Évolution du marché : Fuel oils (CN 27101962) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges extérieurs de l'Union européenne pour le code NC 27101962 — les fuel oils issus de minéraux bitumineux à teneur en soufre ≤ 0,1 % — sur la période 2015–2025. Ce produit, classé au sein de la catégorie des huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux (position 2710), occupe une place spécifique dans le secteur énergétique en raison de ses caractéristiques de faible teneur en soufre, le rendant conforme aux réglementations environnementales strictes, notamment la directive IMO 2020 sur les émissions soufrées du transport maritime.
L'analyse des données résumées dans le tableau de bord révèle trois dynamiques majeures : une transformation structurelle du commerce européen, passant d'une position d'importateur net à celle d'exportateur majeur ; un choc majeur lié à la crise énergétique de 2022 ; et une profonde reconfiguration géographique des partenaires commerciaux.
1. Du déficit au surplus : la métamorphose du commerce européen de fuel oils à faible teneur en soufre
La période 2015–2025 se caractérise par un retournement spectaculaire de la position commerciale de l'UE sur ce segment. Partant d'un excédent modeste en 2015, l'Union est devenue un exportateur net de premier plan à l'horizon 2025.
1.1. Une trajectoire d'exportations en forte croissance
Les exportations de fuel oils à faible teneur en soufre hors UE ont connu une progression remarquable sur la période :
| Indicateur | 2015 (première valeur) | 2025 (dernière valeur) | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds EUR) | 0,53 | 2,05 | +289,4 % |
| Volume (milliers de tonnes) | 1 514 | 4 061 | +168,2 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 348 | 506 | +45,2 % |
Source : Tableau de bord — vue d'ensemble
La valeur exportée a atteint un maximum de 3,30 milliards d'euros au cours de la période, tandis que le volume culminait à 5,37 millions de tonnes. La croissance de la valeur (+289 %) a nettement dépassé celle du volume (+168 %), ce qui traduit un effet prix positif lié à la hausse des cours mondiaux des produits pétroliers, particulièrement marquée à partir de 2021.
1.2. Un déclin structurel des importations
En parallèle, les importations en provenance de pays tiers ont suivi une trajectoire descendante prononcée :
| Indicateur | 2015 (première valeur) | 2025 (dernière valeur) | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds EUR) | 0,33 | 0,25 | −24,2 % |
| Volume (milliers de tonnes) | 953 | 405 | −57,5 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 342 | 610 | +78,3 % |
Source : Tableau de bord — vue d'ensemble
Le volume importé a chuté de plus de moitié, passant d'un maximum historique de 2,25 millions de tonnes à seulement 405 000 tonnes en 2025. La baisse de la valeur (-24 %) a été atténuée par la hausse des prix (+78 %), masquant partiellement l'ampleur du recul physique des flux.
1.3. Un excédent commercial en expansion fulgurante
La combinaison de ces deux tendances a produit un creusement spectaculaire de l'excédent commercial :
| Année | Solde (M EUR) |
|---|---|
| 2015 (première valeur) | 201 |
| Minimum sur la période | 201 |
| Maximum sur la période | 2 508 |
| 2025 (dernière valeur) | 1 806 |
Source : Tableau de bord — vue d'ensemble
Le solde positif est passé de 201 millions d'euros à 1,81 milliard d'euros (+798 %), avec un pic à 2,51 milliards. Cette dynamique témoigne d'un renforcement de la compétitivité européenne sur ce segment, potentiellement lié à la capacité des raffineries européennes à produire des fuel oils conformes aux nouvelles normes soufrées internationales, ainsi qu'à la restructuration des flux énergétiques mondiaux.
2. Le choc de 2022 : la crise énergétique comme accélérateur de la transformation du marché
L'année 2022 constitue un tournant majeur dans l'histoire de ce marché, avec l'apparition de chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle sur plusieurs flux commerciaux. Ces chocs s'inscrivent dans le contexte plus large de la crise énergétique mondiale déclenchée par l'invasion russe de l'Ukraine et les sanctions qui ont suivi.
