Explorer les données en direct

Évolution du marché : Huiles de tournesol carthame et coton (CN 1512) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 1512 couvre les huiles de tournesol, de carthame ou de coton et leurs fractions, même raffinées, mais non chimiquement modifiées. Ce produit agrège quatre sous-positions : les huiles brutes et raffinées de tournesol ou de carthame (NC 151211 et 151219), ainsi que les huiles brutes et raffinées de coton (NC 151221 et 151229). Il occupe une place stratégique dans le secteur des oléagineux européens, servant tant à l'alimentation humaine qu'à l'industrie agroalimentaire.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne dans ce segment a connu une transformation profonde. Les importations en valeur ont été multipliées par près de 3,8, passant de 716 millions d'euros à 2,72 milliards d'euros, tandis que les exportations n'ont progressé que de 62 %, atteignant 860 millions d'euros. L'UE est ainsi passée d'une position légèrement déficitaire (−186 millions d'euros en 2015) à un déficit massif de 1,86 milliard d'euros en 2025. Ce rapport analyse les principales dynamiques à l'œuvre : le basculement vers la dépendance aux importations, la reconfiguration géographique des approvisionnements autour de l'Ukraine, et l'impact de la volatilité des prix survenue en 2021-2022.

1. Le basculement de l'Union européenne vers un déficit commercial structurel

1.1 Des importations en forte croissance, portées principalement par l'huile brute de tournesol

Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE (hors intra-UE) en code 1512 ont connu une croissance spectaculaire :

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Valeur (Mds €) 0,72 2,72 +279,8
Volume (kt) 890 2 374 +166,8
Prix moyen (€/t) 805 1 146 +42,3

Source : Vue d'ensemble du commerce

L'essentiel de cette croissance provient de l'huile brute de tournesol ou de carthame (NC 151211), qui représente 85,7 % des importations en volume en 2025 (2 036 149 t sur un total de 2 374 472 t). En 2015, cette même sous-position représentait déjà 89,3 % des importations, mais pour un volume trois fois moindre (794 634 t). Les huiles raffinées de tournesol/carthame (NC 151219) ont connu une progression encore plus dynamique en termes relatifs, passant de 93 387 t à 336 138 t (+260 %). En revanche, les produits à base de coton (NC 151221 et 151229) demeurent marginaux, avec des volumes combinés inférieurs à 2 200 tonnes en 2025.

La décomposition par sous-produit confirme cette structure : le segment NC 151211 (huile brute de tournesol/carthame) domine aussi bien en volume qu'en valeur, avec une valeur d'importation passant de 624 M€ en 2015 à 2 283 M€ en 2025.

1.2 Des exportations en retrait relatif

Les exportations de l'UE ont certes progressé, mais à un rythme nettement inférieur à celui des importations :

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Valeur (Mds €) 0,53 0,86 +62,0
Volume (kt) 553 660 +19,4
Prix moyen (€/t) 960 1 303 +35,7

Contrairement aux importations, les exportations présentent une répartition plus équilibrée entre huiles brutes et raffinées. En 2025, les huiles brutes de tournesol/carthame (NC 151211) représentent 55,6 % du volume exporté (366 616 t) et les huiles raffinées (NC 151219) 44,3 % (292 404 t). Cette structure indique que l'UE, outre l'exportation de production brute, joue également un rôle de transformateur et réexportateur d'huiles raffinées.

1.3 Un déficit commercial qui s'approfondit et une dépendance nette en hausse

Le solde commercial de l'UE pour le code 1512 s'est considérablement dégradé :

Année Solde commercial (M€)
2015 −186
2025 −1 861

La dépendance nette aux importations est passée de −11,0 % en 2015 (l'UE était alors excédentaire) à +26,0 % en 2025, soit une variation de +336,7 %. Ce basculement traduit un changement structurel : l'Union européenne, qui exportait légèrement plus qu'elle n'importait, dépend désormais fortement des approvisionnements tiers.

Parallèlement, l'indicateur d'intensité commerciale a été multiplié par plus de 4, passant de 11,3 % à 46,3 % (+309,8 %). La propension à exporter a également progressé (+67,1 %, de 10,6 % à 17,8 %), mais dans des proportions bien moindres, confirmant que la dynamique dominante est celle des importations.

