Évolution du marché : Feuilles de polyéthylène téréphtalate (CN 392062) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 392062 couvre les plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames en polyéthylène téréphtalate (PET) non alvéolaire, non renforcées ni stratifiées, sans support ni association à d'autres matières. Ce produit intervient dans de nombreuses applications industrielles — emballage alimentaire, impression, électronique, photovoltaïque — et constitue un segment stratégique de l'industrie européenne des matières plastiques. Le présent rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données du tableau de bord du commerce extérieur. Trois dynamiques majeures structurent cette décennie : une croissance vigoureuse des échanges mais marquée par un déficit commercial persistant, une réorientation géographique profonde des partenaires, et une vulnérabilité accrue face aux chocs de prix.
1. Une expansion commerciale vigoureuse mais structurellement déficitaire
Les échanges globaux ont progressé de manière soutenue sur toute la période
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE en PET (CN 392062) sont passées de 417 M€ à 555 M€ en valeur (+33,0 %) et de 126 769 t à 157 437 t en volume (+24,2 %). Les importations ont connu une trajectoire comparable : de 620 M€ à 796 M€ en valeur (+28,4 %) et de 245 604 t à 323 072 t en volume (+31,5 %). Ce dynamisme témoigne d'une demande européenne structurellement forte pour les feuilles de PET, alimentée par les secteurs de l'emballage, de l'impression et de l'électronique.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M€) | 417 | 555 | +33,0 % |
| Exportations — volume (kt) | 127 | 157 | +24,2 % |
| Importations — valeur (M€) | 620 | 796 | +28,4 % |
| Importations — volume (kt) | 246 | 323 | +31,5 % |
Le déficit commercial se creuse malgré une production intérieure en forte hausse
L'Union européenne affiche un déficit commercial structurel sur ce produit : il est passé de −202 M€ en 2015 à −241 M€ en 2025, après avoir atteint un creux de −301 M€. Ce constat est d'autant plus marquant que la production européenne a connu une croissance spectaculaire : le volume produit est passé de 342 kt à 610 kt (+78,3 %) et la valeur de 821 M€ à 1 616 M€ (+96,8 %). Autrement dit, même une production en quasi-doublage n'a pas suffi à absorber l'accroissement de la demande intérieure, ce qui a maintenu voire accru la dépendance aux importations : le taux de dépendance nette est passé de 9,0 % à 11,4 % (+26,9 % en relatif), avec un pic à 23,3 %.
Le segment des feuilles épaisses (> 0,35 mm) concentre la dynamique de croissance des importations
L'analyse des sous-segments révèle un déséquilibre structurel. Les feuilles fines (≤ 0,35 mm, code 39206219) demeurent le segment dominant, représentant environ 79 % de la valeur des importations en 2025 (contre 87 % en 2015). En revanche, les feuilles épaisses (> 0,35 mm, code 39206290) affichent la progression la plus rapide :
| Segment | Import. volume 2015 (t) | Import. volume 2025 (t) | Croissance | Import. valeur 2015 (M€) | Import. valeur 2025 (M€) | Croissance |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 39206219 (≤ 0,35 mm) | 211 107 | 247 080 | +17,0 % | 536 | 631 | +17,7 % |
| 39206290 (> 0,35 mm) | 33 968 | 75 711 | +122,9 % | 80 | 162 | +103,5 % |
Les importations de feuilles épaisses ont ainsi plus que doublé en volume, faisant passer leur part dans les importations totales de 12 % à 20 % en valeur. À l'exportation, ce segment a également progressé (+39,5 % en volume, de 46 kt à 64 kt), mais à un rythme nettement inférieur, ce qui accentue le déficit commercial sur ce créneau. Les prix à l'exportation de l'UE restent structurellement plus élevés que les prix à l'importation : en 2025, les feuilles fines s'exportent à 4 228 €/t contre 2 553 €/t à l'importation (ratio de 1,66), ce qui suggère un positionnement de l'industrie européenne sur des produits à plus forte valeur ajoutée.
2. Une réorientation géographique profonde des flux commerciaux
La Turquie, l'Inde et la Chine émergent comme les principaux fournisseurs de l'UE
La structure des partenaires d'importation s'est profondément reconfigurée entre 2015 et 2025. Trois pays émergents ont connu des hausses spectaculaires :
| Partenaire | Valeur import. 2015 (M€) | Valeur import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Turquie | 80 | 156 | +95,0 % |
| Inde | 63 | 111 | +77,8 % |
| Chine | 46 | 107 | +132,8 % |
Ces trois pays représentaient ensemble 34 % des importations en 2015 et 47 % en 2025, consolidant leur rôle de fournisseurs clés. En parallèle, des partenaires historiques ont vu leur part se réduire sensiblement : le Royaume-Uni (−16,0 %), la Corée du Sud (−20,7 %), Oman (−26,7 %) et Bahreïn (−49,0 %). Le cas de Bahreïn est particulièrement marquant : ses exportations vers l'UE sont passées de 30 M€ à 15 M€, perdant ainsi la moitié de leur valeur.
Les exportations européennes se redéploient vers les Amériques après l'effondrement du marché russe
Du côté des exportations, la transformation est tout aussi frappante. La Fédération de Russie, qui importait 15 M€ de PET européen en 2015, est tombée à pratiquement zéro en 2025 (248 €), témoignant de l'impact des sanctions. Les flux se sont redirigés vers de nouveaux horizons :
| Partenaire | Valeur export. 2015 (M€) | Valeur export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 141 | 163 | +15,4 % |
| États-Unis | 54 | 85 | +56,9 % |
| Turquie | 9 | 30 | +245,8 % |
| Mexique | 3 | 14 | +358,6 % |
| Norvège | 6 | 12 | +100,2 % |
Les États-Unis et le Mexique ont émergé comme des marchés dynamiques, tandis que la Turquie apparaît à la fois comme un fournisseur croissant et un débouché en forte expansion pour les producteurs européens, illustrant une relation commerciale de plus en plus bidirectionnelle.
