Évolution du marché : Demi-produits en acier (CN 7207) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne concernant les demi-produits en fer ou en aciers non alliés (code NC 7207) sur la période 2015-2025. Il s'agit d'un segment fondamental de la chaîne de valeur sidérurgique, fournissant les brames, blooms et billettes qui alimentent les laminoirs et fonderies. L'analyse s'appuie sur les données de l'UE pour ses échanges avec les pays tiers, en excluant le commerce intra-UE.
La période 2015-2025 a été marquée par des bouleversements majeurs : crises économiques, pandémie, perturbations des chaînes d'approvisionnement et tensions géopolitiques. Nous examinerons comment ces facteurs ont façonné les flux commerciaux, la structure des partenariats et la vulnérabilité du marché européen.
Une dépendance aux importations de plus en plus marquée
Cette première section décrit l'évolution générale des volumes et des valeurs des échanges, révélant un creusement significatif du déficit commercial et une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des fournisseurs extérieurs.
Une croissance asymétrique des importations et des exportations
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en produits 7207 a augmenté de 45,2%, passant d'environ 2,82 milliards d'euros à 4,09 milliards d'euros. En parallèle, la valeur des exportations a connu une hausse plus prononcée de 120,0%, s'élevant de 276 millions à 607 millions d'euros. Toutefois, ce dynamisme à l'export ne suffit pas à combler l'écart structurel avec les importations. Le déficit commercial global s'est donc alourdi, passant de -2,54 milliards d'euros à -3,48 milliards d'euros.
Des volumes importants mais des prix fluctuants
L'analyse des volumes révèle une tendance différente. Les importations en tonnes n'ont augmenté que de 8,6% (de 8,24 à 8,94 millions de tonnes), tandis que les exportations ont crû de 52,7% (de 643 000 à 982 000 tonnes). Cette divergence avec la dynamique de valeur s'explique par l'évolution des prix unitaires, qui ont connu une forte inflation post-2020. Le prix moyen des importations a augmenté de 33,8% et celui des exportations de 44,1%, culminant respectivement en 2022 et 2023. Cette inflation des prix a amplifié la détérioration du solde en valeur.
| Indicateur | 2015 (Valeur) | 2025 (Valeur) | Évolution 2015-2025 |
|---|---|---|---|
| Importations (EUR) | 2,82 Mrd € | 4,09 Mrd € | +45,2% |
| Exportations (EUR) | 276 M€ | 607 M€ | +120,0% |
| Solde commercial (EUR) | -2,54 Mrd € | -3,48 Mrd € | Détérioration |
| Volume importé (Tonnes) | 8,24 Mt | 8,94 Mt | +8,6% |
| Volume exporté (Tonnes) | 643 kt | 982 kt | +52,7% |
Une dépendance nette aux importations en hausse constante
L'indicateur de dépendance nette aux importations, qui mesure la part des importations nettes dans la consommation apparente, confirme cette tendance. Il a presque triplé, passant de 11,6% en 2015 à un pic de 32,8% en 2022, pour se stabiliser à 27,3% en 2025. Cette évolution, détaillée dans l'onglet Net Import Reliance, souligne une vulnérabilité croissante du secteur européen vis-à-vis des fournisseurs mondiaux pour couvrir ses besoins en demi-produits.
Restructuration des échanges et spécialisation productive
Cette section examine les changements profonds dans l'origine des importations et la destination des exportations, ainsi que la réorganisation de la production au sein de l'UE.
Un recentrage géographique des approvisionnements
La structure des partenaires d'importation de l'UE a été profondément remodelée. Si la Russie et l'Ukraine restaient des fournisseurs majeurs en 2015, plusieurs tendances se sont accentuées :
- Rôle accru de la Chine et de l'Inde : Les importations en provenance de Chine ont explosé de 626,7% pour atteindre 715 millions d'euros en 2025, faisant de ce pays un fournisseur de premier plan. Les importations indiennes ont progressé de 272,4%.
- Montée en puissance du Viêt Nam : Les importations depuis le Viêt Nam sont passées d'une valeur quasi nulle à 312 millions d'euros, illustrant une diversification des sources d'approvisionnement.
- Effondrement des flux en provenance du Royaume-Uni : À la suite du Brexit, les importations depuis le Royaume-Uni ont chuté de 85,7%, passant de 306 millions à seulement 44 millions d'euros.