2.1. Des chocs de prix d'une intensité exceptionnelle
L'analyse de volatilité et des chocs identifie trois événements majeurs centrés sur l'année 2022 :
| Partenaire | Flux | Type de choc | Amplitude (décalage) | Anomalie | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Exportations | Prix | +357,4 % | 28,5 | 19,5 % |
| Gibraltar | Exportations | Prix | +126,1 % | 5,1 | 32,4 % |
| Norvège | Importations | Prix | +165,0 % | 4,8 | 27,5 % |
Source : Volatilité — chocs d'approvisionnement
Le choc le plus spectaculaire concerne les exportations vers le Royaume-Uni, avec un décalage de prix de +357 % et un indice d'anomalie de 28,5, un niveau exceptionnel. Les exportations vers Gibraltar et les importations en provenance de Norvège ont également enregistré des hausses de prix supérieures à 100 %. Gibraltar, hub maritime de premier plan, a capté 32,4 % de la valeur exportée de l'UE vers les pays tiers.
2.2. Une volatilité différenciée selon les partenaires
Les indicateurs de volatilité révèlent des niveaux de variation très hétérogènes :
Importations — Coefficients de variation les plus élevés :
| Partenaire | CV |
|---|---|
| Biélorussie | 1,35 |
| États-Unis | 1,24 |
| Kazakhstan | 1,15 |
| Turquie | 0,76 |
| Russie | 0,64 |
Exportations — Coefficients de variation les plus élevés :
| Partenaire | CV |
|---|---|
| Émirats arabes unis | 2,11 |
| Singapour | 1,06 |
| Corée du Sud | 0,88 |
| Nigeria | 0,88 |
| Togo | 0,77 |
Source : Volatilité
Les flux avec la Biélorussie (CV = 1,35) et les États-Unis (CV = 1,24) côté importations, et les Émirats arabes unis (CV = 2,11) côté exportations, affichent une instabilité remarquable, caractéristique de marchés où les volumes et les prix sont fortement influencés par des événements géopolitiques ou des décisions commerciales ponctuelles.
2.3. L'impact structurel de la crise sur le prix moyen
La hausse généralisée des prix moyens, tant à l'importation (+78 %) qu'à l'exportation (+45 %), traduit l'impact durable du choc de 2022. Le prix moyen des importations (610 EUR/t en 2025) dépasse désormais celui des exportations (506 EUR/t), un renversement par rapport à la situation de 2015 où les deux niveaux étaient quasi-identiques (respectivement 342 et 348 EUR/t). Ce différentiel peut refléter un renchérissement plus marqué des sources d'approvisionnement restantes, notamment norvégiennes et de pays non spécifiés.
3. Restructuration géographique : concentration des importations et diversification des exportations
L'analyse des partenaires commerciaux et de la structure de concentration du marché met en évidence une divergence fondamentale entre les dynamiques d'importation et d'exportation.
3.1. Des importations de plus en plus concentrées sur peu de fournisseurs
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations est passé de 3 682 à 4 217 (+14,5 %), un niveau caractérisant un marché hautement concentré :
| HHI Importations (valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Indice | 3 682 | 4 217 | +14,5 % |
| Minimum | — | 2 504 | — |
| Maximum | — | 4 567 | — |
La réduction des sources d'approvisionnement a eu pour effet de concentrer les importations sur un nombre réduit de fournisseurs. Les principaux partenaires à l'importation illustrent cette recomposition :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 143 | 48 | −66,4 % |
| Russie | 111 | 26 | −76,4 % |
| Norvège | 28 | 123 | +344,4 % |
| Biélorussie | 0,8 | 3,1 | +309,5 % |
| Israël | 20 | 13 | −35,6 % |
Source : Partenaires — importations
Le déclin des importations russes (−76 %) et britanniques (−66 %) a été partiellement compensé par l'essor des fournitures norvégiennes (+344 %), qui sont passées de 28 à 123 millions d'euros, faisant de la Norvège le premier fournisseur extra-UE en 2025. Ce transfert s'explique vraisemblablement par les sanctions européennes sur les produits pétroliers russes et la proximité géographique et réglementaire de la Norvège. Les importations en provenance de la Biélorussie ont connu une trajectoire très instable (maximum à 46 M EUR, valeur finale à 3,1 M EUR), reflétant les effets des sanctions et contournements.
