Explorer les données en direct

Évolution du marché : Autres minerais et concentrés (CN 2617) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 2617 couvre une catégorie résiduelle de minerais et leurs concentrés, excluant les minerais majeurs (fer, cuivre, or, etc.) déjà répertoriés sous des codes spécifiques (2601 à 2616). Cette catégorie regroupe notamment les minerais d'antimoine (261710) ainsi qu'un ensemble diversifié d'autres minerais non ferreux (261790). Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des mutations profondes : un effondrement des volumes échangés, une recomposition géographique des partenaires et une reconfiguration structurelle de l'autonomie européenne. Ce rapport propose d'analyser ces dynamiques en trois temps, en s'appuyant exclusivement sur les données du tableau de bord du commerce de l'UE pour le produit 2617.


1. Effondrement des volumes et envolée des prix : un marché transformé dans sa nature même

La dynamique la plus marquante de la période 2015–2025 est l'extrême divergence entre les courbes de volumes et de valeurs unitaires. Les quantités importées se sont effondrées de 10 140 tonnes à seulement 1 924 tonnes (−81 %), tandis que les exportations ont reculé de 167 à 95 tonnes (−43 %). Pourtant, les valeurs totales des importations n'ont diminué que de 35 % (de 54,4 M€ à 35,4 M€) et celles des exportations ont augmenté de 160 % (de 0,7 M€ à 1,9 M€). C'est l'envolée spectaculaire des prix unitaires qui explique ce paradoxe.

Une hausse des prix unitaires sans précédent

Les prix à l'importation ont progressé de 243 %, passant de 5 363 €/t à 18 384 €/t, tandis que les prix à l'exportation ont bondi de 362 %, de 4 369 €/t à 20 183 €/t. Ce mouvement n'est pas linéaire : le prix à l'importation a atteint un minimum de 2 982 €/t avant de culminer à 18 384 €/t en fin de période, ce qui traduit à la fois l'inflation mondiale des matières premières (post-Covid, crise énergétique de 2022) et un changement de composition du panier de produits échangés.

Indicateur 2015 2025 Variation
Volume importé (t) 10 140 1 924 −81,0 %
Valeur importée (M€) 54,4 35,4 −35,0 %
Prix import (€/t) 5 363 18 384 +242,8 %
Volume exporté (t) 167 95 −43,4 %
Valeur exportée (M€) 0,7 1,9 +160,2 %
Prix export (€/t) 4 369 20 183 +362,0 %

Source : Aperçu général du commerce

Le rôle pivot de l'antimoine dans la dynamique des prix

La ventilation par sous-position tarifaire éclaire ce phénomène. Les importations de minerais d'antimoine (261710) ont vu leur valeur bondir de 9,5 M€ à 34,6 M€, alors que les volumes sont restés relativement stables (autour de 1 600 à 2 100 tonnes). Le prix unitaire de l'antimoine importé a ainsi explosé : de 4 505 €/t en 2015 à 21 010 €/t en 2025, soit une multiplication par 4,7. À l'inverse, les importations de la catégorie « autres minerais » (261790) se sont effondrées tant en volume (de 8 022 à 279 tonnes) qu'en valeur (de 44,8 M€ à 0,8 M€). L'antimoine est ainsi devenu le produit dominant de cette catégorie résiduelle, porté par sa qualification de matière première critique dans le contexte stratégique européen.

Sous-position Volume importé 2015 (t) Volume importé 2025 (t) Valeur importée 2015 (M€) Valeur importée 2025 (M€) Prix 2015 (€/t) Prix 2025 (€/t)
261710 – Antimoine 2 119 1 645 9,5 34,6 4 505 21 010
261790 – Autres minerais 8 022 279 44,8 0,8 5 590 2 904

Source : Ventilation par produit

Des exportations marginales mais en hausse en valeur

Du côté des exportations, les volumes restent très faibles (moins de 100 tonnes en 2025), avec une volatilité extrême — un pic de 3 704 tonnes en 2020 suggère des expéditions ponctuelles de grande taille. Cependant, la valeur exportée a crû de 160 % sur la période, tirée principalement par des prix unitaires très élevés en 2023–2025 (jusqu'à 20 183 €/t). L'UE n'est pas un exportateur structurel de ces minerais, mais les opérations réalisées portent sur des lots à forte valeur ajoutée.


