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Évolution du marché : Feuilles plastiques (CN 3920) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 3920 couvre les plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames en matières plastiques non alvéolaires, non renforcées ni stratifiées, sans support ni association à d'autres matières (hors produits auto-adhésifs et revêtements de sols/murs/plafonds du n° 3918). Il regroupe des sous-produits aussi variés que les feuilles de polyéthylène (PE — 392010), de polypropylène (PP — 392020), de polyéthylène téréphtalate (PET — 392062), de chlorure de vinyle (PVC — 392043/392049), de poly(méthacrylate de méthyle) (PMMA — 392051) ou encore de polycarbonates, polyamides et matières plastiques diverses (392099).

Sur la période 2015–2025, l'Union européenne demeure exportatrice nette de ces produits, mais la tendance de fond montre un rétrécissement significatif de l'excédent commercial. Les importations progressent à un rythme bien plus rapide que les exportations, tirées par des volumes en forte hausse et des partenaires de plus en plus diversifiés. Parallèlement, la production communautaire continue de croître en valeur (+66,8 %), ce qui témoigne d'un secteur dynamique mais aussi de plus en plus inséré dans les échanges mondiaux, avec les risques de vulnérabilité que cela comporte.

L'analyse qui suit s'articule autour de trois axes majeurs. D'abord, la dynamique des prix et des volumes révèle une divergence croissante entre flux entrants et sortants. Ensuite, le paysage géographique des partenaires commerciaux a été profondément reconfiguré, sous l'effet notamment de chocs géopolitiques. Enfin, l'ouverture commerciale accrue de l'UE dans ce secteur l'expose davantage aux chocs externes, comme l'a montré l'année 2022.

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1. Une divergence marquée entre prix et volumes du côté exportateur

Les exportations en valeur progressent malgré un recul des volumes

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (hors intra-communautaires) est passée de 5,30 milliards € à 6,17 milliards €, soit une hausse de +16,6 %. Pourtant, les volumes exportés ont reculé de 1 641 781 tonnes à 1 601 759 tonnes (–2,4 %). L'écart s'explique entièrement par la hausse des prix unitaires à l'exportation, passés de 3 226 €/t à 3 855 €/t (+19,5 %). L'UE exporte donc légèrement moins en quantité, mais à un prix moyen plus élevé, ce qui suggère une montée en gamme ou un effet inflationniste lié à la hausse des coûts de production.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations (Mds €) 5,30 6,17 +16,6 %
Volume exportations (kt) 1 642 1 602 –2,4 %
Prix moyen export (€/t) 3 226 3 855 +19,5 %

Les importations progressent en volume et en valeur de concert

À l'inverse, les importations ont connu une croissance vigoureuse tant en volume qu'en valeur. La valeur est passée de 3,98 milliards € à 5,41 milliards € (+36,0 %), tandis que les volumes ont bondi de 1 281 262 tonnes à 1 767 629 tonnes (+38,0 %). Le prix moyen à l'importation a légèrement reculé (–1,4 %), de 3 106 €/t à 3 061 €/t, ce qui indique que la croissance des importations est avant tout tirée par des quantités supplémentaires et non par une inflation des prix. Cette dynamique contraste nettement avec le côté exportateur et explique en grande partie l'érosion de l'excédent commercial.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur importations (Mds €) 3,98 5,41 +36,0 %
Volume importations (kt) 1 281 1 768 +38,0 %
Prix moyen import (€/t) 3 106 3 061 –1,4 %

L'excédent commercial se réduit de manière structurelle

L'excédent commercial de l'UE sur ce produit a chuté de 1,32 milliard € à 763 millions € entre 2015 et 2025, soit une contraction de –42,1 %. Le point culminant a été atteint en 2022 avec un excédent de 1,61 milliard €, année marquée par une forte hausse des prix à l'exportation (effet post-Covid et choc énergétique). Mais cet épisode n'a pas duré : dès 2023, l'excédent a reflué, reflétant la reprise plus rapide des importations en volumes. Ce rétrécissement traduit une compétitivité-prix qui s'érode progressivement du côté européen, même si le secteur reste structurellement excédentaire.

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Les sous-produits PVC et PET présentent des dynamiques contrastées

L'examen des sous-produits au niveau 6 chiffres révèle des trajectoires hétérogènes. À l'importation, les feuilles de PE (392010) restent le premier poste en volume (623 056 t en 2025), suivies du PP (379 552 t) et du PET (323 072 t). Les volumes de PE importés ont progressé de 56 % sur la période, tandis que le PET a crû de 31 %. À l'exportation, le PE domine nettement (668 541 t), mais ses volumes ont légèrement reculé (–0,9 %). Les feuilles de polystyrène (392030) à l'export ont connu un déclin notable, passant de 89 902 t à 67 304 t (–25,1 %).

