Évolution du marché : Melons et papayes frais (CN 0807) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 0807 couvre les melons (y compris les pastèques) et les papayes à l'état frais. Ce groupe de produits constitue un segment important du commerce extérieur de fruits frais de l'Union européenne, marqué par une forte saisonnalité et une dépendance aux flux d'approvisionnement en provenance des pays tiers. Au cours de la période 2015–2025, le commerce de l'UE pour ce code a connu une croissance remarquable, tant en valeur qu'en volume, tout en se transformant profondément dans sa géographie et sa structure produit.
Ce rapport propose une analyse des principales dynamiques observées sur la période, en s'appuyant sur les données commerciales annuelles de l'UE avec les pays tiers.
Vue d'ensemble du code CN 0807
1. Une expansion commerciale vigoureuse mais asymétrique
1.1. Une croissance généralisée des échanges dans les deux sens
Sur la période 2015–2025, les échanges commerciaux de l'UE en melons et papayes frais ont connu une croissance substantielle. Les importations ont progressé de 92,0 % en valeur (de 425,8 M€ à 817,7 M€) et de 49,1 % en volume (de 581 254 t à 866 476 t). Les exportations ont également augmenté, de 75,8 % en valeur (de 161,4 M€ à 283,8 M€) et de 25,3 % en volume (de 247 225 t à 309 764 t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur (M€) | 425,8 | 817,7 | +92,0 |
| Importations — volume (kt) | 581,3 | 866,5 | +49,1 |
| Prix moyen import (€/t) | 732 | 944 | +28,8 |
| Exportations — valeur (M€) | 161,4 | 283,8 | +75,8 |
| Exportations — volume (kt) | 247,2 | 309,8 | +25,3 |
| Prix moyen export (€/t) | 653 | 916 | +40,3 |
| Solde commercial (M€) | −264,4 | −533,9 | −102,0 |
Données détaillées sur l'onglet Vue d'ensemble
1.2. Un déficit commercial qui se creuse de manière marquée
La croissance des importations, nettement plus rapide que celle des exportations, a entraîné un doublement du déficit commercial de l'UE pour ce segment : celui-ci est passé de −264,4 M€ en 2015 à −533,9 M€ en 2025, avec un point de déficit le plus faible à −254,4 M€ au cours de la période. Ce creusement s'explique à la fois par un écart de volume (les importations ont crû de 49,1 % contre 25,3 % pour les exportations) et par des prix à l'importation structurellement plus élevés. La demande européenne pour des fruits frais hors saison ne pouvant être entièrement satisfaite par la production intérieure reste le moteur fondamental de ce déséquilibre.
1.3. Une hausse des prix unitaires reflétant l'inflation et la tension sur les coûts
Les prix moyens ont augmenté dans les deux sens du commerce : +28,8 % à l'importation (de 732 à 944 €/t) et +40,3 % à l'exportation (de 653 à 916 €/t). Cette hausse généralisée, qui s'est accélérée à partir de 2021–2022, s'inscrit dans un contexte d'inflation des coûts de transport, d'énergie et d'intrants agricoles, amplifié par la crise énergétique européenne de 2022. Les exportateurs européens ont partiellement bénéficié de cette dynamique, avec une progression de prix plus forte à l'export qu'à l'import, ce qui a contribué à limiter l'élargissement du déficit en termes relatifs.
