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Évolution du marché : Diesel (CN 27101931) — 2015–2025

Introduction

Le gazole (code NC 27101931) constitue l'un des produits pétroliers les plus échangés au sein de l'Union européenne. Sur la période 2015–2025, l'UE a maintenu un déficit commercial structurel sur ce produit, signe d'une dépendance aux importations pour couvrir sa consommation intérieure. Ce rapport s'appuie sur les données générales de commerce extérieur et sur les indicateurs de concentration et de volatilité pour analyser les dynamiques majeures de ce marché sur une décennie marquée par des chocs géopolitiques majeurs.


1. La rupture de 2022 : de la dépendance russe à une diversification géographique sans précédent

La première décennie étudiée est dominée par un événement structurel majeur : l'effondrement quasi total des importations de gazole en provenance de Russie entre 2015 et 2025, et la reconfiguration des sources d'approvisionnement qui en a découlé.

1.1. La Russie, fournisseur dominant devenu marginal

En 2015, la Fédération de Russie représentait de loin le premier fournisseur de gazole de l'UE, avec des importations à hauteur de 1,56 milliard d'euros, soit une part prépondérante des importations totales (1,63 milliard d'euros). En 2025, les importations russes sont tombées à 7,9 millions d'euros, soit une chute de 99,5 % en valeur. Ce décrochage s'est accéléré à partir de 2022, en lien avec les sanctions européennes adoptées dans le contexte du conflit russo-ukrainien.

Évolution des importations par partenaire

1.2. L'émergence rapide de nouveaux fournisseurs pour combler le vide

Le retrait russe a été compensé par l'apparition ou la montée en puissance de plusieurs fournisseurs, dont les parts étaient auparavant marginales. Les données révèlent des progressions spectaculaires :

Partenaire Importations 2015 (€) Importations 2025 (€) Variation (%)
Irak 15 506 998 429 045 904 +2 667 %
Turkménistan 2 027 113 222 587 138 +10 881 %
Qatar 483 204 897 156 n/a
Türkiye 6 188 829 413 n/a

Ces quatre partenaires, qui représentaient ensemble moins de 20 millions d'euros en 2015, totalisent plus d'1,05 milliard d'euros en 2025. L'Irak et le Turkménistan s'imposent comme les deux principales alternatives à la Russie, tandis que le Qatar et la Turquie émergent comme des fournisseurs de poids à partir du début des années 2020.

1.3. Un déclin parallèle du Royaume-Uni comme partenaire commercial

Le Royaume-Uni, qui était à la fois le premier client (77,3 millions d'euros d'exportations en 2015) et un fournisseur notable (12,5 millions d'euros d'importations) de l'UE, a vu ses échanges se contracter. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont baissé de 43,5 %, passant de 12,5 à 7,1 millions d'euros. Ce recul, bien que moins brutal que celui de la Russie, témoigne d'une recommentation post-Brexit des flux d'énergie entre l'UE et le Royaume-Uni.

Évolution des exportations par pays de destination


2. Contraction des volumes, hausse des prix : un marché sous tension structurelle

La période 2015–2025 se caractérise simultanément par un recul marqué des volumes échangés et une hausse significative des prix unitaires, dessinant le portrait d'un marché en réorientation profonde.

2.1. Un recul massif des volumes importés et exportés

Les volumes importés par l'UE sont passés de 3,83 millions de tonnes en 2015 à 1,57 million de tonnes en 2025, soit une contraction de 59,0 %. En valeur, les importations ont reculé de 44,2 %, passant de 1,63 milliard à 906 millions d'euros.

Côté exportations, la dynamique est encore plus prononcée : les volumes exportés ont chuté de 68,7 % (de 172 313 à 53 923 tonnes), tandis que la valeur a diminué de 59,5 % (de 81,7 à 33,1 millions d'euros). La contraction des exportations, proportionnellement plus forte en volume qu'en valeur, indique que l'UE a perdu progressivement sa capacité d'exportation de gazole vers les marchés tiers.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Importations — valeur (M€) 1 625 906 −44,2 %
Importations — volume (kt) 3 825 1 568 −59,0 %
Exportations — valeur (M€) 81,7 33,1 −59,5 %
Exportations — volume (kt) 172 54 −68,7 %
Solde commercial (M€) −1 543 −873 +43,4 %

(Sources : vue d'ensemble du commerce)

2.2. Une hausse substantielle des prix unitaires

Malgré la baisse des volumes, les prix unitaires ont progressé de manière significative :

  • Prix à l'importation : de 425 €/t (2015) à 577 €/t (2025), soit +35,9 %
  • Prix à l'exportation : de 474 €/t (2015) à 613 €/t (2025), soit +29,3 %

Le prix à l'importation a atteint un maximum de 891 €/t sur la période, précisément en 2022, année du déclenchement du conflit en Ukraine et du pic des tensions sur le marché européen de l'énergie. Cette hausse des prix traduit à la fois l'inflation générale des coûts de l'énergie, le report de la demande sur des sources d'approvisionnement plus éloignées (et donc plus coûteuses en logistique), et la prime de risque géopolitique associée à la nouvelle carte des fournisseurs.

