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Évolution du marché : Déchets de fonte et d'acier (CN 2619) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 2619 couvre les scories, laitiers (hors laitier granulé), battitures et autres déchets issus de la fabrication de la fonte, du fer ou de l'acier. Ces matériaux, issus des processus sidérurgiques, constituent à la fois un résidu industriel et une matière première secondaire valorisable dans la construction, l'amendement des sols ou la cimenterie. La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements profonds dans les échanges de l'UE avec le reste du monde : explosion des volumes importés, effondrement partiel des exportations, reconfiguration des partenaires et pics de volatilité liés à des chocs géopolitiques et conjoncturels. Ce rapport analyse ces dynamiques en s'appuyant sur les données commerciales disponibles (Vue d'ensemble sur le tableau de bord).


1. Un basculement structurel vers le déficit commercial

1.1. Des importations en forte croissance, des exportations en repli

Sur la période 2015–2025, les échanges de l'UE en code 2619 avec les pays tiers ont connu une trajectoire divergente marquée. Les importations ont connu une croissance spectaculaire, tant en volume qu'en valeur :

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations — valeur (M EUR) 10,7 63,4 +492,7 %
Importations — volume (kt) 79,2 1 072,5 +1 254 %
Importations — prix moyen (EUR/t) 134,9 59,1 −56,2 %
Exportations — valeur (M EUR) 14,1 10,8 −23,2 %
Exportations — volume (kt) 413,1 206,4 −50,0 %
Exportations — prix moyen (EUR/t) 34,0 52,3 +53,7 %

(Source : Vue d'ensemble)

Les importations ont ainsi été multipliées par plus de 13 en volume, passant d'environ 79 000 tonnes à plus d'un million de tonnes. Simultanément, le prix moyen à l'import a chuté de 56 %, ce qui indique un afflux massif de matières à faible valeur unitaire — cohérent avec la nature de déchets sidérurgiques de ce code tarifaire. À l'inverse, les exportations ont reculé de moitié en volume, mais leur prix unitaire a progressé de 54 %, suggérant une orientation vers des flux de moindre volume mais de plus grande valeur ajoutée.

1.2. Un solde commercial passé de l'excédent au déficit

La convergence de ces deux trajectoires a provoqué un renversement complet de la balance commerciale :

2015 2025 Minimum (2015–2025)
Balance commerciale (M EUR) +3,4 −52,6 −196,3

L'UE est ainsi passée d'un léger excédent de 3,4 M EUR en 2015 à un déficit de 52,6 M EUR en 2025, avec un creux historique à −196,3 M EUR au cours de la période. Ce basculement reflète une demande européenne croissante de déchets sidérurgiques tiers, probablement alimentée par la transition vers l'économie circulaire et la substitution de matières premières vierges, combinée à une capacité d'exportation en contraction liée à la réorganisation de la sidérurgie européenne.

1.3. Des pics d'importations concentrés entre 2021 et 2023

Bien que les données agrégées annuelles masquent la granularité intra-annuelle, l'écart entre le minimum et le maximum des importations (10,7 M EUR vs 212,9 M EUR) révèle des pics d'importation extrêmement marqués. Le volume maximal importé atteint 1,07 Mt en 2025, mais la valeur maximale (212,9 M EUR) n'est pas atteinte la même année, ce qui confirme des pics de prix antérieurs, notamment autour de 2021–2022, période marquée par la flambée des prix des matières premières.


2. Une reconfiguration géographique profonde des échanges

2.1. La Russie, partenaire dominant puis sanctionné

La Fédération de Russie a constitué le premier partenaire d'importation de l'UE sur une grande partie de la période, avec un volume qui culmine à 188,1 M EUR avant de se contracter à 34,5 M EUR en 2025 (+497,5 % par rapport à 2015, mais en net recul par rapport au pic). L'invasion de l'Ukraine en février 2022 et les sanctions qui ont suivi ont progressivement perturbé ce flux, sans pour autant l'interrompre totalement au regard des données disponibles.