2. Une reconfiguration géographique des flux commerciaux
2.1. Le Brésil reste le premier fournisseur, mais le Maroc et la Turquie gagnent considérablement du terrain
Le Brésil demeure le premier partenaire d'importation de l'UE pour le code 0807, avec une valeur passant de 179,4 M€ à 320,5 M€ (+78,6 %). Cependant, les progressions les plus remarquables proviennent d'autres partenaires :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Brésil | 179,4 | 320,5 | +78,6 |
| Maroc | 77,6 | 239,3 | +208,4 |
| Costa Rica | 54,1 | 64,1 | +18,4 |
| Turquie | 8,6 | 46,8 | +445,9 |
| Sénégal | 13,8 | 24,8 | +80,2 |
| Honduras | 22,8 | 28,2 | +23,9 |
| Albanie | 1,0 | 12,2 | +1 112,5 |
Données par partenaire sur l'onglet Partenaires
Le Maroc a connu une progression remarquable de +208,4 %, passant de 77,6 M€ à 239,3 M€, ce qui en fait désormais le deuxième fournisseur de l'UE. Cette dynamique s'explique par la proximité géographique, les accords commerciaux préférentiels UE-Maroc et le développement de la production marocaine de pastèques et de melons destinés à l'exportation européenne, permettant des approvisionnements continus hors saison européenne.
La Turquie a connu une croissance encore plus spectaculaire en termes relatifs (+445,9 %), passant de 8,6 M€ à 46,8 M€. L'Albanie, bien que partant d'une base très modeste (1,0 M€), a affiché une progression exceptionnelle de +1 112,5 % pour atteindre 12,2 M€, témoignant de l'émergence de nouveaux corridors d'approvisionnement depuis les Balkans occidentaux, facilitée par la proximité géographique et les processus d'intégration régionale.
2.2. Le Royaume-Uni, pilier incontournable des exportations européennes
Côté exportations, le Royaume-Uni est de loin le premier client de l'UE, avec une valeur passant de 76,6 M€ à 145,2 M€ (+89,6 %), représentant plus de la moitié de la valeur totale des exportations européennes en 2025. La Suisse (75,4 M€, +43,4 %) et la Norvège (31,6 M€, +74,1 %) complètent le trio de tête.
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 76,6 | 145,2 | +89,6 |
| Suisse | 52,6 | 75,4 | +43,4 |
| Norvège | 18,1 | 31,6 | +74,1 |
| Serbie | 2,0 | 5,8 | +187,9 |
| Ukraine | 0,1 | 2,7 | +2 101,5 |
| Russie | 1,9 | 5,4 | +175,8 |
| Macédoine du Nord | 0,3 | 0,6 | +111,4 |
La structure des exportations de l'UE reste fortement concentrée sur les marchés européens non-membres, où la demande de fruits frais méditerranéens est structurellement élevée. L'indice de concentration HHI des exportations, stable autour de 3 500, confirme cette concentration sur un nombre limité de partenaires, dominés par le Royaume-Uni.
2.3. Une répartition inégale et en mutation au sein des États membres de l'UE
Les flux d'importation et d'exportation sont dominés par un petit nombre d'États membres, reflétant les spécialisations agricoles et les positions logistiques. L'indice HHI des importations a progressé de 2 397 à 2 536 (+5,8 %), signalant un léger renforcement de la concentration des approvisionnements.
Principaux importateurs (États membres de l'UE) :
| État membre | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 192,4 | 285,8 | +48,6 |
| Espagne | 81,1 | 177,0 | +118,4 |
| France | 70,7 | 206,0 | +191,3 |
| Portugal | 12,4 | 36,6 | +195,2 |
| Allemagne | 17,1 | 13,3 | −22,0 |
| Italie | 15,6 | 15,6 | −0,5 |
| Autriche | 3,1 | 24,7 | +693,0 |
Principaux exportateurs (États membres de l'UE) :
| État membre | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Espagne | 73,9 | 148,3 | +100,6 |
| Pays-Bas | 30,3 | 44,1 | +45,5 |
| France | 29,4 | 37,4 | +27,3 |
| Italie | 15,5 | 33,1 | +113,3 |
| Grèce | 5,4 | 11,9 | +119,8 |
| Allemagne | 1,3 | 0,9 | −30,3 |
| Portugal | 1,4 | 2,5 | +82,0 |
Données par État membre sur l'onglet Rapporteurs
Les Pays-Bas demeurent le principal hub d'importation (285,8 M€ en 2025), en lien avec le rôle central du port de Rotterdam dans la logistique des fruits frais. La France a connu la plus forte progression parmi les grands importateurs (+191,3 %), tandis que l'Autriche a affiché une croissance spectaculaire (+693,0 %), passant de 3,1 M€ à 24,7 M€ — un développement qui suggère un renforcement de sa fonction de redistribution vers les marchés d'Europe centrale.
