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Évolution du marché : Manteaux et blousons pour femmes (CN 6102) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 6102 couvre les manteaux, cabans, capes, anoraks, blousons et articles similaires, en bonneterie, pour femmes ou fillettes, à l'exception des costumes tailleurs, ensembles, vestes, blazers, robes, jupes, jupes-culottes et pantalons. Ce secteur du textile habillement féminin constitue un indicateur révélateur des mutations structurelles de l'industrie textile mondiale et de sa relation avec le marché européen.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des transformations profondes. Les importations ont quasiment doublé en volume, passant de 37 382 tonnes à 75 851 tonnes (+102,9 %), tandis que les exportations ont progressé de manière plus modérée (+40,9 % en poids). Le déficit commercial s'est considérablement creusé, passant de -488 millions d'euros à -845 millions d'euros, et le taux de dépendance aux importations nettes est passé de 45,4 % à 63,8 %.

Ce rapport analyse les principales dynamiques de cette période à travers trois axes : la restructuration géographique des approvisionnements, les mutations des flux d'exportations, et l'évolution de la production intra-UE.

Source : Vue d'ensemble du commerce CN 6102


1. L'Asie du Sud et du Sud-Est, nouveau moteur des approvisionnements européens

Un quasi-doublement des volumes importés tiré par les fibres synthétiques

Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en code 6102 ont connu une croissance spectaculaire, tant en valeur (+72,4 %, de 684 M€ à 1 179 M€) qu'en poids (+102,9 %, de 37 382 tonnes à 75 851 tonnes). Cette hausse des volumes, nettement supérieure à celle de la valeur, traduit une baisse du prix moyen à l'importation : de 18 291 €/tonne en 2015 à 15 540 €/tonne en 2025, soit une baisse de 15,0 %. En revanche, le prix par pièce a légèrement augmenté (+9,4 %), passant de 9,37 € à 10,25 €. Cela indique que les importations portent désormais sur des vêtements plus légers par pièce, un phénomène cohérent avec la montée en puissance des vêtements techniques en fibres synthétiques.

En effet, le sous-produit 610230 (fibres synthétiques ou artificielles) domine très largement les importations, avec un volume passé de 21 987 tonnes à 58 039 tonnes — une multiplication par 2,6 en dix ans. En valeur, ce segment représente 856 M€ en 2025, soit près de 73 % du total des importations. Le sous-produit 610220 (coton) est resté relativement stable en volume (14 244 t à 16 770 t), tandis que les segments laine (610210) et matières diverses (610290) demeurent marginaux.

Segment Volume importé 2015 (t) Volume importé 2025 (t) Variation (%) Valeur 2025 (M€)
610230 — Fibres synthétiques 21 987 58 039 +164,0 % 856,1
610220 — Coton 14 244 16 770 +17,7 % 266,6
610210 — Laine/poils fins 651 759 +16,7 % 48,2
610290 — Autres matières 500 282 −43,6 % 7,9

Source : Segmentation des produits

De la Chine vers le Cambodge, le Myanmar et le Pakistan : une diversification géographique accélérée

La Chine reste le premier fournisseur de l'UE avec 405 M€ en 2025 (contre 326 M€ en 2015, +24,4 %), mais sa part relative a sensiblement reculé face à la montée en puissance de plusieurs pays d'Asie du Sud et du Sud-Est :

Partenaire Valeur importée 2015 (M€) Valeur importée 2025 (M€) Variation (%)
Chine 325,7 405,0 +24,4 %
Bangladesh 79,7 151,9 +90,6 %
Cambodge 69,0 235,1 +240,9 %
Myanmar 6,7 85,6 +1 183,6 %
Viêt Nam 31,6 70,4 +122,5 %
Pakistan 13,1 45,6 +246,9 %
Turquie 39,3 53,7 +36,6 %

Source : Principaux partenaires importateurs

Le cas du Cambodge et du Myanmar est particulièrement frappant. Le Cambodge est passé de 69 M€ à 235 M€, devenant le deuxième fournisseur de l'UE devant le Bangladesh. Le Myanmar, quant à lui, a connu une progression de 1 184 %, atteignant 85,6 M€ en 2025 malgré l'instabilité politique du pays. Cette dynamique illustre la stratégie de diversification des donneurs d'ordre européens, qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine et à tirer parti des coûts de main-d'œuvre compétitifs dans ces pays, facilitée par le régime de libre accès au marché de l'Union (régimes SPG).

Conformément à cette diversification, l'indice de concentration HHI des importations (en valeur) a diminué de 2 610 à 1 886 (-27,8 %), confirmant un étalement géographique plus large des fournisseurs.