3.2. Des exportations vers des hubs maritimes et des destinations stratégiques
Côté exportations, le HHI a suivi la trajectoire inverse, passant de 3 717 à 1 984 (−47 %), témoignant d'une diversification significative des destinations :
| HHI Exportations (valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Indice | 3 717 | 1 984 | −46,6 % |
| Minimum | — | 1 437 | — |
| Maximum | — | 3 717 | — |
Les principaux partenaires à l'exportation révèlent la montée en puissance de destinations atypiques :
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Stocks et approvisionnements* | 149 | 416 | +179 % |
| Territoires non spécifiés | 17 | 833 | +4 678 % |
| Haute mer | 1,9 | 84 | +4 209 % |
| Gibraltar | 14 | 264 | +1 788 % |
| Royaume-Uni | 175 | 64 | −63,4 % |
| États-Unis | 122 | 122 | +0,1 % |
| Canada | 49 | 54 | +8,9 % |
*Dans le cadre du commerce extra-UE
Source : Partenaires — exportations
La part des exportations vers les « territoires non spécifiés » (+4 678 %), la « haute mer » (+4 209 %) et Gibraltar (+1 788 %) suggère un développement du commerce de bunkérage (approvisionnement des navires) et du commerce de transit. Gibraltar, en tant que point de ravitaillement maritime stratégique au détroit, concentre à lui seul 264 millions d'euros d'exportations en 2025. La croissance des flux vers les « stocks et approvisionnements dans le cadre du commerce extra-UE » (+179 %) confirme l'importance du marché du bunkérage maritime, directement lié à la conformité IMO 2020.
3.3. Une spécialisation géographique des États membres en matière d'exportation
Les indicateurs de spécialisation révèlent une forte concentration des capacités d'exportation au sein de l'UE :
| État membre | RCA | RSCA | Part dans les exportations UE |
|---|---|---|---|
| Malte | 17,60 | 0,89 | 0,7 % |
| Belgique | 5,41 | 0,69 | 45,8 % |
| Danemark | 2,91 | 0,49 | 5,0 % |
| Estonie | 2,58 | 0,44 | 0,9 % |
| Pays-Bas | 2,20 | 0,38 | 32,0 % |
Source : Spécialisation
La Belgique et les Pays-Bas dominent largement les exportations européennes, représentant ensemble près de 78 % de la valeur exportée par l'UE. Cette concentration s'explique par la présence de complexes raffinico-pétrochimiques majeurs à Anvers et Rotterdam, combinée à des infrastructures portuaires de premier plan. Les principaux États membres exportateurs confirment cette structure :
| État membre | Exportations 2015 (M EUR) | Exportations 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 170 | 923 | +444 % |
| Pays-Bas | 231 | 446 | +93 % |
| Espagne | 27 | 357 | +1 206 % |
| Suède | 5,3 | 74 | +1 300 % |
| Italie | 24 | 106 | +347 % |
Source : États membres — exportations
La progression spectaculaire de l'Espagne (+1 206 %) et de la Suède (+1 300 %) indique une diversification des capacités d'exportation au-delà du cœur historique Benelux. Côté importations, l'Allemagne (+6 536 %) et le Danemark (+110 %) ont connu des hausses notables, tandis que les Pays-Bas (−87 %), l'Estonie (−95 %) et la Suède (−100 %) ont vu leurs importations s'effondrer.
Conclusion
L'analyse du commerce de l'UE en fuel oils à faible teneur en soufre (CN 27101962) sur la période 2015–2025 met en lumière une triple transformation du marché.
Premièrement, l'Union européenne a consolidé sa position d'exportateur net majeur, avec un excédent commercial passé de 201 millions à 1,81 milliard d'euros. Cette évolution reflète à la fois les capacités de production des raffineries européennes et la demande mondiale croissante pour des combustibles conformes aux normes environnementales internationales, notamment la réglementation IMO 2020 sur la teneur en soufre des carburants maritimes.
Deuxièmement, la crise énergétique de 2022 a constitué un choc structurel, avec des hausses de prix supérieures à 100 % sur plusieurs flux clés. Les sanctions contre les produits pétroliers russes ont accéléré la reconfiguration des approvisionnements, au profit notamment de la Norvège, devenue le premier fournisseur extra-UE.
Troisièmement, les structures commerciales se sont différenciées : les importations se sont concentrées sur un nombre réduit de fournisseurs (HHI en hausse de 14 %), tandis que les exportations se sont diversifiées (HHI en baisse de 47 %), avec l'émergence de flux importants vers des hubs de bunkérage maritime (Gibraltar, haute mer) et des destinations stratégiques.
À l'horizon 2025, le marché européen des fuel oils à faible teneur en soufre apparaît comme un segment dynamique et en croissance, dont la trajectoire sera conditionnée par l'évolution des réglementations environnementales internationales, la géopolitique énergétique et la capacité des raffineries européennes à maintenir leur avantage concurrentiel sur les produits à faible teneur en soufre.