Évolution du marché : Biodiesel (CN 271020) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les flux commerciaux de l'Union européenne pour le code douanier 271020, qui couvre les huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux contenant du biodiesel (à l'exclusion des huiles usagées). Ce code regroupe plusieurs sous-produits, dont principalement des gas oils à différentes teneurs en soufre ainsi que des fuel oils et d'autres huiles contenant du biodiesel (Détail de la nomenclature).
Sur la période 2015–2025, le marché européen du biodiesel a connu des transformations profondes : creusement spectaculaire du déficit commercial, reconfiguration des partenaires d'approvisionnement, forte hausse des prix conjuguée à des chocs de volatilité majeurs, et évolution structurelle de la segmentation produit. Les trois sections qui suivent détaillent ces dynamiques principales.
1. La bascule vers un déficit commercial structurel
1.1. Des importations en forte croissance tandis que les exportations reculent
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en biodiesel (CN 271020) ont connu une croissance remarquable :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur importations | 234,7 M€ | 557,9 M€ | +137,8 % |
| Volume importations | 500 688 t | 831 617 t | +66,1 % |
| Prix moyen importations | 468,7 €/t | 670,9 €/t | +43,2 % |
(Source : Vue d'ensemble du commerce)
Dans le même temps, les exportations ont suivi une trajectoire opposée :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations | 188,7 M€ | 172,7 M€ | −8,5 % |
| Volume exportations | 362 746 t | 261 555 t | −27,9 % |
| Prix moyen exportations | 520,1 €/t | 660,1 €/t | +26,9 % |
Le volume exporté a donc baissé de près de 28 %, alors que les importations ont progressé de 66 % en poids.
1.2. Un déficit commercial multiplié par presque neuf
La combinaison de ces deux tendances a profondément dégradé la balance commerciale de l'UE :
| Année | Solde commercial (€) |
|---|---|
| 2015 | −46,0 M€ |
| 2020 | −10,2 M€ |
| 2022 | −632,0 M€ |
| 2025 | −385,3 M€ |
Le déficit, initialement modeste (−46 M€ en 2015), a culminé à −632 M€ en 2022 — année de choc énergétique lié au conflit russo-ukrainien — avant de se stabiliser autour de −385 M€ en 2025. En variation relative, le creusement est de −738 % sur la décennie. L'Union européenne est ainsi passée d'une position de quasi-équilibre à celle de dépendance nette structurelle vis-à-vis de l'extérieur pour ce produit.
1.3. Le Royaume-Uni, partenaire désormais dominant
Le Royaume-Uni s'est imposé comme le fournisseur incontournable de biodiesel pour l'UE, consolidant une position déjà forte avant le Brexit :
| Partenaire | Import. 2015 | Import. 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 148,1 M€ | 441,0 M€ | +197,8 % |
| Inde | 15 € | 52,9 M€ | +352 676 067 % |
| Arabie saoudite | 2,5 M€ | 23,9 M€ | +846,1 % |
| Norvège | 30,5 M€ | 11,7 M€ | −61,7 % |
| Israël | 52,8 M€ | 2,0 M€ | −96,3 % |
(Source : Partenaires commerciaux)
Le Royaume-Uni représente désormais la quasi-totalité des importations de biodiesel vers l'UE (441 M€ sur 558 M€ totaux en 2025, soit près de 79 %). Cette concentration s'est accompagnée de l'effondrement de fournisseurs historiques comme Israël (−96 %) et de l'émergence de nouveaux acteurs comme l'Inde et l'Arabie saoudite.
Du côté des exportations, le Royaume-Uni reste également le premier client (71,4 M€ en 2025, +31,6 %), suivi d'un déclin marqué pour Gibraltar (−83,3 %), Andorre (−84,6 %) et la Norvège (−96,6 %), tandis que la Moldavie a perdu 77,5 % de ses achats à l'UE.