Source : Concentration HHI

Des prix d'importation en baisse tendancielle, mais des chocs ponctuels

La baisse du prix moyen à l'importation (-15,0 % en euros par tonne) traduit à la fois un effet de composition (montée des fibres synthétiques, moins coûteuses au kilo) et une pression concurrentielle accrue entre fournisseurs. Néanmoins, des chocs de prix ont été détectés sur certains flux. Le plus significatif est celui observé pour les importations en provenance du Bangladesh en 2022, avec une hausse de prix anormale de 31,5 %, coïncidant avec les tensions inflationnistes post-Covid et la hausse des coûts de l'énergie et du transport maritime.

Choc détecté Type Flux Année centrale Hausse de prix Part de valeur
Bangladesh Prix Importations 2022 +31,5 % 17,9 %

Source : Chocs d'approvisionnement


2. Des exportations européennes redessinées par les chocs géopolitiques

Une croissance globale masquant une restructuration profonde des destinations

Les exportations de l'UE de code 6102 ont progressé de 196 M€ à 334 M€ (+70,6 %) en valeur et de 4 204 tonnes à 5 925 tonnes (+40,9 %) en poids entre 2015 et 2025. Le prix moyen à l'exportation a augmenté de 21,0 % (de 46 562 €/t à 56 342 €/t), et le prix par pièce de 38,9 % (de 25,87 € à 35,94 €), suggérant une orientation vers des produits de plus grande valeur ajoutée. Toutefois, derrière cette trajectoire ascendante, la géographie des débouchés a été profondément bouleversée.

Destination Valeur exportée 2015 (M€) Valeur exportée 2025 (M€) Variation (%)
Royaume-Uni 69,6 34,0 −51,1 %
Suisse 26,2 62,4 +138,3 %
Turquie 8,0 44,6 +459,6 %
Russie 15,5 7,2 −53,6 %
Norvège 4,1 10,4 +153,7 %
États-Unis 14,2 24,4 +72,1 %
Ukraine 2,2 8,3 +279,5 %

Source : Principaux partenaires exportateurs

L'effondrement du Royaume-Uni et de la Russie : deux chocs géopolitiques majeurs

Le Royaume-Uni, premier débouché de l'UE en 2015 avec 69,6 M€, a perdu plus de la moitié de ses importations en provenance de l'UE (-51,1 %, à 34,0 M€ en 2025). Ce recul, amorcé dès le référendum du Brexit en 2016 et accentué par la sortie effective en 2020, illustre l'impact des nouvelles barrières tarifaires et non tarifaires sur les échanges textile UE–Royaume-Uni. Un choc de prix significatif sur les exportations vers le Royaume-Uni a été détecté en 2021 (hausse anormale de 23,4 %), coïncidant avec les premiers effets du Trade and Cooperation Agreement. La volatilité des flux vers le Royaume-Uni est parmi les plus élevées (coefficient de variation de 0,44).

La Russie, troisième destination en 2015 avec 15,5 M€, a connu un déclin similaire (-53,6 %, à 7,2 M€), directement lié aux sanctions économiques imposées à partir de 2022 dans le contexte du conflit en Ukraine.

La Turquie et la Suisse, nouveaux piliers des exportations

À l'inverse, la Turquie est passée de 8,0 M€ à 44,6 M€ (+459,6 %), devenant la troisième destination des exportations UE. Cette progression reflète à la fois le dynamisme du marché turc et le rôle croissant de la Turquie en tant que plateforme de sous-traitance et de réexportation dans la chaîne de valeur textile. La Suisse a également fortement progressé (+138,3 %, à 62,4 M€), confirmant son statut de marché de niche pour les produits à haute valeur ajoutée. Un choc de prix notable a été détecté sur les exportations vers les États-Unis en 2023 (hausse anormale de 171,2 %), sans doute lié à un changement de mix-produit ou à des perturbations logistiques ponctuelles.

L'indice de concentration HHI des exportations a chuté de 1 661 à 860 (-48,2 %), traduisant une diversification remarquable des débouchés et une moindre dépendance vis-à-vis du Royaume-Uni.

Source : Concentration HHI exportations

Des profils d'États membres en mutation

Au sein de l'UE, les exportations sont dominées par l'Allemagne (86,6 M€, +42,7 %) et l'Italie (89,8 M€, +62,6 %), qui bénéficient de marques fortes et d'une industrie du prêt-à-porter de qualité. La France a connu la progression la plus spectaculaire (+265,4 %, de 10,0 M€ à 36,6 M€). La Pologne, enfin, a connu une croissance remarquable de ses exportations, passant de 2,0 M€ à 22,3 M€ (+1 001 %), illustrant le dynamisme de l'industrie textile polonaise et sa position de hub logistique pour le continent.

