Évolution du marché : Cendres et scories métalliques (CN 2620) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 2620 couvre les scories, cendres et résidus contenant des métaux, de l'arsenic ou leurs composés, à l'exclusion des résidus issus de la fabrication du fer et de l'acier. Il regroupe des sous-produits hétérogènes — zinc, plomb, cuivre, aluminium, mattes de galvanisation, résidus arsenicaux — qui constituent des intrants essentiels pour les filières de recyclage et de récupération de métaux non ferreux. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde sur ce poste a connu une transformation profonde : les volumes échangés ont bondi de près de 100 %, les prix unitaires se sont érodés, la balance commerciale s'est redressée et la géographie des échanges s'est considérablement reconfigurée. Le présent rapport s'appuie sur les données agrégées du Trade Dashboard pour décrire et interpréter ces dynamiques.
Une expansion volumeuse sans précédent, tirée par le zinc et l'aluminium
La caractéristique la plus marquante de la période est l'ampleur de la croissance des volumes tant à l'importation qu'à l'exportation. L'UE est structurellement importatrice nette de ces résidus métalliques en volume (562 684 t importées contre 287 996 t exportées en 2025), mais les deux flux ont connu des trajectoires ascendantes vigoureuses, bien que de rythmes différents.
Les quantités importées ont presque doublé en une décennie
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE (hors intra) en code 2620 sont passées de 290 991 t à 562 684 t, soit une hausse de +93,4 %. La progression a été particulièrement concentrée dans deux segments qui expliquent l'essentiel de cette croissance.
Le segment zinc (262019) affiche une multiplication par sept des importations
Le sous-produit 262019 (scories et cendres contenant principalement du zinc, hors mattes de galvanisation) est passé de 31 820 t importées en 2015 à 215 900 t en 2025, soit une multiplication par 6,8. Ce segment est devenu en volume le premier poste d'importation, dépassant depuis 2022 la catégorie résiduelle « autres métaux » (262099). En parallèle, les exportations de zinc ont elles aussi bondi de 9 524 t à 85 332 t (+796 %), signe que l'UE importe des résidus zincifères pour les traiter et en réexporter une part significative.
L'aluminium (262040) suit une trajectoire comparable
Les importations de résidus contenant principalement de l'aluminium ont progressé de 29 883 t à 136 711 t (+357 %), faisant de ce segment le deuxième poste d'importation en volume en 2025. Les exportations ont également bondi, de 12 277 t à 32 660 t (+166 %), bien que dans une moindre mesure.
Les segments cuivre et plomb accusent un recul à l'importation
À l'inverse, les importations de résidus cuivreux (262030) ont reculé de 69 321 t à 52 515 t (−24 %), et celles de plomb (262029) de 28 964 t à 15 567 t (−46 %). Ce repli peut refléter à la fois la raréfaction de certains gisements de résidus à l'échelle mondiale et le transfert de la demande vers le zinc et l'aluminium, dont les filières de recyclage se sont considérablement développées.
Tableau 1 — Évolution des importations par segment (quantités, tonnes)
| Segment | Désignation | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| 262019 | Zinc (hors mattes) | 31 820 | 215 900 | +578 % |
| 262040 | Aluminium | 29 883 | 136 711 | +357 % |
| 262099 | Autres métaux | 113 583 | 120 222 | +5,8 % |
| 262030 | Cuivre | 69 321 | 52 515 | −24 % |
| 262011 | Mattes de galvanisation | 16 898 | 21 749 | +29 % |
| 262029 | Plomb (hors boues) | 28 964 | 15 567 | −46 % |
Source : Vue par produit — comparaison
Tableau 2 — Évolution des exportations par segment (quantités, tonnes)
| Segment | Désignation | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| 262099 | Autres métaux | 39 645 | 98 800 | +149 % |
| 262019 | Zinc (hors mattes) | 9 524 | 85 332 | +796 % |
| 262029 | Plomb (hors boues) | 24 835 | 47 562 | +92 % |
| 262040 | Aluminium | 12 277 | 32 660 | +166 % |
| 262011 | Mattes de galvanisation | 40 551 | 17 472 | −57 % |
| 262030 | Cuivre | 5 410 | 6 120 | +13 % |
Source : Vue par produit — comparaison
La production européenne progresse modérément
La production intracommautaire (source Prodcom) a crè de 9,4 % en quantité (de 1 901 511 t à 2 080 074 t) et de 21 % en valeur (de 100 M€ à 121 M€) sur la période. Cette progression nettement plus modeste que celle des échanges commerciaux indique que l'UE s'appuie de plus en plus sur les flux internationaux pour alimenter ses filières de traitement et de recyclage des métaux non ferreux.
Source : Volumes de production
L'érosion des prix unitaires masque des tensions localisées sur certains corridors
La seconde grande dynamique de la période est le déclin généralisé des prix moyens à la tonne, tant à l'importation qu'à l'exportation. Ce mouvement s'inscrit dans un contexte de croissance des volumes qui a pesé sur les prix, mais il dissimule des réalités très contrastées selon les segments et les corridors géographiques.
