Évolution du marché : Maillots et slips de bain (CN 6112) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour les produits de bonneterie couverts par le code NC 6112, qui inclut les survêtements de sport, les combinaisons de ski et les maillots de bain. La période étudiée s'étend de 2015 à 2025. Les données révèlent une transformation profonde du marché, marquée par une dépendance accrue de l'UE aux importations, une réorganisation géographique des flux et des défis persistants pour la production intra-européenne.
1. Un déficit commercial structurel et une dépendance importatrice croissante
L'UE affiche un déficit commercial chronique sur ce segment, qui s'est creusé au cours de la décennie. Cette évolution s'explique principalement par une forte augmentation des importations, tant en volume qu'en valeur, alors que les exportations progressent plus modestement.
Une expansion vigoureuse des importations
La valeur des importations de l'UE est passée de 840 M€ en 2015 à 1,11 Md€ en 2025, soit une hausse de 32,2% (Voir l'évolution commerciale). L'augmentation est bien plus spectaculaire en volume (+98,8%), indiquant une baisse du prix moyen unitaire des importations (-33,5% par tonne). En nombre de pièces (unité supplémentaire), la progression est plus modérée (+11,5%), suggérant une évolution vers des articles plus lourds ou des changements dans le mix de produits.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 840 | 1 110 | +32,2% |
| Volume des importations (tonnes) | 33 577 | 66 737 | +98,8% |
| Prix moyen des importations (€/t) | 25 014 | 16 633 | -33,5% |
Des exportations dynamiques mais moins porteuses
La valeur des exportations de l'UE a augmenté de 46,5% sur la période, passant de 212 M€ à 311 M€. Cependant, cette croissance est inférieure à celle des importations, élargissant le déficit. Le volume exporté a progressé de 11,8%, avec une hausse marquée du prix moyen à la tonne (+30,7%), indiquant une orientation vers des produits à plus haute valeur ajoutée.
2. Une réorientation géographique des flux commerciaux
Les partenaires commerciaux de l'UE ont connu des changements importants, avec une diversification des sources d'approvisionnement et une concentration sur quelques destinations clés pour les exportations.
Des origines d'importation en mutation
La Chine demeure le premier fournisseur de l'UE avec une part de 40% de la valeur des importations en 2025, mais sa progression est contenue (+6% depuis 2015). Les dynamiques les plus fortes proviennent d'Asie du Sud-Est et du Sud :
- Viet Nam : +136% de la valeur des importations.
- Bangladesh : +88%.
- Cambodge : +66%.
- Pakistan : +491% (partir d'une base faible).
Le Royaume-Uni a vu sa part s'effondrer (-62%), effet probable du Brexit. La concentration des importations (mesurée par l'indice HHI) a baissé de 2 766 à 1 996 points (Voir la concentration), confirmant cette diversification.
| Partenaire | Valeur import. 2015 (M€) | Valeur import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 423 | 448 | +6,0% |
| Cambodge | 61 | 102 | +66,1% |
| Bangladesh | 40 | 74 | +87,6% |
| Viet Nam | 43 | 102 | +136,1% |
| Royaume-Uni | 68 | 26 | -61,8% |
Des destinations d'exportation concentrées et géographiquement proches
Les exportations de l'UE restent fortement orientées vers les marchés proches ou de haute valeur. Le Royaume-Uni et la Suisse absorbent respectivement 19% et 28% de la valeur exportée en 2025. Une croissance remarquable est observée vers les États-Unis (+155%) et la Turquie (+96%). La volatilité des échanges avec certains partenaires est élevée, comme avec le Royaume-Uni (coefficient de variation de 0,30) ou la Suisse (0,17) (Voir la volatilité).
3. Déclin de la production européenne et décalage de compétitivité
La production intra-européenne a fortement reculé, mettant en lumière des difficultés de compétitivité face aux importations. Parallèlement, une spécialisation sectorielle s'affirme au sein de l'UE.
Une production intra-européenne en net recul
La production de l'UE (en pièces) a chuté de 65,1% entre 2015 et 2025, passant de 66,9 millions à 23,3 millions de pièces (Voir les volumes de production). La valeur de la production a diminué de 24,8% sur la même période, à 399 M€, indiquant une hausse des prix unitaires de production mais une perte massive de volume. Le taux de dépendance nette aux importations a bondi de 33% à 65%, soulignant la perte d'autonomie de l'UE (Voir la vulnérabilité).
Une spécialisation géographique au sein de l'UE
En 2025, la capacité d'exportation (proportion exportée) est très inégale entre États membres. La Croatie se distingue par un très fort avantage comparatif révélé (RSCA de 0,82). La Pologne (+291% de croissance des exportations depuis 2015), la France, l'Italie et l'Espagne possèdent également une spécialisation positive, bien que plus modérée. À l'inverse, l'Irlande, le Luxembourg ou la Finlande sont très peu spécialisés dans ce segment (Voir la spécialisation).
Des dynamiques de prix révélatrices de la segmentation
L'analyse par sous-produit montre que les importations de maillots de bain pour femmes en fibres synthétiques (NC 611241) dominent largement, avec une part de 57% de la valeur importée en 2025. Les survêtements de sport en fibres synthétiques (NC 611212) et en coton (NC 611211) suivent. En termes de prix, les maillots de bain exportés par l'UE atteignent des valeurs unitaires très élevées (par exemple, 115 €/pièce pour les maillots féminins en fibres synthétiques en 2025), suggérant une forte valorisation de marques ou de la qualité. À l'inverse, les prix unitaires à l'importation pour les mêmes catégories sont nettement plus bas (environ 4 €/pièce), confirmant une importation massifiée de produits à bas coût.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des vêtements de sport et de bain (NC 6112) s'est profondément transformé. La région est devenue structurellement dépendante des importations, en provenance principalement d'Asie, pour satisfaire la demande intérieure. Cette dépendance s'est accompagnée d'un effondrement de la production intra-européenne en volume. Les exportations, bien qu'en croissance, n'ont pas permis de combler le déficit commercial et se concentrent sur des marchés proches à haute valeur ajoutée. Au sein de l'UE, une spécialisation émerge, avec des pays comme la Pologne ou la Croatie qui renforcent leur position exportatrice. À l'avenir, la pression concurrentielle internationale et la nécessité de relocaliser certaines productions pourraient redessiner davantage cette carte commerciale.