Évolution du marché : Autres graisses et huiles animales (CN 1506) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 1506 couvre les graisses et huiles animales et leurs fractions, même raffinées, mais non chimiquement modifiées, à l'exclusion des principales catégories spécifiques (porcins, volailles, bovins, ovins, caprins, poissons, mammifères marins et dérivés comme la lanoline ou la stéarine solaire). Il s'agit donc d'un poste résiduel regroupant des graisses animales de moindre importance quantitative, mais dont les dynamiques commerciales révèlent des transformations profondes sur la période 2015–2025. L'analyse ci-dessous s'appuie sur les données commerciales intra- et extra-UE pour identifier les grandes tendances structurantes de ce segment de marché.
La vue d'ensemble du poste CN 1506 montre une période marquée par une croissance spectaculaire des exportations, une réorientation géographique des flux et une montée en puissance de l'UE en tant qu'exportateur net.
I. Une expansion fulgurante des échanges, portée par les exportations
La valeur des échanges a plus que doublé sur la période
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers a progressé de 115,8 %, passant de 31,5 M€ à 68,0 M€. Sur la même période, les importations ont augmenté de 157,9 %, passant de 9,3 M€ à 24,0 M€. La balance commerciale s'est ainsi renforcée, passant de +22,2 M€ à +44,1 M€, confirmant la position structurellement excédentaire de l'UE sur ce segment.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 31,5 | 68,0 | +115,8 % |
| Importations (valeur, M€) | 9,3 | 24,0 | +157,9 % |
| Balance commerciale (M€) | +22,2 | +44,1 | +98,2 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Les volumes exportés ont connu une croissance exceptionnelle
La dynamique la plus remarquable concerne les quantités exportées : celles-ci ont été multipliées par près de 7,7, passant de 8 651 tonnes à 66 896 tonnes (+673,3 %). En parallèle, le prix moyen à l'exportation a fortement baissé de 3 644 €/t à 1 017 €/t (−72,1 %), suggérant une démocratisation du produit ou un changement dans la composition des flux (passage vers des fractions de moindre valeur unitaire).
Côté importations, les volumes n'ont augmenté que de 10,2 % (de 14 100 t à 15 533 t), tandis que les prix moyens ont presque doublé (+134,1 %, de 659 €/t à 1 544 €/t). Cette divergence prix-volume entre importations et exportations indique que l'UE importe des fractions de plus en plus spécialisées ou raffinées, tout en exportant des volumes croissants à prix unitaire décroissant.
La production intérieure européenne a évolué en valeur plus qu'en volume
La production européenne de graisses et huiles animales relevant du CN 1506 a vu son volume diminuer de 9,8 % (de 864 M kg à 780 M kg), tandis que sa valeur a progressé de 117,8 % (de 289 M€ à 630 M€). Cette hausse de la valeur unitaire de la production intérieure, combinée à la baisse du prix des exportations, suggère un déplacement de la production locale vers des segments à plus forte valeur ajoutée, les fractions moins coûteuses étant désormais approvisionnées différemment.
II. Une réorientation géographique majeure des flux commerciaux
Les États-Unis sont devenus le partenaire dominant des exportations UE
Le changement géographique le plus spectaculaire concerne les partenaires à l'exportation. Les exportations vers les États-Unis ont bondi de 17,4 M€ à 62,7 M€ (+260,8 %), représentant désormais l'écrasante majorité de la valeur exportée. En parallèle, les exportations vers le Royaume-Uni se sont effondrées de 2,9 M€ à 251 k€ (−91,3 %), un effondrement vraisemblablement lié au Brexit et aux nouvelles barrières commerciales post-2020.
| Partenaire (export.) | 2015 (k€) | 2025 (k€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 17 374 | 62 694 | +260,8 % |
| Royaume-Uni | 2 898 | 251 | −91,3 % |
| Suisse | 1 244 | 894 | −28,1 % |
| Serbie | 59 | 2 730 | +4 504,0 % |
| Japon | 155 | 245 | +58,8 % |
| Taïwan | 1 | 121 | +15 763,6 % |
Source : Top partenaires par valeur
Les importations se sont diversifiées et restructurées
Du côté des importations par partenaire, le Royaume-Uni demeure le premier fournisseur (4,4 M€ en 2025), mais en léger recul (−14,9 %). La Serbie a connu une progression spectaculaire (+811,7 %), passant de 488 k€ à 4,4 M€. Les importations en provenance des États-Unis ont été extrêmement volatiles, avec un passage de 270 € à 5,2 M€, tandis que celles du Mexique se sont pratiquement taries (−99,9 %). L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a chuté de 3 470 à 1 582 (−54,4 %), confirmant une diversification significative des sources d'approvisionnement.
