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Évolution du marché : Chemisiers en coton (CN 610610) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 610610 couvre les chemisiers, blouses, blouses-chemisiers et chemisettes, en bonneterie, de coton, pour femmes ou fillettes (à l'exclusion des T-shirts et gilets de corps). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des transformations profondes. La production intra-européenne s'est effondrée, la dépendance aux importations a bondi, et les flux commerciaux se sont réorientés géographiquement sous l'effet du Brexit, des sanctions contre la Russie, de la pandémie de COVID-19 et des chocs de prix de 2022. Le présent rapport analyse ces dynamiques à partir des données Eurostat et propose trois axes de lecture principains.

Vue d'ensemble du produit sur le Trade Dashboard


1. L'effondrement de la production européenne et la montée de la dépendance aux importations

Une production intra-européenne en chute libre

La production de l'Union européenne en chemisiers en coton a subi un déclin dramatique sur la période. En termes de volume (pièces), elle est passée de 132,5 millions de pièces à seulement 32,9 millions de pièces, soit une baisse de 75,2 %. En valeur, la contraction est également marquée : de 647,6 millions d'euros à 370,5 millions d'euros (−42,8 %). Cette évolution témoigne d'une désindustrialisation accélérée du secteur du vêtement en bonneterie au sein de l'UE, les coûts de production locaux ne pouvant rivaliser avec ceux des pays à bas coûts.

Indicateur Valeur initiale Valeur finale Variation (%)
Production (pièces) 132 452 659 32 855 206 −75,2 %
Production (valeur, EUR) 647 551 539 370 500 000 −42,8 %

Le creusement spectaculaire de la dépendance nette aux importations

Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 19,6 % en 2015 à 53,8 % en 2025, soit un bond de 174,3 %. Ce chiffre, qui atteint un pic de 64,7 % au cours de la période, indique que l'UE est passée d'une situation de relative autonomie à une forte dépendance structurelle vis-à-vis des fournisseurs tiers pour satisfaire la demande intérieure.

Des importations en volume en repli, mais toujours massives

Paradoxalement, les importations totales de l'UE ont diminué en volume : de 23 034 tonnes à 17 415 tonnes (−24,4 %), et de 116,5 millions de pièces à 88,1 millions de pièces (−24,4 %). En valeur, le recul est de 18,6 % (de 390,2 M€ à 317,5 M€). Ce double recul s'explique vraisemblablement par la contraction de la demande globale (effet COVID-19 en 2020, puis ralentissement économique) combinée à une tendance de fond à la réduction des volumes textiles dans un contexte de sensibilisation environnementale croissante.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Dépendance nette aux importations 19,6 % 53,8 % +174,3 %
Importations (tonnes) 23 034 17 415 −24,4 %
Importations (pièces) 116 514 090 88 141 679 −24,4 %
Importations (valeur, EUR) 390 213 672 317 542 267 −18,6 %

Des exportations en hausse en valeur, mais en repli en volume

Du côté des exportations, la trajectoire est inversée entre valeur et volume. La valeur exportée a progressé de 24,6 % (de 100,5 M€ à 125,2 M€), tandis que le volume a reculé de 29,4 % en tonnes et de 40,4 % en pièces. Cette divergence traduit une montée en gamme des exportations européennes : l'UE exporte moins de pièces, mais à un prix unitaire nettement supérieur (+109 % par pièce, de 7,70 € à 16,09 €).

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations (valeur, EUR) 100 475 249 125 192 319 +24,6 %
Exportations (tonnes) 2 376 1 677 −29,4 %
Exportations (pièces) 13 051 083 7 778 980 −40,4 %
Prix unitaire export (EUR/pièce) 7,70 16,09 +109,0 %

2. La réorientation géographique des flux commerciaux sous l'effet du Brexit, des sanctions et de la montée de l'Asie du Sud

Le Bangladesh, fournisseur dominant et toujours en croissance

Le Bangladesh confirme sa position de premier fournisseur de l'UE en chemisiers en coton. Ses exportations vers l'UE ont augmenté de 11 % en valeur (de 112,6 M€ à 125,1 M€), et il représente à lui seul 44,6 % de la valeur des importations en 2025. Sa stabilité relative (coefficient de variation de 0,13, le plus faible parmi les principaux fournisseurs) en fait un partenaire commercial structurel pour l'UE.