À l'exportation, l'Espagne domine largement (148,3 M€, soit plus de la moitié des exportations de l'UE), confirmant son statut de premier producteur européen de melons et pastèques. L'analyse de spécialisation confirme cette position : l'Espagne affiche un RSCA de 0,79 et un RCA de 8,58 en 2025, témoignant d'un avantage comparatif très marqué. La Grèce (RSCA 0,78, RCA 8,05) se positionne également comme un spécialiste reconnu. À l'inverse, l'Allemagne est le seul grand État membre à afficher un recul à la fois des importations (−22,0 %) et des exportations (−30,3 %), ce qui peut refléter une réorientation de ses circuits de distribution ou des évolutions structurelles de la demande intérieure.
Données de spécialisation sur l'onglet Spécialisation
3. Pastèques et hausse des prix : les moteurs de la dynamique segmentaire
3.1. La pastèque, segment dominant en pleine expansion
La décomposition du code 0807 en ses trois sous-produits révèle que la croissance du marché est tirée avant tout par les pastèques (CN 080711). En importations, le volume de pastèques a presque doublé, passant de 245 531 t à 490 705 t, tandis que les melons hors pastèques (CN 080719) n'ont progressé que de 11,5 % et les papayes (CN 080720) de 15,6 %.
Importations par segment :
| Segment | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Δ Volume | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Δ Valeur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Pastèques (080711) | 245 531 | 490 705 | +99,9 % | 117,6 | 405,5 | +244,8 % |
| Melons (080719) | 300 527 | 335 073 | +11,5 % | 245,9 | 319,0 | +29,7 % |
| Papayes (080720) | 35 196 | 40 699 | +15,6 % | 62,3 | 93,1 | +49,4 % |
Exportations par segment :
| Segment | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Δ Volume | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Δ Valeur |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Pastèques (080711) | 123 743 | 211 583 | +71,0 % | 60,4 | 161,9 | +168,1 % |
| Melons (080719) | 122 551 | 95 388 | −22,2 % | 98,8 | 114,7 | +16,1 % |
| Papayes (080720) | 931 | 2 793 | +199,9 % | 2,2 | 7,2 | +221,7 % |
Comparaison des segments sur l'onglet Comparaison de produits
La pastèque représente désormais plus de la moitié du volume importé par l'UE et près de la moitié de la valeur totale, alors qu'en 2015 elle était légèrement en deçà des melons classiques en volume. À l'exportation, une inversion de tendance est nette : les melons hors pastèques ont connu un recul de −22,2 % en volume, tandis que les pastèques progressaient de 71,0 %, consolidant leur position de segment dominant dans les deux sens du commerce.
3.2. Des dynamiques de prix contrastées entre sous-produits
Les prix moyens ont augmenté pour l'ensemble des segments, mais à des rythmes très différents, révélant des dynamiques de marché distinctes.
Prix moyens à l'importation (€/t) :
| Segment | Prix 2015 | Prix 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Pastèques (080711) | 479 | 826 | +72,4 % |
| Melons (080719) | 818 | 952 | +16,4 % |
| Papayes (080720) | 1 769 | 2 287 | +29,3 % |
Prix moyens à l'exportation (€/t) :
| Segment | Prix 2015 | Prix 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Pastèques (080711) | 488 | 765 | +56,8 % |
| Melons (080719) | 806 | 1 203 | +49,3 % |
| Papayes (080720) | 2 394 | 2 566 | +7,2 % |
Les pastèques ont connu la plus forte hausse des prix à l'importation (+72,4 %), ce qui, combiné au doublement du volume, explique l'essentiel de la progression de la valeur totale des importations (+244,8 % pour ce seul segment). Les papayes restent de loin le segment le plus cher (2 287 €/t à l'importation en 2025), mais leur progression de prix est restée modérée (+29,3 %). Les melons classiques, dont le volume d'exportation a diminué, ont toutefois vu leur prix à l'exportation augmenter de 49,3 %, ce qui a permis de maintenir la valeur exportée en légère hausse (+16,1 %) malgré la contraction volumique.