2. La domination croissante de l'Ukraine et la concentration des approvisionnements

2.1 L'Ukraine, fournisseur quasi exclusif

L'évolution la plus marquante de la période est la montée en puissance de l'Ukraine comme principal fournisseur de l'UE :

Partenaire Imports 2015 (M€) Imports 2025 (M€) Variation (%)
Ukraine 487 2 501 +413,5
Moldavie 52 70 +35,0
Serbie 31 44 +41,6
Argentine 85 51 −39,6
Royaume-Uni 29 13 −55,5
Russie 13 0,7 −94,9
Bosnie-Herzégovine 6 15 +144,3

Source : Principaux partenaires par valeur

L'Ukraine représentait déjà 68 % des importations en valeur en 2015 (487 M€ sur 716 M€). En 2025, cette part atteint 91,9 % (2 501 M€ sur 2 721 M€). L'Ukraine est le seul partenaire à avoir connu une croissance massive en valeur absolue (+2 014 M€), tirée par l'expansion considérable de la production de tournesol ukrainienne dans les années 2010. Le pays a bénéficié de la mise en place de corridors de solidarité après février 2022, qui ont facilité l'acheminement de ses exportations agricoles vers l'UE.

À son maximum, les importations en provenance d'Ukraine ont atteint 2 619 M€, un niveau supérieur au chiffre de 2025 (2 501 M€), témoignant de l'impact du pic de prix de 2022.

2.2 L'effondrement des fournisseurs alternatifs

Le retrait de la Russie est le plus spectaculaire : les importations en provenance de Russie sont passées de 13 M€ en 2015 à seulement 0,7 M€ en 2025 (−94,9 %). Le coefficient de variation extrêmement élevé de la Russie (CV = 1,22) reflète des flux devenus erratiques, avec un maximum intermédiaire de 105 M€ avant l'instigation des sanctions.

L'Argentine a perdu du terrain (−39,6 %), passant de 85 M€ à 51 M€. Le Royaume-Uni, devenu un partenaire tiers après le Brexit, a vu ses exportations vers l'UE diminuer de moitié (−55,5 %). À l'inverse, la Moldavie, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine ont consolidé ou accru leurs positions, sans toutefois modifier significativement la prédominance ukrainienne.

2.3 Une concentration des importations en forte hausse

La concentration des importations mesurée par l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) a augmenté de 74,5 % :

Flux HHI 2015 HHI 2025 Variation (%)
Importations (valeur) 4 853 8 466 +74,5
Importations (volume) 5 457 8 585 +57,3
Exportations (valeur) 1 356 922 −32,0
Exportations (volume) 1 401 997 −28,8

Un HHI supérieur à 2 500 est généralement considéré comme signalant un marché très concentré. Le niveau de 8 466 atteint en 2025 pour les importations traduit une dépendance quasi monopolistique vis-à-vis d'un seul fournisseur. À l'inverse, la concentration des exportations a diminué, indiquant une diversification des marchés de destination de l'UE.

2.4 Les principaux États membres importateurs

Du côté de l'UE, l'Espagne, les Pays-Bas et l'Italie dominent les importations, avec une croissance particulièrement forte dans les pays d'Europe de l'Est :

État membre Imports 2015 (M€) Imports 2025 (M€) Variation (%)
Espagne 165 690 +318,9
Pays-Bas 195 541 +177,5
Italie 160 486 +204,2
France 57 302 +427,2
Slovénie 2,3 176 +7 668,6
Pologne 10 125 +1 159,3
Bulgarie 0,9 74 +7 797,1

Les hausses les plus spectaculaires concernent des pays d'Europe du Sud et de l'Est — Slovénie, Bulgarie, Pologne — qui ont massivement accru leurs importations pour alimenter leurs filières agroalimentaires ou de trituration. L'Italie et l'Espagne, consommateurs historiques d'huiles végétales, restent les premiers importateurs absolus aux côtés des Pays-Bas, qui jouent un rôle de hub logistique.

3. Volatilité des prix, chocs d'approvisionnement et vulnérabilité structurelle

3.1 L'envolée des prix en 2021-2022 et ses conséquences sur la valeur des échanges

La période 2021-2022 a été marquée par une hausse brutale des prix des huiles de tournesol. Le prix moyen des importations est passé de 688 €/t (minimum observé en 2018) à un pic de 1 474 €/t en 2022. De même, le prix moyen des exportations a culminé à 1 662 €/t en 2022, contre un minimum de 817 €/t.

Ce pic de prix a amplifié la valeur des échanges bien au-delà de la hausse des volumes. La comparaison entre 2022 et 2024 est éclairante :

Année Volume importé (kt) Valeur importée (Mds €) Prix moyen (€/t)
2018 (minimum de prix) 1 371 0,94 688
2022 (maximum de valeur) 2 232 3,29 1 474
2024 (maximum de volume) 3 092 2,79 903
2025 2 374 2,72 1 146

En 2022, malgré un volume moindre qu'en 2024, la valeur des importations a atteint 3,29 milliards d'euros — le maximum de la période — en raison d'un prix moyen de 1 474 €/t. Ce phénomène illustre l'amplification financière qu'un choc de prix peut provoquer sur un commerce fortement volumique.

