Évolution du marché : Feuilles en polyéthylène (CN 392010) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 392010, qui couvre les plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames en polymères de l'éthylène non alvéolaires, non renforcées, non stratifiées et non munies d'un support. Ce produit, utilisé principalement dans l'emballage, la protection alimentaire et diverses applications industrielles, représente un segment significatif du commerce européen des matières plastiques. Sur la période 2015–2025, l'UE a conservé son statut d'exportateur net, mais les dynamiques observées révèlent une recomposition profonde du marché, marquée par une forte croissance des importations, un effondrement du commerce avec la Russie et une ouverture commerciale accrue. L'analyse s'appuie sur les données du tableau de bord commercial.
1. Une érosion progressive de l'excédent commercial européen
Les importations ont crû deux fois plus vite que les exportations en valeur
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers a augmenté de 18,4 %, passant de 1,82 milliard d'euros à 2,16 milliards d'euros. Sur la même période, les importations ont progressé de 46,0 %, passant de 969 millions d'euros à 1,41 milliard d'euros (aperçu général). Ce différentiel de croissance a conduit à un rétrécissement de l'excédent commercial de l'UE, passé de 853 millions d'euros à 743 millions d'euros (−13,0 %).
Les volumes importés ont bondi tandis que les volumes exportés stagnent
L'écart est encore plus frappant en termes de quantités. Les importations ont connu une progression remarquable de 56,4 % (de 398 293 à 623 046 tonnes), tandis que les exportations ont légèrement reculé de 0,9 % (de 674 821 à 668 541 tonnes). En d'autres termes, l'UE absorbe désormais près de 225 000 tonnes supplémentaires de feuilles en polyéthylène en provenance de pays tiers, sans accroissement correspondant de ses ventes à l'extérieur.
Le différentiel de prix s'est inversé au détriment des exportations européennes
En 2015, le prix moyen des exportations européennes (2 700 €/t) était supérieur à celui des importations (2 433 €/t), ce qui traduisait un positionnement vers des produits à plus forte valeur ajoutée. En 2025, les prix se sont resserrés : 3 227 €/t à l'export (+19,5 %) contre 2 271 €/t à l'import (−6,6 %). La hausse des prix à l'export peut refléter une inflation des coûts de production en Europe (énergie, matières premières, réglementation environnementale), tandis que la baisse des prix à l'import suggère une offre concurrentielle croissante de la part de fournisseurs tiers, notamment asiatiques et moyen-orientaux.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (Mds €) | 1,82 | 2,16 | +18,4 % |
| Exportations — volume (kt) | 675 | 669 | −0,9 % |
| Exportations — prix (€/t) | 2 700 | 3 227 | +19,5 % |
| Importations — valeur (Mds €) | 0,97 | 1,41 | +46,0 % |
| Importations — volume (kt) | 398 | 623 | +56,4 % |
| Importations — prix (€/t) | 2 433 | 2 271 | −6,6 % |
| Solde (Mds €) | 0,85 | 0,74 | −13,0 % |
2. Une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux
L'effondrement du commerce avec la Russie : le choc le plus marquant de la période
Le changement le plus spectaculaire concerne la Russie. En 2015, la Fédération de Russie était le cinquième client de l'UE pour ce produit, avec des exportations valorisées à 147 millions d'euros. En 2025, ce chiffre s'est effondré à 205 280 euros, soit une chute de 99,9 % (partenaires principaux par valeur). Les sanctions économiques imposées à la Russie depuis 2022, en réponse à l'invasion de l'Ukraine, expliquent largement cette rupture. Les données de volatilité confirment la brutalité du choc : le coefficient de variation des exportations vers la Russie atteint 0,71, le plus élevé de tous les partenaires, avec un événement de choc de prix détecté en 2023 (anomalie de 10,1, décalage de +157,2 %) (chocs de volatilité).
De nouveaux moteurs de croissance à l'export : les États-Unis et le Maroc
La perte du marché russe a été partiellement compensée par une forte progression des exportations vers d'autres destinations. Les États-Unis ont connu une augmentation de 81,9 % (de 158 à 287 millions d'euros), devenant le troisième client de l'UE. Le Maroc a suivi une trajectoire comparable (+81,3 %, de 39 à 70 millions d'euros). La Suisse (+29,5 %) et la Norvège (+28,3 %), partenaires traditionnels proches géographiquement, ont également consolidé leurs positions.