2. Volatilité, chocs de prix et concentration accrue
2.1. Le pic de prix de 2022 : un choc systémique
L'année 2022 se distingue nettement dans l'ensemble des séries comme un pic extrême. Les prix moyens à l'importation ont atteint 1 002,2 €/t en 2022 (contre 468,7 €/t en 2015 et 670,9 €/t en 2025), et les prix à l'exportation ont culminé à 1 108,1 €/t (Volatilité et chocs).
Trois chocs majeurs ont été identifiés autour de cette période :
| Entité | Type de choc | Flux | Anomalie | Variation (%) | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Prix | Importations | 8,8 | +136,1 % | 100 % |
| Andorre | Prix | Exports | 6,4 | +151,0 % | 6,5 % |
| Gibraltar | Prix | Exports | 5,2 | +152,8 % | 14,7 % |
Le choc sur les importations en provenance du Royaume-Uni est particulièrement significatif : une anomalie de 8,8 (très au-delà du seuil statistique) et une hausse de prix de 136 %. Ce phénomène s'explique par la conjonction de la crise énergétique post-Covid, de l'invasion de l'Ukraine par la Russie et de la volatilité des marchés pétroliers mondiaux.
2.2. Des partenaires commerciaux aux profils de volatilité très disparates
Les coefficients de variation (CV) révèlent des niveaux d'instabilité très différents selon les partenaires :
| Partenaire (importations) | CV | Partenaire (exportations) | CV |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 0,24 | Ceuta | 0,52 |
| Arabie saoudite | 0,86 | Royaume-Uni | 0,60 |
| Israël | 1,18 | Gibraltar | 0,85 |
| Inde | 1,11 | Andorre | 0,88 |
| Féd. de Russie | 1,62 | Moldavie | 0,99 |
| Émirats arabes unis | 2,00 | Norvège | 1,02 |
| Koweït | 2,24 | Liban | 3,00 |
| Norvège | 2,85 | Maroc | 2,81 |
| Canada | 3,16 | Ukraine | 1,59 |
(Source : Volatilité)
Le Royaume-Uni, partenaire dominant, se caractérise par la plus faible volatilité (CV = 0,24 à l'importation), ce qui en fait un fournisseur relativement stable malgré l'ampleur des flux. À l'inverse, les partenaires secondaires comme le Canada, le Koweït, les EAU ou le Liban présentent une volatilité très élevée (CV > 2), reflétant des flux ponctuels ou irréguliers.
2.3. Une concentration de marché en hausse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme une tendance à la concentration :
| Flux | HHI 2015 | HHI 2025 | Variation (%) | Interprétation |
|---|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 4 659 | 6 402 | +37,4 % | Concentration modérée → élevée |
| Exportations (valeur) | 2 194 | 2 834 | +29,2 % | Concentration faible → modérée |
(Source : Concentration HHI)
L'HHI des importations a progressé de 4 659 à 6 402, franchissant le seuil de 2 500 qui marque le passage à une concentration élevée au sens de la classification standard. Ce résultat est directement lié à la prépondérance du Royaume-Uni, qui pèse désormais près de 80 % des importations. Cette dépendance accrue expose l'UE à un risque de concentration de l'approvisionnement.
3. Restructuration de la production intra-UE et évolution des segments produit
3.1. Des spécialisations nationales très inégales
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) montre que seuls quelques États membres disposent d'une véritable spécialisation à l'exportation en 2025 :
| Pays le plus spécialisé | RSCA | RCA | Part dans la production du pays |
|---|---|---|---|
| Grèce | 0,493 | 2,94 | 2,0 % |
| Suède | 0,458 | 2,69 | 6,5 % |
| Slovaquie | 0,445 | 2,60 | 5,5 % |
| Slovénie | 0,440 | 2,57 | 2,6 % |
| Autriche | 0,406 | 2,37 | 7,8 % |
(Source : Spécialisation)
À l'inverse, plusieurs grands États membres n'exportent quasiment pas de biodiesel : la Pologne (RSCA = −1,0), la Finlande (RSCA = −1,0), le Luxembourg, la Croatie et même l'Ireland (RSCA = −1,0) — bien que ce dernier soit paradoxalement devenu le premier importateur intra-UE (78,2 M€ en 2015 → 439,8 M€ en 2025, soit +463 %). L'Irlande représente donc un cas emblématique de consommation sans production locale significative.
