Évolution du marché : Gazole (CN 27101947) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour le produit « Gas oil de pétrole ou de minéraux bitumineux, d’une teneur en poids de soufre > 0,002 % mais <= 0,1 % » (code combiné 27101947) sur la période 2015-2025. En se fondant sur les données de valeur (EUR), de volume (tonnes) et de prix (EUR/t), ainsi que sur la structure des partenaires commerciaux, ce document met en lumière trois dynamiques majeures : une amélioration spectaculaire de la balance commerciale, une réorientation profonde des flux commerciaux et une volatilité marquée, ponctuée par des chocs de prix.
1. Une amélioration spectaculaire de la balance commerciale européenne
La période 2015-2025 se caractérise par un renforcement remarquable de la position extérieure de l'UE sur le marché du gazole à faible teneur en soufre.
1.1. Une croissance des exportations en valeur malgré une baisse des volumes
Les exportations de l'UE ont connu une hausse modérée de leur valeur (+2,1 %), passant de 5,04 milliards € à 5,14 milliards €, mais sous l'effet conjugué d'une baisse des volumes (-21,8 %, de 10,8 à 8,4 millions de tonnes) et d'une forte hausse des prix unitaires (+30,6 %, de 467 à 610 €/t) (Détails des flux). Cela indique que les exportations européennes se sont tournées vers des marchés ou des segments plus rémunérateurs.
1.2. Un effondrement des importations depuis les pays tiers
En parallèle, les importations en provenance de pays tiers se sont contractées de manière drastique. Leur valeur a chuté de 62,7 %, passant de 3,66 milliards € à 1,36 milliard €, tandis que les volumes importés se sont effondrés de 73,3 % (de 8,0 à 2,1 millions de tonnes). Les prix à l'importation ont également connu une hausse (+39,4 %), mais insuffisante pour compenser l'effondrement des volumes.
1.3. Un solde commercialement de plus en plus excédentaire
Cette divergence entre des exportations en valeur stable et des importations en chute libre a conduit à une amélioration spectaculaire de l'excédent commercial de l'UE sur ce produit. Le solde (exportations moins importations) est ainsi passé de 1,38 milliard € en 2015 à 3,78 milliards € en 2025, soit une progression de 174,5 %. L'UE est ainsi devenue un exportateur net de plus en plus important de ce gazole.
| Indicateur | 2015 (première année) | 2025 (dernière année) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, Mds €) | 5,04 | 5,14 | +2,1 % |
| Exportations (volume, Mt) | 10,78 | 8,43 | -21,8 % |
| Importations (valeur, Mds €) | 3,66 | 1,36 | -62,7 % |
| Importations (volume, Mt) | 7,99 | 2,14 | -73,3 % |
| Solde commercial (Mds €) | 1,38 | 3,78 | +174,5 % |
Source : Vue d'ensemble des échanges
2. Une réorientation profonde des flux commerciaux
Au-delà des agrégats, la période est marquée par une transformation radicale de l'origine des importations et de la destination des exportations.
2.1. Le déclin des fournisseurs historiques et l'émergence de nouveaux partenaires
Les importations ont subi un choc structurel majeur. La Russie, premier fournisseur en 2015 avec 1,59 milliard €, a vu ses ventes à l'UE chuter à presque rien (135 238 €) en 2025, en lien avec les sanctions économiques. D'autres partenaires historiques comme le Royaume-Uni (-75,7 %) ou les États-Unis (-59,9 %) ont également diminué leurs livraisons. En contrepartie, de nouveaux fournisseurs ont émergé et gagné en importance : l'Arabie Saoudite (+389,5 %, passant de 40 à 197 millions €) et Israël (+520,7 %, de 15 à 96 millions €) (Partenaires à l'importation). La Norvège reste le premier fournisseur stable.
