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Évolution du marché : Fuel oils (CN 27101966) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 27101966 désigne les fuel oils dérivés de minéraux bitumineux, à teneur en soufre comprise entre 0,1 % et 0,5 % en poids, à l'exclusion des produits destinés à la transformation chimique et de ceux contenant du biodiesel. Ce produit occupe une place importante dans le mix énergétique européen, notamment pour le chauffage industriel et la propulsion maritime.

Le présent rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2020–2025 (les données complètes disponibles dans le jeu de données couvrent ces six années). Il s'attache à identifier les dynamiques structurelles qui ont façonné ce marché : une contraction marquée des exportations, un réapprovisionnement géopolitique majeur des importations, et un environnement de prix durablement transformé par les chocs de 2022.

Pour une vue d'ensemble du produit et de ses définitions, consulter la fiche produit CN 27101966.


1. Un déficit commercial qui se creuse : l'UE passe d'exportateur net à demandeur structurel

1.1 L'effondrement des exportations européennes

Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont connu un recul spectaculaire entre 2020 et 2025 :

Indicateur 2020 2025 Variation
Valeur (Mds EUR) 2,33 1,76 -24,1 %
Volume (millions de tonnes) 7,87 3,97 -49,6 %
Prix moyen (EUR/t) 295 445 +50,6 %

Le volume exporté a été pratiquement divisé par deux, passant de 7,87 à 3,97 millions de tonnes. Cette contraction ne s'explique pas par un effondrement de la demande mondiale, mais plutôt par la réorientation des flux raffinés européens vers le marché intérieur et par la perte de compétitivité des raffineries européennes face à des coûts d'énergie structurellement plus élevés depuis 2022.

Pour le détail des flux par pays, voir l'onglet partenaires.

1.2 La montée en puissance des importations

À l'inverse, les importations ont connu une trajectoire ascendante :

Indicateur 2020 2025 Variation
Valeur (Mds EUR) 0,50 0,97 +91,8 %
Volume (millions de tonnes) 1,78 2,08 +17,1 %
Prix moyen (EUR/t) 284 466 +63,8 %

La valeur des importations a presque doublé (+91,8 %), portée à la fois par une hausse des volumes et surtout par une flambée des prix. Ce renversement illustre une dépendance croissante de l'UE vis-à-vis de sources d'approvisionnement extérieures pour ce type de fuel oil à faible teneur en soufre.

1.3 L'érosion de l'excédent commercial

La balance commerciale de l'UE sur ce produit s'est détériorée de manière continue :

Année Balance commerciale (Mds EUR)
2020 1,82
2025 0,80

L'excédent a été divisé de plus de moitié (-56,2 %), passant de 1,82 milliard d'euros à 0,80 milliard. Si l'UE reste excédentaire en valeur, la trajectoire indique un rapprochement vers l'équilibre, voire un basculement potentiel vers le déficit si les tendances observées se poursuivent.

Consulter l'aperçu général des échanges pour l'ensemble des indicateurs.


2. La réorientation géopolitique des approvisionnements : de la Russie vers l'Afrique du Nord et les pays nordiques

2.1 L'effacement quasi total des importations russes

Le bouleversement le plus marquant de la période est l'effondrement des importations en provenance de Russie :

Partenaire Valeur 2020 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation
Fédération de Russie 95,5 0,5 -99,5 %

Les importations russes, qui représentaient encore 95,5 millions d'euros en 2020, sont tombées à 0,5 million en 2025, soit une quasi-disparition. Ce mouvement s'inscrit directement dans le cadre des sanctions européennes adoptées à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. L'indice de volatilité des importations russes (coefficient de variation de 1,11) confirme l'extrême instabilité de cette source d'approvisionnement au cours de la période.

2.2 L'émergence de l'Algérie, de la Norvège et de la Tunisie

Pour compenser la perte du fournisseur russe, l'UE s'est tournée vers de nouveaux partenaires, principalement en Afrique du Nord et en Europe du Nord :

Partenaire Valeur 2020 (M EUR) Valeur 2025 (M EUR) Variation
Algérie 11,8 369,5 +3 028,8 %
Norvège 24,7 223,5 +805,4 %
Tunisie 0,08 80,0 +95 009,6 %
Royaume-Uni 107,0 119,3 +11,5 %

L'Algérie est devenue le premier fournisseur de l'UE, avec une croissance de plus de 3 000 %, passant de 11,8 à 369,5 millions d'euros. La Norvège a également considérablement accru ses livraisons (+805,4 %), tandis que la Tunisie, fournisseur quasi inexistant en 2020, est apparue comme un partenaire significatif (80 millions d'euros en 2025). Le Royaume-Uni maintient une position stable et stratégique, profitant de sa proximité géographique et de l'intégration des chaînes logistiques post-Brexit.

