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Évolution du marché : Bas et chaussettes (CN 6115) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 6115 couvre les collants, bas, mi-bas, chaussettes et autres articles chaussants en bonneterie (hors articles pour bébés), y compris les articles à compression dégressive comme les bas à varices. Ce marché, segment historique de l'industrie textile européenne, a connu des transformations profondes entre 2015 et 2025. Le présent rapport s'appuie sur les données d'échanges commerciaux extra-UE pour analyser trois dynamiques majeures : la dépendance croissante de l'Union européenne vis-à-vis des importations, la montée en gamme paradoxale des exportations européennes et les fragilités structurelles et géopolitiques qui pèsent sur l'approvisionnement du marché.


1. Une dépendance accrue aux importations face au déclin de la production intérieure

Le déficit commercial se creuse de manière spectaculaire

Entre 2015 et 2025, le solde commercial de l'UE en produits NC 6115 s'est détérioré de manière continue. Le déficit est passé d'environ -1,02 milliard d'euros en 2015 à -1,81 milliard d'euros en 2025, soit une aggravation de -77 %. Ce constat, disponible dans la vue d'ensemble des échanges, traduit un déséquilibre structurel croissant entre la consommation européenne et sa capacité de production locale.

Les importations explosent en volume et en valeur

Les importations extra-UE de bas et chaussettes ont connu une hausse remarquable :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (Mds EUR) 1,67 2,56 +53,9 %
Volume (milliers de tonnes) 159,6 264,0 +65,4 %
Prix moyen (EUR/t) 10 439 9 711 -7,0 %

Le volume importé a progressé plus vite que la valeur, ce qui signifie que les prix unitaires d'importation ont globalement baissé. L'UE importe donc plus de produits, à un coût unitaire moindre — un schéma classique de délocalisation de la production vers des pays à bas coûts.

La production européenne s'effondre

Les données de production PRODCOM révèlent un déclin particulièrement marqué de la fabrication intra-UE :

Indicateur 2015 2025 Variation
Volume (milliards de pièces) 4,70 1,26 -73,1 %
Valeur (Mds EUR) 3,49 2,44 -30,0 %

La production en volume a été divisée par près de quatre en une décennie. Si la valeur a reculé moins fortement (−30 %), cela indique que la production restante s'est concentrée sur des segments à plus forte valeur ajoutée — un phénomène de sélection naturelle au sein du secteur européen du bonneterie, où seules les niches à haute valeur ajoutée (articles de compression, fibres techniques) demeurent compétitives. Ce constat est cohérent avec les données sur la spécialisation des États membres : la Croatie (RSCA = 0,88), le Portugal, l'Italie et la Roumanie demeurent les pays les plus spécialisés, mais leur poids relatif est insuffisant pour compenser la désindustrialisation globale.

Le taux de dépendance aux importations explose

L'indicateur de dépendance nette aux importations illustre bien cette transformation structurelle :

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) 5,3 41,8 +681,6 %
Intensité commerciale (%) 30,2 65,6 +117,4 %
Propension à exporter (%) 15,4 30,4 +96,9 %

Le passage d'un taux de dépendance de 5 % à près de 42 % en une décennie est l'un des marqueurs les plus frappants de la période. L'UE, qui satisfaisait encore l'essentiel de sa demande par sa propre production en 2015, est devenue massivement tributaire des fournisseurs extérieurs.

La chaussette en coton domine les importations par son volume

L'analyse par sous-segment produit montre que le segment des articles en coton (NC 611595) constitue le premier poste d'importation, avec un volume passé de 105 305 tonnes à 173 924 tonnes (+65,1 %). Il est suivi par les articles en fibres synthétiques (NC 611596), passés de 25 190 tonnes à 56 598 tonnes (+124,7 %). Ces deux catégories représentent ensemble plus de 85 % du volume importé en 2025, confirmant la domination des produits de grande consommation dans les flux.

En contrepartie, les segments de niche comme les collants à compression dégressive (NC 611510) ou les bas de femmes en fibres fines (NC 611530) présentent des volumes nettement plus modestes, mais affichent des prix unitaires d'exportation considérablement plus élevés, comme nous le verrons dans la section suivante.


2. Une montée en gamme des exportations européennes malgré un recul des volumes

Les exportations perdent en volume mais gagnent en valeur

Le paradoxe des exportations européennes est frappant :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (M EUR) 641,6 750,8 +17,0 %
Volume (milliers de tonnes) 25,8 20,6 -20,0 %
Prix moyen (EUR/t) 24 914 36 456 +46,3 %

Entre 2015 et 2025, les exportations européennes ont perdu un cinquième de leur volume tout en augmentant de 17 % en valeur. Le prix moyen à l'exportation a bondi de 24 914 EUR/t à 36 456 EUR/t, soit une hausse de 46 %. Ce mouvement, visible dans les données de commerce général, traduit un positionnement de plus en plus haut de gamme des produits européens à l'export.