Partenaires d'importation par valeur

Fournisseur 2015 (EUR) 2025 (EUR) Variation (%)
Bangladesh 112 627 334 125 054 143 +11,0 %
Türkiye 77 655 634 54 658 824 −29,6 %
Inde 52 081 540 36 220 064 −30,5 %
Chine 57 265 483 41 302 700 −27,9 %
Viet Nam 6 191 093 8 546 861 +38,1 %
Royaume-Uni 23 656 144 4 968 116 −79,0 %
Macédoine du Nord 10 028 769 4 491 571 −55,2 %

Le Brexit, un choc majeur sur les flux avec le Royaume-Uni

L'impact du Brexit sur les échanges UE–Royaume-Uni est spectaculaire. À l'importation, les livraisons en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 79 % (de 23,7 M€ à 5,0 M€), avec un coefficient de variation de 1,14, le plus élevé de tous les fournisseurs principaux. À l'exportation, la baisse est de 37,5 % (de 29,1 M€ à 18,2 M€), le Royaume-Uni restant néanmoins le premier client de l'UE. La mise en place de formalités douanières et de barrières non tarifaires a visiblement détourné une partie des flux, notamment à l'importation où le Royaume-Uni était un fournisseur de proximité significatif.

L'effondrement des exportations vers la Russie et la montée vers les États-Unis

Les exportations vers la Fédération de Russie ont diminué de 59,1 % (de 9,0 M€ à 3,7 M€), reflétant l'impact des sanctions économiques imposées à la suite du conflit russo-ukrainien. À l'inverse, les exportations vers les États-Unis ont presque doublé (+96,5 %, passant de 5,4 M€ à 10,7 M€), signe d'une réorientation vers l'outre-Atlantique. Les exportations vers l'Ukraine ont par ailleurs bondi de 169,2 % (de 1,4 M€ à 3,8 M€), suggérant un renforcement des liens commerciaux avec le voisin oriental.

Destination 2015 (EUR) 2025 (EUR) Variation (%)
Royaume-Uni 29 117 095 18 186 500 −37,5 %
Suisse 16 516 725 16 818 405 +1,8 %
États-Unis 5 426 902 10 661 928 +96,5 %
Ukraine 1 416 159 3 811 993 +169,2 %
Russie 8 981 619 3 672 465 −59,1 %

Italie et France, moteurs de la reconfiguration des exportations intra-UE

Au sein de l'UE, l'Italie est devenue le premier exportateur vers les pays tiers, avec une progression de 90,1 % (de 19,5 M€ à 37,1 M€), consolidant son avantage concurrentiel dans le segment haut de gamme. La France a connu une progression encore plus remarquable (+160 %, de 8,1 M€ à 21,1 M€). À l'inverse, l'Espagne a vu ses exportations s'effondrer de 67,6 % (de 18,6 M€ à 6,0 M€), perdant sa position de troisième exportateur. La Pologne a émergé comme un acteur dynamique, avec des importations en hausse de 166 % et des exportations en hausse de 135 %, reflétant son rôle croissant de hub logistique et de transformation au sein de l'UE.

Partenaires d'exportation par valeur


3. Chocs de prix, montée en gamme et polarisation du secteur

Des chocs de prix importants à l'importation en 2022

L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix significatifs sur les importations. Le Bangladesh a connu un choc de prix d'une abnormalité de 12,4, avec une hausse de 34,2 % et une part de valeur de 44,6 %. L'Inde (+20,8 %) et la Chine (+23,8 %) ont également subi des pressions tarifaires marquées. Ces chocs sont vraisemblablement liés à la conjonction de la hausse des coûts de l'énergie, des matières premières (coton) et du transport dans le contexte post-pandémique et géopolitiquement troublé.

