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Évolution du marché : Bobines laminées à chaud (CN 720838) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 720838 désigne les produits laminés plats, en fer ou en aciers non alliés, d'une largeur ≥ 600 mm, enroulés, simplement laminés à chaud, non plaqués ni revêtus, d'une épaisseur comprise entre 3 mm et 4,75 mm. Ce produit constitue un acier de base essentiel pour l'industrie européenne, utilisé dans la construction, la chaudronnerie et l'automobile. La période 2015–2025 a été marquée par des bouleversements majeurs dans les échanges de l'Union européenne avec le reste du monde : tensions commerciales mondiales, pandémie de Covid-19, forte hausse des prix de l'énergie, puis conflit russo-ukrainien et sanctions associées. Ce rapport analyse l'évolution des flux commerciaux de l'UE (hors commerce intra-UE) sur cette période, en s'appuyant sur les données de l'aperçu général du tableau de bord.


1. Un déficit commercial structurel en creusement continu

1.1. La valeur des importations a bondi de près de 74 % tandis que les exportations ont reculé de moitié

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en produits CN 720838 est passée de 781 M€ à 1 359 M€, soit une hausse de 73,9 %. En volume, la progression est plus modeste (+24,7 %), passant de 2,05 Mt à 2,55 Mt. Cette différence s'explique par une hausse significative du prix unitaire moyen à l'importation, passé de 381 €/t à 532 €/t (+39,4 %). Du côté des exportations, l'érosion est sévère : la valeur a chuté de 196 M€ à 95 M€ (–51,8 %), et le volume a reculé de 70,2 %, passant de 536 000 t à seulement 160 000 t. Le prix unitaire à l'exportation a certes progressé de 60,2 % (de 366 à 587 €/t), mais cette hausse tarifaire n'a pas compensé l'effondrement des volumes sortants.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Imports – valeur (M€) 781 1 359 +73,9 %
Imports – volume (kt) 2 048 2 554 +24,7 %
Imports – prix (€/t) 381 532 +39,4 %
Exports – valeur (M€) 196 95 –51,8 %
Exports – volume (kt) 536 160 –70,2 %
Exports – prix (€/t) 366 587 +60,2 %

Source : Aperçu général – Commerce

1.2. Le solde commercial s'est détérioré de 116 %

Le déséquilibre entre importations et exportations s'est creusé de manière spectaculaire. Le déficit commercial de l'UE sur ce produit est passé de –585 M€ en 2015 à –1 264 M€ en 2025, soit une dégradation de 116,2 %. Ce déficit a atteint un point bas (en valeur absolue) autour de –482 M€ avant de s'élargir brutalement, culminant à environ –1 585 M€ à un moment de la période. Cette dynamique traduit un affaiblissement structurel de la compétitivité européenne sur ce segment de produits sidérurgiques de base, que ce soit par le coût de l'énergie, le vieillissement des installations ou la concurrence accrue de pays tiers disposant d'avantages de coûts.


2. Une profonde recomposition géographique des approvisionnements

2.1. L'effondrement des importations en provenance de Russie

L'un des changements les plus frappants de la période est l'effondrement quasi total des importations en provenance de Russie. En 2015, la Russie était le premier fournisseur de l'UE sur ce code, avec 105 M€ de valeur. En 2025, ce montant n'est plus que de 119 000 €, soit une chute de 99,9 %. Cette évolution s'explique directement par les sanctions commerciales imposées dans le contexte du conflit russo-ukrainien. Le maximum historique des importations russes avait atteint 372 M€ avant cette rupture. La désaffection brusque de ce fournisseur a nécessité un réapprovisionnement rapide auprès d'autres origines.

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
Türkiye 39 210 +430,6 %
India 11 49 +346,0 %
Russian Federation 105 0,1 –99,9 %
Ukraine 102 233 +129,4 %
Viet Nam 3,3 69 +1 983,6 %
Brazil 107 7,7 –92,8 %
Serbia 28 46 +62,9 %

Source : Partenaires principaux par valeur

2.2. La montée en puissance de la Turquie, de l'Ukraine et du Vietnam

Pour compenser la perte du fournisseur russe et répondre à la demande du marché, de nouveaux partenaires ont considérablement accru leurs livraisons à l'UE. La Turquie, déjà présente en 2015 (39 M€), est devenue le premier fournisseur non-UE avec 210 M€ en 2025 (+430,6 %), après avoir culminé à 370 M€. L'Ukraine, second fournisseur en 2025 (233 M€), a doublé ses livraisons malgré le contexte de guerre sur son territoire. Le cas le plus spectaculaire est celui du Vietnam, dont les exportations vers l'UE sont passées de 3,3 M€ à 69 M€, soit une multiplication par plus de 20. En revanche, le Brésil, qui était un fournisseur majeur en 2015 (107 M€), a vu ses livraisons s'effondrer à 7,7 M€ (–92,8 %), illustrant la volatilité des flux sur ce segment.