2.2. L'essor de nouveaux fournisseurs : Serbie, Ukraine, Canada

Plusieurs partenaires ont connu une croissance exponentielle de leurs exportations vers l'UE en code 2619 :

Partenaire Valeur 2015 (EUR) Valeur 2025 (EUR) Variation
Serbie 4 978 8 971 884 +180 147 %
Ukraine 28 992 6 143 649 +21 091 %
Canada 57 265 7 184 324 +12 446 %
Suisse 1 405 596 2 187 895 +55,7 %
Norvège 1 662 740 1 537 234 −7,5 %

(Source : Partenaires par valeur)

La Serbie et l'Ukraine émergent comme des fournisseurs majeurs, reflétant probablement à la fois la proximité géographique, la capacité sidérurgique de ces pays (notamment les aciéries serbes et ukrainiennes) et, pour l'Ukraine, la recherche de débouchés dans le contexte du conflit. Le Canada, quant à lui, a considérablement accru ses livraisons, passant de niveaux marginaux à plus de 7 M EUR.

2.3. L'effondrement des exportations vers le Royaume-Uni

Le cas du Royaume-Uni est le plus frappant du côté des exportations :

Partenaire Valeur 2015 (EUR) Valeur 2025 (EUR) Variation
Royaume-Uni 8 533 513 30 813 −99,6 %
Norvège 3 580 669 3 202 724 −10,6 %
Malaisie 3 098 1 510 762 +48 666 %
Serbie 465 610 2 170 548 +366 %

(Source : Partenaires par valeur)

Les exportations vers le Royaume-Uni se sont littéralement effondrées, passant de 8,5 M EUR à moins de 31 000 EUR. Ce quasi-arrêt s'explique vraisemblablement par le Brexit (sortie effective en janvier 2021), qui a introduit des barrières douanières et réglementaires entre l'UE et le Royaume-Uni. En parallèle, de nouveaux débouchés émergent — la Malaisie, Singapour ou Israël — mais ils ne compensent pas la perte britannique en valeur absolue.

2.4. Une diversification accrue des partenaires commerciaux

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) confirme une diversification significative des partenaires :

HHI 2015 HHI 2025 Variation
Importations (valeur) 3 412 1 368 −59,9 %
Exportations (valeur) 4 372 1 694 −61,3 %

(Source : Concentration HHI)

Les deux HHI ont chuté d'environ 60 %, passant de niveaux modérément concentrés à des niveaux plus dispersés. Cela traduit l'émergence de multiples partenaires de moindre taille qui se partagent les flux, remplaçant progressivement la dominance historique de quelques fournisseurs (notamment la Russie pour les importations et le Royaume-Uni pour les exportations).

2.5. Une spécialisation intra-UE très hétérogène

Au sein de l'UE, la spécialisation à l'exportation (mesurée par l'indice RSCA) varie considérablement en 2025 :

État membre RSCA RCA
Hongrie 0,544 3,39
Belgique 0,503 3,02
Finlande 0,354 2,10
Portugal 0,301 1,86
Pays-Bas 0,272 1,75
... ... ...
Italie −0,714 0,17
Luxembourg −0,741 0,15
Pologne −0,830 0,09
Danemark −0,987 0,006
Espagne −0,990 0,005

(Source : Spécialisation)

La Hongrie et la Belgique se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans ce créneau, tandis que l'Espagne, le Danemark et la Pologne sont les moins spécialisés. Les Pays-Bas, bien que modérément spécialisés, représentent un volume considérable (25 % des parts d'exportation totale de l'UE), ce qui en fait un acteur de poids. Du côté des importations, l'Autriche et les Pays-Bas dominent comme États membres récepteurs, ce qui reflète vraisemblablement leur position de hubs logistiques et leur tissu industriel sidérurgique.


3. Volatilité, chocs de prix et instabilité des flux

3.1. Des chocs de prix majeurs en 2021–2022

L'analyse des événements de choc révèle trois épisodes de rupture significatifs :

Événement Partenaire Flux Année Décalage prix Anomalie
Choc de prix Norvège Importations 2022 +843,7 % 836,6
Choc de prix Ukraine Exportations 2022 +122,1 % 262,3
Choc de prix Turquie Importations 2021 +104,7 % 95,6

(Source : Chocs d'approvisionnement)

Le choc le plus spectaculaire concerne les importations en provenance de Norvège en 2022, avec un bond de prix de +844 %, un indice d'anomalie de 836,6 et une part de valeur de 6,1 %. Ce pic est probablement lié à la crise énergétique de 2022 (la Norvège étant un grand producteur d'électricité et d'acier), qui a fait flamber les coûts de production sidérurgique et, par ricochet, la valeur des déchets associés. Le choc turc de 2021 (anomalie 95,6, décalage +105 %) s'inscrit dans le même mouvement de hausse des prix des matières premières qui a précédé le conflit russo-ukrainien.

