Évolution du marché : Pellicules en PET (CN 39206219) — 2015–2025
Introduction
Le code tarifaire 39206219 couvre les plaques, feuilles, pellicules, bandes et lames en polyéthylène téréphtalate (PET) non alvéolaire, d'une épaisseur ≤ 0,35 mm, non renforcées ni stratifiées — un matériau essentiel dans les secteurs de l'emballage alimentaire, de l'électronique, de l'impression et de l'industrie pharmaceutique. Ce rapport analyse l'évolution des échanges de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de la vue d'ensemble du commerce.
L'UE demeure un importateur net structurel de ce produit, mais la période étudiée révèle trois dynamiques majeures : une forte croissance de la production intérieure, une reconfiguration géographique significative des partenaires commerciaux, et des chocs de prix concentrés autour de 2022. L'analyse qui suit décrypte ces tendances et leurs implications pour la compétitivité et la résilience de l'industrie européenne du PET.
1. Une trajectoire de croissance portée par la demande, avec un déficit commercial persistant
L'Union européenne reste structurellement déficitaire
Sur l'ensemble de la période, l'UE affiche un déficit commercial chronique. En 2015, celui-ci s'élevait à −217 millions d'euros ; en 2025, il atteint −240 millions d'euros, soit une détérioration de 10,2 %. Le creux maximal a été atteint en 2021 avec un déficit de −323 millions d'euros, avant un resserrement partiel les années suivantes.
| Indicateur | 2015 | Valeur min. | Valeur max. | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations (€) | 536 M€ | 492 M€ | 786 M€ | 631 M€ | +17,7 % |
| Exportations (€) | 319 M€ | 293 M€ | 585 M€ | 391 M€ | +22,8 % |
| Solde (€) | −217 M€ | −323 M€ | −166 M€ | −240 M€ | −10,2 % |
Le taux de dépendance nette aux importations est resté remarquablement stable, passant de 15,2 % à 15,4 %, avec un minimum à 11,5 % et un pic à 31,8 %. Cette relative stabilité masque cependant des recompositions internes significatives.
Des volumes et des valeurs en hausse, mais avec des trajectoires divergentes
Les importations ont progressé en volume de 211 107 tonnes (2015) à 247 080 tonnes (2025), soit +17,0 %. Les exportations ont connu une dynamique similaire en termes de tendance longue (+15,0 %), passant de 80 476 à 92 547 tonnes. Toutefois, les pics de volumes ont été nettement plus élevés : les exportations ont atteint 131 003 tonnes à leur maximum, ce qui suggère une capacité de production européenne significative mais sous-exploitée en fin de période.
| Flux | Quantité 2015 (t) | Quantité 2025 (t) | Valeur 2015 (€) | Valeur 2025 (€) | Prix moy. 2015 (€/t) | Prix moy. 2025 (€/t) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Importations | 211 107 | 247 080 | 536 M€ | 631 M€ | 2 540 | 2 553 |
| Exportations | 80 476 | 92 547 | 319 M€ | 391 M€ | 3 961 | 4 228 |
Un contraste de prix est particulièrement frappant : les exportations européennes s'écoulent à un prix moyen de 4 228 €/t en 2025, contre seulement 2 553 €/t pour les importations. Ce différentiel de prix — de l'ordre de 66 % — indique que l'UE exporte des pellicules à plus forte valeur ajoutée (spécialisées, plus épaisses, ou de qualité supérieure) tout en important des volumes de commodité à moindre coût, principalement destinés au marché de l'emballage.
2. Une reconfiguration géographique majeure des flux commerciaux
Les fournisseurs traditionnels recèdent face à la montée de l'Asie et de la Turquie
L'analyse des principaux partenaires d'importation révèle un basculement géographique profond entre 2015 et 2025 :
| Partenaire | Import. 2015 (€) | Import. 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Inde | 58 M€ | 90 M€ | +54,1 % |
| Turquie | 75 M€ | 121 M€ | +62,2 % |
| Chine | 42 M€ | 84 M€ | +100,6 % |
| Corée du Sud | 66 M€ | 50 M€ | −24,0 % |
| Royaume-Uni | 80 M€ | 71 M€ | −10,7 % |
| Bahreïn | 29 M€ | 15 M€ | −50,2 % |
| Émirats arabes unis | 45 M€ | 16 M€ | −63,8 % |
Trois dynamiques se distinguent :
- La montée en puissance de la Chine (+100,6 %) et de l'Inde (+54,1 %) traduit la montée en capacité de production asiatique, compétitive en coûts, qui alimente le marché européen en films PET de commodité.
