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Évolution du marché : Huiles hydrogénées (CN 1516) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 1516 couvre les graisses et huiles animales, végétales ou d'origine microbienne et leurs fractions, partiellement ou totalement hydrogénées, interestérifiées, réestérifiées ou élaïdinisées, même raffinées, mais non autrement préparées. Ce produit, qui englobe trois sous-positions (151610 pour les graisses animales, 151620 pour les graisses végétales et 151630 pour les graisses d'origine microbienne), est au cœur de nombreuses applications agroalimentaires et industrielles. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce code a connu des mutations profondes : une hausse spectaculaire des valeurs échangées, une contraction des volumes, une reconfiguration majeure des partenaires et des épisodes de chocs de prix brutaux, notamment en 2022. Le présent rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques sur la base des données d'aperçu général du marché.

1. Une croissance en valeur portée par l'envolée des prix, tandis que les volumes reculent

1.1 Les volumes échangés ont reculé tant à l'import qu'à l'export

Sur la période 2015–2025, les volumes exportés par l'UE pour le code 1516 sont passés de 78 729 t à 67 232 t (−14,6 %), tandis que les importations ont reculé de 75 215 t à 64 981 t (−13,6 %). Ce double recul des volumes contraste fortement avec l'évolution des valeurs : les exportations ont progressé de 54,1 % (de 158,8 M€ à 244,7 M€) et les importations de 80,5 % (de 129,3 M€ à 233,4 M€). Voir l'évolution du commerce.

1.2 La hausse spectaculaire des prix unitaires compense le déclin des volumes

L'explication de cette divergence tient essentiellement à l'envolée des prix unitaires. Les prix moyens à l'exportation ont augmenté de 80,4 %, passant de 2 017 à 3 638 €/t, tandis que les prix à l'importation ont progressé de 108,9 %, passant de 1 719 à 3 591 €/t. L'augmentation plus marquée des prix à l'importation a mécaniquement pesé sur la balance commerciale.

Indicateur 2015 2025 Variation
Prix export (€/t) 2 017 3 638 +80,4 %
Prix import (€/t) 1 719 3 591 +108,9 %
Valeur export (M€) 158,8 244,7 +54,1 %
Valeur import (M€) 129,3 233,4 +80,5 %

Le pic des prix à l'importation a été atteint en 2022, année marquée par des chocs d'approvisionnement majeurs (cf. section 3). La sous-position 151620 (graisses végétales), qui domine largement les échanges, a vu son prix à l'importation passer de 1 122 €/t en 2021 à 3 149 €/t en 2022, soit un quasi-triplement. Voir les segments de produits.

1.3 Les segments se restructurent : essor des graisses animales et émergence des graisses microbiennes

La ventilation par sous-position révèle des trajectoires très contrastées. Les graisses végétales (151620) demeurent le segment dominant, mais en repli volumique. Les graisses animales (151610) affichent une croissance spectaculaire, et les graisses d'origine microbienne (151630) émergent à partir de 2022.

Sous-position Imports volume 2015 (t) Imports volume 2025 (t) Imports valeur 2015 (M€) Imports valeur 2025 (M€)
151620 — Végétales 73 409 55 193 104,7 131,8
151610 — Animales 1 806 9 773 24,6 100,6
151630 — Microbiennes 15 1,0

La sous-position 151610 (graisses animales) affiche une croissance remarquable des importations : le volume a été multiplié par 5,4 et la valeur par 4,1 sur la période. Côté exportations, les graisses animales ont vu leur valeur passer de 6,1 M€ à 24,3 M€ (+303 %), avec un prix unitaire qui a bondi de 2 684 à 10 121 €/t (+277 %). La sous-position 151630 (graisses microbiennes), absente des statistiques avant 2022, émerge timidement avec 137 t exportées en 2025 pour une valeur de 6,6 M€, ce qui pourrait refléter l'essor de la fermentation de précision et des huiles microbiennes alternatives. Voir les segments de produits.

1.4 La production européenne a vu ses volumes divisés par deux

La production intra-UE (données PRODCOM) a connu une contraction spectaculaire de ses volumes : de 1 747 070 t à 820 000 t, soit un recul de 53,1 %. En revanche, la valeur de production est restée quasi stable (1 256 M€ → 1 240 M€, −1,3 %). Cette dissociation entre volume et valeur suggère que la production européenne s'est repositionnée vers des produits à plus forte valeur ajoutée, en phase avec la hausse générale des prix des matières premières oléagineuses. Voir les volumes de production.

