Évolution du marché : huile d'olive (CN 150990) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 150990 couvre les huiles d'olive des catégories 4 et 5 de l'UE — c'est-à-dire les huiles raffinées et leurs fractions, obtenues uniquement par des procédés mécaniques ou physiques, sans altération chimique. Ce segment représente la part « industrielle » de la filière oléicole européenne, distincte des huiles vierges extra (150920) et vierges (150930). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne se positionne comme un exportateur net majeur sur ce segment, avec des exportations représentant plus de vingt fois la valeur des importations en fin de période. Le présent rapport s'attache à décrire et interpréter les dynamiques observées entre janvier 2015 et décembre 2025, en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles.
1. Un positionnement exportateur de l'UE en nette consolidation
1.1. Des exportations en forte progression, des importations en repli
Sur l'ensemble de la période, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de manière significative, tant en valeur (+42,0 %, passant de 623 M€ à 884 M€) qu'en volume (+16,7 %, de 168 629 t à 196 859 t). En parallèle, les importations ont reculé : −9,1 % en valeur (de 42 M€ à 38 M€) et −19,9 % en volume (de 13 886 t à 11 127 t). L'excédent commercial est ainsi passé de 581 M€ à 846 M€, soit une progression de 45,7 %.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 622,98 | 884,39 | +42,0 % |
| Exportations (volume, kt) | 168,63 | 196,86 | +16,7 % |
| Importations (valeur, M€) | 42,09 | 38,27 | −9,1 % |
| Importations (volume, kt) | 13,89 | 11,13 | −19,9 % |
| Solde commercial (M€) | 580,89 | 846,13 | +45,7 % |
Sources : Vue d'ensemble du commerce
1.2. Une dépendance aux importations qui s'efface
L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette tendance : il est passé de −24,7 % en 2015 à −81,1 % en 2025. La valeur négative traduit un statut d'exportateur net, et l'augmentation en valeur absolue indique que l'UE renforce sa position de fournisseur vers le reste du monde. De même, la propension à exporter est passée de 25,3 % à 47,3 %, signifiant que près de la moitié de la production européenne de ce segment est désormais écoulée sur les marchés internationaux.
1.3. Des destinations d'exportation diversifiées mais dominées par les États-Unis
Les principaux partenaires à l'exportation restent relativement stables, avec une prééminence marquée des États-Unis, qui absorbent à eux seuls 334 M€ en 2025 (soit 37,8 % des exportations totales), suivis du Royaume-Uni (89 M€), du Brésil (52 M€), de l'Australie (52 M€) et de la Chine (36 M€). La concentration des exportations reste modérée (HHI de 1 678 en 2025), signe d'une base clientèle relativement diversifiée.
| Partenaire (exportations) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 219,64 | 334,07 | +52,1 % |
| Royaume-Uni | 59,05 | 88,77 | +50,3 % |
| Japon | 42,94 | 28,20 | −34,3 % |
| Brésil | 39,76 | 52,26 | +31,4 % |
| Australie | 27,57 | 52,16 | +89,2 % |
| Chine | 24,42 | 35,98 | +47,3 % |
| Canada | 17,13 | 28,75 | +67,8 % |
Source : Partenaires à l'exportation
Le recul notable du Japon (−34,3 %) contraste avec la progression spectaculaire de l'Australie (+89,2 %) et du Canada (+67,8 %), suggérant un rééquilibrage géographique des flux vers des marchés du Pacifique et nord-américains.
2. Une production en repli volumétrique mais en forte appréciation de valeur
2.1. Des volumes de production en baisse structurelle
La production européenne de ce segment a connu une contraction significative : de 604 550 tonnes en 2015, elle est passée à 450 000 tonnes en 2025, soit un recul de 25,6 %. Cette baisse reflète vraisemblablement les aléas climatiques récurrents dans le bassin méditerranéen (sécheresses, vagues de chaleur), ainsi que la mise hors production de certaines oliveraies vieillissantes.
2.2. Une valeur de production dopée par la hausse des prix
Paradoxalement, la valeur de la production a bondi de 1,60 milliard d'euros à 2,70 milliards d'euros (+68,6 %). Ce décalage s'explique par une hausse considérable des prix unitaires à l'exportation : le prix moyen est passé de 3 694 €/t à 4 492 €/t (+21,6 %), avec un pic atteignant 8 109 €/t au cours de la période. En d'autres termes, la raréfaction de l'offre s'est traduite par une appréciation forte des prix, compensant et au-delà la perte de volume.
