Évolution du marché : Maillots de bain (CN 611241) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 611241 couvre les maillots, culottes et slips de bain, en bonneterie, de fibres synthétiques, pour femmes ou fillettes. Ce produit s'inscrit dans le chapitre 61 (vêtements et accessoires du vêtement, en bonneterie) et se décompose en deux sous-positions : les maillots contenant au moins 5 % en poids de fils de caoutchouc (61124110) et les autres (61124190), ces derniers représentant l'écrasante majorité des échanges.
Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit connaît une transformation profonde. Trois dynamiques majeures structurent cette évolution :
- L'explosion des importations et la dépendance structurelle de l'UE, avec un déficit commercial qui s'élargit et une production intérieure en déclin accéléré.
- La reconfiguration géographique des approvisionnements, marquée par la montée en puissance de l'Asie du Sud-Est et du sous-continent indien au détriment de la Chine, et les effets du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni.
- L'écart croissant entre prix d'importation et prix d'exportation, révélant une spécialisation européenne vers le haut de gamme.
Maillots de bain synthétiques pour femmes — Vue d'ensemble
1. L'explosion des importations et la dépendance structurelle de l'Union européenne
Un déficit commercial qui se creuse sur toute la période
L'Union européenne est structurellement déficitaire dans les échanges de maillots de bain synthétiques avec le reste du monde. En 2015, le déficit commercial s'élevait à −373,0 M€ ; en 2025, il atteint −419,2 M€, soit une aggravation de 12,4 %. Ce creusement s'explique par une croissance des importations nettement plus rapide que celle des exportations en valeur absolue.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 514,0 M€ | 630,3 M€ | +22,6 % |
| Exportations (valeur) | 141,0 M€ | 211,1 M€ | +49,7 % |
| Solde commercial | −373,0 M€ | −419,2 M€ | −12,4 % |
Si les exportations progressent en rythme relatif plus vite (+49,7 %) que les importations (+22,6 %), elles partent d'une base beaucoup plus faible : en 2025, les exportations ne couvrent encore que 33,5 % de la valeur des importations (contre 27,4 % en 2015). Le déficit reste donc un trait structurel de ce marché.
Vue d'ensemble des flux commerciaux
Une croissance spectaculaire des volumes importés
L'analyse des volumes révèle une dynamique encore plus marquée que ne le suggère la seule valeur en euros. En tonnes, les importations passent de 14 744 t à 26 896 t, soit une hausse de +82,4 % — près de quatre fois le rythme de croissance de la valeur (+22,6 %). Ce différentiel s'explique par une baisse significative du prix unitaire à la tonne, qui recule de 34 854 €/t à 23 413 €/t (−32,8 %).
| Indicateur importations | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Volume (tonnes) | 14 744 t | 26 896 t | +82,4 % |
| Prix moyen (€/t) | 34 854 €/t | 23 413 €/t | −32,8 % |
| Nombre de pièces | 132,5 M p/st | 143,9 M p/st | +8,7 % |
| Prix moyen (€/p/st) | 3,88 €/p/st | 4,31 €/p/st | +11,0 % |
Un point particulièrement notable est l'écart considérable entre la progression des tonnes (+82,4 %) et celle des pièces (+8,7 %). Cela signifie que le poids moyen par pièce importée est passé d'environ 111 g à 187 g, soit une hausse de près de 68 %. Cette évolution pourrait refléter un changement de mix produit — par exemple, une part croissante de maillots couvrants, de combinaisons ou de modèles plus lourds dans le panier d'importations.
L'envolée de la dépendance aux importations nettes
L'indicateur de dépendance aux importations nettes traduit l'ampleur du bouleversement structurel : il passe de 8,6 % en 2015 à 70,4 % en 2025, un bond de 720,8 %. Ce chiffre culmine à 74,6 % au cours de la période. L'Union européenne, qui produisait encore une part significative de sa consommation au milieu des années 2010, est devenue massivement dépendante des fournisseurs tiers.
En parallèle, l'intensité commerciale passe de 17,0 % à 103,8 % (+510,1 %) et la propension à exporter de 5,0 % à 117,5 % (+2 228,8 %), confirmant une économie européenne de plus en plus tournée vers l'échange international pour ce produit, tant à l'import qu'à l'export.
