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Évolution du marché : Produits laminés plats, en fer ou en aciers non alliés, d'une largeur >= 600 mm, enroulés, simpl. laminés à chaud, non plaqués ni revêtus, épaisseur < 3 mm (sans motifs en relief, et autres que décapés) (CN 720839) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les produits laminés à chaud en bobines (CN 720839) sur la période 2015–2025. Ce produit constitue un acier semi-ouvré fondamental, utilisé notamment dans la construction, l'automobile et l'industrie manufacturière. Les données révèlent une transformation profonde du marché européen, marquée par un déficit commercial croissant, un effondrement des exportations et un recomposition radicale des partenaires d'approvisionnement sous l'effet de chocs géopolitiques et de hausses de prix mondiales. L'ensemble des données provient du tableau de bord du commerce de l'UE.


1. Une dépendance structurelle aux importations en nette aggravation

Le déficit commercial s'est plus que doublé en dix ans

Le solde commercial de l'UE pour le CN 720839 est structurellement déficitaire et s'est considérablement détérioré sur la période étudiée. En 2015, le déficit s'élevait à -751 M€ ; il atteint -1 599 M€ en 2025, soit une aggravation de 112,9 %. Le point le plus critique a été observé en 2021, avec un déficit record de -2 351 M€, année de boom des prix mondiaux de l'acier.

Indicateur 2015 2020 2021 2025 Variation 2015–2025
Exportations (M€) 368 331 380 202 -45,1 %
Importations (M€) 1 120 1 010 2 731 1 802 +60,9 %
Solde (M€) -751 -679 -2 351 -1 599 -112,9 %

Source : Aperçu général du commerce

La demande intérieure s'oriente vers l'approvisionnement extérieur

L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette tendance : il est passé de 16,9 % en 2015 à 26,0 % en 2025, un niveau historiquement élevé (+53,8 %). Ce taux était même négatif en 2012 (-1,1 %), signifiant que l'UE était alors quasiment autosuffisante pour ce produit.

La production européenne décline

Selon les données de production PRODCOM, la production européenne de ce code a reculé de 21,2 M€q en 2015 à 19,9 M€q en 2024 (-6,3 % en volume). En valeur, la trajectoire est similaire, passant de 9,6 Mds€ à 12,6 Mds€, mais avec des prix unitaires qui ont presque doublé (de 450 €/t à 634 €/t). La capacité productive de l'UE semble donc se contracter, ce qui alimente la dépendance aux importations.


2. L'effondrement des exportations européennes et la concentration accrue sur un nombre réduit de clients

Un recul massif des volumes exportés

Les exportations de l'UE vers les pays tiers se sont effondrées, passant de 989 000 tonnes en 2015 à 314 000 tonnes en 2025, soit un recul de 68,2 %. En valeur, la baisse est de 45,1 %, atténuée par la hausse des prix moyens à l'exportation (de 373 €/t à 644 €/t). Le point bas a été atteint en 2023 avec seulement 250 000 tonnes exportées.

Année Quantité exportée (t) Valeur exportée (M€) Prix moyen (€/t)
2015 989 113 368 373
2019 999 125 447 350
2021 541 377 380 701
2023 249 622 178 713
2025 314 054 202 644

Source : Aperçu général

Le Royaume-Uni, seul client en croissance

La restructuration des destinations d'exportation est frappante. La concentration à l'exportation (HHI) est passée de 1 489 en 2015 à 4 630 en 2025 (+211 %), indiquant une concentration extrême. Ce phénomène s'explique principalement par l'essor spectaculaire des exportations vers le Royaume-Uni :

Destination 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 18,4 131,2 +611 %
Turquie 121,4 34,4 -71,7 %
Macédoine du Nord 35,8 0,001 -100 %
États-Unis 38,0 23,1 -39,4 %
Mexique 6,0 0,3 -94,4 %
Tunisie 7,4 2,9 -61,2 %

Source : Partenaires à l'exportation

L'UE a ainsi perdu la quasi-totalité de ses marchés d'exportation historiques (Macédoine du Nord, Turquie, Mexique) et s'est retrouvée extrêmement dépendante du Royaume-Uni, qui représentait 64,8 % de la valeur totale des exportations en 2025. L'accord de commerce et de coopération post-Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni, entré en vigueur en 2021, semble avoir renforcé ce lien commercial bilatéral, le Royaume-Uni se tournant vers l'UE pour compenser ses propres besoins.

