Évolution du marché : Huile de tournesol (CN 151219) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse les échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour le code douanier 151219 — huiles de tournesol ou de carthame et leurs fractions, raffinées, non chimiquement modifiées (à l'exclusion des huiles brutes) — sur la période 2015–2025. Ce code couvre deux sous-positions principales : les huiles destinées à l'alimentation humaine (15121990) et celles à usages techniques ou industriels (15121910). La décennie étudiée est marquée par une transformation profonde de la structure commerciale de l'UE, avec un basculement d'une position d'exportateur net vers une situation d'équilibre quasi-parfait entre importations et exportations. Ce basculement est en grande partie imputable à l'afflux massif d'huile de tournesol ukrainienne, phénomène amplifié par la libéralisation commerciale de 2022.
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1. L'effondrement du solde excédentaire de l'UE : d'exportateur net à quasi-équilibre
La dynamique la plus marquante de la période est le recul drastique du solde commercial de l'UE. En 2015, l'Union affichait un excédent de 194,8 M€ ; en 2025, il n'est plus que de 8,6 M€, soit une contraction de 95,6 %. Ce résultat s'explique par la conjonction d'une croissance modérée des exportations et d'une explosion des importations.
Un excédent qui se réduit au fil des ans
Le solde commercial a suivi une trajectoire descendante quasi ininterrompue, avec des phases de quasi-parité en 2022 et 2023. Le minimum historique a été atteint en 2024 avec seulement 6,8 M€ d'excédent. La reprise marginale en 2025 (8,6 M€) ne suffit pas à inverser la tendance structurelle.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2022 | 2025 | Évolution 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 284,6 | 402,9 | 687,1 | 442,1 | +55,3 % |
| Importations (M€) | 89,9 | 189,7 | 680,2 | 433,5 | +382,4 % |
| Solde (M€) | 194,8 | 213,2 | 6,8 | 8,6 | −95,6 % |
Des importations qui ont été multipliées par 4,8
Les importations ont bondi de 89,9 M€ en 2015 à 433,5 M€ en 2025, soit un accroissement de 382,4 %. En volume, l'UE a importé 336 138 tonnes en 2025 contre 93 387 tonnes en 2015 (+259,9 %). Le pic absolu a été atteint en 2022 avec 680,2 M€ et 388 592 tonnes, année du choc d'approvisionnement lié au conflit russo-ukrainien. Les prix moyens d'importation ont également grimpé de 962 €/t à 1 290 €/t (+34,0 %).
Des exportations en volume quasi-stables malgré une hausse de valeur
Les exportations en volume n'ont progressé que de 7,8 % (de 271 312 t à 292 404 t), alors que leur valeur a crû de 55,3 %, sous l'effet de la hausse des prix (de 1 049 €/t à 1 512 €/t). Le pic d'exportation en volume date de 2020 (413 912 t), suggérant que la dynamique d'expansion de l'UE sur les marchés tiers s'est essoufflée au profit d'une stratégie davantage tournée vers l'approvisionnement.
Consultez l'onglet vue d'ensemble des échanges pour le détail chronologique.
2. La montée en puissance de l'Ukraine : restructuration radicale des partenaires d'importation
Le second phénomène structurant est l'irruption de l'Ukraine comme fournisseur dominant de l'UE en huile de tournesol raffinée, transformant radicalement la géographie des approvisionnements.
L'Ukraine : de partenaire marginal à fournisseur incontournable
En 2015, les importations en provenance d'Ukraine ne représentaient que 19,7 M€. En 2025, elles atteignent 361,6 M€, soit une progression de 1 738 %. En pourcentage des importations totales, la part de l'Ukraine est ainsi passée d'environ 22 % à 83 %.
| Origine des importations | 2015 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Évolution 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Ukraine | 19,7 | 465,5 | 361,6 | +1 738 % |
| Serbie | 26,6 | 44,0 | 23,7 | −10,8 % |
| Royaume-Uni | 20,2 | 14,5 | 11,0 | −45,4 % |
| Bosnie-Herzégovine | 5,9 | 39,2 | 14,8 | +152 % |
| Moldavie | 0,5 | 60,8 | 5,7 | +989 % |
| Fédération de Russie | 3,9 | 7,1 | 0,4 | −90,7 % |
Une concentration extrême des approvisionnements
L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 1 979 en 2015 à 7 027 en 2025 (+255 %), un niveau qui traduit une dépendance quasi-monopsonique vis-à-vis d'un seul partenaire. L'indice en volume suit la même trajectoire (de 2 140 à 7 183). Cette concentration constitue un risque majeur de vulnérabilité pour l'approvisionnement européen, comme l'illustre le graphique de concentration.
Le déclin des fournisseurs historiques
La montée de l'Ukraine s'est accompagnée de l'érosion des positions de fournisseurs traditionnels. La Russie a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de 3,9 M€ à 0,4 M€ (−90,7 %), en lien avec les sanctions économiques. Le Royaume-Uni, devenu pays tiers après le Brexit, a perdu 45,4 % de parts de marché à l'import. La Serbie, qui était le premier fournisseur de l'UE en 2015, a subi un recul de 10,8 %.
