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Évolution du marché : huiles d'olive autres que vierges (CN 1510) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde pour le code douanier 1510, qui couvre les huiles d'olive obtenues par des procédés autres que la première pression (huiles de grignons d'olive brutes, huiles raffinées, et mélanges avec des huiles vierges), sur la période 2015–2025. Ce produit constitue un segment distinct du marché de l'huile d'olive, positionné en aval de la production vierge (code 1509), et revêt une importance particulière pour l'industrie agroalimentaire européenne.

Sur la période étudiée, trois dynamiques majeures structurent le marché : le rôle de l'UE en tant qu'exportateur net de premier plan, un rebond spectaculaire des prix masquant une contraction de la production, et une réorientation géographique significative des flux commerciaux. Le tableau de bord du commerce extérieur fournit l'ensemble des données détaillées ci-dessous.


1. Un excédent commercial massif et en expansion : l'UE, plateforme exportatrice structurelle

1.1. Un ratio exportations/importations supérieur à dix

L'UE se distingue par un déséquilibre structurel entre ses exportations et ses importations du code 1510. En 2015, les exportations s'élevaient à 178 millions d'euros pour un volume de 77 254 tonnes, tandis que les importations ne représentaient que 19 millions d'euros et 17 497 tonnes. En 2025, les exportations atteignent 267 millions d'euros et 86 285 tonnes, contre respectivement 26 millions d'euros et 23 682 tonnes pour les importations.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur, M€) 178,0 267,4 +50,2 %
Exportations (volume, kt) 77,3 86,3 +11,7 %
Importations (valeur, M€) 19,1 26,3 +38,0 %
Importations (volume, kt) 17,5 23,7 +35,4 %
Solde commercial (M€) 159,0 241,1 +51,7 %

Source : Vue d'ensemble des échanges

Le taux de dépendance nette aux importations est resté négatif sur toute la période, passant de −40,0 % à −29,0 %. Ce signe négatif confirme que l'UE est structurellement exportatrice nette. La valeur absolue en légère baisse indique que les importations ont crû proportionnellement plus vite que les exportations, sans pour autant remettre en cause le statut d'exportateur net majeur.

1.2. L'Espagne, pilier incontesté des exportations européennes

La répartition des exportations entre États membres révèle une forte domination espagnole. En 2025, l'Espagne à elle seule représente 200,6 millions d'euros d'exportations, soit environ 75 % du total de l'UE, en progression de 65,8 % par rapport à 2015. L'Italie arrive en second avec 56,2 millions d'euros (+18,0 %), suivie de la Grèce (4,7 M€, stable) et du Portugal (3,1 M€, +8,8 %).

État membre (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Espagne 120,9 200,6 +65,8 %
Italie 47,6 56,2 +18,0 %
Grèce 4,7 4,7 +0,6 %
Portugal 2,9 3,1 +8,8 %
Pologne 0,7 1,0 +43,6 %
France 0,2 0,4 +145,8 %

Source : Exportateurs par État membre

Du côté des importations intra-UE, c'est aussi l'Espagne qui domine (25,2 M€ en 2025, +50,4 %), tandis que l'Italie a vu ses importations s'effondrer (de 1,8 M€ à 0,6 M€, −63,9 %). Cela suggère un recentrage de la chaîne de valeur sur l'Espagne.

1.3. Une valeur qui croît bien plus vite que les volumes

Un constat frappant se dégage : entre 2015 et 2025, la valeur des exportations a augmenté de 50,2 % alors que les volumes n'ont progressé que de 11,7 %. L'écart est dû à la hausse des prix à l'exportation, passés de 2 305 €/t à 3 099 €/t (+34,5 %). Les prix à l'importation, en revanche, sont restés quasiment stables (1 091 €/t → 1 112 €/t, +2,0 %). L'écart de prix entre exportations et importations — les exportations étant en moyenne trois fois plus chères que les importations — reflète la position de l'UE comme transformateur et reconditionneur : elle importe des huiles brutes de moindre valeur (principalement de l'huile de grignons d'olive brute, code 151010) et exporte des produits raffinés ou mélangés à plus forte valeur ajoutée.


