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Évolution du marché : Scories et cendres (CN 2621) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 2621 regroupe les scories et cendres diverses (y compris les cendres de varech) ainsi que les cendres et résidus provenant de l'incinération des déchets municipaux, à l'exclusion des laitiers sidérurgiques et des cendres contenant des métaux lourds ou de l'arsenic (Vue d'ensemble du produit). Ce produit, souvent qualifié de « résiduel » dans la nomenclature douanière, couvre des flux commerciaux hétérogènes mais d'importance croissante dans le contexte de la transition écologique, de la gestion des déchets et de l'économie circulaire.

La période 2015–2025 se caractérise par une transformation profonde de la position commerciale de l'UE : d'un excédent modeste en 2015, l'Union est passée à un déficit structurel marqué en 2025. Cette évolution s'explique par la convergence de plusieurs dynamiques — hausse des prix à l'importation, recomposition des partenaires, montée en puissance des importations de cendres d'incinération et modifications des schémas de spécialisation interne. Le présent rapport identifie et analyse trois grandes tendances qui structurent ce marché.


I. L'inversion de la balance commerciale : d'un excédent structurel à un déficit massif

La dégradation spectaculaire du solde commercial

Entre 2015 et 2025, la balance commerciale de l'UE pour le code 2621 s'est inversée de manière spectaculaire. En 2015, l'UE affichait un excédent de +4,4 millions d'euros. En 2025, ce solde est devenu un déficit de -78,5 millions d'euros, soit une détérioration de près de 1 870 % (Données commerciales). Ce retournement s'explique par la divergence des trajectoires d'exportations et d'importations.

Des exportations en repli de volume mais à prix croissant

Les exportations de l'UE ont subi une contraction significative sur la période :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 36,2 32,8 -9,3 %
Volume (kt) 1 328 1 029 -22,5 %
Prix moyen (€/t) 27,2 31,9 +17,1 %

La baisse de volume (-22,5 %) n'a été que partiellement compensée par la hausse des prix unitaires (+17,1 %), ce qui se traduit par une perte nette de valeur. Cette dynamique peut refléter une raréfaction des excédents exportables ou un redéploiement des stocks vers le marché intérieur. Les principaux pays de destination ont évolué : la Suisse, premier client en 2015 (11,2 M€), a vu ses achats reculer de 37,8 % pour atteindre 7,0 M€, tandis que le Royaume-Uni a progressé de 143,7 % pour devenir le second marché à 9,1 M€ (Partenaires à l'exportation).

Des importations en forte expansion, tirées par la valeur

À l'inverse, les importations ont connu une croissance remarquable :

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 31,7 111,3 +250,6 %
Volume (kt) 403 833 +106,6 %
Prix moyen (€/t) 78,7 133,6 +69,7 %

Le volume importé a plus que doublé, mais c'est surtout la hausse des prix à l'importation (+69,7 %) qui a amplifié la facture. L'écart de prix entre importations (133,6 €/t) et exportations (31,9 €/t) traduit une hétérogénéité des produits couverts par le code 2621 : les importations incluent probablement des flux à plus forte valeur ajoutée ou des produits répondant à des spécifications plus exigeantes.

Le basculement de la dépendance nette aux importations

Le taux de dépendance nette aux importations a fluctué significativement, passant de 37,6 % en 2015 à un minimum de 21,3 % avant de remonter à 24,5 % en 2025 (Dépendance nette aux importations). Toutefois, ce ratio masque l'ampleur du déficit en valeur : l'UE importe désormais des volumes et des valeurs considérablement supérieurs à ses exportations, signe d'une restructuration des flux en faveur de l'approvisionnement extérieur.


II. Une reconfiguration géographique des échanges : nouveaux fournisseurs et polarisation des flux

L'émergence de la Turquie comme fournisseur dominant

La transformation la plus frappante de la géographie commerciale concerne la montée en puissance de la Turquie. En 2015, les importations en provenance de Turquie étaient quasi inexistantes (241 €). En 2025, elles atteignent 33,9 millions d'euros, faisant de la Turquie le premier fournisseur extra-UE de l'UE (Partenaires à l'importation). Cette progression fulgurante (+14 milliards de pourcents) s'inscrit dans le contexte plus large du développement industriel turc et de la proximité géographique avec les marchés européens.

La consolidation du Royaume-Uni et l'émergence de Singapour

Le Royaume-Uni, devenu partenaire extra-UE après le Brexit, a doublé ses exportations vers l'UE (de 12,3 M€ à 30,4 M€, soit +148 %). Sa part dans les importations de l'UE en provenance de pays tiers est désormais significative, reflétant sans doute des continuités logistiques et réglementaires post-Brexit.

Parallèlement, Singapour est passé de flux marginaux (678 € en 2015) à 10,2 millions d'euros en 2025, une progression qui suggère l'intégration de ce produit dans des chaînes d'approvisionnement mondiales, peut-être via des intermédiaires commerciaux.