2.3. Un déficit commercial qui se réduit, porté par la hausse des prix plus que par les volumes

Le solde commercial est resté déficitaire sur toute la période, mais s'est amélioré de 43,4 %, passant de −1,54 milliard d'euros à −873 millions. Cette amélioration est toutefois largement artificielle : elle résulte davantage de l'effondrement des volumes importés que d'une quelconque dynamique de substitution à la production intérieure. En effet, aucun code PRODCOM n'est associé à ce code NC, ce qui empêche toute comparaison avec la production domestique de l'UE.


3. Chocs de prix et volatilité : les cicatrices des crises géopolitiques

La période 2015–2025 a été marquée par des épisodes de volatilité exceptionnelle, révélant la sensibilité du marché européen du gazole aux chocs géopolitiques.

3.1. Un choc de prix d'exportation vers le Royaume-Uni d'une ampleur exceptionnelle en 2021

L'événement le plus marquant détecté dans les données est un choc de prix extrême sur les exportations vers le Royaume-Uni en 2021. Avec une anomalie de prix de 39,7 écarts-types et un bond de +1 788 %, cet épisode constitue un signal de déséquilibre majeur. Il pourrait refléter des difficultés d'approvisionnement du Royaume-Uni à la suite du Brexit — les perturbations logistiques et douanières ayant pu créer des pénuries locales et un renchérissement temporaire des prix.

Chocs d'approvisionnement détectés

3.2. Le choc de prix à l'importation lié à la Russie en 2022

En parallèle, un choc de prix sur les importations en provenance de Russie a été détecté en 2022, avec une anomalie de 4,2 écarts-types et une hausse de +122,8 %. Ce choc correspond à l'accélération de la crise énergétique européenne, à la veille de l'embargo progressif sur les produits pétroliers russes. Il marque le dernier soubresaut d'une relation commerciale appelée à se tarir presque totalement.

3.3. Des degrés de volatilité très hétérogènes selon les partenaires

L'analyse des coefficients de variation (CV) sur la période révèle des niveaux de volatilité très contrastés entre partenaires :

Partenaire (importations) CV
Royaume-Uni 1,80
Canada 1,77
États-Unis 1,72
Malaisie 2,00
Irak 1,22
Arabie saoudite 1,10
Turquie 0,94
Turkménistan 0,70
Russie 0,53

(Source : indicateurs de volatilité)

Les partenaires « historiques » (Russie, Turkménistan) présentent une volatilité relativement modérée, car les flux étaient stables avant leur interruption brutale. À l'inverse, les nouveaux fournisseurs comme l'Irak, la Turquie ou des partenaires plus lointains (États-Unis, Canada, Malaisie) affichent une volatilité élevée, signe d'une relation commerciale encore instable et sensible aux aléas géopolitiques et logistiques.

Du côté des exportations, la volatilité est très élevée pour la plupart des destinations, notamment le Nigeria (CV = 2,82), la Tunisie (CV = 2,65) et le Venezuela (CV = 1,73). Ces niveaux confirment que les exportations européennes de gazole vers des marchés tiers restent des flux sporadiques et irréguliers, sans ancrage structurel.

3.4. Une concentration des importations en forte baisse, mais des exportations restées très concentrées

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a chuté de 9 637 à 3 298 (−65,8 %), confirmant une diversification spectaculaire des sources d'approvisionnement. En revanche, l'HHI des exportations est resté très élevé (environ 9 872 en 2025), signe que les exportations européennes de gazole restent fortement concentrées sur un nombre limité de destinations — principalement le Royaume-Uni, qui représente systématiquement la quasi-totalité des flux.

Indice de concentration HHI


Conclusion

La période 2015–2025 aura été celle d'une transformation profonde du marché européen du gazole. L'événement structurant reste sans conteste l'effondrement des importations en provenance de Russie (−99,5 % en valeur), conséquence directe des sanctions imposées à partir de 2022. Ce retrait a conduit à une diversification géographique accélérée, avec l'émergence de l'Irak, du Turkménistan, du Qatar et de la Turquie comme nouveaux fournisseurs majeurs, faisant chuter l'indice de concentration des importations de 9 637 à 3 298.

Parallèlement, le marché a connu une contraction sévère des volumes (−59 % à l'importation, −69 % à l'exportation) compensée partiellement par une hausse significative des prix unitaires (+36 % à l'importation, +29 % à l'exportation). Le déficit commercial structurel s'est réduit de 43 %, mais cette amélioration reflète largement un affaiblissement de la capacité d'importation plutôt qu'un regain de compétitivité.

Enfin, la volatilité et les chocs de prix observés — notamment l'anomalie extrême sur les exportations vers le Royaume-Uni en 2021 et le choc de prix russe en 2022 — témoignent d'un marché resté vulnérable aux crises géopolitiques. La concentration persistante des exportations sur le Royaume-Uni et l'irrégularité des flux vers les marchés tiers soulignent que, si la reconfiguration des importations a été globalement réussie, le positionnement européen à l'export sur le marché mondial du gazole demeure fragile et dominé par la proximité géographique immédiate.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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