Du côté des importateurs intra-UE, l'Espagne a connu une croissance spectaculaire (16 526 € → 98,6 M€), tandis que la France, l'Italie et Chypre ont vu leurs importations quasi totalement disparaître (−99,8 %, −100 %, −100 % respectivement), suggérant un rééquilibrage ou un développement de capacités domestiques.
3.2. Le gas oil ultra-bas soufre domine mais perd du terrain
Le segment produit dominant est sans surprise le gas oil à très faible teneur en soufre (≤ 0,001 %), code 27102011, qui représente l'écrasante majorité des volumes :
| Sous-produit | Part des importations (volume, 2025) | Part des exportations (volume, 2025) |
|---|---|---|
| 27102011 — Gas oil ≤ 0,001 % S | 99,4 % | 73,2 % |
| 27102090 — Autres huiles | 0,4 % | 0,1 % |
| 27102032 — Fuel oil ≤ 0,5 % S | 0,1 % | 7,5 % |
| 27102016 — Gas oil 0,001–0,1 % S | < 0,1 % | 2,4 % |
| 27102038 — Fuel oil > 0,5 % S | < 0,1 % | 1,8 % |
(Source : Détail par segment)
Cependant, à l'exportation, le segment 27102011 a connu un déclin notable : de 326 619 t en 2015 à 225 191 t en 2025 (−31 % en volume). En parallèle, les segments de fuel oils à bas soufre (27102032) ont connu une progression marquée, passant de volumes négligeables avant 2020 à 23 061 t en 2025.
3.3. L'irruption de nouveaux segments après 2020
Un changement structurel apparaît nettement dans les données à partir de 2020 : plusieurs codes produits (27102016, 27102032, 27102038) qui n'apparaissaient pas dans les statistiques avant cette date sont désormais enregistrés, tant à l'importation qu'à l'exportation. À l'importation, le segment 27102032 (fuel oil ≤ 0,5 % S) est passé de 1 612 t en 2020 à 1 200 t en 2025, tandis qu'à l'exportation il a bondi à 23 061 t. Le segment 27102016 (gas oil intermédiaire) a connu une progression similaire à l'exportation (1,4 t en 2020 → 7 308 t en 2025).
Cette émergence peut s'expliquer par une meilleure granularité de déclaration douanière, par l'adaptation des normes carburants européennes (Directives sur la qualité des carburants), ou par le développement de nouvelles formulations de biodiesel répondant à des spécifications techniques distinctes.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen du biodiesel (CN 271020) a subi une triple transformation. Premièrement, l'UE est passée d'une position de quasi-équilibre commercial à un déficit structurel de −385 M€, alimenté par la croissance des importations (+66 % en volume) et le recul des exportations (−28 %). Deuxièmement, le marché s'est concentré autour du Royaume-Uni, qui fournit près de 80 % des importations, ce qui accroît la vulnérabilité de l'UE en cas de perturbation de ce flux — comme l'a illustré le choc de prix de 2022 (+136 %). Troisièmement, la structure du marché évolue avec l'émergence de nouveaux segments de produits et de nouveaux partenaires (Inde, Arabie saoudite), tandis que des pays historiquement importateurs (France, Italie, Chypre) ont quasiment cessé leurs achats à l'international.
Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte plus large de transition énergétique européenne, où les exigences croissantes en matière de contenu renouvelable dans les carburants (Directive RED II puis RED III) et la volatilité des marchés pétroliers continueront de façonner les flux commerciaux du biodiesel dans les années à venir.