Évolution du marché : Organes de direction (CN 870894) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 870894 désigne les volants, colonnes et boîtiers de direction ainsi que leurs parties, destinés à l'ensemble des véhicules terrestres — voitures de tourisme, véhicules de transport de marchandises et de personnes, tracteurs et véhicules à usages spéciaux. Ce produit se situe au cœur de la chaîne de valeur automobile et subit de plein fouet les mutations du secteur : transition vers l'électromobilité, déclin du diesel, numérisation des systèmes de direction (direction assistée électrique, steer-by-wire), et reconfiguration mondiale des chaînes d'approvisionnement.
Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit a connu une triple transformation. L'excédent commercial s'est contracté de 66,6 %, passant de 2,03 à 0,68 milliard d'euros, sous l'effet d'importations en hausse de 88,3 % et d'exportations en repli de 13,0 %. La géographie des échanges s'est profondément restructurée, avec l'émergence du Maroc comme plateforme d'approvisionnement majeure et l'effondrement quasi total des flux vers la Russie. Enfin, les sous-produits ont évolué de manière contrastée : le segment des organes de direction complets (87089435) porte la dynamique commerciale, tandis que celui destiné au montage de véhicules à petits moteurs thermiques (87089420) est en déclin structurel. Le secteur est par ailleurs devenu nettement plus ouvert au commerce international, l'intensité commerciale passant de 20,5 % à 47,2 % et la propension à l'exportation de 14,6 % à 34,1 %.
1. Un excédent commercial en érosion rapide malgré une production en forte hausse
Les importations ont bondi de 88 %, creusant un déséquilibre croissant
Le solde commercial de l'UE en organes de direction, encore excédentaire de 2,03 milliards d'euros en 2015, a chuté à 0,68 milliard d'euros en 2025, soit une contraction de 66,6 %. Cette détérioration s'explique par des trajectoires divergentes des flux : les exportations ont reculé de 3,11 à 2,71 Md€ (−13,0 %) en valeur et de 181 691 à 142 663 tonnes (−21,5 %) en volume, tandis que les importations ont bondi de 1,08 à 2,03 Md€ (+88,3 %) et de 108 002 à 162 564 tonnes (+50,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 3,11 Md€ | 2,71 Md€ | −13,0 % |
| Importations | 1,08 Md€ | 2,03 Md€ | +88,3 % |
| Solde | 2,03 Md€ | 0,68 Md€ | −66,6 % |
| Volume exporté | 181,7 kt | 142,7 kt | −21,5 % |
| Volume importé | 108,0 kt | 162,6 kt | +50,5 % |
L'excédent avait atteint un maximum de 2,23 milliards d'euros autour de 2018, année de pic des exportations (3,43 Md€), avant de se résorber sous l'effet combiné de la crise Covid en 2020 (exportations tombant à un minimum de 2,39 Md€ et 132 815 tonnes) puis de la reprise asymétrique des importations.
Les prix à l'importation ont augmenté plus vite qu'à l'exportation
Un mouvement de rattrapage des prix à l'importation accompagne la hausse des volumes. Le prix moyen à l'importation a progressé de 25,1 % (de 9 966 à 12 469 €/t), contre une hausse de 10,8 % seulement à l'exportation (de 17 109 à 18 961 €/t). L'écart de prix entre exportations et importations, indicateur de la valeur ajoutée différentielle, s'est ainsi réduit de 9,1 %, passant de 7 143 à 6 492 €/t.
| Prix moyen (€/t) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations | 17 109 | 18 961 | +10,8 % |
| Importations | 9 966 | 12 469 | +25,1 % |
| Écart | 7 143 | 6 492 | −9,1 % |
Ce rétrécissement de l'écart de prix indique que les produits importés montent en gamme ou que les exportations européennes subissent une pression concurrentielle croissante sur les prix, ce qui contribue à l'érosion de la valeur ajoutée à l'exportation.
L'UE est devenue importatrice nette dans deux sous-segments
La décomposition par sous-position révèle que l'érosion de l'excédent n'est pas uniforme. En 2015, l'UE dégageait un excédent dans l'intégralité des sous-produits. En 2025, elle est devenue importatrice nette dans deux segments :
| Sous-position | Solde 2015 (M€) | Solde 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| 87089435 — Organes de direction complets | +1 219 | +993 | Excédent en baisse |
| 87089499 — Autres parties | +232 | −375 | Retournement au déficit |
| 87089420 — Montage, petits moteurs thermiques | +581 | +94 | Excédent en fort recul |
| 87089491 — Parties en aciers estampés | +1 | −34 | Retournement au déficit |
Le retournement du segment 87089499 (« autres parties »), passé d'un excédent de 232 M€ à un déficit de 375 M€, est le plus significatif : il indique que l'UE externalise une part croissante de la fabrication de composants intermédiaires, concentrant sa production sur les systèmes de direction assemblés à plus forte valeur ajoutée.
2. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux
Le Maroc s'est imposé comme le premier fournisseur de l'UE en organes de direction
La transformation la plus spectaculaire de la géographie des importations concerne le Maroc. Les importations en provenance du Maroc ont été multipliées par 15,5, passant de 28 à 403 millions d'euros (+1 349 %), faisant du Maroc le premier fournisseur de l'UE devant la Chine (415 M€). Parallèlement, les exportations de l'UE vers le Maroc ont été multipliées par 5,2 (de 50 à 263 M€, +421 %), ce qui témoigne d'une intégration industrielle profonde et bidirectionnelle : en 2015, l'UE dégageait un excédent de 22 M€ avec le Maroc ; en 2025, elle accuse un déficit de 140 M€.
| Principaux fournisseurs extra-UE | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 116 | 415 | +256 % |
| Maroc | 28 | 403 | +1 349 % |
| Tunisie | 126 | 274 | +118 % |
| Corée du Sud | 191 | 167 | −13 % |
| Japon | 50 | 125 | +149 % |
| Turquie | 93 | 126 | +35 % |
| Liechtenstein | 173 | 162 | −6 % |
L'essor marocain s'inscrit dans la stratégie de l'industrie automobile européenne (Renault à Tanger, Stellantis à Kénitra) de développer une plateforme de production à proximité de l'UE, bénéficiant de coûts compétitifs et d'accords de libre-échange. La volatilité des importations marocaines reste toutefois la plus élevée de tous les partenaires (coefficient de variation de 0,91), reflétant la rapidité et l'instabilité de cette montée en puissance. La Chine (+256 %), la Tunisie (+118 %) et le Japon (+149 %) confirment quant à eux la tendance à un approvisionnement de plus en plus diversifié en provenance d'Asie et du bassin méditerranéen.
Les marchés d'exportation traditionnels se contractent, à l'exception du Mexique et du Maroc
Côté exportations, la recomposition des marchés est marquée par le recul prononcé des partenaires historiques :
| Principaux marchés extra-UE | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 626 | 389 | −38 % |
| Chine | 697 | 570 | −18 % |
| Turquie | 411 | 370 | −10 % |
| États-Unis | 513 | 315 | −39 % |
| Mexique | 132 | 203 | +53 % |
| Maroc | 50 | 263 | +421 % |
| Russie | 134 | 4 | −97 % |
L'effondrement des exportations vers la Russie (−97 %, de 134 à 4 M€, avec un coefficient de volatilité de 0,70) est directement lié aux sanctions économiques imposées après février 2022. Le recul des ventes vers le Royaume-Uni (−38 %) s'explique en partie par les frictions commerciales post-Brexit, tandis que la baisse vers les États-Unis (−39 %) reflète une concurrence locale accrue. À l'inverse, le Mexique (+53 %) et le Maroc (+421 %) émergent comme des relais de croissance, en lien avec le développement de plateformes d'assemblage automobile dans ces pays.
La concentration des importations augmente tandis que celle des exportations diminue
L'indice de concentration HHI des importations en valeur a progressé de 16 % (de 1 068 à 1 239) et celui en volume de 32 % (de 1 168 à 1 541), signe que les sources d'approvisionnement se concentrent autour de quelques fournisseurs dominants — principalement la Chine et le Maroc, qui représentent à eux deux 40 % des importations en 2025. À l'inverse, l'HHI des exportations en valeur a diminué de 18 % (de 1 424 à 1 167), indiquant une diversification des marchés de destination. L'UE a perdu la Russie comme client mais a gagné des débouchés au Mexique et au Maroc, ce qui a mécaniquement réduit la concentration à l'exportation.
| HHI (valeur) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations | 1 068 | 1 239 | +16 % |
| Exportations | 1 424 | 1 167 | −18 % |
Cette évolution présente un paradoxe : alors que l'UE diversifie ses débouchés à l'exportation, elle concentre davantage ses approvisionnements, ce qui accroît sa vulnérabilité potentielle en cas de choc sur les axes Maroc ou Chine.
3. Des segments de produits sur des trajectoires nettement divergentes
Le segment 87089420, lié aux petits moteurs thermiques, connaît un déclin structurel
L'analyse par sous-position fait apparaître un contraste frappant. Le code 87089420, qui couvre les organes de direction destinés au montage de véhicules à moteur diesel (cylindrée ≤ 2 500 cm³) ou à essence (cylindrée ≤ 2 800 cm³), a connu un effondrement tant à l'importation qu'à l'exportation :
| 87089420 — Montage, petits moteurs thermiques | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (M€) | 170 | 78 | −54 % |
| Importations (t) | 15 600 | 5 234 | −66 % |
| Exportations (M€) | 751 | 172 | −77 % |
| Exportations (t) | 45 572 | 12 761 | −72 % |
Ce déclin est le reflet direct des mutations du secteur automobile européen : recul progressif du diesel depuis le « dieselgate » de 2015, resserrement des normes d'émissions Euro, et transition vers les motorisations hybrides et électriques. Les véhicules électriques ne relevant pas de cette sous-position, la base même de ce segment se réduit. L'effondrement est particulièrement marqué à l'exportation (−77 % en valeur), où l'UE a perdu une grande partie de sa clientèle historique.
