Évolution du marché : Gazole (CN 271019) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code nomenclature 271019 — « Huiles moyennes et préparations, de pétrole ou de minéraux bitumineux, ne contenant pas de biodiesel, n.d.a. » — sur la période 2015–2025. Cette catégorie résiduelle regroupe un large éventail de produits pétroliers intermédiaires, parmi lesquels le gazole (CN 27101931), le pétrole lampant (CN 27101921), les gas oils à différentes teneurs en soufre (CN 27101944 à 27101948) et les fuel oils (CN 27101951, 27101962, 27101966, 27101967), ainsi que diverses huiles lubrifiantes et de « Huiles moyennes et préparations, de pétrole ou de minéraux bitumineux, ne contenant pas de biodiesel, n.d.a. ».
La période 2015–2025 est marquée par trois dynamiques majeures : une contraction structurelle des volumes échangés, un choc de prix d'une ampleur exceptionnelle en 2022 lié au conflit russo-ukrainien, et une profonde reconfiguration des flux d'approvisionnement de l'UE vers de nouveaux partenaires. Le présent rapport examine successivement ces trois dimensions.
1. Une contraction structurelle des volumes masquée par l'inflation des prix
L'écart croissant entre valeur et volume signale une déflation physique des échanges
Sur l'ensemble de la période, les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont perdu 30,2 % de leur volume (de 107,3 Mt en 2015 à 74,8 Mt en 2025), tandis que leur valeur en euros n'a reculé que de 8,6 %, passant de 44,7 Md€ à 48,5 Md€. Les exportations affichent une dynamique comparable : −28,5 % en volume (de 91,8 Mt à 65,6 Mt) mais +15,0 % en valeur (de 38,4 Md€ à 44,1 Md€). Cet écart s'explique par une hausse moyenne des prix unitaires de 55,3 % à l'import et de 60,7 % à l'export entre 2015 et 2025 (Vue d'ensemble du commerce).
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2022 (pic) | 2025 | Var. 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations — valeur (Md€) | 44,7 | 30,7 | 82,4 | 48,5 | +8,6 % |
| Importations — volume (Mt) | 107,3 | 89,1 | 84,7 | 74,8 | −30,2 % |
| Importations — prix (€/t) | 416,6 | 342,5 | 972,1 | 646,8 | +55,3 % |
| Exportations — valeur (Md€) | 38,4 | 26,1 | 69,8 | 44,1 | +15,0 % |
| Exportations — volume (Mt) | 91,8 | 71,9 | 74,7 | 65,6 | −28,5 % |
| Exportations — prix (€/t) | 418,2 | 331,8 | 933,8 | 672,1 | +60,7 % |
| Solde commercial (Md€) | −6,3 | −4,6 | −12,6 | −4,4 | +30,0 % |
Le solde commercial structurellement déficitaire de l'UE s'est cependant amélioré de 30 %, passant de −6,3 Md€ à −4,4 Md€, ce qui reflète davantage la contraction des volumes importés que le développement d'une capacité d'exportation autonome.
La crise sanitaire de 2020 a provoqué un creux sans précédent avant le rebond de 2022
L'année 2020 marque un point bas historique, avec des importations ramenées à 30,7 Md€ (−31,2 % par rapport à 2019) et des exportations à 26,1 Md€ (−38,6 %), en lien direct avec l'effondrement de la demande de transport pendant la pandémie de Covid-19. La reprise a été vigoureuse dès 2021, avant d'atteindre un pic exceptionnel en 2022 où les importations ont culminé à 82,4 Md€ et les exportations à 69,8 Md€, des niveaux jamais atteints sur la période. Ce pic est cependant entièrement porté par l'inflation des prix (+147 % pour les prix à l'import entre 2020 et 2022), les volumes restant inférieurs à leur niveau de 2020. L'année 2023 marque un retour à la normale en valeur (−23,3 % pour les importations, −22,6 % pour les exportations) avant une stabilisation en 2024–2025.
