Évolution du marché : Fruits à pépins (CN 0808) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 0808 couvre les pommes, poires et coings frais, trois catégories de fruits à pépins qui constituent un pilier du commerce agroalimentaire de l'Union européenne. Sur la période 2015–2025, l'UE est structurellement excédentaire : en 2025, le solde commercial s'établit à 806 M€, pratiquement inchangé par rapport à 2015 (808 M€). Cependant, cette apparente stabilité masque des transformations profondes. Les volumes exportés ont chuté de 44,9 % (de 2,42 Mt à 1,33 Mt), tandis que les prix unitaires à l'exportation ont bondi de 80,5 % (de 565 à 1 019 €/t). Les importations connaissent une trajectoire similaire en plus modéré : −17,3 % en volume, +19,8 % en prix. Ce rapport identifie trois dynamiques majeures qui structurent l'évolution de ce marché sur la décennie écoulée.
1. La montée en gamme : des volumes en repli, une valeur préservée par l'inflation des prix
1.1. L'effondrement des volumes exportés malgré une valeur quasi stable
Le paradoxe central de la période réside dans le découplage entre volumes et valeur à l'exportation. Entre 2015 et 2025, les exportations de fruits à pépins de l'UE ont perdu près de 1,09 million de tonnes, passant de 2,42 Mt à 1,33 Mt — un déclin de 44,9 %. Pourtant, la valeur exportée n'a reculé que de 0,5 %, passant de 1,37 Md€ à 1,36 Md€. Ce maintien de la valeur s'explique entièrement par la hausse des prix unitaires, qui sont passés de 565 €/t à 1 019 €/t (+80,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 1 368 | 1 361 | −0,5 % |
| Volume exportations (kt) | 2 421 | 1 335 | −44,9 % |
| Prix unitaire export (€/t) | 565 | 1 019 | +80,5 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. Des importations qui suivent une tendance comparable, mais atténuée
Côté importations, la dynamique est similaire mais moins marquée. Le volume importé a diminué de 17,3 % (de 528 kt à 437 kt), tandis que la valeur n'a baissé que de 0,9 % (de 560 M€ à 555 M€). Les prix unitaires à l'importation ont progressé de 19,8 %, passant de 1 060 à 1 270 €/t — un niveau nettement supérieur aux prix à l'exportation, ce qui reflète la nature saisonnière et contre-cyclique des importations (fruits de l'hémisphère sud entrant sur le marché européen pendant l'intersaison).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M€) | 560 | 555 | −0,9 % |
| Volume importations (kt) | 528 | 437 | −17,3 % |
| Prix unitaire import (€/t) | 1 060 | 1 270 | +19,8 % |
1.3. L'explosion des prix des pommes et des coings à l'exportation
La décomposition par sous-produit révèle que ce sont principalement les pommes (CN 080810) qui tirent la hausse des prix à l'exportation. Le prix unitaire des pommes exportées a presque doublé, passant de 548 à 1 007 €/t (+83,8 %), tandis que celui des poires est passé de 628 à 1 063 €/t (+69,2 %). Les coings, bien que marginaux en volume, affichent le prix le plus élevé en 2025 : 1 687 €/t à l'importation et 1 167 €/t à l'exportation.
| Produit | Prix export 2015 (€/t) | Prix export 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pommes (080810) | 548 | 1 007 | +83,8 % |
| Poires (080830) | 628 | 1 063 | +69,2 % |
| Coings (080840) | 1 063 | 1 167 | +9,8 % |
Source : Comparaison par segment produit
Cette hausse généralisée des prix traduit vraisemblablement plusieurs facteurs concomitants : des coûts de production en hausse (énergie, intrants, main-d'œuvre), des aléas climatiques affectant les récoltes européennes, et une orientation vers des variétés à plus forte valeur ajoutée.