Les prix agrégés reculent de près d'un quart
Le prix moyen pondéré des importations est passé de 1 165 €/t en 2015 à 889 €/t en 2025 (−23,7 %). Celui des exportations a reculé de 2 506 €/t à 1 830 €/t (−27,0 %). L'écart structurel entre prix d'exportation et prix d'importation — l'UE exporte à un prix unitaire environ deux fois supérieur à son prix d'achat — témoigne d'un avantage comparatif dans le traitement et la mise en valeur de ces résidus.
L'aluminium illustre le mieux l'effet de la montée en gamme
Le cas de l'aluminium (262040) est frappant : le prix d'importation a reculé de 553 à 372 €/t (−33 %), tandis que le prix d'exportation a bondi de 80 à 859 €/t (+974 %). L'UE importe des résidus aluminium à bas coût et les réexporte après traitement à un prix multiplié par plus de dix. L'expansion des volumes d'exportation (+166 %) combinée à cette hausse spectaculaire du prix de sortie suggère un véritable développement industriel de la filière de recyclage de l'aluminium au sein de l'UE.
Le cuivre suit une trajectoire inverse
À l'inverse, le prix d'importation des résidus cuivreux (262030) a augmenté de 1 472 à 2 191 €/t (+49 %), alors que leur prix d'exportation a reculé de 1 966 à 1 412 €/t (−28 %). L'UE achète donc plus cher un intrant dont elle récupère une valeur moindre à l'export, ce qui peut s'expliquer par la tension persistante sur le marché mondial du cuivre et la raréfaction de certains gisements de résidus de haute teneur.
Tableau 3 — Prix moyens à l'importation par segment (€/t)
| Segment | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| 262030 — Cuivre | 1 472 | 2 191 | +49 % |
| 262029 — Plomb | 1 643 | 1 040 | −37 % |
| 262011 — Mattes | 1 289 | 1 973 | +53 % |
| 262099 — Autres | 1 104 | 1 327 | +20 % |
| 262019 — Zinc | 760 | 534 | −30 % |
| 262040 — Aluminium | 553 | 372 | −33 % |
Source : Vue par produit — comparaison
Des chocs de prix ponctuels et violents sur certains corridors
L'analyse de la volatilité met en évidence des épisodes de tension localisés. Trois événements majeurs ont été détectés :
-
Australie (exportations, 2022) : un pic de prix avec un décalage de +297,5 %, le score d'anomalie le plus élevé de la période (99,6). L'Australie est devenue un partenaire d'exportation majeur (37,0 M€ en 2025) à partir d'un quasi-zéro en 2015, ce qui explique l'amplitude du choc.
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États-Unis (exportations, 2023) : un décalage de prix de +419,9 % sur un score d'anomalie de 21,1, reflétant possiblement des perturbations liées aux mesures commerciales américaines ou à des arbitrages de dernière minute.
-
Afrique du Sud (importations, 2018) : un décalage de +113,5 %, lié à la forte volatilité des prix d'approvisionnement depuis ce partenaire (coefficient de variation de 0,87).
Source : Chocs d'approvisionnement
La Turquie et le Nigeria constituent les sources d'approvisionnement les plus volatiles
Parmi les partenaires d'importation, la Turquie (CV = 1,30) et le Nigeria (CV = 1,30) présentent la volatilité la plus élevée, suivis de l'Arabie saoudite (0,92) et de l'Afrique du Sud (0,87). Du côté des exportations, les États-Unis (CV = 1,79) et l'Australie (CV = 1,71) sont les flux les plus instables, ce qui est cohérent avec la nature récente et encore peu consolidée de ces relations commerciales.
Source : Indice de volatilité
Une reconfiguration géographique profonde et une dépendance structurelle croissante
Au-delà des volumes et des prix, la période 2015–2025 se caractérise par une transformation en profondeur de la géographie des échanges de l'UE, avec l'émergence de nouveaux partenaires, une redistribution au sein des États membres et une dépendance accrue vis-à-vis de l'extérieur.
La Turquie s'impose comme le principal partenaire émergent à l'importation
La progression la plus spectaculaire côté importations revient à la Turquie, dont les ventes à l'UE sont passées de 3,1 M€ à 52,5 M€ (+1 581 %). Le Canada a également fortement augmenté sa présence (de 19,2 M€ à 53,8 M€, +180 %), tandis que les États-Unis demeurent le premier fournisseur en valeur absolue (129,2 M€). En revanche, la Norvège, longtemps fournisseur majeur, a vu ses exportations vers l'UE reculer de 32,0 M€ à 11,5 M€ (−64 %), traduisant un possible redéploiement de sa production vers d'autres marchés.
