Explorer les données en direct

Évolution du marché : Huiles et graisses modifiées (CN 1518) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 1518, qui couvre les graisses et huiles animales ou végétales modifiées chimiquement et leurs préparations non alimentaires. Sur la période 2015-2025, le marché a connu une transformation profonde marquée par une explosion des importations, un creusement spectaculaire du déficit commercial et une modification des partenaires clés. L'Union européenne est passée d'une position d'excédent à une forte dépendance aux importations, sous l'impulsion de dynamiques mondiales et de changements structurels au sein de l'Union. L'analyse des données révèle trois tendances majeures : un afflux massif d'importations en provenance d'Asie, un rééquilibrage géographique des échanges, et une augmentation concomitante de la production et des vulnérabilités.

1. Un afflux massif d'importations creusant un déficit record

L'UE a connu une croissance exceptionnelle de ses importations du produit CN 1518, transformant radicalement la balance commerciale du secteur.

Une croissance exponentielle des importations

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE a été multipliée par plus de 7, passant de 369,6 millions d'euros à 2,677 milliards d'euros (Vue d'ensemble du commerce). En termes de volume, les importations ont presque quadruplé, atteignant 2,58 millions de tonnes en 2025. Cette hausse s'explique en partie par une augmentation des prix unitaires (de 567 à 1 036 EUR/t), mais reste principalement tirée par une demande en volume.

Un déficit commercial en expansion continue

La conséquence directe de cette croissance asymétrique est le creusement vertigineux du déficit commercial. En 2015, le solde était négatif de -301 millions d'euros. Il a atteint -2,495 milliards d'euros en 2025, représentant une détérioration de 729% (Vue d'ensemble du commerce). Ce déficit record témoigne d'un changement structurel, où la demande intérieure de l'UE pour ces produits (utilisés notamment dans les biocarburants, l'industrie chimique et la cosmétique) dépasse désormais largement sa capacité de production et d'exportation.

Un recul relatif des exportations malgré une hausse en valeur

Si les exportations ont également augmenté en valeur (de 68,7 à 182 millions d'euros), leur croissance (+165%) est restée modeste comparée à celle des importations. Leur volume a progressé de 77% pour atteindre 147 500 tonnes, un niveau bien inférieur aux pics atteints en 2021 (214 000 tonnes). Leur poids dans le commerce global du produit a donc fortement diminué.

2. Une réorientation géographique des partenaires et une production en hausse

La période est marquée par un changement profond des sources d'approvisionnement et des destinations d'exportation, parallèlement à une dynamique de production intra-UE plus vigoureuse.

L'Asie, moteur de l'essor des importations

La croissance des importations est presque entièrement portée par trois pays asiatiques. La Chine, la Malaisie et l'Indonésie ont vu leurs exportations vers l'UE augmenter respectivement de 10 720%, 21 131% et 157% entre 2015 et 2025 (Principaux partenaires). En 2025, la Chine et la Malaisie sont devenues les deux premiers fournisseurs, représentant à eux seuls plus de 50% de la valeur des importations de l'UE. Cela reflète leur rôle dominant dans la production d'huiles végétales modifiées, notamment à base de palme.

Une recomposition des flux d'exportation

À l'export, les partenaires traditionnels comme le Royaume-Uni et la Suisse ont consolidé leur position. Cependant, l'augmentation la plus spectaculaire concerne les États-Unis, qui sont passés de 2,4 à 82,2 millions d'euros d'achats, et la Norvège, dont les importations en provenance de l'UE ont bondi de 1 à 24,5 millions d'euros (Principaux partenaires). À l'inverse, les exportations vers Singapour se sont effondrées, suggérant un réacheminement direct des flux vers des marchés finaux.

Une production intra-UE en forte croissance

Parallèlement au commerce, la production de l'UE (code Prodcom 20.59.20.00) a connu une expansion remarquable. Sa valeur a été multipliée par 4,4 pour atteindre 769,8 millions d'euros en 2025, et sa quantité a presque quadruplé, passant à 1,03 milliard de kg (Structure du marché : production). Cette dynamique montre que l'industrie européenne a répondu à la demande croissante, mais n'a pas réussi à réduire la dépendance aux importations en raison d'une croissance de la demande encore plus rapide.

3. Une intensification des échanges et une exposition accrue aux vulnérabilités

L'hyper-croissance du secteur s'accompagne d'une concentration accrue des échanges et d'une plus grande exposition aux risques de prix et d'approvisionnement.

Une intégration commerciale et une vulnérabilité nettement accrues

Le degré d'ouverture de l'UE sur ce marché s'est intensifié de manière considérable. L'intensité commerciale (valeur des échanges rapportée à la production) a bondi de 27,8% à 80,9% (Intensité commerciale). Concomitamment, la dépendance nette aux importations (la part des importations dans la disponibilité apparente) est passée de -9,3% (excédent) à 70,4% (Dépendance nette aux importations). Ces indicateurs confirment la transformation de l'UE en importateur net structurel, avec une vulnérabilité géopolitique et économique accrue vis-à-vis de ses fournisseurs.

Une concentration des échanges et des pics de volatilité

La concentration des importations (mesurée par l'indice HHI) a augmenté de 17,7%, tandis que celle des exportations a bondi de 62,4% (Concentration (HHI)). Cela indique une plus grande dépendance envers un nombre limité de partenaires. La volatilité des échanges avec certains partenaires est élevée, notamment pour les exportations vers les États-Unis (coefficient de variation de 2,10) et les importations en provenance du Koweït (CV de 1,95) (Volatilité). Un choc de prix majeur a été détecté à Singapour en 2020, coïncidant avec les perturbations de la pandémie de COVID-19 (Événements de choc).

Des spécialisations intra-UE contrastées

L'analyse de la spécialisation révèle des inégalités au sein de l'UE. En 2025, la Belgique, les Pays-Bas et l'Espagne présentaient un avantage comparatif révélé (RCA) très élevé et étaient de loin les principaux exportateurs intra-UE et vers le monde (Spécialisation). À l'opposé, des pays comme l'Irlande, la Finlande ou le Danemark présentaient un RCA quasi nul, indiquant une faible présence sur ce marché. Cette polarisation géographique au sein de l'UE reflète la localisation des capacités industrielles et des ports clés.

Conclusion

Sur la période 2015-2025, le marché européen des huiles et graisses modifiées (CN 1518) a subi une mutation radicale, passant d'un marché relativement équilibré à un modèle fortement importateur et déficitaire. L'envolée de la demande, notamment pour les biocarburants, a été satisfaite par un afflux massif de produits en provenance d'Asie, transformant l'UE en dépendant structurel de la Malaisie, de la Chine et de l'Indonésie. Cette dépendance, caractérisée par une intensité commerciale et un déficit record, expose l'économie européenne aux fluctuations des prix internationaux et aux risques d'approvisionnement. Bien que la production intra-UE ait fortement augmenté et que des pôles d'exportation se soient renforcés au Benelux et en Espagne, la trajectoire générale est celle d'une perte d'autonomie stratégique dans ce segment clé de la chimie des corps gras. L'avenir dépendra de la capacité de l'industrie européenne à innover dans les produits biosourcés et à diversifier ses sources d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.