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Évolution du marché : Gants caoutchoutés (CN 611610) — 2015–2025

Introduction

Le code combiné 611610 couvre les gants, mitaines et moufles en bonneterie imprégnés, enduits ou recouverts de matières plastiques ou de caoutchouc (ou stratifiés avec ces matières). Il se décline en deux sous-positions : les gants en caoutchouc (61161020) et les gants en matières plastiques ainsi que les mitaines et moufles (61161080). Ce produit, à la croisée du textile et de la chimie, sert des marchés aussi variés que l'industrie, la santé, l'agriculture et le grand public.

Sur la période 2015–2025, les échanges extérieurs de l'Union européenne pour ce code ont connu des transformations profondes : une forte croissance des importations, un effondrement de la production intra-européenne, un réalignement géographique des partenaires commerciaux et une vulnérabilité accrue face aux chocs d'approvisionnement. Le présent rapport analyse ces dynamiques en trois axes principaux.


1. Une dépendance structurelle croissante vis-à-vis des importations

La tendance la plus marquante de la période est l'approfondissement spectaculaire de la dépendance de l'UE aux importations de gants caoutchoutés, au détriment de sa propre base de production.

1.1 Une production européenne en repli continu

Selon les données de production, la production intra-européenne (en paires) est passée de 72 053 814 unités à 40 000 000 d'unités, soit une contraction de −44,5 %. En valeur, le recul est de −36,8 %, passant de 118 825 124 € à 75 100 182 €. Ce déclin traduit une désindustrialisation progressive de la chaîne de valeur dans ce segment, portée par la concurrence des coûts asiatiques et les délocalisations.

1.2 Des importations en forte hausse, dopées par la crise sanitaire

Les importations de l'UE depuis les pays tiers ont progressé de manière significative sur l'ensemble de la période :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (€) 539 831 521 751 859 799 +39,3 %
Volume (tonnes) 53 437,6 64 146,3 +20,0 %
Volume (paires) 885 034 406 1 201 817 895 +35,8 %
Prix moyen (€/t) 10 102 11 720 +16,0 %
Prix moyen (€/paire) 0,610 0,625 +2,5 %

Deux phases se distinguent : une croissance régulière jusqu'en 2019 (environ 960 millions de paires importées), puis un pic en 2021–2022 lié à la demande exceptionnelle de gants de protection durant la pandémie de COVID-19. Le volume en paires a culminé à près de 1,475 milliard de paires en 2021, avant de refluer à 1,202 milliard en 2025. La valeur maximale a été atteinte en 2022, à 955 792 173 €.

1.3 Un déficit commercial structurel qui s'aggrave

Le solde commercial reste profondément négatif tout au long de la période, passant de −483 M€ en 2015 à −676 M€ en 2025 (avec un creux de −889 M€ en 2022). En parallèle, le taux de dépendance aux importations nettes est passé de 30,1 % à 92,7 % (+207,8 %). Autrement dit, en 2025, l'UE couvre presque la totalité de sa consommation par des importations, là où la production locale constituait encore près d'un tiers de l'approvisionnement en 2015. L'intensité commerciale a elle aussi bondi, de 40,3 % à 104,1 %, signifiant que le commerce extérieur (importations + exportations) dépasse désormais le PIB du secteur.


2. Réalignement géographique des partenaires commerciaux

La période 2015–2025 a vu se reconfigurer à la fois les sources d'approvisionnement et les débouchés à l'exportation de l'UE, avec une concentration accrue des importations et une diversification des exportations.

2.1 La Chine s'impose comme fournisseur dominant

Les partenaires d'importation sont restés dominés par l'Asie. La Chine est de loin le premier fournisseur :

Fournisseur Valeur 2015 (€) Valeur 2025 (€) Variation
Chine 296 128 033 460 055 729 +55,4 %
Sri Lanka 97 205 258 120 383 923 +23,8 %
Pakistan 43 890 701 54 518 899 +24,2 %
Vietnam 6 874 592 41 089 755 +497,7 %
Corée du Sud 46 118 982 13 361 632 −71,0 %
Malaisie 24 059 844 22 054 711 −8,3 %
Bangladesh 3 857 704 7 432 665 +92,7 %

La part de la Chine dans les importations a sensiblement augmenté, tandis que le Vietnam a émergé comme un fournisseur majeur, multipliant ses livraisons par près de six. À l'inverse, les importations en provenance de Corée du Sud se sont effondrées de −71 %, reflétant vraisemblablement un déplacement de la production vers des pays à moindre coût de main-d'œuvre. L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI en valeur) des importations est passé de 3 498 à 4 107 (+17,4 %), confirmant une concentration accrue des sources d'approvisionnement.

2.2 L'exportation se diversifie vers les marchés voisins

Côté exportations, la valeur totale a progressé de 33,6 % (de 56,8 M€ à 75,9 M€), mais le volume en tonnes est resté quasi stable (+0,4 %), la hausse provenant essentiellement d'une augmentation des prix unitaires (+33,1 % en €/t). Les destinations ont connu des bouleversements importants :

Destination Valeur 2015 (€) Valeur 2025 (€) Variation
Royaume-Uni 21 111 390 11 217 013 −46,9 %
Turquie 9 935 492 9 394 763 −5,4 %
Suisse 4 816 762 11 438 712 +137,5 %
Norvège 1 501 589 5 563 699 +270,5 %
Ukraine 244 994 2 044 441 +734,5 %
États-Unis 2 836 437 5 527 786 +94,9 %
Russie 2 934 565 883 820 −69,9 %

Le Royaume-Uni, premier débouché en 2015, a perdu près de la moitié de ses importations depuis l'UE, probablement en lien avec le Brexit. La Suisse et la Norvège (marchés EEE/AELE) ont fortement progressé, tout comme l'Ukraine (+734 %, avec un pic en 2022 lié au contexte géopolitique). Les exportations vers la Russie ont chuté de 70 %, en lien avec les sanctions. L'HHI des exportations a diminué de 57 % (de 1 855 à 793), témoignant d'une diversification nette des débouchés.