2.3. Une spécialisation oléicole concentrée dans le bassin méditerranéen
L'analyse des avantages comparatifs révélés montre que seuls trois États membres présentent un RSCA fortement positif — c'est-à-dire un avantage comparatif net marqué — dans ce segment :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les exportations EU |
|---|---|---|---|
| Espagne | 0,851 | 12,42 | 72,0 % |
| Grèce | 0,830 | 10,79 | 7,3 % |
| Portugal | 0,676 | 5,16 | 7,1 % |
Source : Spécialisation des États membres
L'Espagne domine massivement, avec 575 M€ d'exportations en 2025 sur un total de 884 M€. L'Italie, bien que troisième producteur, présente un RCA proche de l'unité (1,09), ce qui indique un avantage comparatif modéré, son industrie oléicole étant davantage tournée vers les segments supérieurs (huiles vierges extra).
3. Volatilité, chocs et asymétries d'un marché sous tension
3.1. Une volatilité des prix historiquement élevée
La période 2015–2025 se caractérise par une forte volatilité des prix, particulièrement du côté des importations. Les coefficients de variation les plus élevés concernent des partenaires marginaux (Mexique : 3,29 ; Égypte : 2,26 ; Albanie : 1,92 ; Syrie : 1,63), ce qui traduit des flux sporadiques et fortement dépendants des conditions locales. Du côté des exportations, la volatilité est plus contenue (CV entre 0,14 et 0,36 pour les principaux partenaires), ce qui reflète une base commerciale plus régulière et des contrats de plus longue durée.
3.2. Des chocs d'approvisionnement concentrés sur les partenaires marginaux
L'analyse des événements de choc révèle des perturbations ponctuelles, notamment :
- Un choc de prix à l'importation en provenance de Colombie en 2020, avec une hausse de prix de 706,6 % — toutefois sur un volume négligeable (part de valeur de 0 %).
- Un choc de prix à l'exportation vers le Guatemala en 2023 (+54,9 %), là encore sur un flux marginal.
- Un choc de prix à l'importation en provenance d'Israël en 2018 (−46,1 %), avec une part de valeur de 0,9 %.
Ces événements, bien que spectaculaires en termes de variation relative, n'affectent pas significativement la structure globale du commerce, en raison de leur faible poids dans les flux totaux. Les partenaires majeurs (Tunisie, Turquie pour les importations ; États-Unis, Royaume-Uni pour les exportations) restent relativement stables.
3.3. Une concentration des importations plus forte et plus volatile que celle des exportations
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations (5 005 en 2025) reste nettement supérieur à celui des exportations (1 678), confirmant que l'approvisionnement de l'UE en huile d'olive catégories 4 et 5 repose sur un nombre réduit de fournisseurs, principalement la Tunisie (26,5 M€, soit 69,1 % des importations) et la Turquie (4,4 M€). Cette concentration constitue un facteur de vulnérabilité, d'autant que la Tunisie présente un coefficient de variation de 0,95 sur la période, signe d'une forte instabilité de ses livraisons. En sens inverse, les importations en provenance de Turquie ont progressé de 86,1 %, suggérant une diversification partielle de l'approvisionnement.
Conclusion
Le segment des huiles d'olive raffinées et fractions (CN 150990) a connu, entre 2015 et 2025, une transformation profonde marquée par trois dynamiques principales : le renforcement du statut d'exportateur net de l'Union européenne, l'apparition d'une tension structurelle entre volumes en baisse et prix en forte hausse, et le maintien d'une concentration géographique des importations qui constitue un point de vigilance. L'Espagne, à elle seule, concentre près de 72 % des exportations de ce segment, conférant à la filière oléicole ibérique un rôle systémique dans le commerce extérieur européen. Si la diversification des destinations d'exportation (États-Unis, Australie, Canada, Chine) constitue un facteur de résilience, la dépendance à l'égard de la Tunisie pour les importations, bien que marginale en volume, mérite une attention particulière dans un contexte de volatilité climatique et géopolitique croissante en Méditerranée. La hausse de 68,6 % de la valeur de production — pour une baisse de 25,6 % des volumes — illustre avec force le phén
omène de raréfaction qui affecte l'ensemble de la filière oléicole mondiale et européenne.