Évolution du marché : Dégras (CN 1522) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 1522 couvre les dégras et les résidus provenant du traitement des corps gras ou des cires animales ou végétales. Ce produit, rattaché au chapitre 15 (graisses et huiles animales, végétales ou d'origine microbienne), englobe notamment des sous-produits du raffinage des huiles végétales — en particulier les distillats d'acides gras et autres résidus issus du traitement de l'huile de palme. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce code a connu une transformation radicale : l'UE est passée d'une quasi-autosuffisance à une dépendance massive aux importations, portée par l'essor des livraisons en provenance d'Indonésie et de Malaisie. Ce rapport analyse les dynamiques structurelles de ce basculement à travers trois axes principaux.
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1. L'explosion des importations : l'Asie du Sud-Est s'impose comme fournisseur dominant
Des importations multipliées par plus de cinquante en valeur
L'évolution des importations intra-Extra de l'UE sur la période 2015–2025 est sans appel. En valeur, elles sont passées de 12,3 M€ en 2015 à 660,6 M€ en 2025, soit une hausse de 5 265 %. En volume, le mouvement est tout aussi spectaculaire : de 40 491 tonnes à 634 939 tonnes (+1 468 %). La croissance des volumes importés a été accompagnée d'une forte hausse des prix unitaires, passés de 304 €/t à 1 022 €/t (+236 %), ce qui traduit à la fois une tension sur les marchés mondiaux des corps gras et une montée en gamme ou un changement de composition des flux.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 12,3 | 660,6 | +5 265 % |
| Volume des importations (t) | 40 491 | 634 939 | +1 468 % |
| Prix unitaire moyen (€/t) | 304 | 1 022 | +236 % |
L'Indonésie et la Malaisie : une domination totale sur l'approvisionnement
La géographie des importations a été entièrement reconfigurée. L'Indonésie est passée de 1,1 M€ en 2015 à 384,4 M€ en 2025, devenant de loin le premier fournisseur de l'UE, avec un pic intermédiaire à 467,8 M€. La Malaisie, dont les livraisons étaient quasi inexistantes en 2015 (165 €), a atteint 238,6 M€ en 2025. Ensemble, ces deux pays représentent la quasi-totalité de la valeur importée. Cette dynamique est cohérente avec l'essor des résidus de traitement de l'huile de palme (distillats d'acides gras de palme, PFAD, et autres coproduits) classés sous ce code, alimentés par la demande européenne de matières premières pour les biocarburants et la chimie verte.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Indonésie | 1,1 | 384,4 | +34 975 % |
| Malaisie | 0,0002 | 238,6 | — |
| Argentine | 0,1 | 18,7 | +15 650 % |
| Russie | 0,01 | 1,6 | +11 889 % |
| Norvège | 1,6 | 1,2 | −27 % |
| Royaume-Uni | 9,2 | 1,4 | −85 % |
| Tunisie | 0,01 | 0,08 | +599 % |
Partenaires principaux — importations
Des prix en forte hausse, mais une volatilité élevée sur les approvisionnements asiatiques
Les prix à l'importation ont connu une tendance haussière marquée, passant de 203 €/t (minimum historique) à 1 022 €/t en 2025. Les marchés d'approvisionnement les plus volatils sont la Chine (coefficient de variation de 3,16), la Tunisie (2,09), l'Argentine (1,62) et l'Indonésie (1,45). Deux événements de choc ont été détectés : un choc de prix sur les importations en provenance de Norvège en 2021 (hausse de 127 %, anomalie de 67,2) et un choc de prix sur les exportations vers la Suisse en 2020 (hausse de 117 %, anomalie de 39,1). Ces épisodes reflètent la conjonction de perturbations logistiques post-COVID et de la flambée des prix des matières premières oléagineuses.
2. L'effondrement des exportations européennes et la réorientation du commerce
Des exportations en recul continu
À l'opposé de la trajectoire des importations, les exportations intra-Extra de l'UE ont suivi une pente descendante quasi ininterrompue. En valeur, elles sont passées de 2,4 M€ (2015) à 0,74 M€ (2025), soit une chute de 69 %. En volume, le recul atteint 70 % (de 8 156 t à 2 451 t). Contrairement aux importations, les prix à l'exportation sont restés stables autour de 293–302 €/t, ce qui suggère que la production européenne de dégras n'a pas bénéficié de la hausse des cours mondiaux observée sur les flux entrants.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (M€) | 2,4 | 0,74 | −69 % |
| Volume des exportations (t) | 8 156 | 2 451 | −70 % |
| Prix unitaire moyen (€/t) | 293 | 302 | +3 % |
L'essoufflement des destinations traditionnelles
Les principaux partenaires à l'exportation ont tous vu leurs livraisons diminuer fortement. Le Royaume-Uni, premier débouché historique, a perdu 39 % de ses achats (de 0,83 M€ à 0,51 M€), tandis que les exportations vers la Turquie se sont effondrées de 86 % (de 0,56 M€ à 0,08 M€). La Corée du Sud (−81 %), la Malaisie (−94 %) et la Suisse (stable à ~25 000 €) complètent le tableau. Seul le Moldova (+367 %) et la Serbie (+4 %) affichent une progression, mais sur des volumes marginaux.