2. Une crise de production européenne masquée par l'envolée des prix

2.1. Un effondrement des volumes de production de près de 30 %

La production européenne de produits du code 1510 a connu une contraction sévère : les volumes sont passés de 544 000 tonnes à 386 100 tonnes, soit une baisse de 29,0 % sur la période. Ce déclin est vraisemblablement lié à des aléas climatiques récurrents dans les bassins oléicoles méditerranéens (sécheresses, canicules), qui ont affecté la récolte d'olives et, par ricochet, la disponibilité de la matière première pour les catégories 6, 7 et 8.

2.2. Une explosion de la valeur de production

Paradoxalement, la valeur de la production a bondi de 835 millions d'euros à 1,325 milliard d'euros (+58,7 %). Cela traduit un double phénomène : la raréfaction de l'offre a exercé une pression haussière considérable sur les prix, tandis que la demande mondiale pour les huiles d'olive, portée par des tendances alimentaires favorables, est restée robuste. Le prix moyen à la production est ainsi passé d'environ 1 535 €/t (en 2015) à environ 3 432 €/t (en 2025), un quasi-triplé.

Indicateur de production 2015 2025 Variation
Volume (kt) 544,0 386,1 −29,0 %
Valeur (M€) 835,0 1 325,0 +58,7 %
Prix implicite (€/t) ~1 535 ~3 432 +~123 %

Source : Volumes de production

2.3. Des chocs de prix ponctuels et intenses sur certains marchés d'exportation

L'analyse de la volatilité et des chocs met en évidence des épisodes de tensions sur les prix à l'exportation en 2022, année marquée par une crise énergétique globale et des perturbations logistiques post-Covid :

  • Oman : choc de prix d'une anormalité de 267,5 et une hausse de 73,9 % en 2022.
  • Koweït : choc de prix (anormalité 115,1), hausse de 59,0 % en 2022.
  • Israël : hausse de prix de 111,2 % en 2022.

Ces pics de prix sur des marchés du Golfe et du Proche-Orient peuvent refléter à la fois des perturbations logistiques et une demande de substitution sur des marchés cherchant des alternatives à d'autres huiles végétales en tension.

2.4. La spécialisation oléicole confirmée de quatre États membres

Les indices de spécialisation calculés en 2025 confirment la concentration géographique de cette industrie :

État membre RCA RSCA Part dans la production UE
Grèce 30,92 0,937 20,9 %
Portugal 10,29 0,823 14,2 %
Espagne 6,84 0,745 39,6 %
Italie 2,52 0,432 20,2 %

L'Espagne, la Grèce, le Portugal et l'Italie concentrent à eux quatre près de 95 % de la production européenne, ce qui reflète fidèlement la géographie de l'oléiculture dans l'UE. Les autres États membres présentent des indices RCA proches de zéro, indiquant une absence quasi totale de spécialisation dans ce produit.


3. Réorientation géographique des flux : de nouvelles routes commerciales émergent

3.1. Une diversification vers l'Asie et les Amériques côté exportations

Les principaux partenaires à l'exportation ont connu des trajectoires contrastées entre 2015 et 2025 :

Partenaire (exportations UE) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
États-Unis 33,8 36,5 +7,9 %
Arabie saoudite 6,1 15,6 +157,9 %
Mexique 3,1 24,1 +686,3 %
Royaume-Uni 12,8 13,2 +3,0 %
Émirats arabes unis 20,5 17,4 −15,3 %
Russie 7,0 9,4 +35,5 %
Inde 12,7 4,6 −64,2 %

La progression la plus spectaculaire est celle du Mexique, dont les achats à l'UE ont été multipliés par près de huit (de 3,1 M€ à 24,1 M€, +686 %), suivi de l'Arabie saoudite (+157,9 %). Ces dynamiques reflètent probablement une adoption croissante de l'huile d'olive dans des régimes alimentaires non méditerranéens et une stratégie de diversification des débouchés des exportateurs européens.

À l'inverse, l'Inde a réduit ses importations en provenance de l'UE de 64,2 % (de 12,7 M€ à 4,6 M€), ce qui peut s'expliquer par des droits de douane élevés, une concurrence accrue d'autres origines ou une substitution par des huiles locales. Les Émirats arabes unis, bien que restant un partenaire majeur (17,4 M€), ont diminué leurs achats de 15,3 %, reflétant peut-être une réorientation vers d'autres fournisseurs ou un effet de stock.