L'UE est structurellement devenue exportateur net
La dépendance nette aux importations est passée de −0,3 % en 2015 à −6,7 % en 2025, avec un minimum historique à −13,1 %. Ces valeurs négatives indiquent que l'UE est exportateur net. L'intensité commerciale a décuplé (de 1,0 % à 11,4 %), et la propension à exporter est passée de 0,7 % à 9,0 % (+1 285,8 %), signe d'une intégration internationale croissante de ce segment.
III. Une concentration et une spécialisation en mutation
Les Pays-Bas sont devenus le hub exportateur dominant de l'UE
L'analyse des principaux États membres exportateurs révèle un basculement structurel. Les Pays-Bas, qui exportaient seulement 452 k€ en 2015, ont atteint 62,4 M€ en 2025 (+13 699 %), devenant de loin le premier exportateur européen. À l'inverse, l'Espagne a vu ses exportations s'effondrer de 25,8 M€ à 15 k€ (−99,9 %), perdant quasi totalement sa position. L'Italie a émergé comme un acteur significatif (+61 157 %), passant de 5 k€ à 3,0 M€.
| État membre (export.) | 2015 (k€) | 2025 (k€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 452 | 62 396 | +13 699 % |
| Espagne | 25 793 | 15 | −99,9 % |
| Allemagne | 1 392 | 199 | −85,7 % |
| Belgique | 476 | 927 | +95,0 % |
| Italie | 5 | 3 040 | +61 157 % |
| France | 2 347 | 356 | −84,8 % |
Source : Top reporters par valeur
La concentration des exportations s'est accrue malgré la diversification des importations
L'HHI des exportations a augmenté de 5 338 à 8 562 (+60,4 %), indiquant une concentration géographique croissante des destinations d'exportation, principalement en raison de la prépondérance des États-Unis. Ce mouvement contraste avec la diversification des importations (HHI en baisse de 54,4 %). En valeur, l'HHI des exportations a atteint un niveau très élevé (8 562), bien au-delà du seuil de 2 500 généralement considéré comme un marché modérément concentré.
La spécialisation des États membres est très inégale
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) montre que la Slovaquie (RSCA = 0,71) et la Croatie (0,66) possèdent les spécialisations les plus marquées, suivies de la France (0,55) et de la Belgique (0,35). À l'opposé, la Finlande (−1,00), la Tchéquie (−1,00), la Suède (−1,00) et l'Autriche (−1,00) présentent un RSCA très négatif, indiquant une absence quasi totale de spécialisation sur ce produit. Les Pays-Bas, malgré leur domination en valeur absolue, affichent un RSCA légèrement négatif (−0,08), ce qui s'explique par la taille considérable de leur commerce total.
Un événement de choc a marqué les prix à l'exportation vers les États-Unis
L'analyse de volatilité a détecté un choc significatif sur les prix à l'exportation vers les États-Unis en 2019, avec une hausse anormale de +282,2 % (abnormalité de 2,0 écarts-types). Cet événement ponctuel a concerné un flux représentant 90,2 % de la valeur des exportations vers ce partenaire. Les partenaires les plus volatils côté importations sont le Mexique (CV = 2,24) et les États-Unis (CV = 2,13), tandis que côté exportations, le Chili (CV = 2,82) et la Chine (CV = 2,35) présentent la plus forte volatilité.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché des graisses et huiles animales résiduelles (CN 1506) a connu une transformation profonde. L'UE est passée d'un acteur marginal à un exportateur net de premier plan, portée par une multiplication par près de huit de ses volumes exportés. Cette dynamique s'est accompagnée d'une concentration géographique extrême autour des États-Unis, tandis que le Royaume-Uni a perdu son importance, probablement sous l'effet du Brexit. Au sein de l'UE, la domination des Pays-Bas s'est affirmée de façon spectaculaire, au détriment de l'Espagne et de la France. La baisse continue du prix moyen à l'exportation, combinée à la hausse des prix à l'importation, suggère une spécialisation croissante : l'UE exporterait des fractions à moindre valeur unitaire tout en important des produits plus raffinés. La concentration élevée des flux d'exportation vers un nombre limité de partenaires constitue néanmoins un facteur de vulnérabilité qu'il convient de surveiller.