Évolution du marché : Petites cylindrées (CN 870321) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne pour les véhicules de tourisme à moteur à essence d'une cylindrée inférieure ou égale à 1 000 cm³ (code CN 870321) sur la période 2015-2025. Les données révèlent une transformation majeure du marché : l'UE est passée d'une position d'exportateur net à une dépendance croissante vis-à-vis des importations, notamment en provenance d'Afrique du Nord et de Turquie. Cette période a été marquée par une forte croissance des importations (+336,7% en valeur), une hausse des prix moyens et une réorganisation des flux commerciaux mondiaux.
1. Une métamorphose du solde commercial : du surplomb au déficit structurel
L'analyse des flux commerciaux de l'UE avec les pays hors-UE montre un renversement complet de la dynamique commerciale pour ce segment sur la décennie étudiée. L'excédent commercial initial s'est transformé en un déficit important, principalement tiré par une explosion des importations.
1.1. L'importation comme moteur de la croissance du marché
Les importations de véhicules CN 870321 ont connu une croissance spectaculaire, tant en volume qu'en valeur, dépassant nettement celle des exportations.
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 1,93 Mrd € | 8,45 Mrd € | +336,7% |
| Importations (quantité) | 273 179 unités | 753 484 unités | +175,8% |
| Exportations (valeur) | 3,65 Mrd € | 5,22 Mrd € | +43,0% |
| Exportations (quantité) | 403 136 unités | 421 765 unités | +4,6% |
L'évolution complète des volumes et valeurs est disponible sur le tableau de bord général.
1.2. Le basculement vers le déficit commercial
Le solde commercial est passé d'un excédent de 1,71 milliard d'euros en 2015 à un déficit de 3,23 milliards d'euros en 2025. Le point bas a été atteint en 2024, avec un déficit de 3,65 milliards d'euros. Ce déficit s'explique par une croissance des importations (336,7% en valeur) bien supérieure à celle des exportations (43,0% en valeur) sur la période.
L'évolution du solde commercial et de la dépendance nette aux importations illustre ce basculement structurel.
1.3. Une hausse généralisée et continue des prix unitaires
La hausse des prix moyens à l'importation et à l'exportation reflète une tendance à la premiumisation du segment et/ou des tensions sur les coûts de production.
| Flux | Prix moyen 2015 | Prix moyen 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 7 082 € | 11 214 € | +58,3% |
| Exportations | 9 050 € | 12 371 € | +36,7% |
2. La reconfiguration des partenaires commerciaux : émergence de nouveaux hubs
La géographie des échanges a été profondément remaniée. De nouveaux acteurs sont devenus des fournisseurs clés pour l'UE, tandis que les destinations traditionnelles des exportations européennes ont évolué.
2.1. L'essor du Maghreb et de la Turquie comme principales zones d'approvisionnement
Le Maroc et la Turquie ont connu une progression fulgurante, captant une part croissante des importations européennes, dépassant désormais la Corée du Sud et l'Afrique du Sud.
| Partenaire | Importations 2015 | Importations 2025 | Variation | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Maroc | 333 M€ | 3,05 Mrd € | +814,9% | 36,1% |
| Turquie | 505 M€ | 2,46 Mrd € | +387,1% | 29,1% |
| Afrique du Sud | 185 M€ | 1,19 Mrd € | +540,8% | 14,1% |
| Corée du Sud | 385 M€ | 882 M€ | +129,0% | 10,4% |
| Royaume-Uni | 31 M€ | 611 M€ | +1 893,8% | 7,2% |
La part des principaux partenaires dans les importations montre cette concentration accrue sur le Maroc et la Turquie.
2.2. Le déclin de certains fournisseurs historiques
À l'inverse, la Thaïlande a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer (-99,3%), passant de 198 M€ à seulement 1,4 M€. La Chine, après un pic autour de 314 M€ en 2023, a également vu ses exportations vers l'UE chuter à 86 M€ en 2025.