2. La reconfiguration géographique des approvisionnements européens
La Chine, fournisseur dominant mais en perte de vitesse relative
La Chine reste de loin le premier fournisseur de l'UE en maillots de bain synthétiques. Cependant, sa position s'érode sensiblement en termes relatifs :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Évolution | Part dans les importations UE |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 299,8 M€ | 288,9 M€ | −3,7 % | 58,3 % → 45,8 % |
La valeur des importations en provenance de Chine recule légèrement (−3,7 %), alors que le total des importations progresse de 22,6 %. La part de marché chinoise dans les importations de l'UE passe ainsi de 58,3 % à 45,8 %, une érosion de 12,5 points de pourcentage. En dix ans, la Chine perd un huitième de sa part de marché relative.
Il convient par ailleurs de noter que les importations chinoises présentent une forte volatilité, avec un coefficient de variation de 0,76, le plus élevé parmi les principaux fournisseurs asiatiques (ex-æquo avec Hong Kong). Cette instabilité peut refléter des perturbations logistiques (COVID-19), des effets de calendrier ou des ajustements tarifaires.
L'essor fulgurant de l'Asie du Sud-Est et du sous-continent indien
La dynamique la plus marquante de la période est la montée en puissance de fournisseurs alternatifs à la Chine, principalement en Asie du Sud-Est et au Bangladesh :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Vietnam | 19,3 M€ | 60,0 M€ | +211,0 % |
| Cambodge | 9,5 M€ | 40,7 M€ | +329,4 % |
| Bangladesh | 18,3 M€ | 38,4 M€ | +110,0 % |
| Sri Lanka | 16,5 M€ | 35,0 M€ | +112,1 % |
Ces quatre pays, pris ensemble, représentent 174,1 M€ d'importations en 2025, soit 27,6 % du total, contre seulement 63,5 M€ (12,4 %) en 2015. Leur part a donc plus que doublé en dix ans.
Le Cambodge connaît la progression la plus spectaculaire (+329 %), tandis que le Vietnam devient le deuxième fournisseur de l'UE, dépassant le Royaume-Uni. Ces dynamiques s'inscrivent dans le mouvement plus large de relocalisation de la production textile vers des pays à moindre coût de main-d'œuvre, facilité par les régimes préférentiels de l'UE tels que l'EBA (Everything But Arms) dont bénéficient le Bangladesh et le Cambodge.
La Tunisie, partenaire historique de l'industrie textile européenne grâce à sa proximité géographique et aux accords d'association avec l'UE, maintient une position stable avec une croissance de +26,5 % (de 40,1 M€ à 50,7 M€). Elle demeure le troisième fournisseur de l'UE en 2025, bénéficiant de circuits d'approvisionnement courts et de relations industrielles de longue date.
La diversification géographique se confirme : l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur passe de 3 584 à 2 481 (−30,8 %), passant d'un niveau de concentration élevée à un niveau modéré.
Partenaires principaux — importations
L'impact du Brexit sur les échanges avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni illustre de manière frappante les effets de la reconfiguration post-Brexit. En tant que source d'importations pour l'UE, le Royaume-Uni passe de 37,0 M€ à 9,9 M€ (−73,2 %), perdant sa troisième place au classement des fournisseurs. Ce déclin spectaculaire s'explique vraisemblablement par la sortie du marché unique et de l'union douanière, qui a introduit des formalités douanières, des contrôles aux frontières et potentiellement des barrières non tarifaires.
Le coefficient de variation des importations en provenance du Royaume-Uni atteint 1,29, le plus élevé de tous les principaux partenaires, témoignant d'une instabilité marquée dans les flux commerciaux post-Brexit.
À l'inverse, le Royaume-Uni demeure un débouché important pour les exportations de l'UE, passant de 30,4 M€ à 36,2 M€ (+19,2 %). Cependant, ces échanges à l'export ont été marqués par un choc de prix notable en 2021, avec une hausse anormale de 58,6 % et un degré d'anormalité de 38,1, coïncidant avec la première année complète d'application du Trade and Cooperation Agreement. Ce choc représente 22,9 % de la valeur totale des exportations de l'UE, confirmant son importance systémique.
