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Évolution du marché : Résines de synthèse (CN 3911) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 3911 regroupe un ensemble hétérogène de polymères et prépolymères obtenus par synthèse chimique — résines de pétrole, résines de coumarone-indène, polyterpènes, polysulfures, polysulfones et autres — sous formes primaires. Ce code constitue un poste significatif du commerce extérieur de l'Union européenne dans le secteur des matières plastiques (chapitre 39). La période 2015–2025 est marquée par des transformations profondes de la structure des échanges de l'UE avec le reste du monde, sous l'effet de dynamiques concurrentielles asiatiques, de la volatilité des prix des matières premières et de chocs géopolitiques. Le présent rapport s'appuie sur les données commerciales annuelles disponibles pour analyser les principales tendances et leur signification économique.

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1. Une explosion des importations qui inverse la balance commerciale de l'UE

Les importations progressent bien plus vite que les exportations

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en résines de synthèse (CN 3911) a connu une croissance fortement asymétrique entre importations et exportations. Les importations en valeur ont progressé de 61,5 %, passant de 646,8 M€ à 1 044,6 M€, tandis que les exportations n'ont augmenté que de 3,7 % (de 831,5 M€ à 862,2 M€). En volume, l'écart est encore plus spectaculaire : les importations ont doublé (+106,5 %, de 176 093 t à 363 548 t) alors que les exportations ont crû de 26,4 % (de 213 000 t à 269 323 t).

Indicateur 2015 2025 Variation
Importations (valeur, M€) 646,8 1 044,6 +61,5 %
Importations (volume, kt) 176,1 363,5 +106,5 %
Exportations (valeur, M€) 831,5 862,2 +3,7 %
Exportations (volume, kt) 213,0 269,3 +26,4 %
Solde commercial (M€) +184,7 −182,4

Source : Données commerciales

Un retournement historique de la balance commerciale

La conséquence directe de cette asymétrie est le basculement du solde commercial de l'UE, passé d'un excédent de +184,7 M€ en 2015 à un déficit de −182,4 M€ en 2025. La période intermédiaire a même connu un creux à −24,5 % de dépendance nette aux importations (en termes relatifs), avant de se stabiliser à 6,5 % en 2025. Ce retournement traduit une capacité croissante des producteurs tiers à desservir le marché européen à des prix compétitifs, alors que la production domestique peine à suivre la demande.

Une compression généralisée des prix à l'unité

Les prix moyens unitaires ont baissé tant à l'importation (de 3 673 à 2 873 €/t, soit −21,8 %) qu'à l'exportation (de 3 904 à 3 201 €/t, soit −18,0 %). Cette déflation des prix, qui s'est accélérée après 2022, est cohérente avec le retournement des marchés mondiaux des matières premières pétrochimiques après le pic de la crise énergétique de 2022, ainsi qu'avec la pression concurrentielle exercée par des capacités de production surabondantes en Asie.


2. Une recomposition géographique des flux : essor asiatique et recul russe

La Chine, premier contributeur à la croissance des importations

L'évolution la plus marquante côté importations est l'envolée des flux en provenance de Chine, dont la valeur est passée de 63,1 M€ à 281,1 M€ sur la période (+345,6 %). La Chine est ainsi devenue le premier partenaire d'importation de l'UE devant les États-Unis (289,7 M€ en 2025, en léger recul de −7,4 % par rapport à 2015). L'expansion coréenne est également notable : les importations en provenance de Corée du Sud ont doublé (+106,2 %, de 88,3 M€ à 182,0 M€). Singapour présente la progression la plus spectaculaire en termes relatifs (+13 841 %), passant de 0,5 M€ à 63,8 M€, ce qui suggère une réorientation des flux commerciaux via des plateformes de négoce asiatiques.

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 63,1 281,1 +345,6 %
États-Unis 312,8 289,7 −7,4 %
Corée du Sud 88,3 182,0 +106,2 %
Japon 62,3 107,0 +71,8 %
Singapour 0,5 63,8 +13 841 %
Taïwan 16,1 31,4 +94,8 %

Source : Partenaires commerciaux

Le déclin spectaculaire des exportations vers la Russie

Côté exportations, le retrait de la Russie est le changement le plus frappant. Les ventes de l'UE vers la Fédération de Russie se sont effondrées de 26,7 M€ à 2,9 M€ (−89,0 %), très probablement en lien avec les sanctions commerciales adoptées à partir de 2022. Parallèlement, le Royaume-Uni, premier client historique de l'UE, a vu ses importations en provenance de l'UE reculer de 114,6 M€ à 75,8 M€ (−33,9 %), confirmant l'impact durable du Brexit sur les échanges. En revanche, les exportations vers les États-Unis (+25,9 %), la Chine (+35,9 %) et la Turquie (+48,9 %) ont progressé, illustrant une reorientation vers des marchés lointains ou émergents.