L'indice HHI des exportations est passé de 734 à 501 (−31,7 %), confirmant une diversification géographique croissante des débouchés, ce qui réduit la vulnérabilité de l'UE à un choc sur un marché unique.

3.2. La Tunisie, pilier des importations — avec une concentration en hausse

Du côté des importations, la structure est radicalement différente :

Partenaire (importations UE) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Tunisie 11,2 17,5 +55,5 %
Maroc 7,2 7,0 −1,8 %
Turquie 0,0002 0,3
Albanie 0,00005 0,5

La Tunisie demeure de loin le premier fournisseur de l'UE en huiles du code 1510, avec des importations passées de 11,2 M€ à 17,5 M€ (+55,5 %). Le Maroc reste un partenaire stable (environ 7 M€). En revanche, de nouveaux fournisseurs émergent : la Turquie (de 173 € à 296 000 €) et l'Albanie (de 46 € à 530 000 €), bien que sur des volumes encore modestes, signalent une diversification des sources d'approvisionnement.

L'HHI des importations a légèrement augmenté (de 4 878 à 5 118, soit +4,9 %), ce qui indique un léger renforcement de la concentration des importations sur un nombre restreint de fournisseurs. Ce niveau d'HHI reste cependant modéré.

3.3. Une asymétrie structurelle entre types de produits échangés

La décomposition par sous-code révèle une asymétrie frappante dans la nature des produits échangés :

  • Les importations de l'UE portent quasi exclusivement sur le code 151010 (huile de grignons d'olive brute, catégorie 6), qui représente 23 363 tonnes sur 23 682 tonnes importées en 2025, à un prix moyen de 1 076 €/t.
  • Les exportations sont dominées par le code 151090 (huiles raffinées et mélanges, catégories 7 et 8), qui représente 84 012 tonnes sur 86 285 tonnes exportées, à un prix moyen de 3 100 €/t.

L'UE importe donc de la matière première à bas prix (huile de grignons brute) pour la transformer et la réexporter à une valeur près de trois fois supérieure. Ce modèle confirme le rôle de l'UE comme hub de raffinage et de valorisation de l'huile d'olive non vierge, un schéma classique de spécialisation dans la chaîne de valeur agroalimentaire.

3.4. Volatilité marquée des partenaires d'importation

L'analyse des coefficients de variation confirme que les partenaires d'importation présentent une volatilité bien plus élevée que les partenaires d'exportation :

Partenaire d'importation CV Partenaire d'exportation CV
Émirats arabes unis 2,81 États-Unis 0,19
Chine 2,49 Japon 0,18
Turquie 1,66 Royaume-Uni 0,21
Syrie 1,69 Arabie saoudite 0,28
Mexique 1,75 Émirats arabes unis 0,26

Les exportations de l'UE vers des marchés matures (États-Unis, Japon, Royaume-Uni) sont remarquablement stables (CV < 0,25), ce qui témoigne d'une demande installée et régulière. En revanche, les importations depuis des pays tiers sont nettement plus erratiques, reflétant des productions oléicoles soumises aux aléas climatiques et à des cycles de récolte irréguliers.


Conclusion

Le marché européen du code 1510 (huiles d'olive non vierges) a connu entre 2015 et 2025 une transformation profonde marquée par trois tendances convergentes. Premièrement, l'UE a consolidé son statut d'exportateur net majeur, avec un excédent commercial porté de 159 à 241 millions d'euros, sous l'impulsion dominante de l'Espagne. Deuxièmement, une contraction de 29 % des volumes de production a été entièrement compensée — et au-delà — par une envolée des prix, portant la valeur de la production de 835 M€ à 1,325 Md€. Troisièmement, la géographie des échanges s'est réorientée : de nouveaux marchés d'exportation comme le Mexique et l'Arabie saoudite ont émergé avec force, tandis que les importations restent concentrées sur la Tunisie et le Maroc.

La structure des échanges révèle un modèle classique de transformation à valeur ajoutée : l'UE importe de l'huile de grignons brute à prix modéré et exporte des produits raffinés à près de trois fois ce prix. Ce modèle est néanmoins exposé au risque d'une dépendance accrue à un nombre limité de fournisseurs d'importation et à la volatilité climatique des bassins méditerranéens. La poursuite de la diversification des débouchés à l'exportation, amorcée sur la période, apparaît comme un atout stratégique face à ces incertitudes.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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