2. Reconfiguration des partenaires et érosion de l'excédent commercial européen

2.1 L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement érodé

L'UE dégageait un excédent commercial de 29,5 M€ en 2015 sur le code 1516. En 2025, cet excédent n'est plus que de 11,3 M€, en recul de 61,7 %. Entre-temps, le solde a même basculé en territoire négatif, atteignant un déficit de −17,5 M€ à son point le plus bas, avant de retrouver un léger excédent. Le maximum historique a été atteint à 124,1 M€, soulignant la forte volatilité de la balance commerciale sur cette période. Voir l'évolution du commerce.

Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de −14,8 % (excédentaire) en 2015 à −1,6 % en 2025, confirmant l'érosion de la position excédentaire de l'UE. À un moment de la période, ce taux a même atteint +1,7 %, indiquant un passage temporaire au statut d'importateur net. Voir la dépendance aux importations.

2.2 L'Inde et la Norvège deviennent des partenaires d'importation de premier plan

Les principaux partenaires d'importation de l'UE ont connu des évolutions contrastées sur la période :

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Norvège 14,2 47,9 +237,7 %
Inde 12,8 38,6 +201,5 %
Malaisie 20,5 27,5 +33,8 %
Indonésie 12,3 26,4 +114,7 %
Royaume-Uni 23,5 24,8 +5,6 %
États-Unis 10,4 10,9 +4,3 %

Voir les partenaires d'importation.

La Norvège est devenue le premier fournisseur de l'UE en 2025, avec 47,9 M€, probablement en lien avec l'essor des graisses animales marines (huiles de poisson hydrogénées). L'Inde a triplé ses ventes à l'UE, consolidant sa position de fournisseur de dérivés oléagineux. La Malaisie et l'Indonésie, fournisseurs traditionnels de dérivés de palme hydrogénés, restent des partenaires importants mais présentent une forte volatilité (cf. section 3). Parmi les États membres, les Pays-Bas (64,1 M€ d'importations en 2025), le Danemark (41,0 M€) et l'Allemagne (40,7 M€) sont les principaux importateurs, tandis que l'Espagne (+363 %) et l'Italie (+217 %) ont connu les plus fortes progressions. Voir les États membres importateurs.

2.3 Les exportations se réorientent vers la Suisse et les Balkans, au détriment de la Russie

Côté exportations, la restructuration géographique est tout aussi marquée :

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 30,7 39,5 +28,5 %
Norvège 18,9 23,4 +23,7 %
Suisse 4,5 17,4 +286,4 %
Serbie 3,3 11,1 +233,2 %
Algérie 4,3 7,1 +66,2 %
Chine 6,4 9,1 +42,4 %
Russie 10,7 3,4 −67,7 %

Voir les partenaires d'exportation.

L'effondrement des exportations vers la Russie (−67,7 %) s'explique par les sanctions commerciales imposées à la suite du conflit en Ukraine. En parallèle, la Suisse (+286 %) et la Serbie (+233 %) sont devenues des débouchés de premier plan. Du côté des États membres exportateurs, la France a connu la progression la plus spectaculaire (+302 %, de 10,1 M€ à 40,7 M€), devançant les Pays-Bas (42,1 M€) et l'Allemagne (46,7 M€), qui restent les plus gros exportateurs absolus. La Suède (41,8 M€) se distingue par sa spécialisation élevée dans ce secteur. Voir les États membres exportateurs.

2.4 La concentration géographique des échanges a diminué

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme une diversification des partenaires commerciaux de l'UE. Côté importations, l'HHI en valeur est passé de 1 509 à 1 196 (−20,7 %), et côté exportations de 783 à 626 (−20,0 %). Ce mouvement de diversification réduit théoriquement la vulnérabilité de l'UE à un choc sur un partenaire unique. En volume, la tendance est similaire, avec une baisse de l'HHI import de 2 137 à 1 860 (−12,9 %). Voir la concentration.

Sur le plan de la spécialisation, la Suède affiche l'indice RSCA le plus élevé (0,69) en 2025, suivie des Pays-Bas (0,38) et de la Slovaquie (0,32). À l'inverse, la Lituanie (RSCA = −0,94), la Tchéquie (−0,93) et la Finlande (−0,90) figurent parmi les États membres les moins spécialisés dans ce segment. Voir la spécialisation.