L'Italie et l'Espagne, exportateurs en déclin

Du côté des États membres exportateurs, les pertes sont concentrées sur quelques pays :

Exportateur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Italie 90,9 0,5 -99,4 %
Roumanie 80,3 0,006 -100 %
Espagne 27,3 2,0 -92,8 %
Pays-Bas 57,4 91,2 +59,0 %
France 63,1 81,0 +28,5 %

La capacité exportatrice de l'UE s'est ainsi concentrée sur les Pays-Bas et la France, tandis que l'Italie, la Roumanie et l'Espagne ont quasiment disparu de la carte des exportations.


3. Une recomposition géopolitique des sources d'approvisionnement

La disparition de la Russie comme fournisseur majeur

Le changement le plus spectaculaire concerne la Fédération de Russie. En 2015, la Russie était le premier fournisseur de l'UE pour ce produit avec 306 M€ (27,3 % des importations). Après une montée progressive jusqu'à 623 M€ en 2021, les importations se sont effondrées à 0,19 M€ en 2023, puis à 0,57 M€ en 2024. Les sanctions de l'UE liées à l'invasion de l'Ukraine ont provoqué une sortie quasi-totale des aciers russes du marché européen : la part de la Russie est passée de 19,7 % des importations en 2021 à 0,03 % en 2024.

L'Ukraine et la Turquie comme nouveaux piliers de l'approvisionnement

La vacance laissée par la Russie a été partiellement comblée par deux fournisseurs principaux :

Fournisseur 2015 (M€) 2025 (M€) Variation Part en 2025
Ukraine 231 358 +55,2 % 19,8 %
Turquie 91 248 +174,1 % 13,8 %
Corée du Sud 35 198 +464,6 % 11,0 %
Inde 13 38 +192,9 % 2,1 %

Source : Partenaires à l'importation

L'Ukraine a connu une trajectoire remarquable : après un effondrement de ses exportations vers l'UE entre 2018 et 2020 (de 330 M€ à 10 M€), elle a connu une reprise vigoureuse dès 2021 pour atteindre 358 M€ en 2025, soit le premier rang. La Corée du Sud a également émergé comme un fournisseur significatif, passant de 35 M€ à 198 M€ sur la période.

Diversification des sources et rôle croissant de l'Asie

L'indice de concentration des importations (HHI) est passé de 1 559 en 2015 à 1 097 en 2025 (-29,6 %), indiquant une diversification significative des sources d'approvisionnement. Le pic de concentration avait été atteint en 2019 (1 989), principalement en raison de la forte part de la Turquie et de la Russie.

Le Japon est passé d'une présence quasi inexistante en 2015 à 88 M€ en 2025, après un pic spectaculaire de 483 M€ en 2022. Taïwan (65 M€ en 2025) et le Viêt Nam, ce dernier émergeant significativement à partir de 2021, illustrent également cette reconfiguration vers l'Asie-Pacifique.

L'Italie, importateur dominant mais croissant

Du côté des États membres importateurs, l'Italie domine largement avec 846 M€ en 2025 (47 % des importations), suivie de l'Espagne (315 M€), de la Pologne (207 M€) et du Portugal (153 M€). L'Italie a augmenté ses importations de 54,6 % sur la période, reflétant la demande de sa puissante industrie métallurgique en aval.


4. Choc de prix mondiaux de 2021–2022 et volatilité persistante

Un choc de prix global et synchronisé en 2021

L'année 2021 constitue un tournant majeur. Les prix à l'importation ont bondi de 337 €/t (2020) à 873 €/t (2021) — un pic historique — avant de se stabiliser autour de 536 €/t en 2025. Ce mouvement, documenté comme un événement de choc, a été observé simultanément sur plusieurs fournisseurs clés :

Fournisseur Prix 2020 (€/t) Prix 2021 (€/t) Hausse
Japon 455 867 +85,4 %
Brésil 446 944 +102,7 %
Ukraine 386 802 +98,6 %
Corée du Sud 428 756 +65,0 %
Égypte 453 824 +72,1 %

Ce choc de prix, d'une amplitude exceptionnelle (anormalité de 21,6 pour le Japon), s'explique par la convergence de plusieurs facteurs : la reprise post-COVID, la pénurie mondiale de conteneurs, la flambée des prix de l'énergie et des matières premières, ainsi que les mesures de relance budgétaire massive dans de nombreux pays.