Le segment 87089435, organes de direction complets, porte désormais la dynamique commerciale
À l'opposé, le code 87089435 — qui couvre les volants, colonnes et boîtiers de direction assemblés — est le principal moteur de croissance, tant en importations qu'en exportations :
| 87089435 — Organes de direction complets | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (M€) | 333 | 1 032 | +210 % |
| Importations (t) | 21 471 | 52 337 | +144 % |
| Exportations (M€) | 1 552 | 2 025 | +30 % |
| Exportations (t) | 79 119 | 91 819 | +16 % |
Ce segment représente désormais 51 % de la valeur des importations (contre 31 % en 2015) et 75 % des exportations (contre 50 %). Sa dynamique témoigne de deux phénomènes concomitants : d'une part, la spécialisation croissante des sites européens dans l'assemblage final de systèmes de direction à forte valeur ajoutée ; d'autre part, l'importation croissante de modules complets depuis des plateformes de production implantées au Maroc, en Chine ou en Tunisie.
Les deux autres sous-segments présentent des évolutions contrastées : le code 87089499 (« autres parties ») a vu ses importations augmenter de 56 % (de 553 à 864 M€) tandis que ses exportations reculaient de 38 % (de 785 à 489 M€), tandis que le code 87089491 (« parties en aciers estampés ») a connu une forte hausse des importations en volume (+269 %, de 3 125 à 11 526 tonnes).
La production européenne progresse, portée par les pays d'Europe centrale
La production industrielle de l'UE (données Prodcom) a connu une croissance vigoureuse sur la période, en dépit des turbulences commerciales :
| Production UE | 2015 | Pic | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Volume | 384 kt | 809 kt | 636 kt | +65,8 % |
| Valeur | 5,57 Md€ | 9,32 Md€ | 7,87 Md€ | +41,4 % |
La croissance plus rapide du volume (+65,8 %) que de la valeur (+41,4 %) suggère une compression des prix unitaires de production, compatible avec un déplacement du mix produit ou des gains d'efficience. La production a culminé autour de 2018–2019 avant de refluer sous l'effet de la crise Covid, sans retrouver intégralement son niveau de pic en 2025.
La spécialisation au sein de l'UE est très inégalement répartie. Les pays d'Europe centrale et orientale dominent, portés par des investissements directs étrangers massifs dans le secteur automobile :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les exportations UE |
|---|---|---|---|
| Roumanie | 0,768 | 7,62 | 5,5 % |
| Hongrie | 0,630 | 4,41 | 9,1 % |
| Pologne | 0,423 | 2,47 | 7,3 % |
| Portugal | 0,379 | 2,22 | — |
| Slovaquie | 0,299 | 1,85 | — |
À l'inverse, Chypre (RSCA = −1,0), l'Irlande (−0,98) et la Grèce (−0,97) n'ont aucune spécialisation dans ce produit. L'Allemagne, bien qu'en repli de 27 % (de 1,83 à 1,35 Md€), demeure de loin le premier exportateur européen, concentrant près de la moitié des exportations extra-UE. La France (−22 %), la Hongrie (−7 %) et la Pologne (−12 %) complètent le peloton de tête, tandis que la Roumanie (+24 %) se distingue par sa progression.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des organes de direction (CN 870894) a subi une triple transformation : érosion de l'excédent commercial (de 2,03 à 0,68 Md€), reconfiguration géographique des échanges (essor spectaculaire du Maroc et de la Chine, effondrement de la Russie), et restructuration segmentaire (déclin du segment « petits moteurs thermiques », montée en puissance des organes de direction complets).
L'UE demeure un acteur majeur de ce secteur, avec une production industrielle en hausse de 65,8 % en volume et un excédent commercial maintenu. Le taux de dépendance aux importations reste négatif (−10,2 % en 2025), confirmant la position d'exportatrice nette de l'Union. Toutefois, la dépendance aux importations s'accroît, en particulier depuis le Maroc et la Chine, deux partenaires qui concentrent désormais 40 % des approvisionnements. L'indice HHI des importations en hausse de 16 % illustre cette concentration croissante.
À l'horizon, la transition vers l'électromobilité devrait continuer de remodeler ce marché segment par segment, tandis que la maîtrise des chaînes d'approvisionnement — entre diversification et concentration — constituera une variable stratégique déterminante pour la compétitivité européenne dans les composants de direction.