2.3 Une spécialisation inégale au sein de l'UE

En 2025, les États membres les plus spécialisés dans l'exportation de ce produit (mesuré par l'indice RSCA) sont la Suède (0,591), la Belgique (0,473) et le Portugal (0,305). Du côté des importateurs, l'Allemagne domine avec 191 M€ en 2025 (+38,9 % vs 2015), suivie de la Belgique (84 M€) et de la France (86 M€). La Pologne (+81,6 %) et les Pays-Bas (+84,6 %) affichent les plus fortes hausses parmi les importateurs, probablement en lien avec la montée en puissance de leur appareil logistique et industriel.


3. Chocs, volatilité et signaux de vulnérabilité

La période 2015–2025 a été ponctuée d'événements exogènes qui ont provoqué des pics de volatilité sur les flux de gants caoutchoutés, révélant la vulnérabilité de l'UE dans ce segment.

3.1 Le choc COVID-19 (2020–2021) : un pic de demande sans précédent

La pandémie de COVID-19 a entraîné une explosion de la demande mondiale de gants de protection. Les importations de l'UE ont bondi à 1 475 millions de paires en 2021 (contre 960 millions en 2019), et la valeur a atteint 955 M€ en 2022. Les prix moyens à l'importation ont fortement augmenté : le prix par tonne est passé de 10 016 € (2016) à 13 550 € (2022, pic), soit +35 %. Ce choc a été principalement absorbé par les fournisseurs asiatiques, la Chine et le Sri Lanka en tête.

3.2 La crise sri-lankaise et la guerre en Ukraine (2022) : des perturbations localisées

Deux chocs significatifs ont été détectés en 2022 :

  • Sri Lanka (importations) : un choc de prix de +62,8 %, avec une part de 22,6 % de la valeur des importations. Ce choc est cohérent avec la crise économique et politique que le pays a traversée en 2022 (défaut de paiement, pénuries d'énergie).
  • Ukraine (exportations) : un choc de prix de +126,5 %, détecté comme un événement anormal (indice d'anomalie de 41,7). Il s'explique par la forte demande urgente de gants de protection dans le contexte de l'invasion russe, combinée à des ruptures logistiques. La valeur des exportations vers l'Ukraine est passée de 1,4 M€ (2021) à 2,7 M€ (2022).

3.3 Une volatilité persistante sur certains corridors

Les coefficients de variation des flux révèlent une volatilité hétérogène selon les partenaires :

  • À l'importation, les flux les plus volatils concernent le Vietnam (CV = 0,52), la Corée du Sud (CV = 0,46) et le Bangladesh (CV = 0,45). La Chine, bien que dominant en volume, affiche un CV relativement modéré (0,13), reflétant la stabilité de sa base industrielle.
  • À l'exportation, les flux vers le Royaume-Uni sont très volatils (CV = 0,75), tandis que la Suisse (CV = 0,17) et les États-Unis (CV = 0,28) constituent des débouchés plus stables.

3.4 Un renforcement paradoxal de la propension à l'exportation

Malgré la contraction de la production locale, la propension à l'exporter a bondi de 9,1 % à 163,5 % (+1 693 %). Ce paradoxe s'explique par le fait que les exportations européennes se concentrent sur des produits à forte valeur ajoutée (prix moyen à l'export de 25 805 €/t en 2025, contre 11 720 €/t à l'importation). L'UE exporte des gants de spécialité (médicaux, industriels, techniques) à forte marge, tout en important massivement des gants standards à faible coût. La sous-position 61161080 (gants plastiques, mitaines et moufles) affiche des prix à l'exportation nettement supérieurs à ceux de la sous-position 61161020 (gants en caoutchouc) — environ 28 559 €/t contre 24 481 €/t en 2025.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des gants caoutchoutés (CN 611610) a été marqué par trois grandes dynamiques convergentes : un effondrement de la production intra-européenne (−44,5 % en paires), une dépendance accrue aux importations (taux de dépendance nette passant de 30 % à 93 %), et un réalignement géographique des partenaires avec une concentration renforcée autour de la Chine et l'émergence du Vietnam, tandis que les exportations se diversifient vers des marchés voisins (Suisse, Norvège, Ukraine).

La pandémie de COVID-19 a agi comme un accélérateur, provoquant un pic de demande et de prix sans précédent, tandis que les crises géopolitiques (Ukraine, Sri Lanka) ont mis en lumière la fragilité de certaines chaînes d'approvisionnement. L'UE apparaît désormais structurellement dépendante de l'Asie pour les gants standards, tout en conservant un positionnement sur les segments à haute valeur ajoutée. Cette dualité — importations de volume à faible coût, exportations de niche à prix élevé — dessine un marché de plus en plus polarisé et vulnérable aux chocs exogènes.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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