Les États membres les plus affectés par la restructuration
Certains États membres ont considérablement accru leurs importations d'huile de tournesol. La Pologne (+1 712 %) et la Roumanie (+6 114 %) ont connu les hausses les plus spectaculaires, témoignant de leur rôle de plaque tournante logistique pour les flux ukrainiens. La France (+348 %) et les Pays-Bas (+529 %) ont également significativement accru leurs importations.
| États membres importateurs | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 6,8 | 42,5 | +529 % |
| Pologne | 3,4 | 61,6 | +1 712 % |
| France | 13,6 | 61,1 | +348 % |
| Roumanie | 0,4 | 27,4 | +6 114 % |
Voir le classement des partenaires par valeur et des États membres par valeur.
3. Production en hausse, chocs de prix et réorientation des exportations
Au-delà de la recomposition des flux d'importation, la période 2015–2025 se caractérise par une forte expansion de la production européenne, une volatilité des prix sans précédent et une réorientation géographique des exportations de l'UE.
Une production européenne en forte croissance
La production de l'UE en huile de tournesol raffinée (code Prodcom 10.41.54.00) est passée de 2 001 M kg en 2015 à 4 684 M kg en 2025 (+134 %). En valeur, elle a triplé, passant de 1 431 M€ à 5 039 M€ (+252 %), avec un pic à 6 410 M€. Cette expansion de la production domestique, conjuguée à l'afflux d'importations, suggère une intensification de la consommation intérieure et du commerce intra-industrie (réexportation après transformation). Les pays les plus spécialisés dans ce segment sont la Bulgarie (RSCA : 0,84), la Hongrie (RSCA : 0,76) et la Croatie (RSCA : 0,42), comme le montre le tableau de spécialisation.
Le pic de prix de 2022 : un choc systémique
L'année 2022 marque un tournant sur le plan des prix. Les prix moyens d'exportation ont atteint 1 955 €/t (contre 1 049 €/t en 2015), tandis que les prix d'importation ont culminé à 1 751 €/t. Ce choc de prix est directement lié à la crise d'approvisionnement provoquée par le conflit russo-ukrainien, qui a perturbé les chaînes logistiques de la mer Noire. Trois événements de choc ont été détectés sur les exportations de l'UE en 2022 :
| Marché cible | Type de choc | Hausse (%) | Part de valeur |
|---|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande | Prix | +117,0 % | 1,2 % |
| Maroc | Prix | +86,5 % | 2,3 % |
| Israël | Prix | +84,5 % | 3,6 % |
Ces haisses de prix anormales témoignent de tensions généralisées sur l'ensemble des marchés d'exportation de l'UE. Voir les chocs détectés.
Une volatilité élevée sur certains partenaires
Les coefficients de variation des importations révèlent une instabilité particulière sur certains corridors : Moldavie (CV = 1,64), États-Unis (CV = 1,49), Kosovo (CV = 1,43) et Macédoine du Nord (CV = 1,29) pour les importations. Du côté des exportations, l'Afrique du Sud (CV = 0,64), le Maroc (CV = 0,70) et les États-Unis (CV = 0,58) présentent les plus fortes variations. Consulter l'analyse de volatilité.
Réorientation des exportations : vers les marchés à forte valeur ajoutée
Les exportations de l'UE se sont progressivement redirigées vers des marchés lointains à forte valeur ajoutée. Le Royaume-Uni demeure le premier client (113,9 M€ en 2025, +20,5 %), mais les États-Unis (+180,5 %) et Israël (+192,1 %) ont connu les plus fortes progressions. La Corée du Sud (+73,2 %) et la Suisse (+22,3 %) complètent ce mouvement de diversification. Parallèlement, l'Espagne (+111,9 %) et l'Italie (+376,8 %) se sont imposées comme les principaux États membres exportateurs, reflétant l'importance de la filière oléicole ibérique et italienne.
| Marché d'exportation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Évolution |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 94,5 | 113,9 | +20,5 % |
| États-Unis | 22,1 | 62,1 | +180,5 % |
| Suisse | 20,8 | 25,5 | +22,3 % |
| Corée du Sud | 14,5 | 25,0 | +73,2 % |
| Israël | 5,3 | 15,5 | +192,1 % |
Voir le classement des principaux marchés d'exportation.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'huile de tournesol raffinée (CN 151219) a connu une mutation structurelle profonde. L'Union européenne est passée d'un excédent commercial confortable (194,8 M€) à un quasi-équilibre (8,6 M€), sous l'effet d'une multiplication par près de cinq de ses importations. Ce basculement est principalement imputable à la montée en puissance de l'Ukraine, qui représente désormais plus de 83 % des importations de l'UE, créant une dépendance géographique extrêmement concentrée (HHI de 7 027).
Parallèlement, la production européenne a plus que doublé, portée notamment par la Bulgarie et la Hongrie, ce qui atteste d'une intégration croissante de la filière tournesol dans les économies d'Europe de l'Est. Le choc de prix de 2022 a révélé la fragilité des chaînes d'approvisionnement, mais les prix se sont partiellement normalisés par la suite.
La principale question pour les années à venir réside dans la gestion du risque de concentration des importations et dans l'évolution du cadre commercial avec l'Ukraine, dont la stabilité conditionne directement l'équilibre du marché européen de l'huile de tournesol.
Pour les indicateurs de dépendance aux importations, d'intensité commerciale et de propension à exporter, consultez les tableaux dédiés sur Trade Dashboard.