L'évolution du déficit commercial masque un découplage régional au sein de l'UE
Au niveau des États membres, la France reste le premier importateur de l'UE avec 10,5 Md€ en 2025, suivie des Pays-Bas (8,4 Md€) et de l'Italie (5,5 Md€). L'Allemagne a vu ses importations reculer de 34,7 % sur la période (de 4,1 Md€ à 2,7 Md€), signe d'une désindustrialisation partielle du secteur. À l'export, les Pays-Bas dominent (9,3 Md€ en 2025), devant la Belgique (5,2 Md€), la Grèce (5,2 Md€) et l'Espagne (4,6 Md€) (Importateurs et exportateurs de l'UE).
| État membre | Import. 2015 (Md€) | Import. 2025 (Md€) | Var. | Export. 2015 (Md€) | Export. 2025 (Md€) | Var. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| France | 9,9 | 10,5 | +6,0 % | — | — | — |
| Pays-Bas | 9,0 | 8,4 | −6,6 % | 8,7 | 9,3 | +7,5 % |
| Italie | 3,7 | 5,5 | +48,2 % | 3,9 | 3,7 | −4,9 % |
| Belgique | 3,9 | 4,4 | +11,5 % | 7,3 | 5,2 | −28,4 % |
| Allemagne | 4,1 | 2,7 | −34,7 % | 2,5 | 3,6 | +42,4 % |
| Espagne | 3,2 | 4,3 | +33,4 % | 2,2 | 4,6 | +104,4 % |
| Grèce | 1,9 | 2,7 | +40,7 % | 3,8 | 5,2 | +38,1 % |
2. Le séisme de 2022 : guerre en Ukraine, effondrement des importations russes et reconfiguration géopolitique des approvisionnements
La Russie, premier fournisseur de l'UE jusqu'en 2022, a vu ses exportations s'effondrer de 98,9 %
La dynamique la plus spectaculaire de la période est l'éviction quasi totale de la Russie en tant que fournisseur d'huiles moyennes de l'UE. En 2015, les importations en provenance de Russie représentaient 15,7 Md€, soit 35,2 % du total des importations extra-UE. Ce montant a culminé à 29,1 Md€ en 2022 (année de l'invasion de l'Ukraine), avant de s'effondrer à 2,7 Md€ en 2023 (−90,7 %) puis à 167 M€ en 2025, soit une chute de 98,9 % par rapport à 2015. En volume, le déclin est tout aussi brutal : les importations russes sont passées de 40,7 Mt en 2015 à 424 000 t en 2025, une réduction de plus de 99 % (Partenaires commerciaux).
| Fournisseur | Imp. 2015 (Md€) | Part 2015 | Imp. 2022 (Md€) | Part 2022 | Imp. 2025 (Md€) | Part 2025 | Var. 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Russie | 15,7 | 35,2 % | 29,1 | 35,3 % | 0,17 | 0,3 % | −98,9 % |
| Arabie saoudite | 3,0 | 6,8 % | 11,9 | 14,5 % | 8,2 | 16,9 % | +171,1 % |
| États-Unis | 6,3 | 14,0 % | 3,4 | 4,1 % | 6,1 | 12,6 % | −2,5 % |
| Koweït | 0,7 | 1,7 % | 3,2 | 3,9 % | 6,9 | 14,2 % | +826,8 % |
| Inde | 1,8 | 4,1 % | 5,5 | 6,7 % | 4,9 | 10,0 % | +163,6 % |
| Émirats arabes unis | 1,6 | 3,7 % | 4,1 | 5,0 % | 2,5 | 5,2 % | +53,1 % |
| Royaume-Uni | 4,5 | 10,1 % | 4,4 | 5,4 % | 1,5 | 3,0 % | −67,5 % |
L'Arabie saoudite et le Koweït ont comblé le vide, tandis que l'Inde s'est imposée comme un partenaire clé
L'espace laissé par la Russie a été partiellement occupé par une coalition de fournisseurs du Golfe et d'Asie. L'Arabie saoudite a progressé de 171 % (de 3,0 Md€ à 8,2 Md€), le Koweït de 827 % (de 0,7 Md€ à 6,9 Md€), et l'Inde de 164 % (de 1,8 Md€ à 4,9 Md€). Les Émirats arabes unis ont également augmenté leurs parts (+53 %). Ce rééquilibrage géographique est confirmé par l'indice de concentration HHI des importations, qui a chuté de 1 916 en 2015 à 975 en 2025 (−49 %), traduisant une diversification significative des sources d'approvisionnement (Concentration et spécialisation).