| Destination | 2015 (k€) | 2025 (k€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 834 | 510 | −39 % |
| Turquie | 556 | 79 | −86 % |
| Suisse | 25 | 25 | +1 % |
| Serbie | 39 | 40 | +4 % |
| Corée du Sud | 30 | 6 | −81 % |
| Moldova | 6 | 26 | +367 % |
| Malaisie | 54 | 3 | −94 % |
Partenaires principaux — exportations
Une concentration accrue des exportations et un redéploiement des flux intra-UE
L'indice de concentration HHI des exportations (en valeur) est passé de 2 040 à 4 915 (+141 %), signe que les flux sortants se sont concentrés sur un nombre réduit de partenaires. Parallèlement, au sein de l'UE, les États membres ont connu des trajectoires divergentes. L'Italie (−99 %), l'Espagne (−97 %), la France (−95 %) et l'Allemagne (−100 %) ont quasi cessé d'exporter, tandis que les Pays-Bas (+840 %) et la Suède (+71 452 %, depuis un niveau très bas) ont émergé comme plateformes de réexportation.
3. Vers une dépendance structurelle : vulnérabilité et recomposition de la production européenne
Une dépendance aux importations passée de 2 % à 93 %
L'indicateur de dépendance nette aux importations synthétise l'ampleur du basculement : il est passé de 2,0 % en 2015 à 92,7 % en 2025. L'intensité commerciale (rapport entre le commerce extérieur total et la production) a suivi la même trajectoire, passant de 16,2 % à 92,8 %, tandis que la propension à exporter s'est effondrée de 7,9 % à 1,0 %. En dix ans, l'UE est ainsi passée du statut de producteur-exportateur net à celui d'importateur quasi exclusif de dégras.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 2,0 | 92,7 | +4 473 % |
| Intensité commerciale (%) | 16,2 | 92,8 | +472 % |
| Propension à exporter (%) | 7,9 | 1,0 | −87 % |
| Déficit commercial (M€) | −9,9 | −659,8 | −6 548 % |
Une production européenne en hausse, mais insuffisante face à la demande
Paradoxalement, la production de dégras au sein de l'UE a augmenté sur la période : le volume est passé de 131,7 millions de kg à 180 millions de kg (+37 %), et la valeur de production de 21,9 M€ à 55 M€ (+152 %). Cependant, cette croissance reste très insuffisante pour couvrir l'envolée de la demande intérieure, portée notamment par les obligations de mélange de biocarburants et le développement de la chimie des corps gras. L'écart entre la production locale et les importations s'est considérablement creusé.
Volume de production (Prodcom)
Une spécialisation géographique au sein de l'UE concentrée dans le Sud et l'Ouest
Les données de spécialisation (RSCA, 2025) révèlent que la production de dégras est inégalement répartie au sein de l'UE. La Roumanie (RSCA de 0,73, RCA de 6,37) et l'Espagne (RSCA de 0,57, RCA de 3,70) se distinguent comme les États membres les plus spécialisés, suivis du Portugal, de la Lettonie et des Pays-Bas. À l'inverse, la Hongrie, la Finlande, la Tchéquie, la Bulgarie et la Lituanie affichent une spécialisation négative. L'Espagne et l'Italie sont devenus les principaux importateurs au sein de l'UE, avec respectivement 324 M€ et 291 M€ en 2025, confirmant le rôle de la péninsule ibérique et de l'Italie comme plaques tournantes du traitement des corps gras importés.
| État membre | RSCA (2025) | RCA (2025) | Part production | Part commerce total |
|---|---|---|---|---|
| Roumanie | 0,73 | 6,37 | 10,6 % | 1,7 % |
| Espagne | 0,57 | 3,70 | 21,5 % | 5,8 % |
| Portugal | 0,43 | 2,49 | 3,4 % | 1,4 % |
| Lettonie | 0,37 | 2,19 | 0,7 % | 0,3 % |
| Pays-Bas | 0,36 | 2,10 | 30,5 % | 14,5 % |
Spécialisation des États membres
Conclusion
La période 2015–2025 marque un tournant structurel pour le marché européen des dégras et résidus de traitement des corps gras (CN 1522). L'UE est passée d'une position d'autonomie quasi complète (dépendance nette de 2 %) à une dépendance massive aux importations (93 %), alimentées principalement par l'Indonésie et la Malaisie. Ce basculement s'explique vraisemblablement par la convergence de plusieurs facteurs : le développement des obligations de biocarburants dans l'UE, la disponibilité à bas coût des résidus de raffinage de l'huile de palme en Asie du Sud-Est, et la réorientation de la production européenne vers d'autres usages ou destinations. La hausse des prix unitaires à l'importation (de 304 à 1 022 €/t) et la volatilité élevée des flux en provenance d'Asie soulèvent des questions de sécurité d'approvisionnement. Dans un contexte de durcissement des réglementations européennes sur les huiles de palme et la déforestation importée (Règlement EUDR), cette concentration géographique de l'approvisionnement pourrait constituer un risque majeur pour les filières européennes dépendantes de ce produit.