Les articles à compression dégressive concentrent la valeur

L'analyse par sous-catégorie confirme cette dynamique de premiumisation. Les collants et bas à compression dégressive (NC 611510) exportés depuis l'UE se vendent à un prix moyen de 76 670 EUR/t en 2025, soit près du double du prix moyen global à l'exportation. Ce segment, dont la valeur exportée est passée de 74,4 M EUR à 112,8 M EUR (+51,6 %), illustre parfaitement la stratégie européenne de se positionner sur des produits à forte valeur ajoutée technologique.

Par contraste, les articles en coton (NC 611595), segment le plus volumineux à l'importation, ne génèrent qu'un prix à l'exportation de 30 288 EUR/t — nettement inférieur à celui des segments techniques, mais en hausse régulière par rapport aux 18 142 EUR/t de 2015.

Le Royaume-Uni reste le premier débouché, mais s'effrite

La répartition géographique des exportations révèle un rééquilibrage notable :

Partenaire Valeur 2015 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation
Royaume-Uni 226,2 156,1 -31,0 %
Suisse 77,1 129,8 +68,4 %
Bosnie-Herzégovine 3,0 93,4 +3 029,6 %
Norvège 38,2 46,5 +21,9 %
États-Unis 51,4 53,5 +4,0 %

Le Brexit a profondément affecté les exportations vers le Royaume-Uni, qui a perdu 70 millions d'euros en valeur absolue. La Suisse, marché à haut pouvoir d'achat et sans barrière tarifaire dans le cadre des accords bilatéraux, a comblé une partie du déficit. La hausse spectaculaire des exportations vers la Bosnie-Herzégovine (+3 030 %) traduit quant à elle le développement de chaînes de valeur transfrontalières dans les Balkans, l'UE exportant probablement des semi-finis ou des produits de niche vers des usines d'assemblage de la région.

Le taux de concentration des exportations se réduit

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations a baissé de 1 629 à 1 073 (en valeur) entre 2015 et 2025, soit une réduction de -34,1 %, indiquant une diversification progressive des débouchés. Cette tendance, visible dans les données de concentration, est un signe de meilleure résilience des exportateurs européens face aux chocs sur un marché donné.


3. Une géographie d'approvisionnement concentrée et vulnérable aux chocs

La Chine et la Turquie dominent les importations, avec des trajectoires divergentes

La répartition des fournisseurs met en évidence la prédominance de deux acteurs majeurs :

Fournisseur Valeur 2015 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation
Chine 620,6 1 094,6 +76,4 %
Turquie 479,9 655,3 +36,6 %
Pakistan 89,3 218,3 +144,5 %
Viêt Nam 4,4 48,3 +1 002,5 %
Serbie 105,5 119,3 +13,1 %
Indonésie 80,7 54,0 -33,1 %
Royaume-Uni 81,6 25,1 -69,2 %

La Chine a accru sa part de manière significative, atteignant 1,09 milliard d'euros en 2025, soit près de 43 % des importations totales de l'UE. La Turquie, deuxième fournisseur, a connu une croissance plus modérée. Le Pakistan (+144 %) et surtout le Viêt Nam (+1 002 %) confirment la diversification géographique des chaînes d'approvisionnement asiatiques, stimulée par les coûts croissants en Chine et les accords commerciaux préférentiels.

Le cas du Viêt Nam est remarquable : les importations depuis ce pays sont passées de 4,4 M EUR à 48,3 M EUR en une décennie, avec un pic à 55,7 M EUR. Le pays s'impose comme un acteur émergent significatif, conformément à la stratégie de « China+1 » adoptée par de nombreux distributeurs européens.

La concentration des importations augmente

Contrairement aux exportations, l'indice HHI des importations a progressé de 2 344 à 2 846 (+21,5 % en valeur). Ce niveau, bien que modéré par rapport à d'autres secteurs, témoigne d'une concentration croissante de l'approvisionnement autour de la Chine et de la Turquie, qui représentent à elles deux près des deux tiers des importations. Cette évolution est préoccupante d'un point de vue de la vulnérabilité : la dépendance croissante combinée à une concentration plus forte multiplie l'exposition aux risques de rupture d'approvisionnement.