- Déclin ukrainien : Le conflit armé a impacté les échanges, avec une baisse de 43% des importations ukrainiennes.
| Partenaire (Importations) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Fédération de Russie | 1 050 | 1 627 | +55,0% |
| Ukraine | 761 | 434 | -43,0% |
| Chine | 98 | 715 | +626,7% |
| Royaume-Uni | 306 | 44 | -85,7% |
Une réorientation des exportations vers l'Amérique du Nord
Les exportations de l'UE ont connu une forte restructuration géographique, favorisant les partenaires nord-américains :
- Explosion vers les États-Unis : Les exportations vers les États-Unis ont connu une croissance phénoménale (+3 449,4%), passant de 6 à 216 millions d'euros, en faisant la première destination à l'export en 2025.
- Croissance vers le Royaume-Uni et le Canada : Les exportations vers le Royaume-Uni ont augmenté de 237,5% et celles vers le Canada de 1 691%.
- Recul vers la Turquie et le Mexique : En contraste, les exportations vers la Turquie (-58,1%) et le Mexique (-72,8%) ont fortement diminué.
Une production européenne en retrait volume mais en progression de valeur
La production de demi-produits au sein de l'UE a suivi une trajectoire contrastée. Le volume produit a diminué de 23,6%, passant de 17,26 à 13,18 milliards de kilogrammes. En revanche, la valeur de la production a augmenté de 49,7%, indiquant soit une hausse des prix de vente, soit un recentrage sur des segments à plus haute valeur ajoutée. Cette évolution suggère un ajustement de l'appareil productif européen face à la concurrence internationale sur les volumes.
Volatilité des prix et exposition aux chocs d'approvisionnement
La dernière partie se concentre sur l'instabilité des marchés, la concentration des flux et les événements de prix exceptionnels qui ont jalonné la période.
Une concentration des approvisionnements qui diminue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), mesurant la concentration des importations en valeur, a diminué de 11,4% entre 2015 et 2025, passant de 2 423 à 2 147 points. Cette baisse de concentration indique une diversification relative des sources d'approvisionnement de l'UE, réduisant théoriquement sa dépendance envers un fournisseur unique. À l'inverse, la concentration des exportations a augmenté de 45,0%, signe d'une plus grande dépendance vis-à-vis d'un nombre plus restreint de marchés de destination.
Des épisodes de volatilité et de chocs de prix marquants
Les données révèlent des périodes de forte volatilité et des chocs de prix notables :
- 2017 : Pic des prix à l'importation depuis la Chine : Un événement de choc détecté avec une hausse des prix de 125,5% et une abnormalité de 19,0, reflétant peut-être des tensions commerciales ou des changements de politique.
- 2020 : Effondrement des prix à l'exportation vers la Tunisie : Une chute massive de 293% des prix, avec un niveau d'abnormalité extrême de 35,2, coïncidant avec le début de la pandémie de COVID-19.
- 2021 : Hausse des prix vers le Maroc : Augmentation de 38,3% des prix à l'exportation vers le Maroc, avec une abnormalité de 17,0.
Le coefficient de variation des échanges confirme cette instabilité. Les importations depuis la Chine (CV=1,29) et le Viêt Nam (CV=1,17) affichent une volatilité particulièrement élevée, tout comme les exportations vers la Tunisie (CV=1,65).
Une vulnérabilité structurelle qui persiste
Malgré la diversification des partenaires, l'UE reste exposée à des risques systémiques. La dépendance nette aux importations élevée (27,3% en 2025) combinée à la persistance de partenaires géopolitiquement sensibles (Russie, Ukraine) et à l'émergence de fournisseurs lointains (Chine, Viêt Nam) crée un paysage complexe. La capacité de l'UE à équilibrer sa production nationale, ses importations et ses exportations demeure un défi stratégique majeur pour la sécurité de son approvisionnement en acier.
Conclusion
La période 2015-2025 a été transformative pour le marché européen des demi-produits en acier non allié. Le bilan principal est celui d'une dépendance accrue aux importations, malgré une bonne tenue des exportations en valeur. Le solde commercial s'est structurellement dégradé, passant de -2,5 milliards d'euros à -3,5 milliards d'euros.
Par ailleurs, on constate une reconfiguration profonde des échanges. Les importations se sont tournées vers l'Asie (Chine, Inde, Viêt Nam) tandis que les exportations se sont fortement orientées vers l'Amérique du Nord (États-Unis, Canada). Enfin, la production européenne a diminué en volume mais augmenté en valeur, suggérant un mouvement de spécialisation.
Ces évolutions se sont accompagnées d'une forte volatilité des prix et de chocs d'approvisionnement, illustrant la fragilité du système face aux crises géopolitiques et sanitaires. À l'avenir, la capacité de l'UE à renforcer sa souveraineté productive dans ce segment stratégique, tout en diversifiant intelligemment ses approvisionnements, sera déterminante pour la résilience de son industrie sidérurgique et manufacturière en aval.