2.2. Une diversification des destinations d'exportation
À l'export, les destinations ont également évolué. La Suisse et Gibraltar, destinations majeures en 2015, ont vu leur part diminuer (-52,5 % et -78,2 % respectivement). À l'inverse, la Libye est devenue une destination cruciale, avec des exportations en valeur passant de 13 millions € à 743 millions € (+5445 %). L'Égypte, autrefois importante, a presque disparu des radars (-99,3 %). Les exportations vers « les provisions et approvisionnements à bord » (catégorie administrative) ont nettement augmenté, devenant le premier poste d'exportation en 2025 (Partenaires à l'exportation).
2.3. Une diminution de la concentration des échanges
Cette réorientation des partenaires s'est accompagnée d'une diversification des flux, comme l'indique l'indice de concentration Hirschman-Herfindahl (HHI). La concentration à l'importation a diminué de 2735 à 1889 points (-30,9 %), tandis qu'à l'exportation elle est passée de 1484 à 1126 points (-24,1 %). Cela signifie que les échanges reposent sur un éventail plus large de partenaires, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs ou clients (Analyse de concentration).
3. Une volatilité marquée et des chocs de prix ponctuels
La période, marquée par des crises géopolitiques et énergétiques, a généré une forte instabilité dans les flux commerciaux du gazole.
3.1. Des coefficients de variation élevés pour plusieurs partenaires
L'analyse de la volatilité (mesurée par le coefficient de variation) montre que les flux avec certains partenaires ont été particulièrement instables. À l'importation, les échanges avec la Biélorussie (CV=2,50), les Émirats arabes unis (CV=1,17), l'Inde (CV=1,58) ou la Russie (CV=1,06) ont présenté une forte variabilité. À l'exportation, des partenaires comme l'Algérie (CV=1,10), le Liban (CV=1,31) ou le Maroc (CV=0,93) ont connu des fluctuations importantes, reflétant une instabilité géopolitique ou économique (Barres de volatilité).
3.2. Des événements de chocs de prix isolés mais significatifs
L'algorithme de détection a identifié plusieurs événements de choc de prix, caractérisés par une forte anormalité statistique. En 2020, les exportations vers l'Algérie ont connu une hausse de prix anormale (anomalie de 22,9, hausse de 117,7 %). En 2022, des chocs similaires ont été observés pour les exportations vers l'Égypte (anomalie de 11,0, +160,3 %) et le Maroc (anomalie de 8,4, +105,3 %). Ces événements, bien que concentrés sur des parts de marché limitées, témoignent de perturbations ponctuelles sur ces routes commerciales (Événements de chocs).
3.3. L'impact de la crise énergétique de 2022
L'année 2022 apparaît comme un point d'inflexion majeur. Elle concentre plusieurs chocs de prix à l'exportation et coïncide avec le point culminant de la hausse des prix moyens du gazole (le prix à l'exportation a atteint un pic de 956 €/t et celui à l'importation de 948 €/t). Cette période correspond à la crise énergétique mondiale déclenchée par l'invasion de l'Ukraine et les sanctions contre la Russie, qui ont provoqué une volatilité extrême des prix des hydrocarbures et un réapprovisionnement urgent de l'UE auprès de fournisseurs alternatifs, expliquant en partie les chocs observés et la hausse des prix moyens sur la période.
Conclusion
L'analyse du commerce de l'UE en gazole (CN 27101947) sur la décennie 2015-2025 révèle une transformation profonde. L'UE a renforcé sa position d'exportateur net, grâce à une stabilité relative des ventes à l'étranger couplée à un effondrement des achats à l'étranger. Ce changement s'accompagne d'une réorientation massive des flux : l'éviction de la Russie en tant que fournisseur principal a été compensée par le développement de nouvelles sources d'approvisionnement, tandis que les destinations d'exportation se sont diversifiées. Cette période a cependant été marquée par une grande volatilité et des chocs de prix ponctuels, culminant en 2022 lors de la crise énergétique. Ces dynamiques témoignent à la fois de la capacité d'adaptation du marché européen face aux chocs géopolitiques et de son exposition persistante aux instabilités des marchés mondiaux des produits pétroliers.