- La Turquie est devenue le premier fournisseur de l'UE avec 121 M€ en 2025, dépassant le Royaume-Uni. Sa position géographique et ses accords commerciaux en font un partenaire stratégique, bien que les flux soient relativement volatils (coefficient de variation de 0,15).
- Le déclin des fournisseurs du Golfe (Bahreïn −50,2 %, EAU −63,8 %) et de la Corée du Sud (−24,0 %) marque un repositionnement de l'approvisionnement vers des zones plus proches ou plus compétitives.
Les exportations européennes se diversifient mais perdent la Russie
Côté exportations, le Royaume-Uni demeure de loin le premier client (109 M€, quasi stable à +1,0 %), suivi de la Suisse (+18,3 %) et des États-Unis (+51,2 %). Mais les changements les plus remarquables concernent les marchés émergents :
| Partenaire | Export. 2015 (€) | Export. 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 108 M€ | 109 M€ | +1,0 % |
| Suisse | 39 M€ | 46 M€ | +18,3 % |
| États-Unis | 43 M€ | 65 M€ | +51,2 % |
| Turquie | 6 M€ | 24 M€ | +323,9 % |
| Mexique | 1,6 M€ | 7,8 M€ | +396,8 % |
| Inde | 2,5 M€ | 14,1 M€ | +457,8 % |
| Russie | 12 M€ | 0,2 M€ | −100,0 % |
La quasi-disparition des exportations vers la Russie (−100,0 %) est directement liée aux sanctions imposées à partir de 2022. En parallèle, l'UE a considérablement renforcé sa présence sur les marchés turc, indien et mexicain, ce qui témoigne d'une stratégie de diversification géographique réussie du côté exportateur.
L'Allemagne domine, mais la carte intérieure se transforme
Au sein de l'UE, les principaux États membres importateurs et exportateurs ont connu des évolutions contrastées :
| État membre | Rôle | 2015 (€) | 2025 (€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | Exportateur | 172 M€ | 173 M€ | +0,5 % |
| Italie | Exportateur | 41 M€ | 56 M€ | +36,7 % |
| Hongrie | Exportateur | 0,8 M€ | 22 M€ | +2 608 % |
| Pologne | Exportateur | 34 M€ | 18 M€ | −47,3 % |
| Pays-Bas | Exportateur | 15 M€ | 5 M€ | −68,8 % |
| France | Importateur | 30 M€ | 55 M€ | +84,9 % |
| Espagne | Importateur | 22 M€ | 44 M€ | +100,5 % |
| Pays-Bas | Importateur | 16 M€ | 46 M€ | +179,8 % |
L'Allemagne reste le pilier exportateur de l'UE, avec 173 M€ en 2025 — soit près de la moitié des exportations extra-européennes — mais sa croissance est atone (+0,5 %). En revanche, la Hongrie a émergé comme un acteur majeur (+2 608 %), probablement portée par des investissements industriels récents et sa position centrale en Europe. À l'inverse, la Pologne et les Pays-Bas ont vu leurs exportations se contracter fortement. Côté importations, la France, l'Espagne et les Pays-Bas ont connu des hausses spectaculaires, signe d'une demande intérieure dynamique dans ces pays.
3. Chocs de prix, montée en puissance de la production européenne et réduction de la concentration
L'année 2022 : un tournant marqué par des chocs de prix sur les importations
L'analyse des chocs d'approvisionnement identifie 2022 comme une année de rupture. Trois chocs de prix significatifs ont été détectés, tous sur les importations :
| Partenaire | Type de choc | Amplitude (anomalie) | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Bahreïn | Prix | 21,3 | +24,4 % | 4,9 % |
| Turquie | Prix | 16,3 | +31,4 % | 23,1 % |
| Inde | Prix | 8,7 | +18,9 % | 20,9 % |
Ces chocs coïncident avec la crise énergétique mondiale de 2022 (hausse des coûts du pétrole et du gaz, intrants clés du PET) et les perturbations logistiques post-Covid. La Turquie et l'Inde, qui représentent ensemble près de 44 % de la valeur des importations, ont vu leurs prix moyens bondir respectivement de 31,4 % et 18,9 %. Le prix moyen global des importations a atteint un pic de 3 244 €/t en 2022, avant de refluer vers 2 553 €/t en 2025.