Fournisseur Type de choc Hausse (%) Abnormalité Part de valeur
Bangladesh Prix +34,2 % 12,4 44,6 %
Inde Prix +20,8 % 7,2 15,0 %
Chine Prix +23,8 % 3,4 14,2 %

Une montée en prix à l'importation modérée malgré les chocs

Sur l'ensemble de la période, le prix moyen à l'importation (par tonne) a augmenté de 7,6 % (de 16 940 €/t à 18 225 €/t), et le prix par pièce de 7,5 % (de 3,35 € à 3,60 €). Cette hausse modérée masque des variations intermédiaires significatives : le prix par tonne a culminé à 19 841 €/t avant de se stabiliser. Le caractère relativement contenu de la hausse finale suggère que les chocs de 2022 ont été partiellement absorbés par les fournisseurs ou compensés par une optimisation des approvisionnements.

Une concentration accrue des importations et une diversification des exportations

L'indice de concentration HHI à l'importation a augmenté de 29,6 % (de 1 685 à 2 183), indiquant une concentration croissante des approvisionnements autour de quelques fournisseurs clés, principalement le Bangladesh. À l'inverse, l'HHI à l'exportation a diminué de 45 % (de 1 305 à 718), reflétant une diversification des débouchés extérieurs de l'UE, notamment vers les États-Unis, l'Ukraine et d'autres marchés émergents.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
HHI importations 1 685 2 183 +29,6 %
HHI exportations 1 305 718 −45,0 %

Une spécialisation géographique qui persiste au sein de l'UE

Les indices de spécialisation révèlent une polarisation marquée au sein de l'UE. La Grèce affiche l'indice RSCA le plus élevé (0,768), suivie de la Bulgarie (0,670), du Danemark (0,466) et du Portugal (0,461). L'Italie, avec un RSCA de 0,192, combine une spécialisation modérée avec un poids considérable dans la production (11,8 % de la part de production UE). À l'autre extrémité, l'Irlande (RSCA = −0,952) et Malte (−0,950) sont les moins spécialisées. Cette répartition suggère que les capacités de production survivantes se concentrent dans les pays du sud et du sud-est de l'UE, là où les coûts de main-d'œuvre restent relativement compétitifs.

Pays RSCA RCA Part production Part commerce total
Grèce 0,768 7,626 5,1 % 0,7 %
Bulgarie 0,670 5,054 3,2 % 0,6 %
Danemark 0,466 2,748 4,7 % 1,7 %
Portugal 0,461 2,710 3,7 % 1,4 %
Italie 0,192 1,475 11,8 % 8,0 %

Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des chemisiers en coton (NC 610610) a subi une triple transformation. Premièrement, l'effondrement de la production intra-européenne a conduit à un quasi-doublement de la dépendance nette aux importations, l'UE passant d'une situation de relative autonomie à une dépendance structurelle vis-à-vis de fournisseurs tiers. Deuxièmement, les flux commerciaux se sont profondément réorientés : le Bangladesh s'est consolidé comme fournisseur dominant, le Brexit a coupé les liens commerciaux avec le Royaume-Uni, les sanctions ont réduit les échanges avec la Russie, tandis que les États-Unis et l'Ukraine sont devenus des débouchés croissants pour les exportations européennes. Troisièmement, le secteur se polarise : les exportations européennes se concentrent sur des produits à forte valeur ajoutée (prix unitaire doublé), tandis que les importations subissent une concentration géographique accrue autour du Bangladesh.

Ces dynamiques posent des questions fondamentales en matière de vulnérabilité et de résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne en textile. La concentration accrue des importations, conjuguée aux chocs de prix de 2022 et à la dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre limité de fournisseurs, expose l'UE à des risques de disruption significatifs. Les initiatives européennes visant à relocaliser certaines productions textiles et à diversifier les sources d'approvisionnement apparaissent d'autant plus pertinentes au regard de ces tendances structurelles.

Généré le 2026-08-09. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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