Des chocs majeurs ont marqué la période, en particulier en 2022

L'analyse des chocs d'approvisionnement a détecté deux événements significatifs :

Événement Type Flux Année Décalage Anomalie
Fédération de Russie Prix Exportations 2022 +62,9 % 53,8
Royaume-Uni Prix Importations 2021 +123,8 % 50,7

Le choc sur les exportations vers la Russie en 2022 est directement lié aux sanctions économiques imposées après l'invasion de l'Ukraine. Le prix unitaire des exportations vers ce pays a bondi de près de 63 %, ce qui s'explique probablement par la réorientation des flux vers des segments plus onéreux et par les surcoûts logistiques liés aux circuits de détournement. Les exportations vers la Russie ont néanmoins diminué en valeur absolue, passant de 61,4 M EUR à 52,4 M EUR.

Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2021, avec un bond de prix de +123,8 %, coïncide avec les premiers effets du Brexit sur les flux commerciaux (nouvelles formalités douanières, vérifications réglementaires). La part du Royaume-Uni dans les importations de l'UE a depuis lors chuté de manière drastique.

La volatilité des flux varie fortement selon les partenaires

Les indicateurs de volatilité (coefficient de variation) des principaux partenaires révèlent des profils de risque très différents :

Importations :

Partenaire Coefficient de variation
Royaume-Uni 1,34
Cambodge 0,89
Viêt Nam 0,66
Pakistan 0,38
Indonésie 0,34
Chine 0,18
Turquie 0,10

Exportations :

Partenaire Coefficient de variation
Bosnie-Herzégovine 0,88
Royaume-Uni 0,38
Fédération de Russie 0,31
Ukraine 0,26
Suisse 0,08
Norvège 0,11

Les fournisseurs émergents (Cambodge, Viêt Nam) présentent une volatilité élevée, ce qui est logique au vu de leur faible base initiale et de leur croissance récente. À l'inverse, la Turquie (CV = 0,10) et la Chine (CV = 0,18) offrent une stabilité remarquable, ce qui explique en partie leur dominance. Du côté des exportations, la Suisse et la Norvège sont les marchés les plus stables, tandis que la Bosnie-Herzégovine affiche une volatilité élevée liée à la croissance exponentielle des flux.

Les importateurs intra-UE reflètent les spécialisations nationales

La répartition des importateurs au sein de l'UE montre une forte concentration :

État membre Importations 2015 (M EUR) Importations 2025 (M EUR) Variation
Allemagne 501,2 588,7 +17,5 %
Pays-Bas 262,0 461,9 +76,3 %
France 181,1 282,7 +56,1 %
Italie 148,8 211,2 +41,9 %
Espagne 123,8 191,5 +54,7 %
Pologne 27,4 136,2 +397,3 %

L'Allemagne reste de loin le premier importateur, mais les Pays-Bas (+76 %) et surtout la Pologne (+397 %) ont connu les plus fortes hausses. La Pologne, avec un passage de 27 à 136 millions d'euros, illustre à la fois la croissance de la consommation domestique et son rôle croissant de plateforme de distribution vers l'Europe centrale et orientale. La hausse des Pays-Bas est quant à elle probablement liée au rôle de Rotterdam comme porte d'entrée logistique du continent.

Côté exportations intra-UE, l'Italie demeure le premier exportateur (174,5 M EUR), mais l'Allemagne (+72,8 %, à 218,2 M EUR) et surtout la Croatie (+5 810 %, à 112,3 M EUR) ont connu des évolutions remarquables. L'explosion des exportations croates confirme l'intégration du pays dans les chaînes de valeur régionales de la bonneterie, probablement en tant que plateforme d'assemblage pour le compte de donneurs d'ordre européens.


Conclusion

Le marché européen des bas et chaussettes (CN 6115) a subi une transformation radicale entre 2015 et 2025. La production intra-UE s'est effondrée (−73 % en volume), entraînant un creusement du déficit commercial (−1,8 milliard d'euros) et une dépendance aux importations passée de 5 % à 42 %.

Dans le même temps, les exportations européennes ont suivi une trajectoire de montée en gamme : le prix moyen à l'exportation a bondi de 46 %, porté par des segments à forte valeur ajoutée comme les articles de compression dégressive. Cette stratégie de niche permet à l'UE de maintenir une certaine pertinence dans le commerce mondial, mais ne compense pas la perte massive de capacités de production.

Les risques liés à cette dépendance ne sont pas négligeables : la concentration géographique des importations s'accroît, la Chine et la Turquie représentent les deux tiers de l'approvisionnement, et des chocs géopolitiques majeurs (sanctions contre la Russie, effets du Brexit) ont déjà perturbé les flux. La diversification vers des fournisseurs émergents comme le Viêt Nam et le Pakistan progresse, mais reste marginale en volume face à la domination chinoise.

L'enjeu pour les prochaines années sera de concilier la préservation des filières à haute valeur ajoutée européennes avec la sécurisation des approvisionnements de base, dans un contexte géopolitique et commercial marqué par l'incertitude.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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