2.3 Une concentration accrue des importations

Ce réapprovisionnement s'est accompagné d'une augmentation de la concentration des sources d'importation, mesurée par l'indice HHI (Herfindahl-Hirschman) :

Indicateur 2020 2025 Variation
HHI importations (valeur) 2 056 2 369 +15,2 %
HHI importations (volume) 1 840 2 324 +26,3 %

La concentration des importations en valeur a augmenté de 15,2 %, indiquant que les flux se sont recentrés sur un nombre plus restreint de fournisseurs. Ce phénomène de concentration accrue, bien que reflétant une diversification géographique (passage de la Russie vers l'Afrique du Nord), comporte un risque de dépendance nouvelle vis-à-vis d'un nombre limité de partenaires stratégiques.

Pour l'analyse complète de la concentration, voir l'onglet concentration.


3. Prix, chocs et structure du marché : un marché durablement transformé par la crise de 2022

3.1 La hausse structurelle des prix

Les prix moyens, tant à l'import qu'à l'export, ont connu une hausse spectaculaire :

Fléchettement Prix 2020 (EUR/t) Prix 2025 (EUR/t) Variation
Exportations 295 445 +50,6 %
Importations 284 466 +63,8 %

Les prix ont augmenté de 50 à 64 % selon le sens du flux. Cette hausse dépasse largement l'inflation générale et reflète la transmission des surcoûts énergétiques européens ainsi que la prime géopolitique intégrée dans les prix du pétrole et de ses dérivés depuis 2022. Le prix à l'export a atteint un maximum de 699 EUR/t au cours de la période, tandis que le prix à l'import a culminé à 681 EUR/t.

3.2 Les chocs de prix de 2022 : un tournant pour le marché

L'analyse des événements de choc détectés révèle que l'année 2022 a constitué un point d'inflexion majeur :

Partenaire Type de choc Sens Anomalie Hausse de prix Année
Ceuta Prix Exportations 5,8 +79,4 % 2022
Fédération de Russie Prix Importations 4,7 +109,5 % 2022
Panama Prix Exportations 4,5 +89,1 % 2022

Les importations en provenance de Russie ont connu un choc de prix exceptionnel (+109,5 %), cohérent avec la volatilité extrême des flux avec ce partenaire au moment de l'introduction des sanctions. Les exportations vers Ceuta (enclave espagnole au Maroc) et Panama ont également subi des hausses de prix inhabituelles (respectivement +79,4 % et +89,1 %), témoignant de la transmission globale du choc énergétique de 2022 à l'ensemble des routes commerciales.

Pour l'ensemble des événements de choc, consulter l'onglet chocs d'approvisionnement.

3.3 Spécialisation et structure des échanges intra-européens

L'analyse de la spécialisation en 2025 révèle une hétérogénéité marquée entre les États membres de l'UE :

Pays membre RSCA Part dans les exportations du produit Part dans le commerce total du pays
Malte 0,91 0,9 % 0,04 %
Suède 0,62 10,4 % 2,4 %
France 0,56 27,9 % 7,8 %
Danemark 0,55 5,9 % 1,7 %
Pologne -1,00 ~0 % 6,6 %
Tchéquie -1,00 0 % 4,8 %

La France et la Suède sont les principaux exportateurs intra-UE et se distinguent par une spécialisation élevée dans ce produit (RSCA de 0,56 et 0,62 respectivement). À l'inverse, la Pologne et la Tchéquie, poids lourds du commerce intra-UE, ne participent quasiment pas aux échanges de ce fuel oil spécifique, ce qui s'explique par leur structure énergétique et leur dépendance au charbon et au gaz plutôt qu'aux produits pétroliers lourds.

L'Espagne, le Portugal et l'Italie demeurent les plus grands exportateurs de l'UE vers les pays tiers (108 M EUR, 515 M EUR et 329 M EUR respectivement en 2025), tandis que la Belgique, les Pays-Bas et l'Espagne figurent parmi les principaux importateurs (228 M EUR, 134 M EUR et 242 M EUR).

La concentration des exportations a elle aussi augmenté (HHI passé de 959 à 1 526, soit +59,2 %), indiquant un resserrement des flux autour d'un nombre limité d'États membres exportateurs.

Voir l'onglet États membres pour le détail par pays.


Conclusion

Le marché européen des fuel oils à faible teneur en soufre (CN 27101966) a profondément évolué entre 2020 et 2025. Trois tendances majeures se dégagent :

  1. Un basculement structurel : l'UE est passée d'une position d'exportateur net excédentaire à un marché où les importations progressent nettement plus vite que les exportations, tant en valeur (+91,8 % contre -24,1 %) qu'en volume (+17,1 % contre -49,6 %).

  2. Une réorientation géopolitique des flux : l'effacement de la Russie comme fournisseur (-99,5 %) a été compensé par la montée en puissance de l'Algérie (+3 029 %), de la Norvège (+805 %) et de la Tunisie, créant de nouvelles dépendances stratégiques en Afrique du Nord.

  3. Un choc de prix durable : les prix moyens ont augmenté de 50 à 64 %, sous l'effet combiné de la crise énergétique de 2022 (chocs de prix dépassant +100 % sur certaines routes) et de la restructuration des approvisionnements.

La concentration accrue des échanges (HHI à la hausse tant à l'import qu'à l'export) suggère un marché moins diversifié qu'au début de la période, ce qui appelle une vigilance accrue des décideurs européens en matière de sécurité d'approvisionnement énergétique.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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