2. Reconfiguration géographique : Brexit, sanctions et percée vers de nouveaux marchés
2.1. Le Brexit transforme les flux avec le Royaume-Uni
Le Royaume-Uni, principal partenaire commercial de l'UE pour les fruits à pépins, a vu sa position évoluer de manière contrastée. À l'exportation, il reste le premier débouché de l'UE avec 351 M€ en 2025 (+4,7 % vs 2015), assurant près d'un quart de la valeur exportée. En revanche, les importations en provenance du Royaume-Uni se sont effondrées de 79,2 %, passant de 23 M€ à moins de 5 M€. Ce déclin spectaculaire reflète les frictions commerciales post-Brexit (contrôles sanitaires, formalités douanières) qui ont rendu les échanges bilatéraux plus coûteux et complexes.
| Flux | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations UE → UK | 335 | 351 | +4,7 % |
| Importations UK → UE | 23 | 5 | −79,2 % |
Source : Principaux partenaires
2.2. L'effondrement des exportations vers la Biélorussie et la montée des marchés émergents
Les exportations vers la Biélorussie ont chuté de 68,5 % (de 169 M€ à 53 M€), reflétant probablement l'impact des sanctions européennes et la reorientation des flux commerciaux vers la Russie via des circuits alternatifs. Ce déclin a été partiellement compensé par la percée de nouveaux marchés :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Brésil | 55 | 105 | +92,0 % |
| Inde | 15 | 64 | +315,0 % |
| Arabie saoudite | 79 | 95 | +20,8 % |
La progression la plus spectaculaire est celle de l'Inde, dont les importations de fruits à pépins en provenance de l'UE ont été multipliées par plus de quatre (+315 %). Le Brésil a également doublé ses achats. Ces dynamiques témoignent d'une diversification géographique des débouchés européens vers les grands marchés émergents.
Source : Principaux partenaires à l'exportation
2.3. Le Chili et l'Afrique du Sud au détriment de la Nouvelle-Zélande côté importations
Côté importations, l'approvisionnement se concentre toujours sur l'hémisphère sud, mais avec des parts en mouvement. Le Chili reste le premier fournisseur (197 M€, +9,3 %), suivi de l'Afrique du Sud (163 M€, +37,8 %). En revanche, la Nouvelle-Zélande a connu un déclin marqué de 61,1 % (de 98 M€ à 38 M€), perdant significativement des parts de marché. L'Argentine a également reculé (−24,7 %). À l'inverse, des fournisseurs plus modestes comme la Macédoine du Nord (+175 %) et la Serbie (+97 %) ont progressé, reflétant l'intégration croissante des Balkans occidentaux dans les chaînes d'approvisionnement européennes.
| Fournisseur | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chili | 180 | 197 | +9,3 % |
| Afrique du Sud | 118 | 163 | +37,8 % |
| Nouvelle-Zélande | 98 | 38 | −61,1 % |
| Argentine | 77 | 58 | −24,7 % |
| Macédoine du Nord | 4 | 11 | +175,1 % |
| Serbie | 5 | 9 | +96,6 % |
2.4. Une concentration des importations en hausse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 14,7 % (de 2 034 à 2 333 en valeur), indiquant une concentration croissante des sources d'approvisionnement. Cela signifie que malgré l'entrée de nouveaux fournisseurs balkaniques, les parts de marché des grands fournisseurs historiques (Chili, Afrique du Sud) se sont consolidées face au recul de la Nouvelle-Zélande et de l'Argentine. À l'exportation, l'HHI est resté stable (≈ 1 003), traduisant une base de destination plus diversifiée.
| Indice HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 2 034 | 2 333 | +14,7 % |
| Exportations (valeur) | 1 028 | 1 003 | −2,4 % |
Source : Concentration HHI
3. Reconfiguration intra-européenne : l'Italie et la Pologne au premier plan
3.1. L'Italie consolide sa position de premier exportateur de l'UE
Au sein de l'UE, la répartition des exportations vers les pays tiers s'est profondément réorganisée. L'Italie est passée de 378 M€ à 467 M€ (+23,4 %), consolidant sa position de premier exportateur avec plus d'un tiers de la valeur totale. La Pologne a connu la progression la plus remarquable : +81,1 % (de 131 M€ à 237 M€), la hissant au troisième rang, juste derrière la France. La France, historiquement le deuxième exportateur, a vu ses ventes décliner de 23,4 % (de 297 M€ à 228 M€), perdant ainsi sa deuxième place au profit de la Pologne.
