Évolution du marché : Huile d'olive (CN 1509) — 2015–2025
Introduction
Entre 2015 et 2025, l'Union européenne a consolidé son statut de puissance exportatrice nette majeure sur le marché mondial de l'huile d'olive (code nomenclature combinée 1509). La période se caractérise par une croissance spectaculaire de la valeur des exportations (+95,7 %), soutenue par des hausses de prix et de volumes, tandis que la valeur des importations est restée quasiment stable (+1,2 %). Cette dynamique a abouti à un renforcement massif du solde commercial positif (+138,6 %). Ce rapport analyse les principaux facteurs sous-jacents à cette évolution, la structure concentrée du marché et les vulnérabilités potentielles du secteur.
I. Une dynamique d'exportation vigoureuse et diversifiée face à des importations stables
Les exportations, moteur d'une balance commerciale excédentaire
La période étudiée met en lumière une croissance soutenue de la valeur des exportations de l'UE, passant de 2,29 milliards d'euros en 2015 à 4,48 milliards d'euros en 2025. Cette progression de près de 96 % résulte d'une augmentation à la fois des quantités exportées (+44,6 %) et, de manière plus prononcée, des prix moyens à l'exportation (+35,3 %) (Détail de l'évolution du commerce). Les États-Unis, le Brésil et le Royaume-Uni demeurent les partenaires d'exportation clés, avec des progressions de valeur respectives de 98,1 %, 122,2 % et 80,5 % sur la période (Principaux partenaires d'exportation par valeur).
Un marché d'importations concentré et en retrait volumétrique
À l'inverse, la valeur des importations de l'UE a stagné autour de 715–724 millions d'euros entre 2015 et 2025, masquant une baisse significative des volumes importés (-20,0 %). Les prix moyens à l'importation ont cependant augmenté de 26,4 % (Détail de l'évolution du commerce). La Tunisie demeure de loin le premier fournisseur, représentant environ 80 % de la valeur des importations en 2025, bien que sa part ait fluctué. La Turquie a connu une croissance remarquable (+693,5 %), tandis que les parts du Maroc et de l'Argentine ont décliné (Principaux partenaires d'importation par valeur).
L'Espagne et l'Italie, piliers du commerce intra-UE et extra-UE
Au sein de l'UE, l'Espagne et l'Italie dominent à la fois les flux d'importation et d'exportation. L'Espagne est le premier importateur (319 millions € en 2025) et de loin le premier exportateur (2,25 milliards €), suivie de l'Italie (284 millions € à l'importation, 1,54 milliard € à l'exportation). Le Portugal et la Grèce confirment leur rôle important dans les exportations (Principaux États membres par valeur).
II. Une spécialisation marquée et une production en nette reprise après la crise
Une concentration géographique des échanges et une spécialisation méditerranéenne
Le commerce est géographiquement concentré, particulièrement à l'importation. L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations était de 6 420 en 2025 (en valeur), indiquant une forte dépendance envers un nombre limité de fournisseurs, principalement tunisien (Concentration HHI). En 2025, la Grèce, l'Espagne et le Portugal affichent les indices de spécialisation (RSCA) les plus élevés, confirmant leur avantage comparatif marqué dans la production et l'exportation d'huile d'olive (Spécialisation des États membres).
Une production intra-UE en forte croissance après un creux marqué
Les données de production montrent une évolution cyclique prononcée. Après un point bas en 2019–2020, la production de l'UE a connu une renaissance remarquable. En valeur, elle a bondi de 1,07 milliard d'euros en 2019 à 13,55 milliards d'euros en 2025 (+746,1 %). En volume, elle est passée de 444 811 tonnes en 2019 à 2,25 millions de tonnes en 2025 (+272,5 %) (Volumes et valeur de la production). Cette reprise reflète probablement une alternance de campagnes de récolte fastes et moins bonnes, ainsi que des effets de prix incitatifs.
Une prédominance de l'huile vierge extra dans les échanges détaillés
La ventilation par sous-produits, disponible à partir de 2022, révèle la structure du commerce. Pour les importations, l'huile vierge extra (150920) domine avec 135 866 tonnes en 2025, suivie de l'huile vierge catégorie 3 (150940) avec 36 250 tonnes. Côté exportations, l'huile vierge extra (150920) représente l'écrasante majorité des volumes (552 389 tonnes en 2025), tandis que les huiles des catégories 4 et 5 (150990) constituent le second poste à 196 859 tonnes. Le prix unitaire de l'huile vierge extra à l'exportation (6 281 €/t en 2025) est nettement supérieur à celui des autres catégories, confirmant la valeur ajoutée de ce segment (Ventilation par sous-produit).
III. Une vulnérabilité aux chocs d'approvisionnement et une intensification des échanges
Une volatilité des prix et des flux, avec des chocs identifiés sur certaines lignées
L'analyse de volatilité révèle des risques concentrés sur certains partenaires d'approvisionnement. L'Égypte, l'Albanie et le Liban présentent les coefficients de variation les plus élevés pour les importations, indiquant une grande instabilité de ces flux (Volatilité des échanges par partenaire). Plusieurs événements de choc ont été détectés. Le plus marquant est un pic de prix extrême sur les importations en provenance des États-Unis en 2018 (abnormalité de 8 133, déviation de +90,8 %), suivi d'un choc similaire mais moindre sur les importations de Bosnie-Herzégovine en 2021 (Principaux événements de choc).
Une autonomie commerciale renforcée mais une dépendance aux importations persistante
L'UE a considérablement accru son excédent commercial net. La dépendance nette aux importations est passée de -24,7 % en 2015 à -45,7 % en 2025, signifiant que le solde exportations-importations représente près de la moitié des importations, un indicateur d'autonomie renforcée (Dépendance nette aux importations). Parallèlement, l'intensité commerciale (valeur des échanges/production) a augmenté de 29,2 % à 46,6 %, et la propension à exporter (exportations/production) de 25,3 % à 41,3 %. Cela traduit une intégration plus poussée de la production oléicole européenne dans les chaînes de valeur mondiales (Intensité et propension commerciale).
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le secteur européen de l'huile d'olive a fait preuve d'une grande résilience et d'une dynamique exportatrice remarquable, transformant une balance commerciale structurellement excédentaire en un avantage massif. Cette performance s'appuie sur une base productive méditerranéenne spécialisée (Espagne, Italie, Grèce, Portugal) qui a su profiter de cycles de récolte favorables et de prix mondiaux soutenus pour inonder les marchés tiers, notamment américains et brésiliens. Toutefois, des fragilités persistent : la concentration des importations sur la Tunisie, une volatilité marquée sur certaines lignées d'approvisionnement et une exposition aux aléas climatiques qui influencent fortement la production. L'avenir dépendra de la capacité de l'UE à maintenir sa compétitivité qualité-prix sur les marchés étrangers tout en sécurisant ses approvisionnements alternatifs pour atténuer les risques de chocs.