Évolution du marché : Gazole (CN 27101948) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne pour le code douanier 27101948, correspondant au gazole de pétrole ou de minéraux bitumineux à teneur en soufre supérieure à 0,1 %, excluant les produits contenant du biodiesel et destinés à une transformation chimique. Sur la période 2015–2025, ce marché a connu une contraction structurelle profonde tant en volume qu'en valeur, accompagnée de transformations majeures des partenaires commerciaux et de la géographie des flux. Les données mettent en lumière trois dynamiques principales : un déclin généralisé des échanges, une réorganisation géographique spectaculaire des partenaires et des flux intra-UE, et une période de chocs de prix liée à la crise énergétique de 2022.
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1. Une contraction structurelle et généralisée des échanges extérieurs de l'UE
1.1. Des exportations en chute de plus de 80 %
Les exportations extra-UE de gazole à haute teneur en soufre ont connu un recul massif entre 2015 et 2025. En valeur, elles sont passées de 2,45 milliards d'euros à environ 504 millions d'euros, soit une baisse de 79,4 %. En volume, le déclin est encore plus prononcé : de 5,55 millions de tonnes à 910 000 tonnes, soit une contraction de 83,6 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (Mds EUR) | 2,45 | 0,50 | −79,4 % |
| Volume exportations (Mt) | 5,55 | 0,91 | −83,6 % |
| Prix moyen export. (EUR/t) | 442 | 554 | +25,4 % |
Cette évolution reflète vraisemblablement le durcissement des normes environnementales européennes (notamment les directives sur la qualité des carburants maritimes, IMO 2020 limitant la teneur en soufre à 0,5 %) et la transition progressive du mix énergétique européen vers des produits moins carbonés et à moindre teneur en soufre.
1.2. Des importations en déclin, mais de moindre ampleur
Les importations extra-UE ont également reculé, mais dans des proportions moindres. La valeur est passée de 889 millions d'euros à 320 millions d'euros (−64,0 %), et le volume de 2,44 millions de tonnes à 582 000 tonnes (−76,1 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M EUR) | 889 | 320 | −64,0 % |
| Volume importations (Mt) | 2,44 | 0,58 | −76,1 % |
| Prix moyen import. (EUR/t) | 364 | 550 | +50,9 % |
Le prix moyen des importations a progressé de 50,9 %, davantage que celui des exportations (+25,4 %), ce qui a contribué à la compression de l'excédent commercial.
1.3. Un excédent commercial en voie d'érosion
L'Union européenne disposait d'un excédent commercial confortable en 2015, de l'ordre de 1,56 milliard d'euros. En 2025, celui-ci s'est contracté à 184 millions d'euros, soit une baisse de 88,2 %. Le minimum historique sur la période a été atteint à 139 millions d'euros. L'érosion de cet excédent traduit à la fois la diminution des volumes échangés et la hausse plus rapide du prix des importations par rapport à celui des exportations.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Solde commercial (M EUR) | 1 564 | 184 | −88,2 % |
2. Une réorganisation profonde des partenaires et des flux commerciaux
2.1. Le recul des partenaires historiques d'approvisionnement
Du côté des importations, le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur de l'UE, mais ses livraisons ont reculé de 405 millions d'euros à 196 millions d'euros (−51,7 %). La Russie, deuxième fournisseur en 2015 avec 248 millions d'euros, a vu ses livraisons s'effondrer à 28 millions d'euros (−88,5 %), très probablement en raison des sanctions imposées après l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Les États-Unis, la Norvège et le Canada ont connu des déclins encore plus marqués (respectivement −92,1 %, −99,9 % et −100 %).
| Partenaire (import.) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 405 | 196 | −51,7 % |
| Russie | 248 | 28 | −88,5 % |
| États-Unis | 72 | 5,6 | −92,1 % |
| Norvège | 38 | 0,05 | −99,9 % |
| Canada | 6,9 | 0,001 | −100 % |
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2.2. L'émergence de la Turquie comme nouveau fournisseur
Dans un contexte de repli généralisé, un partenaire émerge de manière spectaculaire : la Turquie, dont les exportations vers l'UE sont passées de près de zéro en 2015 à 75,5 millions d'euros en 2025. Cette progression fulgurante (+21 817 271 %) s'inscrit dans le réalignement des flux énergétiques européens post-2022, la Turquie jouant un rôle croissant de plaque tournante dans le commerce des produits pétroliers.
2.3. L'effondrement des exportations vers l'Afrique de l'Ouest
Côté exportations, les principaux partenaires historiques étaient des pays d'Afrique de l'Ouest : le Togo (512 M EUR en 2015), le Nigeria (288 M EUR) et le Sénégal (255 M EUR). Ces trois destinations ont vu leurs achats s'effondrer respectivement de 95,4 %, 93,7 % et 23,7 %. Seul le Sénégal maintient un niveau encore significatif (195 M EUR en 2025). Gibraltar fait figure d'exception, avec une progression de 110,9 % (de 51 M à 107 M EUR), probablement liée à son rôle de hub logistique maritime.
| Partenaire (export.) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Togo | 512 | 24 | −95,4 % |
| Nigeria | 288 | 18 | −93,7 % |
| Sénégal | 255 | 195 | −23,7 % |
| Royaume-Uni | 179 | 15 | −91,5 % |
| Gibraltar | 51 | 107 | +110,9 % |
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2.4. Des bouleversements également au sein de l'UE
Les données révèlent des mouvements considérables entre les États membres de l'UE eux-mêmes. Les Pays-Bas et la Belgique, qui dominaient tant les importations que les exportations intra-UE en 2015, ont vu leurs positions s'effondrer. Les exportations néerlandaises ont chuté de 1,30 milliard à 15 millions d'euros (−98,8 %) et les belges de 719 millions à 13 millions d'euros (−98,2 %).