2.3. Une concentration des exportations européennes sur un nombre réduit de marchés

Du côté des exportations de l'UE, la géographie s'est également transformée, mais dans un sens inverse. Les exportations vers la Turquie, premier client en 2015 (105 M€), ont chuté à 28 M€ (–73,5 %). Les États-Unis, qui absorbaient 25 M€ en 2015, n'ont plus importé que 295 000 € d'acier CN 720838 de l'UE en 2025 (–98,8 %). À l'inverse, le Royaume-Uni a consolidé sa position de premier débouché extérieur de l'UE, passant de 20 M€ à 59 M€ (+196,2 %), très probablement en lien avec les nouvelles dispositions commerciales post-Brexit et la volonté britannique de diversifier ses sources d'approvisionnement. L'indice de concentration HHI des exportations est passé de 3 229 à 4 787 (+48,3 %), confirmant une concentration croissante des débouchés à l'exportation, ce qui augmente la vulnérabilité de l'UE à un ralentissement sur l'un de ces marchés.

2.4. L'Italie, pôle dominant des importations intra-UE

Au sein de l'UE, l'Italie concentre la part la plus importante des importations extra-UE de CN 720838. Sa valeur d'importation est passée de 380 M€ à 651 M€ (+71,3 %), consolidant son rôle de premier consommateur d'acier plat laminé à chaud de l'Union. L'Espagne (+74,0 %) et la Pologne (+171,5 %) ont également fortement accru leurs importations, tandis que la Bulgarie a doublé la sienne (+138,9 %). À l'exportation, la France reste le premier pays exportateur intra-UE, mais ses expéditions ont reculé de 58,5 %, passant de 68 M€ à 28 M€.

Sources : Partenaires principaux · Rapporteurs principaux


3. Vulnérabilité accrue, chocs de prix et déclin de la production européenne

3.1. Le taux de dépendance aux importations a progressé de plus de 50 %

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 16,9 % à 26,0 % sur la période (+53,8 %). Ce niveau élevé signifie que près d'un quart de la consommation européenne de ce produit dépend désormais de fournisseurs extra-européens. Parallèlement, la propension à exporter de l'UE sur ce produit a reculé de 12,9 % à 7,5 % (–42,2 %), confirmant que l'UE est passée d'une position relativement équilibrée à celle d'un importateur net structurel sur ce segment.

3.2. La production européenne a reculé de 23 % en volume

Les données de production PRODCOM confirment cette tendance. La production de l'UE en CN 720838 est passée de 25,8 Mt à 19,9 Mt (–23,0 %) en volume, et de 13,3 Mds€ à 12,6 Mds€ (–5,5 %) en valeur. La baisse des volumes est donc plus prononcée que celle de la valeur, ce qui reflète l'augmentation des prix unitaires. En termes de spécialisation, seuls quelques États membres conservent un avantage comparatif avancé sur ce produit : la Slovaquie (RSCA de 0,69) et la France (RSCA de 0,37) se distinguent, tandis que la Hongrie, l'Estonie ou le Danemark sont très peu spécialisés (RSCA inférieur à –0,98).

3.3. Des chocs de prix importants en 2021, année charnière

L'année 2021 a constitué un tournant sur le plan des prix. Les données de volatilité et de chocs d'approvisionnement révèlent des événements de prix anormaux concentrés autour de cette année :

Partenaire Flux Anomalie Hausse (%) Année
États-Unis Exportations 27,5 +101,5 % 2021
Brésil Importations 22,2 +111,0 % 2021
Macédoine du Nord Exportations 19,4 +86,4 % 2021

Source : Chocs d'approvisionnement

Ces pics de prix reflètent la conjonction de plusieurs facteurs en 2021 : la reprise post-Covid qui a généré une forte demande, la pénurie mondiale d'acier, la hausse des coûts de l'énergie et du transport maritime, ainsi que les premières perturbations liées aux tensions géopolitiques. Par ailleurs, certains partenaires d'approvisionnement présentent une volatilité structurelle élevée (coefficient de variation) : le Vietnam (CV de 0,92), le Brésil (0,86), l'Indonésie (1,66) ou le Japon (1,15) pour les importations, ce qui rend ces sources particulièrement instables.

3.4. Une concentration des importations en légère amélioration

Malgré ces vulnérabilités, un signe positif apparaît dans la diversification des sources d'approvisionnement. L'indice de concentration HHI des importations est passé de 1 543 à 1 273 (–17,5 %), après avoir atteint un minimum de 796. Cette baisse indique que l'UE a diversifié ses sources d'importation, réduisant sa dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs dominants. La réorientation vers la Turquie, l'Ukraine, l'Inde et le Vietnam a permis de répartir les risques, même si cette diversification s'est faite au prix d'une plus grande exposition à des fournisseurs parfois volatils.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen des bobines laminées à chaud (CN 720838) a connu une triple transformation : un creusement prononcé du déficit commercial, une profonde recomposition géographique des flux, et une vulnérabilité accrue de l'UE vis-à-vis des approvisionnements extérieurs. Le déficit a plus que doublé, passant de –585 M€ à –1 264 M€, porté par la contraction des exportations (–70,2 % en volume) et la croissance des importations (+24,7 % en volume). L'effondrement des importations russes après 2022 a été le choc le plus marquant de la période, compensé par une montée en puissance de la Turquie, de l'Ukraine et du Vietnam. La production européenne a reculé de 23 % en volume, accentuant la dépendance aux importations (taux de dépendance nette de 26 %). Les chocs de prix observés en 2021 illustrent la sensibilité de ce marché aux cycles conjoncturels et aux perturbations de l'offre mondiale. À l'horizon, la capacité de l'UE à maintenir une base productive compétitive sur ces aciers de base, tout en diversifiant intelligemment ses sources d'approvisionnement, sera déterminante pour la résilience industrielle européenne.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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