Le choc de prix de 2022 a été un événement systémique, affectant simultanément tous les partenaires
L'analyse des chocs révèle une conjonction exceptionnelle de hausses de prix sur l'ensemble des flux commerciaux en 2022. Pour les importations, les prix unitaires à l'égard de l'Inde ont bondi de 121,9 % par rapport à la baseline 2020–2021 (passant de 474 €/t à 1 053 €/t), tandis que ceux à l'égard de la Russie ont augmenté de 128,8 % (de 394 €/t à 901 €/t), de l'Arabie saoudite de 137,5 % (de 416 €/t à 988 €/t) et du Koweït de 138,0 % (de 458 €/t à 1 089 €/t). Du côté des exportations, les chocs de prix les plus prononcés ont touché le Nigeria (+156,9 %), la Libye (+138,8 %) et l'Ukraine (+123,8 %) en 2022 (Chocs d'approvisionnement).
| Partenaire | Type de flux | Prix baseline 2020–21 (€/t) | Prix 2022 (€/t) | Hausse | Anomalie (σ) |
|---|---|---|---|---|---|
| Inde | Import | 474 | 1 053 | +121,9 % | 6,3 |
| Russie | Import | 394 | 901 | +128,8 % | 5,0 |
| Arabie saoudite | Import | 416 | 988 | +137,5 % | 5,0 |
| Koweït | Import | 458 | 1 089 | +138,0 % | 4,5 |
| Nigeria | Export | 403 | 1 035 | +156,9 % | 6,7 |
| Suisse | Export | 470 | 948 | +101,7 % | 6,5 |
| Ukraine | Export | 559 | 1 250 | +123,8 % | 5,4 |
Les prix se sont partiellement normalisés dès 2023 (−20 à −30 % par rapport au pic de 2022), mais ils restent en 2025 à des niveaux nettement supérieurs à ceux d'avant-crise. Les prix à l'export vers le Royaume-Uni s'établissent à 684 €/t en 2025 contre 451 €/t en moyenne en 2020–2021, soit une prime résiduelle de 52 %.
3. Structure interne du marché européen : spécialisation, concentration et évolution segmentaire
Les Pays-Bas, la Belgique et la Grèce concentrent la spécialisation pétrolière de l'UE
L'analyse de la spécialisation à l'export (RSCA) en 2025 révèle une forte hétérogénéité au sein de l'UE. Malte (RSCA = 0,77), la Grèce (0,66), la Finlande (0,61) et la Lituanie (0,54) sont les États membres les plus spécialisés dans le commerce de produits CN 271019. À l'inverse, le Luxembourg (−0,97), Chypre (−0,93), l'Irlande (−0,84) et la Pologne (−0,78) sont les plus déficitaires en termes de spécialisation. Les Pays-Bas (RSCA = 0,34) et la Belgique (0,44) se distinguent par leur rôle de hubs de redistribution, avec respectivement 29,7 % et 21,5 % de la production EU dans ce segment (Spécialisation des États membres).
| État membre | RSCA 2025 | RCA | Part prod. EU | Part commerce EU |
|---|---|---|---|---|
| Malte | 0,77 | 7,69 | 0,3 % | 0,0 % |
| Grèce | 0,66 | 4,80 | 3,2 % | 0,7 % |
| Finlande | 0,61 | 4,15 | 4,2 % | 1,0 % |
| Lituanie | 0,54 | 3,34 | 2,1 % | 0,6 % |
| Belgique | 0,44 | 2,54 | 21,5 % | 8,5 % |
| Pays-Bas | 0,34 | 2,05 | 29,7 % | 14,5 % |
| Slovénie | 0,27 | 1,75 | 1,8 % | 1,0 % |
| Suède | 0,26 | 1,69 | 4,1 % | 2,4 % |
Le segment gazole ultra-bas soufre (CN 27101944) émerge comme la catégorie dominante en 2025
L'analyse des sous-catégories du code 271019 révèle une transformation structurelle du panier de produits. Le segment « Gazole ≤ 0,001 % de soufre » (CN 27101944), dont les données apparaissent à partir de 2025 avec 37,1 Mt importées (valeur de 23,3 Md€), domine désormais le tableau des importations. Cette émergence s'inscrit dans la dynamique de décarbonation et de renforcement des normes européennes sur les carburants. Parallèlement, le « Fuel oils pour traitement défini » (CN 27101951) a connu une contraction continue : de 21,4 Mt et 6,1 Md€ en 2015 à 5,0 Mt et 2,3 Md€ en 2025, soit un recul de 76 % en volume. Le gazole classique (CN 27101931) a également fortement décliné (de 3,8 Mt à 1,6 Mt), tandis que le pétrole lampant (CN 27101921) a progressé de 21 % en volume (de 15,2 Mt à 18,5 Mt) (Segmentation des produits).