Chocs d'approvisionnement détectés
La géographie des exportations : la Suisse en tête, des marchés émergents en progression
Du côté des exportations, la Suisse est le premier débouché de l'UE, avec une croissance de +52,7 % (de 44,7 M€ à 68,2 M€). Elle représente 32,3 % des exportations de l'UE en 2025. Ce flux s'explique par la proximité géographique, le pouvoir d'achat élevé et l'absence de droits de douane dans le cadre de l'accord bilatéral UE-Suisse.
| Destination | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Suisse | 44,7 M€ | 68,2 M€ | +52,7 % |
| Royaume-Uni | 30,4 M€ | 36,2 M€ | +19,2 % |
| Russie | 20,0 M€ | 16,6 M€ | −17,1 % |
| Ukraine | 3,0 M€ | 4,7 M€ | +54,3 % |
| Albanie | 0,7 M€ | 1,9 M€ | +169,6 % |
| Panama | 0,05 M€ | 0,27 M€ | +456,9 % |
| Tunisie | 4,6 M€ | 2,7 M€ | −41,3 % |
On note le déclin des exportations vers la Russie (−17,1 %), probablement lié aux sanctions et aux tensions géopolitiques, et celui vers la Tunisie (−41,3 %), qui importe désormais davantage de matières premières pour produire localement. En revanche, des marchés émergents comme l'Albanie (+170 %) et Panama (+457 %) connaissent des hausses spectaculaires, bien que sur des volumes modestes.
Partenaires principaux — exportations
3. L'effondrement de la production européenne et la montée en gamme à l'exportation
Une production intérieure en chute libre
Les données PRODCOM (code 14.19.12.50) révèlent un effondrement de la production européenne de maillots de bain en bonneterie pour femmes et fillettes :
| Indicateur | 2015 | Maximum observé | 2025 | Évolution (2015→2025) |
|---|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 35,4 M p/st | 39,9 M p/st | 9,6 M p/st | −72,9 % |
| Production (valeur) | 359,7 M€ | 453,7 M€ | 183,0 M€ | −49,1 % |
La production en volume (pièces) chute de 72,9 %, passant de 35,4 millions à 9,6 millions de pièces, après avoir culminé à près de 40 millions de pièces en cours de période. La valeur diminue moins vite (−49,1 %), ce qui indique que les pièces encore produites dans l'UE sont en moyenne de plus grande valeur unitaire. Cette contraction de la production intérieure est le principal moteur de l'envolée de la dépendance aux importations nettes décrite dans la première partie. En l'espace d'une décennie, l'UE est passée d'un producteur significatif à un importateur quasi-exclusif.
L'effondrement est probablement lié à la conjonction de la délocalisation accélérée vers l'Asie, de la crise du COVID-19 (2020) et de la pression concurrentielle permanente exercée par des pays à faibles coûts de main-d'œuvre.
Un écart de prix croissant entre importations et exportations : le signe d'une spécialisation haut de gamme
L'analyse comparée des prix révèle une divergence structurelle entre les flux à l'import et à l'export, qui s'accentue au fil de la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Prix import (€/t) | 34 854 €/t | 23 413 €/t | −32,8 % |
| Prix export (€/t) | 91 334 €/t | 115 237 €/t | +26,2 % |
| Prix import (€/p/st) | 3,88 €/p/st | 4,31 €/p/st | +11,0 % |
| Prix export (€/p/st) | 9,52 €/p/st | 13,78 €/p/st | +44,7 % |
En 2025, le prix moyen d'un maillot de bain exporté par l'UE (13,78 €/pièce) est 3,2 fois supérieur au prix moyen d'un maillot importé (4,31 €/pièce). En termes de prix à la tonne, le ratio est encore plus spectaculaire : les exportations européennes se négocient à 115 237 €/t, soit près de 5 fois le prix des importations (23 413 €/t).
Cette structure de prix est cohérente avec un modèle dans lequel l'UE externalise la production de maillots standards vers des pays à faibles coûts de main-d'œuvre, tout en concentrant sa propre production sur des segments à plus forte valeur ajoutée : marques premium, maillots techniques, design et innovation textile. L'évolution des prix d'exportation par pièce (+44,7 %) va dans le sens d'une montée en gamme continue.
L'analyse par sous-position confirme cette lecture :
| Sous-position | Description | Prix import 2015 (€/t) | Prix import 2025 (€/t) | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| 61124190 | Sans teneur élevée en caoutchouc | 34 674 €/t | 23 113 €/t | −33,3 % |
| 61124110 | Teneur en caoutchouc ≥ 5 % | 40 660 €/t | 46 221 €/t | +13,7 % |
La sous-position principale (61124190) représente 96 % des importations en volume, avec un prix à la tonne en forte baisse. En revanche, la sous-position 61124110, bien que marginale, voit son prix augmenter de 13,7 %, suggérant une demande croissante pour des produits techniques de niche.