2. Restructuration géographique profonde des partenaires commerciaux

La période 2015–2025 a vu une recomposition quasi complète de la carte des partenaires commerciaux de l'UE pour le code 2617, aussi bien à l'import qu'à l'export. Les fournisseurs historiques d'Amérique latine et d'Océanie ont cédé la place à de nouveaux corridors, avec la Turquie comme acteur désormais dominant.

La Turquie, nouveau fournisseur dominant à l'importation

La part de la Turquie dans les importations de l'UE a connu une progression spectaculaire : de 6,6 M€ en 2015 à 31,6 M€ en 2025 (+377 %), faisant de ce pays le premier fournisseur de l'Union pour ce produit. Ce positionnement reflète à la fois la proximité géographique, les capacités minières turques et le rôle de pays de transit dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.

À l'inverse, les fournisseurs traditionnels se sont presque tous effondrés :

Partenaire Valeur importée 2015 (M€) Valeur importée 2025 (M€) Variation
Bolivie 34,0 1,7 −95,0 %
Mexique 5,0 0,003 −99,9 %
Australie 2,5 0,02 −99,2 %
Pérou 0,009 0,0008 −91,4 %
Turquie 6,6 31,6 +377,1 %
Ukraine 0,002 0,2 +9 545 %

Source : Principaux partenaires à l'importation

L'Ukraine émerge comme un fournisseur de proximité (de 2 153 € à 207 686 €), malgré un volume encore modeste. Ce développement s'inscrit dans le contexte de l'intégration économique de l'Ukraine avec l'UE et de la recherche européenne de diversification des sources d'approvisionnement.

Un Choc de prix sur les importations en provenance de Russie

L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle un événement significatif : un choc de prix sur les importations en provenance de Russie en 2021, avec une anormalité de 129,8 et un décalage de +464 %. La valeur russe a atteint un maximum de 33,1 M€ au cours de la période avant de retomber à 84 € en 2025 (−85 %). Ce profil suggère des expéditions massives ponctuelles suivies d'un arrêt quasi total, possiblement lié aux sanctions économiques imposées après 2022.

Des exportations redirigées vers l'Asie et le Chili

Du côté des exportations, le Chili est devenu la première destination, avec une valeur passée de 20 € à 1,7 M€, un choc d'exportation massif en 2023 (décalage de +2 088 %, représentant 76,1 % de la valeur totale des exportations cette année-là). La Corée du Sud est également devenue un débouché majeur (de 3 204 € à 294 966 €). À l'opposé, les exportations vers la Chine et Hong Kong se sont quasiment tarées (−99,6 % et −98,4 % respectivement), tandis que le Royaume-Uni a perdu de son importance (−87 %).

Destination Valeur exportée 2015 (€) Valeur exportée 2025 (€) Variation
Chili 20 1 701 506 +8 507 430 %
Corée du Sud 3 204 294 966 +9 106 %
Chine 11 229 49 −99,6 %
Hong Kong 73 601 1 200 −98,4 %

Source : Principaux partenaires à l'exportation

Une concentration géographique en hausse

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme ce mouvement de concentration. À l'importation, le HHI est passé de 4 223 à 8 042 (+90,5 %), un niveau qui dépasse largement le seuil de 2 500 considéré comme reflétant un marché « hautement concentré ». À l'exportation, la progression est encore plus forte : de 2 782 à 8 626 (+210,1 %). Ces évolutions signifient que la dépendance de l'UE s'est accrue vis-à-vis d'un nombre plus restreint de partenaires, ce qui accroît le risque en cas de disruption d'un fournisseur clé.

Source : Indice de concentration HHI


3. Relance de la production européenne et réduction de la dépendance extérieure

Au-delà de la recomposition des flux commerciaux, la période 2015–2025 se caractérise par un renforcement significatif de la base productive européenne, qui a profondément modifié le profil d'autonomie de l'UE pour ce produit.