À l'inverse, certains pays ont renforcé leur position :
| Pays (export. UE) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 111 | 298 | +168,7 % |
| Suède | 35 | 91 | +160,2 % |
| Grèce | 2,4 | 72 | +2 870,8 % |
| Espagne (import.) | 6,8 | 41 | +500,7 % |
Cette redistribution géographique suggère une reconfiguration des chaînes d'approvisionnement au sein du marché unique, possiblement liée à la fermeture de raffineries aux Pays-Bas et en Belgique et au renforcement de capacités en Méditerranée et en Europe du Nord.
2.5. Une concentration accrue des marchés
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme la tendance à la concentration. Pour les importations, l'HHI est passé de 3 904 à 4 757 (+21,8 %), indiquant un marché d'approvisionnement plus concentré. Pour les exportations, la hausse est encore plus marquée : de 1 175 à 2 275 (+93,5 %), traduisant une forte réduction du nombre de destinations significatives.
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 3 904 | 4 757 | +21,8 % |
| Exportations | 1 175 | 2 275 | +93,5 % |
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3. L'impact majeur de la crise énergétique de 2022 et la volatilité des prix
3.1. Des chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle en 2022
L'année 2022 marque un tournant dans la dynamique des prix. Le système de détection des chocs identifie trois événements majeurs :
| Événement choc | Type | Flux | Hausse de prix | Anomalie | Part en valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| États-Unis | Prix | Import. | +631 % | 32,0 | 9,4 % |
| Royaume-Uni | Prix | Export. | +153 % | 31,9 | 5,7 % |
| Nigeria | Prix | Export. | +160 % | 8,3 | 29,9 % |
Les importations en provenance des États-Unis ont connu un bond de prix de 631 %, avec un score d'anomalie de 32,0 (indicateur d'écart extrême par rapport à la normale). Ce phénomène est directement lié à la crise énergétique mondiale déclenchée par le conflit russo-ukrainien, qui a provoqué un redéploiement des flux pétroliers mondiaux et une flambée des cours. Les prix à l'exportation vers le Royaume-Uni (+153 %) et le Nigeria (+160 %) témoignent de la transmission de cette crise à l'ensemble de la chaîne de valeur.
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3.2. Une volatilité structurelle élevée sur les flux secondaires
Au-delà du pic de 2022, les coefficients de variation (CV) des flux commerciaux révèlent une volatilité persistante sur de nombreux partenaires. Les importations en provenance du Canada (CV = 2,80), de Turquie (CV = 1,91) et d'Inde (CV = 2,45) affichent les niveaux de volatilité les plus élevés, traduisant des relations commerciales intermittentes et sensibles aux conditions de marché.
| Partenaire (import.) | Coefficient de variation |
|---|---|
| Canada | 2,80 |
| Inde | 2,45 |
| Turquie | 1,91 |
| Suisse | 1,79 |
| Émirats arabes unis | 1,71 |
| Arabie saoudite | 1,32 |
| Irak | 1,09 |
| États-Unis | 0,89 |
| Norvège | 0,79 |
| Royaume-Uni | 0,69 |
| Russie | 0,55 |
Du côté des exportations, la volatilité est marquée pour les destinations africaines et la Grande-Bretagne :
| Partenaire (export.) | Coefficient de variation |
|---|---|
| Guinée | 1,12 |
| Ghana | 1,26 |
| Argentine | 1,04 |
| Gibraltar | 1,04 |
| Royaume-Uni | 0,90 |
| Togo | 0,79 |
| Nigeria | 0,55 |
| Sénégal | 0,45 |
3.3. Une spécialisation géographique marquée au sein de l'UE
En 2025, certains États membres présentent un avantage comparatif révélé (RCA) significatif dans le commerce du gazole à haute teneur en soufre. La Suède (RCA = 4,78), l'Espagne (RCA = 4,27), la Grèce (RCA = 4,06) et la Belgique (RCA = 2,99) se distinguent par leur spécialisation à l'exportation. À l'inverse, des pays comme la Roumanie, la Pologne, la Lettonie et la Slovénie ne présentent aucune spécialisation (RCA ≈ 0), confirmant leur position de consommateurs purs sur ce segment.
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Conclusion
Le marché du gazole à haute teneur en soufre (CN 27101948) a subi une transformation profonde entre 2015 et 2025. Les volumes échangés par l'UE avec le reste du monde se sont contractés de plus de 80 %, tant à l'import qu'à l'export, dans un contexte de durcissement réglementaire (normes IMO 2020, transition énergétique) et de crise géopolitique majeure (conflit russo-ukrainien). L'excédent commercial de l'UE s'est érodé de 88 %, passant de 1,56 milliard à 184 millions d'euros.
La géographie des échanges a été profondément reconfigurée : la Russie a quasi disparu en tant que fournisseur, les exportations vers l'Afrique de l'Ouest se sont effondrées, tandis que la Turquie émerge comme un nouveau partenaire d'approvisionnement. Au sein même de l'Union, les Pays-Bas et la Belgique ont perdu leur position dominante au profit de la France, de la Suède et de la Grèce. Enfin, la crise énergétique de 2022 a provoqué des chocs de prix d'une ampleur exceptionnelle, illustrant la vulnérabilité de ce segment de marché aux aléas géopolitiques.
Ces tendances s'inscrivent dans une dynamique de déclin structurel du gazole à haute teneur en soufre, appelé à se poursuivre dans le cadre de la transition écologique européenne.