Comparaison des sous-positions
Une concentration des échanges et une spécialisation qui évoluent de manière différenciée
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) permet de mesurer la concentration des échanges. Les tendances divergent entre importations et exportations :
| Flux | HHI valeur 2015 | HHI valeur 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Importations | 3 584 | 2 481 | −30,8 % |
| Exportations | 1 595 | 1 599 | +0,3 % |
L'HHI des importations en valeur diminue fortement, confirmant la diversification géographique des approvisionnements décrite dans la section précédente. L'indicateur passe d'un niveau de concentration élevée (> 2 500) à un niveau modéré, signe d'un marché d'importations moins dépendant d'un fournisseur unique. À l'inverse, l'HHI des exportations en volume augmente légèrement (+11,6 %, de 1 103 à 1 230), ce qui signifie que les volumes exportés se concentrent davantage sur un nombre réduit de destinations.
Du côté de la spécialisation des États membres, en 2025 :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans la production UE |
|---|---|---|---|
| Croatie | 0,88 | 15,94 | 6,5 % |
| Pologne | 0,40 | 2,32 | 15,4 % |
| France | 0,09 | 1,20 | 9,4 % |
| Autriche | 0,09 | 1,20 | 4,0 % |
| Espagne | 0,07 | 1,15 | 6,7 % |
La Croatie se distingue par un indice de spécialisation (RSCA) très élevé de 0,88 et un RCA de 15,94, témoignant d'une concentration extrême de ses exportations sur ce produit. La Pologne, avec un RCA de 2,32 et une part de production de 15,4 %, apparaît comme un acteur significatif et en forte croissance : ses exportations passent de 4,9 M€ à 20,0 M€ (+310,5 %) sur la période. L'Italie affiche une progression remarquable (+165,7 %, de 13,4 M€ à 35,7 M€), portée par le luxe et la mode, tandis que l'Allemagne demeure le premier exportateur de l'UE avec 75,3 M€ en 2025 (+46,3 %).
À l'inverse, l'Irlande (RSCA = −0,96), le Luxembourg (−0,91) et la Finlande (−0,73) figurent parmi les États membres les moins spécialisés dans ce segment.
Quelques chocs de prix notables sur la période
L'analyse de volatilité détecte trois chocs de prix significatifs sur la période :
| Choc | Flux | Année | Amplitude | Degré d'anormalité | Part des exportations UE |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Export | 2021 | +58,6 % | 38,1 | 22,9 % |
| Suisse | Export | 2020 | +10,7 % | 3,7 | 40,2 % |
| Panama | Export | 2023 | +462,5 % | 3,3 | 0,1 % |
Le choc le plus marquant concerne les exportations vers le Royaume-Uni en 2021, avec une hausse de prix de 58,6 % et un degré d'anormalité de 38,1 (sur une échelle où >3 est considéré comme significatif). Ce choc coïncide avec la première année complète d'application du Brexit, suggérant que les nouvelles barrières non tarifaires et les perturbations logistiques ont mécaniquement fait monter les prix des exportations UE vers le Royaume-Uni.
Le choc suisse en 2020 (+10,7 %) pourrait être lié aux perturbations commerciales de la pandémie de COVID-19, dans un contexte où la Suisse représente plus de 40 % des exportations de l'UE dans ce segment. Le choc panaméen en 2023 (+462,5 %) est spectaculaire en termes relatifs mais reste marginal en valeur (0,1 % des exportations totales).
Conclusion
Le marché européen des maillots de bain synthétiques pour femmes et fillettes (CN 611241) a connu une transformation structurelle profonde entre 2015 et 2025. La production intérieure de l'UE s'est effondrée (−72,9 % en volume, −49,1 % en valeur), entraînant une dépendance aux importations nettes qui passe de 8,6 % à 70,4 %, et un déficit commercial qui atteint 419 M€.
Cette dépendance est alimentée par une géographie de l'approvisionnement en pleine mutation. Si la Chine demeure le premier fournisseur, sa part recule de 58 % à 46 % des importations, au profit d'une constellation de fournisseurs asiatiques — Vietnam, Cambodge, Bangladesh et Sri Lanka — dont la part combinée passe de 12 % à 28 %. Le Brexit a par ailleurs profondément affecté les échanges avec le Royaume-Uni, qui perd 73 % de ses exportations vers l'UE.
Enfin, l'Union européenne se spécialise dans la production et l'exportation de maillots de bain à haute valeur ajoutée, avec des prix d'exportation par pièce 3,2 fois supérieurs aux prix d'importation. Cette dualité — importer des volumes massifs de produits standards tout en exportant des produits premium — constitue le modèle dominant de ce secteur au sein de l'économie européenne. L'enjeu pour les décideurs réside dans la gestion de cette dépendance croissante, dans un contexte de concentration des risques d'approvisionnement et de tensions géopolitiques.