3.3. Chocs de prix ponctuels et volatilité sur les partenaires secondaires
L'analyse de la volatilité des flux commerciaux révèle des dynamiques très contrastées selon les partenaires. Les partenaires historiques et volumineux (Brésil, Costa Rica, Royaume-Uni, Suisse) présentent des coefficients de variation faibles (CV entre 0,06 et 0,14), témoignant de relations commerciales stables et matures.
En revanche, les partenaires plus récents ou de moindre volume affichent une volatilité bien plus élevée :
| Partenaire | Flux | CV |
|---|---|---|
| Albanie | Importations | 0,79 |
| Turquie | Importations | 0,53 |
| Maroc | Importations | 0,35 |
| Ukraine | Exportations | 1,54 |
| Moldavie | Exportations | 1,19 |
| Macédoine du Nord | Exportations | 0,54 |
Données de volatilité sur l'onglet Volatilité
Des chocs de prix significatifs ont été détectés au cours de la période, concentrés principalement autour de l'année 2022 :
- Norvège (exportations, 2022) : hausse de prix de +51,8 %, avec un indice d'anomalie de 16,3 — le choc le plus marqué de la période, concernant 12,0 % de la valeur exportée.
- Suisse (exportations, 2022) : hausse de prix de +23,7 % (anomalie 11,0), touchant 32,4 % de la valeur exportée vers ce partenaire.
- Sénégal (importations, 2020) : hausse de prix de +13,0 % (anomalie 10,6), possiblement liée aux perturbations logistiques de la pandémie de COVID-19.
Détails des chocs sur l'onglet Chocs d'approvisionnement
Les chocs de 2022 sur les exportations vers la Norvège et la Suisse coïncident avec la forte inflation des coûts énergétiques et logistiques en Europe. Ces épisodes illustrent la sensibilité particulière du commerce de fruits frais aux aléas macroéconomiques, d'autant plus prononcée sur les marchés les moins diversifiés.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché de l'UE pour les melons et papayes frais (CN 0807) a connu une transformation profonde articulée autour de trois dynamiques principales :
-
Une croissance vigoureuse mais déséquilibrée. Les importations (+92,0 % en valeur) ont nettement devancé les exportations (+75,8 %), doublant le déficit commercial qui atteint −533,9 M€ en 2025. Cette évolution traduit une demande européenne croissante pour les fruits frais exotiques et hors saison que la production intérieure ne peut couvrir.
-
Une reconfiguration géographique significative. Le Maroc (+208,4 %), la Turquie (+445,9 %) et l'Albanie (+1 112,5 %) ont émergé ou consolidé leur position comme fournisseurs clés, tandis que le Royaume-Uni demeure le débouché dominant des exportations européennes. Au sein de l'UE, la France et l'Autriche ont fortement accru leurs importations, alors que l'Allemagne accuse un recul relatif.
-
La dominance croissante de la pastèque, segment moteur de la croissance en volume comme en valeur, tant à l'importation (volume doublé, prix en hausse de 72 %) qu'à l'exportation (+71 % en volume). Cette évolution s'inscrit dans des tendances de consommation favorisant les fruits juteux et rafraîchissants.
La hausse généralisée des prix, amplifiée par les chocs de 2022, a globalement profité aux exportateurs européens en termes de valeur, mais a également renforcé la facture des importations. L'indice de concentration HHI des importations, autour de 2 500, indique un marché suffisamment diversifié pour absorber les chocs, bien que certains partenaires secondaires restent volatils. La trajectoire future de ce marché dépendra de l'évolution des accords commerciaux, de la capacité d'adaptation des filières face au changement climatique et de l'évolution des habitudes de consommation européennes.