Sous-produit Import 2015 (t) Import 2025 (t) Var. Export 2015 (t) Export 2025 (t) Var.
392010 — PE 398 293 623 046 +56,4 % 674 821 668 541 –0,9 %
392020 — PP 303 486 379 552 +25,1 % 327 477 305 559 –6,7 %
392062 — PET 245 604 323 072 +31,5 % 126 769 157 437 +24,2 %
392049 — PVC rigide 51 218 64 480 +25,9 % 145 616 125 262 –14,0 %
392030 — PS 89 902 67 304 –25,1 %

2. Une reconfiguration géographique profonde des partenaires commerciaux

La Russie disparaît des destinations d'exportation

L'événement le plus spectaculaire de la période est l'effondrement quasi total des exportations vers la Russie. Celles-ci sont passées de 373 millions € en 2015 à seulement 2,4 millions € en 2025 (–99,3 %), en lien direct avec les sanctions commerciales imposées à la suite du conflit russo-ukrainien à partir de 2022. Le coefficient de variation des flux vers la Russie atteint 0,75 à l'importation et 0,56 à l'exportation, ce qui en fait le partenaire le plus volatile de la série. Cette éviction a libéré des capacités exportatrices européennes qui se sont partiellement redirigées vers d'autres marchés.

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La Turquie s'impose comme le premier fournisseur de l'UE

Du côté des importations, la Turquie a connu la plus forte progression parmi les principaux partenaires : de 513 millions € en 2015 à 1,01 milliard € en 2025 (+96,4 %), la propulsant au rang de premier fournisseur extra-UE. La Turquie a ainsi dépassé le Royaume-Uni, qui restait relativement stable (874 M€ → 898 M€, +2,8 %). Cette croissance reflète à la fois l'essor de la capacité de production turque et la proximité géographique qui favorise les échanges. Par ailleurs, l'Égypte (+133,9 %) et l'Inde (+68,0 %) ont également fortement accru leurs livraisons à l'UE.

Partenaire Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation
Türkiye 513 1 008 +96,4 %
United Kingdom 874 898 +2,8 %
China 304 782 +157,1 %
United States 611 713 +16,7 %
India 134 225 +68,0 %
Egypt 64 150 +133,9 %
Saudi Arabia 117 125 +6,4 %

Les États-Unis deviennent la troisième destination d'exportation

À l'exportation, les États-Unis ont enregistré la plus forte progression relative parmi les grands partenaires : de 479 millions € à 874 millions € (+82,4 %), les plaçant au troisième rang derrière le Royaume-Uni (1 353 M€, stable) et la Suisse (556 M€, +15,3 %). La Chine reste un client important (323 M€, +8,0 %), tandis que la Norvège progresse de 26,1 %. En revanche, la Turquie, malgré sa montée en puissance à l'import, n'a augmenté ses achats à l'UE que de 24,0 % (332 M€ → 412 M€), ce qui confirme que la relation commerciale se déséquilibre en sa faveur.

Partenaire Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation
United Kingdom 1 339 1 353 +1,0 %
Switzerland 482 556 +15,3 %
United States 479 874 +82,4 %
Türkiye 332 412 +24,0 %
Russian Federation 373 2 –99,3 %
Norway 170 214 +26,1 %
China 299 323 +8,0 %

L'Allemagne domine le commerce intra-UE mais l'Espagne progresse rapidement

Parmi les États membres, l'Allemagne reste le premier importateur (1,10 milliard €, +27,2 %) et le premier exportateur (2,21 milliards €, +8,9 %) de feuilles plastiques hors UE. L'Italie se confirme comme le second acteur. Toutefois, c'est l'Espagne qui affiche la plus forte dynamique à l'importation (+99,3 %, de 287 M€ à 572 M€), signe d'une industrie de transformation plastique en plein développement dans la péninsule ibérique. La France (+38,9 %) et la Pologne (+44,7 %) à l'importation témoignent également d'une demande en croissance.

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3. Ouverture commerciale croissante et vulnérabilité accentuée

L'intensité commerciale et la propension à l'exporter atteignent des niveaux record

Deux indicateurs clés témoignent de l'ouverture accrue du secteur européen des feuilles plastiques aux échanges mondiaux. L'intensité commerciale (rapport du commerce extra-UE à la production) est passée de 24,7 % à 37,1 % (+50,1 %), tandis que la propension à exporter a progressé de 17,4 % à 24,0 % (+37,7 %). Ces deux indicateurs, qui culminent en 2025, montrent que le secteur dépend de plus en plus des échanges internationaux, tant pour écouler sa production que pour satisfaire la demande intérieure. Cette dépendance accrue constitue à la fois un signe de compétitivité et un facteur de vulnérabilité.