| État membre | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 378 | 467 | +23,4 % |
| France | 297 | 228 | −23,4 % |
| Pologne | 131 | 237 | +81,1 % |
| Pays-Bas | 109 | 115 | +4,9 % |
| Espagne | 108 | 109 | +0,8 % |
Source : Principaux États membres exportateurs
3.2. Un avantage comparatif qui reflète les spécialisations nationales
Les données de spécialisation confirment ces dynamiques. L'Italie affiche l'indice RSCA le plus élevé (0,57) et un avantage comparatif révélé (RCA) de 3,65, ce qui signifie que sa part d'exportations de fruits à pépins est 3,65 fois supérieure à la moyenne mondiale. La Pologne (RSCA = 0,23, RCA = 1,60) et les Pays-Bas (RSCA = 0,29, RCA = 1,84) se distinguent également comme spécialisés. À l'inverse, l'Irlande (RSCA = −0,99) et les pays nordiques (Finlande, Suède) sont structurellement importateurs nets.
| État membre | RCA | RSCA | Part prod. (2025) |
|---|---|---|---|
| Italie | 3,65 | 0,57 | 29,2 % |
| Pays-Bas | 1,84 | 0,29 | 26,6 % |
| Portugal | 1,95 | 0,32 | 2,7 % |
| Pologne | 1,60 | 0,23 | 10,6 % |
| Belgique | 1,40 | 0,17 | 11,9 % |
3.3. La Belgique, un hub logistique en retrait
L'évolution la plus frappante côté importations intra-UE concerne la Belgique, dont les importations depuis les pays tiers se sont effondrées de 96,9 % (de 38 M€ à 1,2 M€). Ce recul spectaculaire peut s'expliquer par un changement dans les flux logistiques ou les pratiques déclaratives, la Belgique ayant longtemps fonctionné comme hub de redistribution pour les fruits importés en Europe du Nord. Les Pays-Bas restent de loin le premier importateur (257 M€, stable), tandis que l'Allemagne a augmenté ses importations de 21,5 % (de 34 M€ à 41 M€).
| État membre | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 268 | 257 | −4,2 % |
| Italie | 67 | 70 | +4,3 % |
| Allemagne | 34 | 41 | +21,5 % |
| France | 40 | 29 | −27,8 % |
| Belgique | 38 | 1 | −96,9 % |
Source : Principaux États membres importateurs
Conclusion
Le marché européen des fruits à pépins frais (CN 0808) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde que la stabilité apparente du solde commercial (≈ 800 M€) ne laisse pas deviner. Trois tendances majeures se dégagent :
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Une montée en gamme généralisée : l'effondrement des volumes échangés (-45 % à l'exportation) a été compensé par une hausse des prix unitaires (+80 %), témoignant d'un marché qui valorise davantage chaque tonne échangée.
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Une reconfiguration géopolitique des partenaires : le Brexit a profondément affecté les échanges avec le Royaume-Uni (−79 % des importations), les sanctions ont réduit les flux vers la Biélorussie (−69 %), tandis que l'Inde (+315 %) et le Brésil (+92 %) émergent comme débouchés majeurs. Côté approvisionnement, l'Afrique du Sud gagne du terrain face à une Nouvelle-Zélande en repli.
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Une consolidation intra-européenne : l'Italie et la Pologne ont renforcé leur domination à l'exportation, au détriment de la France. La Belgique a quasiment disparu des importations depuis les pays tiers.
Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte plus large de pressions inflationnistes sur les coûts agricoles, d'événements climatiques plus fréquents et de recomposition des échanges mondiaux post-Covid et post-Brexit. La volatilité observée sur certains partenaires — notamment la Moldavie (CV = 1,25) et le Bélarus (CV = 0,77) — suggère que ce marché restera exposé à des chocs géopolitiques et climatiques dans les années à venir.
Source : Volatilité des partenaires