La recomposition des partenaires à l'exportation

Du côté des exportations, la recomposition géographique est plus modérée mais notable :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Norvège 5,2 7,7 +48,2 %
Royaume-Uni 3,7 9,1 +143,7 %
Suisse 11,2 7,0 -37,8 %
États-Unis 4,0 0,8 -78,9 %
Colombie 0,2 1,2 +546,5 %
Géorgie 0,1 0,2 +195,9 %
Canada 0,002 0,1 +5 658 %

La montée du Royaume-Uni comme destination d'exportation et l'émergence de marchés périphériques (Colombie, Géorgie, Canada) contrastent avec le déclin des États-Unis et de la Suisse. Ce rééquilibrage suggère une diversification des débouchés mais aussi une possible perte de compétitivité sur certains marchés historiques.

Une concentration des importations stable mais diversifiée

L'indice de concentration HHI des importations en valeur est passé de 2 265 à 2 082, indiquant une légère diversification malgré l'émergence de partenaires dominants (Concentration). À l'exportation, l'HHI a augmenté de 1 488 à 1 828, signalant un processus inverse de concentration des débouchés.


III. Les cendres d'incinération, moteur de la transformation du marché

Deux sous-produits aux dynamiques divergentes

Le code 2621 se décompose en deux sous-produits dont les trajectoires commerciales diffèrent fondamentalement (Segmentation par produit) :

  • 262110 — Cendres et résidus d'incinération des déchets municipaux : produit à forte croissance, lié à l'essor de l'incinération des déchets.
  • 262190 — Scories et cendres diverses : catégorie résiduelle incluant les cendres de varech et autres scories, à la trajectoire plus instable.

L'explosion des importations de cendres d'incinération (262110)

Les cendres et résidus d'incinération des déchets municipaux ont connu une progression spectaculaire à l'importation :

Année Volume importé (t) Valeur importée (M€) Prix (€/t)
2015 92 527 1,4 14,8
2020 182 952 28,5 155,6
2025 124 618 42,1 337,8

Le prix unitaire a été multiplié par 22,8 en dix ans, passant de 14,8 à 337,8 €/t. Cette hausse vertigineuse traduit plusieurs phénomènes :

  • L'augmentation de la demande européenne pour le traitement des résidus d'incinération, potentiellement pour la récupération de métaux ou leur utilisation comme matériau de construction.
  • La pénurie relative de capacité d'incinération dans certains États membres, qui pousse à importer des résidus.
  • La hausse des coûts de traitement et la valorisation croissante de ces sous-produits.

Le volume importé a culminé à 183 000 tonnes en 2020 avant de se stabiliser autour de 125 000 tonnes, suggérant un ajustement du marché après un pic de demande.

La croissance soutenue des importations de scories et cendres diverses (262190)

Les importations du code 262190 ont connu une trajectoire ascendante plus prononcée en volume :

Année Volume importé (t) Valeur importée (M€) Prix (€/t)
2015 310 786 30,4 97,7
2022 151 230 66,9 442,3
2025 708 509 69,2 97,7

Le volume a plus que doublé entre 2015 et 2025, avec un pic de prix à 442,3 €/t en 2022 — année marquée par la crise énergétique et les tensions sur les matières premières — avant un retour au niveau de prix de 2015 (97,7 €/t). Ce rebond de volume en 2025 (+777 % par rapport au point bas de 2017) alors que les prix se normalisent suggère une augmentation structurelle de la demande européenne pour ces produits.

La stabilité relative des exportations de cendres d'incinération

À l'exportation, les deux sous-produits affichent des profils contrastés. Les cendres d'incinération (262110) ont vu leur valeur exportée quadrupler (de 1,5 M€ à 6,5 M€), tandis que leur volume est resté relativement stable autour de 280 000 tonnes. Le prix à l'exportation a presque quadruplé (de 5,9 à 23,1 €/t), confirmant la valorisation de ce produit.

Les scories et cendres diverses (262190), en revanche, ont vu leur volume d'exportation reculer de 1,07 million à 749 000 tonnes (-30 %), tout en maintenant une valeur plus stable grâce à la hausse des prix (de 32,4 à 35,2 €/t).


Conclusion

Le marché des scories et cendres (CN 2621) a connu une mutation profonde entre 2015 et 2025. L'UE est passée d'une position d'excédent commercial modeste à un déficit structurel de 78,5 millions d'euros, tiré par la croissance conjointe des volumes et des prix à l'importation. Cette transformation s'explique principalement par l'émergence de nouveaux fournisseurs (Turquie, Royaume-Uni post-Brexit, Singapour) et par l'explosion de la valeur des cendres d'incinération des déchets municipaux, dont le prix unitaire a été multiplié par plus de vingt en une décennie.

La dépendance nette de l'UE aux importations, bien qu'en légère diminution en termes de ratio, masque une réalité de plus en plus marquée : l'Union importe des produits à forte valeur ajoutée (cendres d'incinération valorisées) tout en exportant des flux à plus faible prix unitaire. La volatilité des prix, notamment les chocs observés pour le Royaume-Uni (2017–2018) et la Turquie (2022), témoigne d'un marché encore immature et sensible aux perturbations.

À l'horizon 2025, la spécialisation intra-UE reste dominée par la Finlande, les Pays-Bas et la Tchéquie, tandis que l'intensité commerciale et la propension à l'exportation de l'Union sont en léger recul (Autonomie et vulnérabilité). Ces évolutions appellent une vigilance accrue quant à la sécurisation des approvisionnements et à la valorisation des gisements domestiques de cendres et scories dans le cadre des politiques d'économie circulaire et de souveraineté industrielle de l'Union.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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