Évolution du marché : Cires d'abeilles et végétales (CN 1521) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour le code nomenclature combinée 1521, qui couvre les cires végétales (hors triglycérides), les cires d'abeilles ou d'autres insectes et le spermaceti, même raffinés ou colorés. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ce produit révèle des dynamiques contrastées : une valeur commerciale en hausse mais des volumes importés en recul, une dépendance accrue aux fournisseurs extérieurs et une reconfiguration significative des partenaires. L'analyse s'appuie exclusivement sur les données fournies, consultables sur le tableau de bord du commerce de l'UE pour le produit 1521.
1. Une valeur commerciale en hausse masquant un recul des volumes importés
1.1. Une croissance vigoureuse des exportations, contrastant avec des importations en valeur stable
La valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers a progressé de 32,2 % sur la période, passant de 14,9 M€ en 2015 à 19,7 M€ en 2025. Le volume exporté a également augmenté, de 1 934 t à 2 205 t (+14,1 %). À l'inverse, les importations en valeur n'ont crû que de 5,9 % (de 82,3 M€ à 87,2 M€), alors que leur volume a fortement reculé de 26,5 %, passant de 20 104 t à 14 770 t. Cette divergence s'explique par une hausse marquée des prix à l'importation (+44,1 %), passant de 4 095 €/t à 5 902 €/t, tandis que les prix à l'exportation n'ont augmenté que de 15,9 % (de 7 700 €/t à 8 928 €/t).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur) | 14,9 M€ | 19,7 M€ | +32,2 % |
| Exportations (volume) | 1 934 t | 2 205 t | +14,1 % |
| Importations (valeur) | 82,3 M€ | 87,2 M€ | +5,9 % |
| Importations (volume) | 20 104 t | 14 770 t | -26,5 % |
| Prix moyen importation | 4 095 €/t | 5 902 €/t | +44,1 % |
| Prix moyen exportation | 7 700 €/t | 8 928 €/t | +15,9 % |
Source : Aperçu général du commerce UE pour le produit 1521
1.2. Un déficit commercial structurel qui se creuse en termes de dépendance
Malgré la hausse des exportations, le déficit commercial de l'UE reste profond et stable en valeur, passant de -67,4 M€ à -67,5 M€. Cependant, la dépendance nette aux importations (net import reliance) a sensiblement augmenté, passant de 51,1 % à 70,6 % (+38,2 %). Ce chiffre indique que la production intérieure de l'UE couvre une part décroissante de la consommation, ce qui accroît la vulnérabilité du bloc aux perturbations des chaînes d'approvisionnement.
1.3. Des segments produits aux trajectoires divergentes
L'analyse des sous-produits révèle des dynamiques distinctes. Pour les importations, le segment 152110 (cires végétales) a vu son volume passer de 13 380 t à 9 990 t, mais sa valeur a fortement augmenté de 41,7 M€ à 62,7 M€, indiquant une hausse des prix (de 3 119 €/t à 6 279 €/t). Le segment 152190 (cires d'abeilles) a connu une baisse de son volume importé de 6 724 t à 4 780 t et de sa valeur de 40,6 M€ à 24,4 M€. À l'exportation, les cires d'abeilles (152190) restent dominantes en valeur (8,8 M€ en 2025), mais les cires végétales (152110) connaissent une forte progression (de 5,8 M€ à 10,9 M€).
Source : Comparaison des segments du produit 1521
2. Une reconfiguration des partenaires commerciaux et une spécialisation européenne affirmée
2.1. La montée en puissance du Brésil et du Vietnam face au recul de la Chine
Les sources d'approvisionnement de l'UE se sont profondément rééquilibrées. La Chine, premier fournisseur en 2015 (31,1 M€), a vu ses livraisons baisser de 31,2 % pour atteindre 21,4 M€ en 2025. En parallèle, le Brésil a connu une progression spectaculaire (+83,3 %), passant de 23,4 M€ à 42,8 M€, devenant le premier fournisseur de l'UE. Le Vietnam affiche également une croissance extraordinaire (+3 623 %), atteignant 3,0 M€. L'Indonésie, à l'inverse, a vu ses exportations vers l'UE chuter de 72,2 %.
| Partenaire (importations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Brésil | 23,4 M€ | 42,8 M€ | +83,3 % |
| Chine | 31,1 M€ | 21,4 M€ | -31,2 % |
| Mexique | 2,0 M€ | 4,3 M€ | +117,2 % |
| Vietnam | 0,08 M€ | 3,0 M€ | +3 623 % |
| États-Unis | 2,7 M€ | 2,4 M€ | -10,9 % |
Source : Principaux partenaires d'importation
2.2. Le Royaume-Uni, partenaire d'exportation stable, face à la percée de l'Inde
Du côté des exportations, le Royaume-Uni reste le premier client de l'UE (2,4 M€ en 2025), bien qu'en léger recul (-14,0 %). Les États-Unis sont un marché en croissance (+45,1 %, à 2,9 M€). L'évolution la plus marquante est la percée de l'Inde, dont les achats auprès de l'UE ont bondi de 209,5 %, atteignant 1,6 M€. En revanche, les exportations vers l'Iran ont chuté de 87,1 %, probablement sous l'effet de sanctions commerciales.