États membres Exportations 2015 (M€) Exportations 2025 (M€) Variation (%)
Allemagne 60,7 86,6 +42,7 %
Italie 55,2 89,8 +62,6 %
Espagne 26,1 52,7 +102,1 %
France 10,0 36,6 +265,4 %
Pologne 2,0 22,3 +1 001,3 %

Source : Principaux États membres exportateurs


3. Une production intra-UE en mutation : moins de volume, plus de valeur

Un déclin des volumes produits au profit d'une montée en gamme

La production intra-UE de code 6102, mesurée en nombre de pièces, a diminué de 9,3 millions de pièces à 6,4 millions (-30,7 %). En revanche, la valeur de cette production a plus que doublé, passant de 174 M€ à 396 M€ (+127,2 %). Ce double mouvement — recul des volumes, hausse de la valeur — témoigne d'une spécialisation progressive de la production européenne vers des segments à plus forte valeur ajoutée, notamment le segment laine/poils fins (610210), dont le prix à l'exportation dépasse 278 000 €/tonne en 2025, contre 125 756 €/tonne en 2015.

Source : Volumes et valeur de production

Une spécialisation géographique au sein de l'UE

L'analyse des avantages comparatifs révèle des profils de spécialisation très contrastés au sein de l'Union. En 2025, l'Espagne se distingue comme le pays le plus spécialisé dans le code 6102 (RSCA de 0,467, RCA de 2,75), suivie du Danemark (RSCA 0,354), de la Pologne (RSCA 0,289) et de l'Allemagne (RSCA 0,115). À l'opposé, Malte, l'Irelande et le Luxembourg présentent un RSCA fortement négatif, indiquant une absence de spécialisation dans ce produit.

États membres RSCA (2025) RCA (2025) Part prod. EU (%)
Espagne 0,467 2,75 15,9 %
Danemark 0,354 2,10 3,6 %
Pologne 0,289 1,81 12,1 %
Allemagne 0,115 1,26 26,7 %
Roumanie 0,044 1,09 1,8 %

Source : Spécialisation des États membres

L'Allemagne, bien que dotée d'un RSCA modéré, domine la production en valeur (26,7 % de part de marché intra-UE), confirmant son rôle de pôle industriel de référence. L'Espagne, avec 15,9 % de la production, combine volume et spécialisation. L'Italie, quant à elle, bien qu'absente du top 5 du RSCA, reste un acteur majeur de l'export (89,8 M€), suggérant une position orientée vers le haut de gamme artisanal et les marques de luxe.

Une vulnérabilité accrue aux perturbations des chaînes d'approvisionnement

Le taux de dépendance aux importations nettes a augmenté de 45,4 % à 63,8 % (+40,7 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 68,0 % à 96,2 % (+41,5 %). L'export propensity (propension à exporter, rapportée à la production) a bondi de 31,3 % à 86,1 %, indiquant que la production intra-UE est de plus en plus tournée vers l'exportation, tandis que la consommation intérieure est de plus en plus satisfaite par les importations.

Indicateur 2015 2025 Variation
Taux de dépendance nette 45,4 % 63,8 % +40,7 %
Intensité commerciale 68,0 % 96,2 % +41,5 %
Propension à exporter 31,3 % 86,1 % +174,8 %

Source : Dépendance et vulnérabilité

Cette évolution soulève des questions en termes de résilience de la chaîne d'approvisionnement. La concentration des importations sur l'Asie du Sud et du Sud-Est — des pays dont certains présentent des coefficients de volatilité élevés (Myanmar : CV = 0,66, Cambodge : CV = 0,53, Pakistan : CV = 0,43) — expose le marché européen à des risques de rupture d'approvisionnement liés à l'instabilité politique, aux catastrophes naturelles ou aux tensions commerciales.

Source : Volatilité des flux


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des manteaux et blousons pour femmes en bonneterie (CN 6102) a connu une triple transformation. Premièrement, les importations ont quasiment doublé en volume, portées par une diversification accélérée des fournisseurs vers le Cambodge, le Myanmar, le Pakistan et le Viêt Nam, au détriment relatif de la Chine, tandis que les prix d'importation reculaient en euros par tonne. Deuxièmement, les exportations ont été restructurées par les chocs géopolitiques : le Brexit a fait perdre au Royaume-Uni la moitié de ses achats à l'UE, les sanctions ont réduit de moitié les ventes vers la Russie, tandis que la Turquie et la Suisse émergeaient comme de nouveaux piliers des débouchés extérieurs. Troisièmement, la production intra-UE s'est orientée vers une montée en gamme, avec un volume en recul de 31 % mais une valeur en progression de 127 %.

Ces évolutions, prises ensemble, dessinent un marché européen de plus en plus intégré dans les échanges mondiaux, avec une intensité commerciale approchant 100 %, mais aussi de plus en plus dépendant des importations pour satisfaire sa consommation intérieure. La capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité repose désormais sur sa différenciation par la qualité et l'innovation, dans un contexte où la concurrence internationale sur les volumes et les prix est structurellement dominée par les pays à bas coûts d'Asie.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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