La volatilité est particulièrement élevée sur certains partenaires marginaux : les Émirats arabes unis (CV = 0,85), la Thaïlande (CV = 0,95) et le Pakistan (CV = 0,69) côté importations, et la Corée du Sud (CV = 1,40), le Mexique (CV = 1,31) et l'Inde (CV = 0,97) côté exportations. Ces niveaux de volatilité élevés suggèrent des flux commerciaux encore instables, souvent liés à des contrats de court terme ou à des commandes ponctuelles.
Une production européenne en forte progression
Les données de production PRODCOM révèlent une expansion remarquable de la capacité de l'UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Quantité produite | 232 M kg | 400 M kg | +72,5 % |
| Valeur produite | 579 M€ | 1 200 M€ | +107,1 % |
La production a presque doublé en volume et plus que doublé en valeur sur la période, ce qui indique à la fois une montée en capacité physique et un mouvement vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Cette dynamique de production est portée par des États membres spécialisés : la Lituanie (indice de spécialisation RCA = 10,05), le Portugal (RCA = 6,63), l'Italie (RCA = 1,76) et la Pologne (RCA = 1,74) se distinguent par des avantages comparatifs révélés supérieurs à 1.
Une concentration en recomposition : exports plus diversifiés, imports plus ciblés
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) permet de mesurer la concentration des flux :
| Flux | HHI valeur 2015 | HHI valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 982 | 1 116 | +13,7 % |
| Exportations (valeur) | 1 708 | 1 315 | −23,0 % |
| Importations (volume) | 1 119 | 1 646 | +47,1 % |
| Exportations (volume) | 2 425 | 1 078 | −55,6 % |
Côté exportations, la concentration a fortement diminué (−23 % en valeur, −55,6 % en volume), signe d'une diversification réussie des débouchés — le Royaume-Uni perdant du poids relatif au profit de marchés émergents. Côté importations, la concentration a en revanche augmenté (+13,7 % en valeur, +47,1 % en volume), ce qui traduit une dépendance croissante vis-à-vis d'un nombre plus restreint de fournisseurs dominants (Turquie, Inde, Chine). Cette évolution constitue une vulnérabilité potentielle en cas de nouvelle perturbation des chaînes d'approvisionnement.
Conclusion
Le marché européen des pellicules en PET (CN 39206219) a connu entre 2015 et 2025 une transformation profonde sous l'effet de trois forces convergentes. Premièrement, la production intérieure de l'UE a connu une expansion remarquable (+72,5 % en volume, +107,1 % en valeur), portée notamment par l'Italie, le Portugal, la Lituanie et la Hongrie, sans toutefois suffire à combler le déficit structurel (−240 M€ en 2025). Deuxièmement, la géographie commerciale s'est reconfigurée : la Turquie, l'Inde et la Chine ont supplanté les fournisseurs du Golfe et renforcé leur position, tandis que les exportations vers la Russie ont été anéanties par les sanctions, au profit de marchés comme les États-Unis, le Mexique et l'Inde. Troisièmement, le choc de prix de 2022 a mis en lumière la vulnérabilité de l'UE face à la volatilité des prix des importations, tandis que la concentration croissante des fournisseurs (HHI en hausse) constitue un risque stratégique.
La période se conclut néanmoins sur un bilan nuancé : si la dépendance nette aux importations reste stable autour de 15 %, la hausse de l'intensité commerciale (59 %) et de la propension à l'exportation (37 %) témoignent d'une industrie européenne qui, bien que déficitaire, demeure compétitive sur les segments à haute valeur ajoutée. L'enjeu pour les années à venir sera de maintenir cette dynamique de montée en gamme tout en diversifiant les sources d'approvisionnement pour réduire la concentration croissante des importations.