| Partenaire (exportations) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 2,8 M€ | 2,4 M€ | -14,0 % |
| États-Unis | 2,0 M€ | 2,9 M€ | +45,1 % |
| Inde | 0,5 M€ | 1,6 M€ | +209,5 % |
| Chine | 1,1 M€ | 1,1 M€ | +3,0 % |
| Suisse | 1,0 M€ | 1,1 M€ | +14,7 % |
Source : Principaux partenaires d'exportation
2.3. Une spécialisation européenne forte portée par l'Allemagne et la France
L'UE présente un avantage comparatif révélé (RCA) supérieur à 1 pour deux de ses États membres majeurs : l'Allemagne (RCA = 2,63) et la France (RCA = 2,20). L'Allemagne domine nettement, concentrant 55,6 % de la production de l'UE (valeur PRODCOM) et 21,2 % de son commerce total. La France suit avec 17,2 % de la production. L'Espagne (RCA = 1,07) affiche un avantage comparatif modéré. À l'inverse, des pays comme l'Ireland, l'Estonie ou la Roumanie ne présentent aucune spécialisation dans ce produit.
Source : Spécialisation des États membres de l'UE
2.4. Les principaux importateurs au sein de l'UE : l'Allemagne en tête
Au sein de l'UE, l'Allemagne est de loin le premier importateur de cires (CN 1521), avec 47,9 M€ en 2025 (+28,4 % vs 2015). Les Pays-Bas ont également augmenté leurs importations (+33,2 %), tandis que la France et l'Italie ont réduit les leurs (-21,7 % et -15,1 % respectivement).
| État membre (importations intra-UE) | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 37,3 M€ | 47,9 M€ | +28,4 % |
| France | 10,8 M€ | 8,4 M€ | -21,7 % |
| Espagne | 6,1 M€ | 7,2 M€ | +17,6 % |
| Pays-Bas | 6,2 M€ | 8,3 M€ | +33,2 % |
| Italie | 6,7 M€ | 5,7 M€ | -15,1 % |
Source : Principaux États membres importateurs
3. Risques, chocs et dynamiques de résilience du marché
3.1. Une concentration accrue des sources d'importation, facteur de vulnérabilité
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations de l'UE a augmenté de 16,4 %, passant de 2 650 à 3 083. Cette hausse indique que les importations se concentrent sur un nombre plus restreint de fournisseurs, le Brésil en tête. Paradoxalement, la concentration des exportations a diminué (HHI en baisse de 25 %), suggérant une diversification des débouchés pour les exportateurs européens.
Source : Concentration des échanges (HHI)
3.2. Des chocs de prix ponctuels sur certaines routes commerciales
L'analyse de la volatilité révèle des épisodes de chocs significatifs. Le plus notable est un choc de prix à l'exportation vers la Norvège en 2023, avec une anomalie de 429,5 et une hausse de prix de 98,4 %. Un choc de prix vers le Royaume-Uni a également été détecté en 2020 (anomalie 24,8, +146,1 % de prix). Ces événements, bien que localisés, illustrent la sensibilité du marché à des perturbations logistiques ou commerciales spécifiques. Les fournisseurs d'importation les plus volatils sont la Malaisie (CV = 1,13) et l'Indonésie (CV = 0,61), tandis que le Brésil (CV = 0,14) et la Chine (CV = 0,18) offrent une plus grande stabilité.
Source : Événements de choc d'approvisionnement
3.3. Une production européenne en forte hausse, signe d'un potentiel de réduction de la dépendance
Malgré la dépendance croissante aux importations, la production intérieure de l'UE (PRODCOM) a connu une croissance remarquable. En volume, elle est passée de 2,75 millions de kg (2015) à 8 millions de kg (2025), soit une progression de 191 %. En valeur, elle a augmenté de 182 %, passant de 6,4 M€ à 18 M€. Cette dynamique pourrait, à terme, contribuer à réduire la dépendance extérieure, notamment pour le segment des cires végétales. L'intensité commerciale (trade intensity) reste élevée (90,3 % en 2025), confirmant que ce marché est encore très ouvert sur l'international.
Source : Volumes de production de l'UE
Conclusion
Le marché européen des cires (CN 1521) a connu une décennie de transformations profondes. Si la valeur des échanges a globalement progressé, les volumes importés ont nettement reculé, sous l'effet d'une hausse des prix mondiaux et d'un rééquilibrage des partenaires. Le Brésil s'est imposé comme le fournisseur dominant, au détriment de la Chine et de l'Indonésie, tandis que l'UE a accru ses exportations vers l'Inde et les États-Unis. La forte augmentation de la production européenne et la diversification des débouchés à l'exportation sont des signaux positifs pour la résilience du bloc. Toutefois, la concentration croissante des importations et l'accélération de la dépendance nette (passée de 51 % à 71 %) constituent des vulnérabilités à surveiller, notamment en cas de perturbation des approvisionnements brésiliens. L'avenir du marché dépendra de la capacité de l'UE à soutenir sa production intérieure et à diversifier davantage ses sources d'importation.