3.2 Des chocs de prix détectés sur plusieurs partenaires

L'analyse des chocs d'approvisionnement révèle trois événements majeurs, tous centrés sur l'année 2021 :

Partenaire Type de choc Flux Anomalie Variation (%) Part de valeur (%)
Inde Prix Exportations 248,3 +64,4 6,9
Irak Prix Exportations 68,6 +79,2 5,0
Ukraine Prix Importations 12,5 +62,8 100,0

Le choc ukrainien sur les importations, avec une anomalie de prix de 12,5 et une hausse de 62,8 %, est directement lié à la conjoncture géopolitique et à la flambée des cours mondiaux des oléagineux. L'anomalie de 100 % en part de valeur confirme que l'Ukraine concentre à elle seule la totalité de l'exposition de l'UE aux variations de prix d'importation.

Les chocs à l'exportation vers l'Inde (anomalie de 248,3) et l'Iraq (anomalie de 68,6) traduisent la forte demande de ces marchés en période de pénurie mondiale, avec des prix d'exportation européens ayant bondi de respectivement 64 % et 79 % autour de 2021.

3.3 Une volatilité persistante sur certains partenaires

Les coefficients de variation (CV) des flux sur la période 2015-2025 révèlent des niveaux de volatilité très hétérogènes :

Côté importations :

Partenaire CV
États-Unis 1,54
Macédoine du Nord 1,25
Russie 1,22
Biélorussie 0,91
Argentine 0,78
Turquie 0,63
Bosnie-Herzégovine 0,62
Ukraine 0,34

Côté exportations :

Partenaire CV
Inde 1,78
Irak 1,75
Égypte 1,74
Maroc 0,55
États-Unis 0,52
Turquie 0,48
Afrique du Sud 0,29
Suisse 0,08
Royaume-Uni 0,15

L'Ukraine, malgré son poids dominant, présente un CV modéré (0,34), ce qui s'explique par la régularité structurelle des flux en provenance de ce pays. En revanche, les marchés d'exportation les plus volatils (Inde, Irak, Égypte, avec des CV supérieurs à 1,7) ne constituent que des débouchés intermittents, dépendant de conditions conjoncturelles favorables.

3.4 Une production européenne en forte expansion, mais insuffisante pour restaurer l'autonomie

La production intra-européenne de CN 1512 a connu une expansion remarquable :

Indicateur Début de période Fin de période Variation (%)
Quantité (milliards de kg) 2,02 9,49 +370,3
Valeur (Mds €) 1,44 8,73 +505,3

Cette croissance est portée par des États membres spécialisés dans la production d'huile de tournesol :

État membre RCA RSCA Part production UE (%)
Bulgarie 17,48 0,89 11,0
Hongrie 7,03 0,75 18,9
Slovénie 4,64 0,65
Roumanie 3,11 0,51 5,2
Pays-Bas 1,43 0,18 20,8

La Hongrie (18,9 % de la production UE) et les Pays-Bas (20,8 %) sont les plus grands producteurs en volume, tandis que la Bulgarie et la Hongrie affichent les indices de spécialisation comparée (RCA) les plus élevés, confirmant leur ancrage dans la filière tournesol.

Malgré cette expansion, la production n'a pas suffi à combler l'écart avec la demande. La dépendance nette aux importations s'est creusée (de −11 % à +26 %), et l'intensité commerciale a quadruplé. La vulnérabilité de l'UE à un choc d'approvisionnement ukrainien demeure donc élevée, malgré les efforts de développement de la production nationale.

Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des huiles de tournesol, de carthame et de coton (NC 1512) a subi une transformation structurelle. L'Union européenne est passée d'une position légèrement excédentaire à un déficit commercial de 1,86 milliard d'euros, dans un contexte d'importations multipliées par 3,8 en valeur. L'Ukraine s'est imposée comme le fournisseur quasi exclusif, représentant 91,9 % des importations en valeur en 2025, ce qui a conduit à une concentration dangereuse des approvisionnements (HHI en hausse de 74,5 %).

La production intérieure de l'UE a certes connu une croissance remarquable (+370 % en volume), portée par des spécialistes comme la Bulgarie, la Hongrie et la Roumanie. Cependant, cette expansion n'a pas suffi à compenser la hausse de la demande intérieure, comme l'illustre le passage de la dépendance nette de −11 % à +26 %.

La crise des prix de 2021-2022 a mis en lumière la vulnérabilité du modèle d'approvisionnement européen, avec des prix d'importation ayant culminé à 1 474 €/t et des chocs de prix majeurs détectés sur l'Ukraine, l'Inde et l'Iraq. Dans un contexte géopolitique instable et de demande mondiale croissante pour les oléagineux, la diversification des sources d'approvisionnement et le renforcement de la capacité de production intra-européenne apparaissent comme des enjeux stratégiques majeurs pour la décennie à venir.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.