| Principaux partenaires à l'export (valeur) | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 417 | 456 | +9,4 % |
| Suisse | 174 | 225 | +29,5 % |
| États-Unis | 158 | 287 | +81,9 % |
| Norvège | 106 | 136 | +28,3 % |
| Russie | 147 | 0,2 | −99,9 % |
| Turquie | 86 | 79 | −7,7 % |
| Maroc | 39 | 70 | +81,3 % |
Une diversification des sources d'importation, portée par la Turquie, la Chine et l'Égypte
Côté importations, la Turquie a consolidé sa position de premier fournisseur extra-UE, avec une croissance de 121 % (de 140 à 310 millions d'euros). La Chine a connu une progression encore plus dynamique (+178,4 %, de 62 à 173 millions d'euros), tandis que l'Égypte a enregistré une hausse exceptionnelle (+1 369 %, de 3,5 à 52 millions d'euros). La Malaisie (+162,4 %) confirme l'essor des fournisseurs asiatiques. En contrepartie, les importations en provenance d'Arabie saoudite ont légèrement reculé (−9,4 %). L'indice de concentration HHI des importations a diminué de 1 254 à 1 189 (−5,2 %), ce qui indique une diversification progressive des sources d'approvisionnement (concentration HHI).
| Principaux partenaires à l'import (valeur) | 2015 (M €) | 2025 (M €) | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 140 | 310 | +121 % |
| Royaume-Uni | 237 | 263 | +11,2 % |
| Arabie saoudite | 106 | 96 | −9,4 % |
| Chine | 62 | 173 | +178 % |
| Tunisie | 24 | 33 | +35,0 % |
| Malaisie | 17 | 46 | +162 % |
| Égypte | 3,5 | 52 | +1 369 % |
3. Une intégration commerciale croissante et des tensions sur l'autonomie européenne
La production européenne a fortement progressé en valeur
La production intra-UE de feuilles en polyéthylène a augmenté de 26 % en volume (de 3,93 milliards de kg à 4,95 milliards de kg) et de 72,7 % en valeur (de 6,62 milliards d'euros à 11,43 milliards d'euros) entre 2015 et 2025 (volumes de production). Cette hausse de la valeur, bien supérieure à celle des volumes, reflète l'inflation des prix des matières plastiques, notamment lors de la crise énergétique de 2021–2022, ainsi qu'un possible glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
L'intensité commerciale a bondi, signalant une ouverture accrue du marché
L'indicateur d'intensité commerciale (rapport du commerce total à la production) est passé de 15,7 % à 27,4 %, soit une progression de 74 % (intensité commerciale). De même, la propension à exporter a crû de 61,6 %, passant de 11,5 % à 18,6 % (propension à exporter). Ces dynamiques indiquent que le marché européen des feuilles en polyéthylène s'est profondément internationalisé au cours de la décennie.
Le taux de dépendance aux importations reste stable mais le risque s'accroît
Malgré la forte hausse des importations, le taux de dépendance nette aux importations est resté stable autour de −7 % (l'UE demeure exportatrice nette) (dépendance nette). Cependant, la combinaison d'une forte croissance des importations (+56 % en volume) et d'une concentration géographique des fournisseurs (Turquie, Chine, Égypte) introduit une vulnérabilité potentielle. Les données de volatilité montrent que l'Égypte présente le coefficient de variation le plus élevé (0,81) parmi les partenaires d'importation, suivi de la Malaisie (0,30) et de la Chine (0,43), ce qui traduit une instabilité des flux (volatilité).
Les sous-produits confirment la dominance des feuilles fines et épaisses
L'analyse des sous-produits douaniers révèle que les importations sont dominées par les feuilles étirables en polyéthylène fin (code 39201024, ≤ 0,125 mm, densité < 0,94) et les plaques et feuilles épaisses (code 39201089, > 0,125 mm), qui représentent à eux deux plus de 60 % du volume importé. À l'exportation, ce sont les feuilles imprimées (39201025) et les plaques épaisses (39201089) qui dominent en valeur, ce qui suggère une spécialisation européenne dans les produits transformés à plus forte valeur ajoutée (segmentation produit).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des feuilles en polyéthylène (CN 392010) a connu une transformation structurelle significative. Si l'Union européenne a conservé son statut d'exportateur net, trois tendances majeures se dégagent : premièrement, l'excédent commercial s'est érodé sous l'effet d'une croissance des importations nettement supérieure à celle des exportations ; deuxièmement, la géographie commerciale s'est profondément reconfigurée, avec l'effondrement quasi total des échanges avec la Russie et l'émergence de nouveaux partenaires (États-Unis, Maroc, Turquie, Chine, Égypte) ; troisièmement, le marché s'est considérablement internationalisé, comme en témoignent le bond de l'intensité commerciale (+74 %) et de la propension à exporter (+61,6 %). La hausse des prix à l'exportation (+19,5 %) combinée à la stagnation des volumes suggère une pression sur la compétitivité-prix européenne, tandis que la forte volatilité observée sur certains partenaires émergents (Égypte, Malaisie) introduit des risques d'approvisionnement à surveiller. À l'horizon, la trajectoire dépendra de la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa différenciation sur les segments à forte valeur ajoutée face à une concurrence internationale de plus en plus dynamique.