3. Le tournant de 2022 : chocs de prix et fragilité de l'approvisionnement

3.1 L'année 2022 a été marquée par des chocs de prix historiques sur les importations d'Asie du Sud-Est

L'analyse des événements de choc identifie trois ruptures majeures concentrées en 2022 :

Choc Partenaire Type Flux Anomalie Variation de prix Part de valeur
1 Indonésie Prix Import 94,5 +300,1 % 26,1 %
2 Malaisie Prix Import 14,6 +381,2 % 34,3 %
3 Japon Prix Export 16,3 +75,4 % 5,1 %

Voir les chocs d'approvisionnement.

Le choc sur les importations en provenance d'Indonésie présente une anomalie de 94,5, un niveau extrême qui reflète l'interdiction temporaire d'exportation d'huile de palme décrétée par Jakarta au printemps 2022, combinée aux effets de la guerre en Ukraine sur les marchés mondiaux des oléagineux. Le prix à l'importation de la sous-position 151620 (graisses végétales) a bondi de 1 122 €/t en 2021 à 3 149 €/t en 2022, et les volumes ont chuté de 175 034 t à 33 783 t, soit un effondrement de 80,7 %. Voir les segments de produits.

3.2 La volatilité reste élevée sur certains corridors d'approvisionnement

Au-delà du pic de 2022, plusieurs partenaires présentent des niveaux de volatilité préoccupants, mesurés par le coefficient de variation (CV) sur l'ensemble de la période :

Partenaire CV importations CV exportations
Ukraine 2,90 0,61
Thaïlande 1,75
Canada 1,20
Malaisie 1,03
Indonésie 1,00
Norvège 0,73 0,17
Royaume-Uni 0,45 0,23
États-Unis 0,41 0,19

Voir la volatilité.

La Malaisie et l'Indonésie affichent des coefficients de variation supérieurs ou égaux à 1, signe d'une instabilité structurelle des flux. L'Ukraine (CV = 2,90) représente le partenaire le plus volatil côté importations, bien que ses flux restent de faible ampleur. À l'opposé, les échanges avec le Royaume-Uni, la Norvège et les États-Unis sont remarquablement stables, ce qui en fait des partenaires de choix pour la sécurisation de l'approvisionnement ou des débouchés.

3.3 L'intensification des échanges interroge l'autonomie de l'UE

L'intensité commerciale du code 1516 au sein de l'économie européenne a progressé de 23,4 % à 28,7 % (+22,8 %), indiquant que ce secteur est devenu plus dépendant du commerce international. Parallèlement, la propension à exporter a légèrement reculé (de 18,8 % à 17,4 %), suggérant que l'UE exporte proportionnellement moins de sa production vers le reste du monde. Voir l'intensité commerciale.

Cette évolution doit être lue à la lumière de la contraction de la production intra-UE (−53,1 % en volume) et de la croissance des importations de graisses animales (151610), dont les volumes ont été multipliés par 5,4. L'UE apparaît ainsi de plus en plus dépendante de sources extérieures pour couvrir ses besoins, dans un contexte où les principaux fournisseurs asiatiques restent sujets à des chocs de prix et d'approvisionnement. Voir la propension à exporter.

Conclusion

La période 2015–2025 a été marquée, pour le code NC 1516, par une transformation profonde du commerce extérieur de l'Union européenne. La valeur des échanges a fortement progressé, mais cette dynamique est presque entièrement tirée par la hausse des prix unitaires, les volumes ayant reculé tant à l'import qu'à l'export. La production intra-UE a vu ses volumes divisés par deux, tandis que sa valeur est restée stable, ce qui témoigne d'un repositionnement vers des produits à plus forte valeur ajoutée.

Sur le plan géographique, l'excédent commercial de l'UE s'est considérablement érodé, passant de 29,5 M€ à 11,3 M€. L'Inde et la Norvège ont émergé comme des partenaires majeurs, tandis que les exportations vers la Russie se sont effondrées sous l'effet des sanctions. La diversification des partenaires, attestée par la baisse de l'HHI de −20 %, constitue un facteur de résilience. Cependant, la dépendance aux graisses végétales d'Asie du Sud-Est reste une source de vulnérabilité, comme l'a dramatiquement illustré le choc de 2022.

L'essor des graisses animales dans les importations et l'émergence, encore modeste, des graisses d'origine microbienne dessinent les contours d'un marché en mutation. L'avenir de ce secteur dépendra largement de l'évolution des politiques européennes en matière de durabilité — notamment la régulation sur la déforestation (EUDR) et les restrictions sur les acides gras trans — ainsi que de la capacité des fournisseurs à stabiliser leurs flux face aux aléas géopolitiques et climatiques.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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