Une volatilité structurellement élevée sur certains flux

L'analyse des coefficients de variation révèle des disparités significatives entre partenaires :

  • À l'importation, le Japon (CV = 1,01) et le Viêt Nam (CV = 0,97) affichent la plus grande volatilité, tandis que la Corée du Sud (CV = 0,33) et Taïwan (CV = 0,44) offrent une relative stabilité.
  • À l'exportation, la Chine (CV = 3,30), le Viêt Nam (CV = 0,97) et les Émirats arabes unis (CV = 1,73) présentent des flux très instables.

Les prix à l'exportation ont plus que doublé

Les prix moyens à l'exportation de l'UE sont passés de 373 €/t en 2015 à 644 €/t en 2025 (+72,8 %), avec un pic à 806 €/t en 2022. Cette hausse, plus marquée qu'à l'importation (+40,4 %), pourrait refléter la perte de compétitivité-prix des producteurs européens, contraints de s'aligner sur des coûts de production plus élevés (énergie, conformité environnementale).


5. L'Italie au cœur du marché, avec une spécialisation inégale au sein de l'UE

Une spécialisation concentrée dans un petit nombre de pays

L'analyse des indices de spécialisation RSCA pour 2025 montre que seuls quelques États membres possèdent un avantage comparatif révélé pour ce produit :

Pays RSCA RCA Part production EU Part commerce EU
Belgique 0,555 3,49 29,5 % 8,5 %
Slovaquie 0,495 2,96 6,3 % 2,1 %
Portugal 0,282 1,78 2,5 % 1,4 %
Pays-Bas 0,256 1,69 24,5 % 14,5 %
Espagne 0,161 1,38 8,0 % 5,8 %

En revanche, l'Allemagne (RSCA = -0,35), l'Italie (RSCA = -0,68) et la Roumanie (RSCA = -0,87) sont des importateurs nets, malgré des capacités de production significatives.

La propension à exporter s'effrite

L'indicateur de propension à exporter, qui mesure la part de la production européenne destinée à l'exportation hors UE, a chuté de 12,9 % en 2015 à 7,5 % en 2025 (-42,2 %), avec un point bas à 7,2 % en 2023. Cette érosion reflète la perte progressive de compétitivité extérieure des producteurs européens, contraints par des coûts énergétiques élevés et des contraintes réglementaires croissantes (mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, quotas d'émissions).


Conclusion

Le marché européen des produits laminés à chaud en bobines (CN 720839) a subi une transformation profonde entre 2015 et 2025. Trois dynamiques dominent cette évolution :

  1. Une dépendance accrue aux importations : le déficit commercial a plus que doublé et le taux de dépendance nette a atteint 26 %, la production européenne ne suffisant plus à couvrir la demande intérieure.

  2. Une recomposition géopolitique radicale : la disparition des aciers russes (sanctions post-2022) a provoqué un rééquilibrage vers l'Ukraine, la Turquie, la Corée du Sud et le Japon, tout en diversifiant les sources d'approvisionnement (HHI en baisse de 30 %).

  3. Une perte de compétitivité à l'exportation : les exportations ont reculé de 68 % en volume, se concentrant quasi exclusivement sur le Royaume-Uni, tandis que la propension à exporter a été divisée par presque deux.

La hausse des prix moyens (de 380 €/t à 536 €/t à l'importation) et le choc spectaculaire de 2021 rappellent la vulnérabilité de l'UE aux fluctuations des marchés mondiaux de l'acier. À moyen terme, la mise en œuvre du mécanisme CBAM et les efforts de verdissement de la sidérurgie européenne pourraient reconfigurer davantage les flux commerciaux de ce produit stratégique.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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