La concentration des importations augmente tandis que celle des exportations se desserre
L'indice de concentration HHI confirme ces restructurations. En valeur, l'HHI des importations est passé de 948 à 1 098 (+15,8 %), indiquant une légère concentration accrue autour de quelques fournisseurs majeurs (Turquie, Inde, Chine). À l'inverse, l'HHI des exportations a baissé de 1 644 à 1 341 (−18,4 %), et celui en volume encore plus fortement de 2 173 à 1 265 (−41,8 %), reflétant une diversification significative des débouchés à l'exportation, portée notamment par la conquête de nouveaux marchés aux Amériques et en Asie.
Au sein de l'UE, la spécialisation est très inégale. Le Portugal (RCA de 10,2) et la Lituanie (RCA de 9,6) se distinguent par un avantage comparatif très marqué, tandis que des pays comme l'Allemagne et l'Italie — pourtant leaders en termes de volumes absolus — présentent des indices de spécialisation plus modérés, ce qui reflète une base industrielle diversifiée.
3. Vulnérabilité croissante et chocs de prix : l'épreuve de 2022
L'ouverture commerciale de l'UE s'approfondit, mais au prix d'une exposition accrue
Plusieurs indicateurs témoignent d'une ouverture commerciale croissante de l'UE sur ce segment :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (pp) |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale | 52,4 % | 58,9 % | +6,5 |
| Propension à exporter | 32,4 % | 38,0 % | +5,6 |
| Dépendance nette aux importations | 9,0 % | 11,4 % | +2,4 |
Si la hausse de la propension à exporter (score de vulnérabilité le plus élevé, à 29,4 points) est un signe positif de compétitivité, l'augmentation corrélée de la dépendance aux importations crée une vulnérabilité structurelle. Les prix à l'importation ont par ailleurs reculé de 2,524 €/t à 2,463 €/t (−2,4 %) sur la période, ce qui peut refléter une pression concurrentielle forte des fournisseurs asiatiques et moyen-orientaux — un avantage à court terme mais un risque de dépendance à long terme.
Le pic de prix à l'importation de 2022 met en lumière des fragilités ciblées
L'année 2022 constitue un tournant : les prix moyens à l'importation ont atteint 3 143 €/t, soit un pic exceptionnel par rapport à la moyenne de la période. Plusieurs chocs de prix ont été détectés :
| Partenaire | Type de choc | Anomalie | Hausse des prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Bahreïn | Prix | 32,2 | +24,2 % | 4,4 % |
| Turquie | Prix | 12,8 | +30,4 % | 23,8 % |
| Oman | Prix | 7,6 | +44,3 % | 5,0 % |
Ces chocs, concentrés sur des fournisseurs du Golfe et de la région moyen-orientale, coïncident avec la crise énergétique de 2022 (post-COVID, contexte géopolitique lié au conflit ukrainien). La Turquie, premier fournisseur avec 23,8 % de la valeur des importations, a vu ses prix bondir de 30,4 %, ce qui a eu un impact significatif sur la facture d'importation globale de l'UE. Les prix ont ensuite reflué en 2023–2025, mais les coefficients de variation restent élevés pour certains partenaires : Thaïlande (CV = 0,96), Émirats arabes unis (0,76), Pakistan (0,75) et Égypte (0,48) figurent parmi les sources d'importation les plus volatiles.
Les États membres présentent des trajectoires d'importation très divergentes
L'analyse par pays déclarant révèle des dynamiques très contrastées au sein de l'UE. L'Allemagne et l'Italie restent les deux premiers importateurs, avec des niveaux stables (158 M€ et 163 M€ respectivement en 2025). Mais certains pays affichent des trajectoires de rattrapage spectaculaires :
| État membre | Valeur import. 2015 (M€) | Valeur import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Espagne | 30 | 85 | +185,0 % |
| Pays-Bas | 21 | 55 | +161,8 % |
| France | 37 | 60 | +62,2 % |
À l'opposé, la Belgique (−17,0 %) et la Pologne (−25,1 %) ont vu leurs importations reculer, suggérant un possible transfert de capacité de transformation ou une réorientation des flux intra-européens. À l'exportation, l'Espagne (+216,4 %) et la Lituanie (+172,5 %) ont émergé comme de nouveaux exportateurs dynamiques, tandis que la Pologne (−39,1 %) a significativement réduit ses ventes à l'extérieur de l'UE.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des feuilles de PET (CN 392062) a connu une croissance vigoureuse, portée par une production intérieure en quasi-doublage et une demande soutenue. Néanmoins, cette dynamique n'a pas permis de résorber le déficit commercial, qui s'est au contraire installé autour de −240 M€. Trois enseignements majeurs se dégagent : premièrement, le marché se structure de plus en plus autour de fournisseurs émergents (Turquie, Inde, Chine), au détriment de partenaires historiques ; deuxièmement, le segment des feuilles épaisses (> 0,35 mm) concentre une part croissante des échanges et représente un enjeu de souveraineté industrielle ; troisièmement, le choc de prix de 2022 a révélé une sensibilité particulière aux fluctuations des coûts énergétiques et des fournisseurs moyen-orientaux. À l'horizon 2025, le taux de dépendance nette aux importations (11,4 %) et la concentration accrue des fournisseurs appellent une vigilance accrue sur la résilience de la chaîne d'approvisionnement européenne en PET.