2.3. La réorientation des exportations européennes : recul au Royaume-Uni, poussée en Turquie et Israël
Les exportations de l'UE restent dominées par le Royaume-Uni, mais ce dernier a vu sa part se réduire. La Turquie et Israël sont devenus des marchés de croissance majeurs.
| Partenaire | Exportations 2015 | Exportations 2025 | Variation | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 2,50 Mrd € | 2,59 Mrd € | +3,6% | 49,7% |
| Turquie | 36 M€ | 1,09 Mrd € | +2 892,4% | 20,8% |
| Suisse | 238 M€ | 214 M€ | -10,2% | 4,1% |
| Israël | 56 M€ | 242 M€ | +333,9% | 4,6% |
| Japon | 71 M€ | 149 M€ | +108,2% | 2,8% |
| Chine | 179 M€ | 0,07 M€ | -100,0% | ~0% |
La dynamique des principaux partenaires pour les exportations souligne cette diversification vers la Turquie et le Proche-Orient.
3. Dynamiques structurelles : concentration, spécialisation et vulnérabilités
Au-delà des flux bruts, des transformations plus profondes affectent la structure du marché, la répartition de la production au sein de l'UE et la stabilité des approvisionnements.
3.1. Une concentration accrue des importations, une diversification des exportations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations a augmenté de 56,4%, passant de 1 610 à 2 518, indiquant une concentration croissante sur un nombre réduit de fournisseurs (principalement Maroc et Turquie). À l'inverse, l'HHI pour les exportations a baissé de 38,0%, traduisant une diversification des débouchés.
3.2. Une production intérieure européenne en léger repli
La production de véhicules CN 870321 dans l'UE a connu une évolution contrastée : une forte croissance de sa valeur (+66,9% entre 2015 et 2025) mais un recul de ses volumes (-8,0%). Cela suggère une montée en gamme des modèles produits localement.
| Indicateur | Valeur 2015 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (quantité) | 4,75 millions d'unités | 4,00 millions d'unités | -8,0% |
| Production (valeur) | 48,9 Mrd € | 56,0 Mrd € | +66,9% |
Les volumes de production de l'UE illustrent cette tendance à la stabilisation des volumes avec une valorisation croissante.
3.3. Une spécialisation géographique marquée au sein de l'UE
La production est concentrée dans quelques États membres disposant d'un avantage comparatif avéré (RCA > 1). La Roumanie (RCA = 8,0) et la Slovénie (RCA = 6,5) se distinguent comme les plus spécialisés, suivies de la Tchéquie, de l'Espagne et du Portugal.
La carte de la spécialisation des États membres révèle une géographie industrielle très inégale.
3.4. Une volatilité et des chocs de prix sur certaines routes commerciales
L'analyse de la volatilité (coefficient de variation) montre que certains flux sont très instables. Les importations en provenance d'Inde (CV = 1,71) ou de Serbie (CV = 1,18), et les exportations vers l'Algérie (CV = 1,50) ou la Chine (CV = 1,31) présentent des variations importantes. Un événement de choc de prix a été détecté sur les exportations vers Israël en 2017, avec une hausse anormale de 29,5% du prix unitaire.
Les indicateurs de volatilité et les événements de choc permettent d'identifier les points de tension.
Conclusion
La période 2015-2025 a consacré une reconfiguration profonde du marché européen des petites cylindrées. L'UE est devenue un importateur net, dépendant fortement du Maroc et de la Turquie pour son approvisionnement, tandis que son industrie se recentre sur des véhicules à plus forte valeur ajoutée. Cette évolution, marquée par une concentration des fournisseurs, une volatilité sur certaines routes et une spécialisation accrue de certains pays producteurs au sein de l'UE, souligne à la fois l'intégration de l'industrie automobile européenne dans des chaînes de valeur régionales et l'émergence de nouvelles vulnérabilités géo-commerciales.