Partenaire (exportations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
États-Unis 138,2 174,1 +25,9 %
Chine 90,3 122,8 +35,9 %
Royaume-Uni 114,6 75,8 −33,9 %
Turquie 47,8 71,2 +48,9 %
Japon 50,6 66,9 +32,0 %
Corée du Sud 50,3 34,4 −31,7 %
Russie 26,7 2,9 −89,0 %

Source : Partenaires commerciaux

Une concentration des importations qui diminue, des exportations qui se concentrent légèrement

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a baissé de 2 795 à 1 968 (−29,6 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement. À l'inverse, l'HHI des exportations a légèrement augmenté (de 776 à 908, soit +17,1 %), signe d'une légère concentration des débouchés. Cette évolution est cohérente avec la montée de multiples fournisseurs asiatiques (Chine, Corée, Singapour, Taïwan) qui réduisent le poids relatif du partenaire dominant (les États-Unis), tandis que l'UE perd certains marchés d'exportation (Russie, Royaume-Uni).

Concentration des échanges (HHI)


3. Pressions sur les prix, chocs de volatilité et mutations de la production européenne

Une volatilité élevée sur certains partenaires, révélatrice de fragilités

L'analyse des coefficients de variation (CV) met en évidence une volatilité très inégale selon les partenaires. Les importations en provenance de Singapour (CV = 0,71) et de Chine (CV = 0,52) se distinguent par leur instabilité, ce qui peut s'expliquer par des volumes initialement faibles ayant connu une croissance rapide et par la nature de négoce de ces flux. Côté exportations, le Royaume-Uni affiche le CV le plus élevé (0,76), traduisant les perturbations post-Brexit. En revanche, la Turquie (CV = 0,07) et les États-Unis (CV = 0,11) apparaissent comme des marchés d'exportation relativement stables.

Volatilité par partenaire

Des chocs de prix identifiables autour de 2020 et 2022

Trois événements de choc significatifs ont été détectés :

Choc Partenaire Type Année Amplitude Part de valeur
Exportation vers l'Égypte Égypte Prix 2022 +59,3 % 1,9 %
Exportation vers Singapour Singapour Prix 2020 +131,5 % 1,5 %
Importation depuis la Corée Corée du Sud Prix 2022 +18,8 % 18,9 %

Le choc de prix à l'exportation vers l'Égypte en 2022 (anomalie de 45,5, décalage de +59,3 %) et le pic à Singapour en 2020 (+131,5 %) reflètent la volatilité des marchés pétrochimiques durant les crises COVID et énergétique. Le choc le plus structurellement significatif est celui des importations en provenance de Corée du Sud en 2022 (part de valeur de 18,9 %), qui a probablement contribué à la hausse temporaire du coût moyen des importations cette année-là avant la correction de 2023–2025.

Événements de choc identifiés

Une production européenne en repli en volume mais en progression en valeur

Les données de production PRODCOM révèlent une tendance préoccupante : la production de l'UE en volume a reculé de 21,0 % (de 506 048 t à 400 000 t), tandis que sa valeur a progressé de 50,7 % (de 995,6 M€ à 1 500,0 M€). Cette divergence traduit un mouvement de montée en gamme ou d'inflation des coûts de production, mais aussi un probable transfert de la production de volumes à faible valeur ajoutée vers l'Asie. En parallèle, l'intensité commerciale de l'UE (rapport échanges/production) est passée de 40,6 % à 77,8 %, et la propension à exporter de 18,3 % à 62,3 %, indiquant que l'économie européenne de ce segment est de plus en plus dépendante et intégrée aux échanges mondiaux.

Données de production PRODCOM

Le segment 391190 domine les échanges et subit une correction de prix en 2025

La ventilation par sous-code confirme la prédominance du segment 391190 (polysulfures, polysulfones et autres polymères de synthèse n.d.a.), qui représente l'essentiel des importations (610,8 M€ en 2025) et des exportations (764,1 M€ en 2025). Le sous-code 391110 (résines de pétrole et polyterpènes) constitue le second segment, avec des importations de 433,6 M€ et des exportations de 97,8 M€ en 2025. Notablement, le prix unitaire d'exportation du 391190 a connu une forte correction en 2025 (3 231 €/t), en repli par rapport au pic de 2023 (6 381 €/t), tandis que le prix unitaire du 391110 à l'exportation a continué de progresser (2 981 €/t). Le sous-code 391120 (polyphosphonate de phénylène) reste marginal et n'apparaît dans les flux qu'à partir de 2022.

Comparaison des segments


Conclusion

Le marché européen des résines de synthèse (CN 3911) a profondément évolué entre 2015 et 2025. La dynamique dominante est celle d'une croissance massive des importations, alimentée principalement par l'Asie (Chine, Corée du Sud, Singapour, Japon), qui a transformé l'UE d'excédentaire en déficitaire sur ce segment. Cette évolution s'est accompagnée d'une déflation des prix unitaires, d'un recul de la production en volume dans l'UE et d'une plus grande intégration du secteur européen aux échanges mondiaux.

Parallèlement, le paysage géographique des flux s'est recomposé : la Russie a quasi disparu des débouchés d'exportation de l'UE (sanctions), le Royaume-Uni a perdu de son importance (Brexit), tandis que la Chine est devenue à la fois le principal fournisseur et un client croissant. La concentration des importations a diminué (diversification des sources), mais celle des exportations a légèrement augmenté.

Les principaux risques identifiés portent sur la volatilité des prix sur certains partenaires clés (Corée du Sud, Chine), la sensibilité du secteur aux chocs géopolitiques et énergétiques, et la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité face à des capacités asiatiques en expansion. La montée en valeur de la production européenne, malgré le recul en volume, pourrait toutefois refléter un positionnement sur des segments à plus haute valeur ajoutée, offrant une certaine résilience structurelle.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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