Indicateur 2015 2025 Variation
Intensité commerciale (%) 24,7 37,1 +50,1 %
Propension à exporter (%) 17,4 24,0 +37,7 %
Dépendance nette aux import. (%) –8,5 –3,4 +59,8 %

La dépendance nette aux importations se réduit, mais le risque ne disparaît pas

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de –8,5 % à –3,4 % (+59,8 %). La valeur négative indique que l'UE reste exportatrice nette, mais la tendance vers zéro signifie que le coussin de sécurité se réduit. Si la trajectoire se poursuit, l'UE pourrait perdre son statut de fournisseur net sur ce créneau dans les années à venir. Le fait que cette évolution soit tirée par des volumes importés en forte croissance (+38 %) alors que les volumes exportés stagnent (–2,4 %) confirme cette trajectoire.

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La concentration des importations augmente tandis que celle des exportations diminue

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) appliqué aux importations en valeur est passé de 1 106 à 1 129 (+2,1 %), tandis que celui des exportations a reculé de 979 à 906 (–7,5 %). L'augmentation de la concentration des importations signifie que l'UE dépend davantage d'un nombre restreint de fournisseurs, ce qui accroît la vulnérabilité en cas de disruption. À l'inverse, la déconcentration des exportations est plutôt un signe positif, reflétant la diversification des débouchés européens, notamment après la perte du marché russe.

Les chocs de prix de 2022 révèlent des fragilités ponctuelles

L'année 2022 a été marquée par plusieurs chocs de prix détectés dans les données. Les importations en provenance de Suisse ont connu une hausse anormale de prix de +26,1 % (degré d'anomalie : 7,0), celles de Turquie de +27,8 % (degré : 4,4). À l'exportation, les prix vers le Canada ont bondi de +36,6 % (degré : 6,4). Ces épisodes s'inscrivent dans le contexte post-Covid et du choc énergétique lié au conflit en Ukraine, qui a fait flamber les coûts de production des matières plastiques (énergie et intrants pétrochimiques). La Suisse, dont le coefficient de variation des importations est très faible (0,06), a néanmoins présenté le choc de prix le plus marqué de la série, ce qui suggère un événement exogène ponctuel plutôt qu'une tendance structurelle.

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La production européenne progresse fortement en valeur

En dépit de ces tensions, la production communautaire de feuilles plastiques (code CN 3920) a connu une croissance remarquable : le volume est passé de 7,63 milliards de kg à 9,51 milliards de kg (+24,7 %), tandis que la valeur a bondi de 15,66 milliards € à 26,12 milliards € (+66,8 %). L'écart entre la croissance des volumes (+24,7 %) et celle de la valeur (+66,8 %) confirme la hausse significative des prix de production sur la période. Le pic de production en valeur a été atteint en 2022 à 31,70 milliards €, année de forte inflation des prix des matières premières. Ce dynamisme productif européen est porté en particulier par l'Allemagne, l'Italie et la France, mais aussi par des économies plus petites comme le Portugal (RSCA de 0,58, le plus spécialisé de l'UE), la Croatie et la Lituanie.

Indicateur 2015 2025 Variation
Production volume (Mds kg) 7,63 9,51 +24,7 %
Production valeur (Mds €) 15,66 26,12 +66,8 %

Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des feuilles plastiques (CN 3920) a connu trois évolutions majeures. Premièrement, une divergence s'est creusée entre un côté exportateur marqué par la stagnation des volumes et la hausse des prix, et un côté importateur caractérisé par une croissance vigoureuse des quantités. Deuxièmement, le paysage des partenaires commerciaux a été profondément remodelé : l'éviction quasi totale de la Russie, la montée en puissance de la Turquie comme premier fournisseur et la percée des États-Unis comme destination d'exportation en sont les illustrations les plus frappantes. Troisièmement, l'ouverture commerciale de l'UE dans ce secteur a considérablement augmenté, ce qui se traduit par un excédent commercial en recul (–42,1 %), une dépendance nette aux importations qui se rapproche du seuil de basculement, et une exposition accrue aux chocs de prix, comme l'a montré l'année 2022.

La production européenne demeure dynamique, avec une croissance en valeur de 66,8 % sur la période, ce qui témoigne de la capacité d'adaptation de l'industrie. Néanmoins, la trajectoire actuelle — volumes exportés en légère baisse, volumes importés en forte hausse — suggère que l'excédent structurel de l'UE sur ce créneau pourrait continuer à se réduire dans les années à venir. La diversification géographique des exportations (baisse du HHI) est un facteur positif, mais l'augmentation concomitante de la concentration des importations appelle une vigilance accrue en matière de sécurité des approvisionnements.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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