Une production européenne en forte croissance

La production européenne de minerais relevant du code 2617 a connu une expansion remarquable. En volume, elle est passée de 5 547 tonnes à 26 500 tonnes (+378 %), avec un maximum intermédiaire de 76 956 tonnes. En valeur, la progression est encore plus spectaculaire : de 2,4 M€ à 24,0 M€ (+914 %). Cette hausse reflète à la fois la mise en exploitation de nouveaux gisements, la valorisation de ressources secondaires et, surtout, l'effet des prix en hausse sur la rentabilité de l'extraction.

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (t) 5 547 26 500 +377,7 %
Valeur de production (M€) 2,4 24,0 +913,6 %

Source : Volumes de production

Une dépendance aux importations en recul net

La dépendance nette aux importations a diminué de manière spectaculaire, passant de 93,5 % en 2015 à 34,5 % en 2025 (−63 points). Au cours de la période, elle a même atteint un minimum de 10,4 %, suggérant un quasi-équilibre entre production intérieure et besoins nets. Le déficit commercial s'est également resserré : de −53,7 M€ à −33,5 M€, avec un point bas de seulement −2,1 M€, témoignant d'une année proche de l'équilibre.

L'intensité commerciale (rapport entre échanges extérieurs et taille du marché) a reculé de 99,7 % à 54,1 % (−46 %), tandis que la propension à l'exporter a chuté de 94,7 % à 20,5 % (−78 %). Ces deux indicateurs confirment que le marché européen de ces minerais s'est replié sur lui-même : l'UE produit davantage et échange proportionnellement moins avec le reste du monde.

Indicateur de vulnérabilité 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) 93,5 34,5 −63,1 %
Intensité commerciale (%) 99,7 54,1 −45,7 %
Propension à l'exporter (%) 94,7 20,5 −78,4 %

Source : Indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité

Les pays de l'UE les plus spécialisés dans ce segment

L'analyse de la spécialisation des États membres en 2025 révèle une géographie intra-européenne concentrée. L'Espagne (RSCA de 0,68, RCA de 5,3) et le Portugal (RSCA de 0,64, RCA de 4,6) sont les plus spécialisés, suivis des Pays-Bas (RSCA de 0,51). Ces trois pays représentent ensemble près de 82 % des importations et de la production déclarée. L'Italie, qui est pourtant devenue le premier importateur de l'UE (31,5 M€ en 2025, +227 %), affiche un RSCA négatif (−0,85), ce qui indique une spécialisation dans la transformation en aval plutôt que dans la production de minerais bruts.

État membre RSCA (2025) RCA (2025) Part dans les importations (%)
Espagne 0,68 5,31 30,8
Portugal 0,64 4,61 6,4
Pays-Bas 0,51 3,12 45,3
Belgique −0,51 0,33 2,8
Italie −0,85 0,08 0,6
Allemagne −0,97 0,01 0,3

Source : Spécialisation des États membres


Conclusion

La trajectoire du commerce de l'UE pour le code NC 2617 entre 2015 et 2025 dessine trois tendances convergentes : un effondrement des volumes physiques échangés compensé par une envolée des prix unitaires, une restructuration radiale des partenaires commerciaux (avec l'émergence de la Turquie et le déclin de l'Amérique latine), et une réduction significative de la dépendance extérieure portée par la relance de la production européenne. Le cas de l'antimoine (261710) illustre particulièrement bien cette transformation : volumes stables mais prix multipliés par près de cinq, dans un contexte de tensions géopolitiques et de qualification comme matière première critique.

Cependant, cet apparent regain d'autonomie masque une vulnérabilité persistante : la concentration accrue des approvisionnements sur un nombre réduit de partenaires (HHI en forte hausse) et la forte volatilité des flux observée avec certains pays (coefficient de variation de 3,3 pour le Pérou, 2,9 pour l'Australie à l'import) suggèrent que le marché reste exposé à des chocs d'approvisionnement. La politique européenne en matière de matières premières critiques devra prendre en compte ces déséquilibres structurels pour consolider la sécurité d'approvisionnement de l'UE dans ce segment stratégique.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.