de matières plastiques ou de caoutchouc) représente l'écrasante majorité des volumes. En 2025, cette sous-catégorie pesait 64 146 tonnes sur un total de 82 020 tonnes importées, soit près de 78 % du volume total. En nombre de paires, elle représentait 1,20 milliard sur 1,55 milliard total (77 %). La part des gants en fibres synthétiques (611693) est la deuxième catégorie, avec 11 355 tonnes et 201 millions de paires. Les gants en coton (611692) ont en revanche connu un déclin continu, passant de 7 421 tonnes à 5 210 tonnes (−29,8 %), ce qui peut refléter un basculement vers les fibres synthétiques dans les usages industriels et grand public.


3. Vulnérabilité structurelle et chocs d'approvisionnement

3.1 Une dépendance aux importations devenue quasi-totale

L'indicateur le plus frappant de cette période est la dépendance nette aux importations de l'UE, qui est passée de 30,1 % en 2015 à 92,7 % en 2025 (+207,8 %). Cette trajectoire traduit un quasi-abandon de la production intérieure au profit d'un approvisionnement massif depuis l'Asie. En parallèle, l' intensité commerciale a bondi de 40,3 % à 104,1 %, et la propension à exporter de 9,1 % à 163,5 % — un chiffre élevé qui s'explique par la réexportation de produits importés et par la spécialisation de certains États membres dans le commerce de transit (notamment les Pays-Bas et la Belgique).

3.2 Des chocs de prix détectés sur les flux d'approvisionnement

L'analyse de volatilité et des chocs d'approvisionnement révèle plusieurs épisodes significatifs :

  • Pakistan (2022) : un choc de prix sur les importations, avec une anormalité de 65,6 et un bond de prix de +22,1 %. Ce choc, intervenant dans un contexte post-COVID et de hausse des coûts de l'énergie, a touché un fournisseur représentant 11,6 % de la valeur des importations.
  • Serbie (2022) : un choc de prix à l'export (+21,0 %), probablement lié à la perturbation des chaînes logistiques régionales.
  • Guinée (2017) : un choc de prix à l'export extrême (+372 %), mais sur un flux marginal (0,3 % de la valeur).

Les coefficients de variation les plus élevés concernent des partenaires dont les volumes restent modestes : la Guinée (CV de 2,18 à l'export), le Mexique (0,82) et le Royaume-Uni (0,84). Parmi les grands fournisseurs, le Viêt Nam (CV de 0,46) et la Corée du Sud (0,45) présentent la volatilité la plus élevée, tandis que la Chine (0,11) et le Pakistan (0,07) offrent des flux plus stables.

3.3 Des prix importés en hausse, signe d'une inflation importée

Sur l'ensemble de la période, le prix moyen des importations a augmenté de 11 073 €/tonne à 12 592 €/tonne (+13,7 %) en valeur massique, et de 0,62 €/paire à 0,66 €/paire (+6,6 %) en valeur par unité. Cette hausse, modérée en apparence, masque des disparités importantes entre sous-catégories. Les gants en laine (611691) ont vu leur prix d'importation passer de 36 899 €/tonne à 58 868 €/tonne (+59,6 %), tandis que les gants enduits (611610), qui dominent le marché, ont connu une hausse plus contenue de 10 102 €/tonne à 11 720 €/tonne (+16,0 %). Le pic de prix observé en 2022 sur plusieurs catégories (par exemple 13 550 €/tonne pour les gants enduits) coïncide avec les perturbations post-COVID et la crise énergétique mondiale.


Conclusion

Le marché européen des gants bonneterie (CN 6116) a profondément évolué entre 2015 et 2025, sous l'effet de trois tendances convergentes : la consolidation de la dépendance envers les fournisseurs asiatiques (principalement la Chine et, de plus en plus, le Viêt Nam), l'effondrement de la production intérieure européenne, et la montée en gamme de la production restante.

Le déficit commercial de l'UE sur ce segment a atteint 907 M€ en 2025, porté par des importations à 1 033 M€. Cette dépendance quasi-totale (92,7 % de dépendance nette aux importations) constitue une vulnérabilité structurelle, comme l'ont illustré les chocs de prix observés en 2022 sur les fournisseurs pakistanais et d'autres origines.

Néanmoins, deux éléments de résilience émergent : d'une part, la diversification géographique des exportations européennes (HHI en baisse de 48,5 %), avec de nouveaux débouchés en Suisse, Norvège et aux États-Unis ; d'autre part, la capacité des producteurs européens restants — notamment scandinaves — à se positionner sur des segments premium à forte valeur ajoutée. L'avenir de ce marché dans l'UE dépendra de la capacité des industriels à maintenir cette différenciation tout en gérant les risques liés à une dépendance approfondie aux importations asiatiques.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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