Tableau 4 — Principaux partenaires d'importation de l'UE (valeur, M€)
| Partenaire | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 96,2 | 129,2 | +34 % |
| Canada | 19,2 | 53,8 | +180 % |
| Turquie | 3,1 | 52,5 | +1 581 % |
| Royaume-Uni | 28,1 | 47,3 | +68 % |
| Norvège | 32,0 | 11,5 | −64 % |
| Suisse | 15,2 | 12,7 | −17 % |
| Afrique du Sud | 4,6 | 9,3 | +104 % |
Source : Partenaires — imports et exports
Les exportations se réorientent vers l'Australie, l'Inde et le Royaume-Uni
Côté exportations, l'émergence de l'Australie est saisissante : de 1 € symbolique en 2015, les exportations vers ce pays ont atteint 37,0 M€ en 2025, faisant de l'Australie le troisième client de l'UE. L'Inde a également fortement progressé (de 4,2 M€ à 22,7 M€, +444 %), tandis que le Royaume-Uni est passé de 10,3 M€ à 35,7 M€ (+248 %). En revanche, les exportations vers la Suisse se sont quasi effondrées (−91 %) et celles vers les États-Unis ont reculé de 66 %.
Tableau 5 — Principaux partenaires d'exportation de l'UE (valeur, M€)
| Partenaire | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Norvège | 36,2 | 44,8 | +24 % |
| Australie | ~0 | 37,0 | n. d. |
| Royaume-Uni | 10,3 | 35,7 | +248 % |
| Inde | 4,2 | 22,7 | +444 % |
| États-Unis | 5,1 | 1,8 | −66 % |
| Turquie | 3,5 | 6,3 | +81 % |
| Suisse | 0,4 | 0,04 | −91 % |
Source : Partenaires — imports et exports
L'Espagne domine le commerce intra-UE et consolide sa position d'exportateur
Au sein de l'UE, l'Espagne est le premier exportateur vers les pays tiers, avec 357,9 M€ en 2025 (+45 % par rapport à 2015). Elle représente à elle seule une part prépondérante des exportations européennes. La Belgique a connu la plus forte progression (de 12,7 M€ à 57,0 M€, +348 %), de même que la Grèce, passée de 0,06 M€ à 24,9 M€. Du côté des importations, la Belgique est devenue le premier port d'entrée (137,8 M€), dépassant l'Allemagne dont les importations ont reculé de 45 %, tandis que l'Espagne (+185 %) et la Pologne (+583 %) ont fortement accru leur approvisionnement.
Source : États membres de l'UE — imports et exports
La concentration des échanges diminue, signe d'une diversification en cours
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme cette tendance à la diversification :
- Importations : HHI passant de 1 201 à 1 128 (−6 %), un niveau modéré et en légère baisse, indiquant un marché d'approvisionnement relativement diversifié.
- Exportations : HHI passant de 3 070 à 2 210 (−28 %), un niveau encore élevé mais en forte baisse, signe que les exportations de l'UE se répartissent désormais sur un plus grand nombre de destinations.
Source : Concentration HHI
La dépendance nette de l'UE aux importations s'accroît sensiblement
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 55,1 % à 76,9 % (+39,6 %). Ce mouvement indique que, malgré la hausse de la production intérieure et le redressement de la balance commerciale en valeur, l'UE est structurellement de plus en plus dépendante des approvisionnements extérieurs pour couvrir ses besoins en résidus métalliques. Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport échanges/production) a reculé de 161,9 % à 120,9 %, et la propension à l'exporter a chuté de 623 % à 240 %, signe qu'une part croissante de la production et des importations est désormais absorbée par le marché intérieur européen.
Sources : Dépendance nette aux importations · Intensité commerciale · Propension à l'exportation
La Finlande et la Grèce se distinguent par leur spécialisation à l'exportation
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) montre que la Finlande (RSCA = 0,90) et la Grèce (0,58) sont les États membres les plus spécialisés dans les exportations de code 2620, suivis de la Belgique (0,35). À l'opposé, l'Ireland (−0,99), la Lituanie (−0,97) et le Luxembourg (−0,94) ne sont pas du tout spécialisés dans ce commerce, ce qui est cohérent avec la structure de leur appareil productif.
Source : Spécialisation des États membres
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des cendres, scories et résidus métalliques (CN 2620) a connu une triple transformation. La première est volumique : les quantités échangées ont presque doublé, portées par une demande explosive de résidus de zinc (+578 % à l'importation) et d'aluminium (+357 %), au détriment des segments cuivre et plomb. La seconde est tarifaire : les prix moyens ont reculé d'environ un quart, mais cette tendance moyenne masque des dynamiques de montée en gamme spectaculaires (notamment sur l'aluminium, dont le prix d'exportation a été multiplié par onze) et des chocs de prix ponctuels sur des corridors volatils. La troisième est structurelle et géographique : de nouveaux partenaires (Turquie, Australie, Inde) ont émergé, la concentration des échanges a diminué, mais la dépendance nette de l'UE aux importations s'est renforcée, atteignant près de 77 % en 2025.
Ces évolutions soulèvent des enjeux de politique industrielle importants. Si la capacité de l'UE à traiter et revaloriser des résidus métalliques constitue un atout dans la transition vers l'économie circulaire, l'accroissement de la dépendance extérieure — sur un marché dont certains corridors sont très volatils — appelle une vigilance accrue en matière de sécurité des approvisionnements en matières premières critiques.