| Sous-catégorie | Imp. vol. 2015 (Mt) | Imp. vol. 2025 (Mt) | Imp. val. 2015 (Md€) | Imp. val. 2025 (Md€) |
|---|---|---|---|---|
| Pétrole lampant (27101921) | 15,2 | 18,5 | 7,4 | 12,0 |
| Fuel oils traitement défini (27101951) | 21,4 | 5,0 | 6,1 | 2,3 |
| Gas oil 0,002–0,1 % S (27101947) | 8,0 | 2,1 | 3,7 | 1,4 |
| Gazole classique (27101931) | 3,8 | 1,6 | 1,6 | 0,9 |
| Gazole ≤ 0,001 % S (27101944) | n.d. | 37,1 | n.d. | 23,3 |
| Huiles lubrifiantes, n.d.a. (27101999) | 1,7 | 1,8 | 1,2 | 1,8 |
| Gas oil > 0,1 % S (27101948) | 2,4 | 0,6 | 0,9 | 0,3 |
La concentration des exportations reste plus stable mais le Royaume-Uni et l'Ukraine gagnent en importance
Côté exportations, l'HHI est passé de 707 à 810 (+14,6 %), une hausse modérée qui traduit une légère reconcentration autour de partenaires historiques. Le Royaume-Uni demeure de loin le premier client (7,5 Md€ en 2025, soit 17,0 % des exportations extra-UE), suivi par la Suisse, Gibraltar et les États-Unis. L'Ukraine apparaît toutefois comme la dynamique la plus marquante : ses importations en provenance de l'UE ont bondi de 612 M€ en 2015 à 3,5 Md€ en 2025 (+479 %), en lien avec la destruction des infrastructures pétrolières ukrainiennes et la perte d'accès aux approvisionnements russes. Le Maroc (+84,1 %, à 1,7 Md€) confirme également sa montée en puissance (Partenaires d'exportation).
Conclusion
Le marché européen du code CN 271019 sur la période 2015–2025 se caractérise par trois grandes ruptures. La première est la contraction de long terme des volumes échangés (−30 %), symptôme à la fois de la crise sanitaire de 2020, de la transition énergétique en cours et du renforcement des normes environnementales. La seconde — et la plus radicale — est la reconfiguration géopolitique des approvisionnements consécutive à l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 : la Russie, qui fournissait plus d'un tiers des importations de l'UE, a été quasi totalement évincée au profit d'une coalition de fournisseurs du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Émirats arabes unis) et asiatiques (Inde). Cette diversification, matérialisée par une baisse de 49 % de l'indice HHI des importations, a coûté cher à l'UE en termes de prix, avec un choc systémique de +130 % en 2022 dont les effets résiduels persistent en 2025.
La troisième rupture est d'ordre structurel et segmentaire : l'émergence du gazole ultra-bas soufre (CN 27101944) comme catégorie dominante en 2025, au détriment des fuel oils et du gazole conventionnel, témoigne de la montée en puissance des exigences de décarbonation dans la chaîne de valeur pétrolière européenne. À moyen terme, la poursuite de cette évolution, conjuguée au développement des biocarburants et des véhicules électriques, devrait accentuer la contraction structurelle des volumes de ce segment, tout en maintenant une pression à la hausse sur les prix des produits les plus raffinés.