3.2. Une forte volatilité sur de nombreux corridors

Les coefficients de variation (CV) confirment une instabilité marquée sur plusieurs flux bilatéraux :

Importations — CV les plus élevés :

Partenaire CV
États-Unis 3,30
Serbie 1,41
Ukraine 1,41
Canada 1,27
Norvège 1,14
Turquie 1,03

Exportations — CV les plus élevés :

Partenaire CV
Inde 3,28
Chine 2,96
Serbie 1,79
Malaisie 1,18
Royaume-Uni 1,03

(Source : Volatilité)

Des CV supérieurs à 1 indiquent que l'écart-type dépasse la moyenne, signe d'une extrême instabilité. Les flux avec les États-Unis (importations) et l'Inde (exportations) affichent les coefficients les plus élevés (≈3,3), ce qui traduit des flux sporadiques ou de très forte amplitude. À l'inverse, la Norvège pour les exportations (CV = 0,23) et la Suisse (CV = 0,44) pour les importations apparaissent comme des partenaires relativement stables.

3.3. Le rôle pivot des Pays-Bas et de la Roumanie dans la reconfiguration des importations

Côté États membres, certains importateurs ont connu des trajectoires remarquables :

État membre Valeur 2015 (EUR) Valeur 2025 (EUR) Variation
Pays-Bas 418 406 39 367 216 +9 309 %
Roumanie 24 734 11 088 301 +44 731 %
Bulgarie 293 214 3 189 594 +988 %
France 1 131 255 3 089 399 +173 %
Autriche 47 816 048 23 161 261 −51,6 %
Allemagne 6 451 603 1 792 597 −72,2 %
Finlande 631 161 25 −100 %

(Source : États membres par valeur)

Les Pays-Bas sont passés de niveaux marginaux à près de 39,4 M EUR, devenant le premier importateur de l'UE, tandis que la Roumanie a connu une progression encore plus fulgurante. À l'inverse, l'Autriche — historiquement le plus grand importateur — a vu ses importations divisées par deux, et l'Allemagne a perdu plus de 70 % de ses achats à l'international. Ce transfert pourrait refléter une restructuration des chaînes d'approvisionnement sidérurgiques européennes, avec un déplacement vers les pays d'Europe de l'Est et les grands ports maritimes.


Conclusion

Le marché européen des déchets de fonte et d'acier (CN 2619) a subi une transformation profonde entre 2015 et 2025. Trois dynamiques dominent cette évolution :

  1. Un basculement vers le déficit commercial, porté par une multiplication par plus de 13 des volumes importés et un recul de moitié des exportations, l'UE passant d'un excédent de 3,4 M EUR à un déficit de 52,6 M EUR.

  2. Une reconfiguration géographique majeure, avec le déclin de la Russie comme fournisseur dominant, l'émergence de la Serbie, de l'Ukraine et du Canada, l'effondrement quasi-total des exportations vers le Royaume-Uni post-Brexit, et une forte diversification des partenaires (HHI divisé par 2,5).

  3. Une volatilité structurelle élevée, cristallisée par des chocs de prix spectaculaires en 2021–2022 (hausse de +844 % sur le corridor norvégien), liés à la crise énergétique et au conflit russo-ukrainien, et par des flux bilatéraux extrêmement instables sur de nombreux corridors.

Ces tendances s'inscrivent dans le contexte plus large de la transition écologique européenne, qui stimule la demande de matières premières secondaires, et de la réorganisation géopolitique des chaînes d'approvisionnement sidérurgiques. La suite de la période (2025 et au-delà) devra être observée avec attention, notamment pour mesurer l'impact durable des sanctions contre la Russie et la capacité de l'UE à absorber des volumes croissants de déchets sidérurgiques tiers tout en maintenant une diversification de ses approvisionnements.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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