Évolution du marché : Tôles laminées à chaud (CN 720852) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 720852 désigne les produits laminés plats, en fer ou en acier non allié, d'une largeur ≥ 600 mm, non enroulés, simplement laminés à chaud, non plaqués ni revêtus, d'une épaisseur comprise entre 4,75 mm et 10 mm, sans motifs en relief. Il s'agit d'un produit intermédiaire stratégique pour les secteurs de la construction, de la mécanique et de la chaudronnerie. Ce code regroupe trois sous-positions selon la largeur et le procédé de laminage (72085210, 72085291 et 72085299).
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers pour ce produit a connu trois mutations profondes : un basculement vers un déficit commercial structurel, une reconfiguration géopolitique radicale des partenaires d'approvisionnement, et une inflation durable des prix masquant un recul marqué des volumes échangés. Le présent rapport s'appuie sur les données de commerce extérieur de l'UE à la fréquence annuelle, de 2015 à 2025, en excluant les périodes incomplètes.
1. Du quasi-équilibre au déficit chronique : l'effondrement de la capacité exportatrice de l'UE
1.1 Un solde commercial passé de −39,5 M€ à −130,3 M€
En 2015, le solde commercial de l'UE sur les tôles laminées à chaud (CN 720852) avec le reste du monde était de −39,5 millions d'euros. L'UE était alors en situation de quasi-équilibre, avec une dépendance nette aux importations légèrement négative (−1,5 %). À l'autre extrémité de la période, en 2025, le déficit atteint −130,3 M€, soit une détérioration de 229,8 %. La dépendance nette aux importations a basculé à +9,3 %, un changement relatif de 716,9 %. Au cours de la période, le déficit a atteint un maximum de −155,2 M€, illustrant l'ampleur du retournement.
Ce basculement s'explique fondamentalement par la trajectoire divergente des flux à l'import et à l'export.
1.2 Des exportations en chute de volume de 38,8 % tandis que les importations résistent
Le contraste est saisissant lorsque l'on observe les volumes échangés :
| Indicateur | 2015 | Pic/Creux | 2025 | Évolution |
|---|---|---|---|---|
| Exportations (t) | 260 680 | 338 476 (2019) | 159 654 | −38,8 % |
| Importations (t) | 441 759 | 514 870 (2016) | 398 574 | −9,8 % |
| Solde (M€) | −39,5 | −25,1 / −155,2 | −130,3 | −229,8 % |
Les exportations ont connu un pic de 338 476 tonnes en 2019 avant de s'effondrer à 159 654 tonnes en 2025, un recul de 52,8 % par rapport au sommet. Les importations, bien qu'en baisse modérée (−9,8 %), sont restées structurellement supérieures aux exportations, maintenant un déficit de volumes de l'ordre de 239 000 tonnes en 2025.
1.3 L'effondrement de la propension à exporter et l'enfermement du marché intérieur
La propension à exporter de l'UE — c'est-à-dire la part de la production nationale destinée aux marchés extra-européens — est passée de 30,5 % en 2015 à 17,2 % en 2025 (−43,5 %). Cet indicateur, identifié comme le plus saillant dynamiquement (score de salience de 76,3), témoigne d'une orientation croissante de la production européenne vers le marché intérieur, au détriment des débouchés extérieurs. Simultanément, l'intensité commerciale (rapport entre échanges extérieurs et taille du marché) a reculé de 46,1 % à 35,1 % (−23,9 %).
Paradoxalement, la production de l'UE en volume a progressé de 10,8 %, passant de 11,08 millions de tonnes à 12,28 millions de tonnes. En revanche, la valeur de la production a reculé de 29,1 % (de 8,80 Mds€ à 6,24 Mds€), ce qui traduit l'impact durable de la déflation des prix de l'acier sur les revenus des producteurs européens. Le secteur sidérurgique européen produit donc plus en volume mais réalise moins de valeur, tout en exportant une part décroissante vers les pays tiers.
2. Une géographie commerciale recomposée par les chocs géopolitiques
2.1 L'effondrement de l'Ukraine et l'éviction quasi-totale de la Russie
Les principaux partenaires d'importation de l'UE ont connu des bouleversements considérables entre 2015 et 2025. L'Ukraine, premier fournisseur de l'UE en 2015 avec 63,8 M€, n'exporte plus que 6,5 M€ vers l'UE en 2025, soit un effondrement de 89,8 %. La Russie, troisième fournisseur en 2015 (33,7 M€), a quasiment disparu des flux à 0,37 M€ (−98,9 %), en lien direct avec les sanctions européennes imposées à partir de 2022.
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Ukraine | 63,8 | 6,5 | −89,8 % |
| Russie | 33,7 | 0,4 | −98,9 % |
| Macédoine du Nord | 18,6 | 66,6 | +258,6 % |
| Serbie | 11,0 | 47,4 | +329,2 % |
| Corée du Sud | 2,8 | 34,3 | +1 131,9 % |
| Indonésie | 6,1 | 51,2 | +733,9 % |
| Royaume-Uni | 21,4 | 20,6 | −3,9 % |
La quasi-totalité de la baisse des importations ukrainiennes s'est produite entre 2021 et 2023, coïncidant avec l'invasion russe de février 2022 et la perturbation des chaînes de production et logistiques ukrainiennes.
2.2 L'essor des fournisseurs balkaniques et asiatiques
Face à la disparition des fournisseurs historiques de l'Est, l'UE a massivement diversifié ses sources d'approvisionnement vers les Balkans occidentaux et l'Asie.
- Macédoine du Nord : de 18,6 M€ à 66,6 M€ (+258,6 %), devenant le premier fournisseur de l'UE en 2025. Le pays bénéficie de son statut de candidat à l'adhésion et de la proximité géographique avec les aciéries européennes.
- Serbie : de 11,0 M€ à 47,4 M€ (+329,2 %), également candidat à l'adhésion, elle profite de la relocalisation des flux d'approvisionnement.
- Indonésie : de 6,1 M€ à 51,2 M€ (+733,9 %), reflétant l'essor de la sidérurgie asiatique et la recherche de prix compétitifs.
- Corée du Sud : de 2,8 M€ à 34,3 M€ (+1 131,9 %), consolidant sa position d'alternative asiatique fiable.
Le Royaume-Uni, seul partenaire majeur resté relativement stable (de 21,4 M€ à 20,6 M€, −3,9 %), demeure un fournisseur structurel pour l'UE.
2.3 Une diversification des importations et une concentration croissante des exportations
L'indice de concentration HHI des importations a baissé de 1 842 à 1 458 (−20,8 %), signe d'une diversification géographique réussie des sources d'approvisionnement. Le Royaume-Uni, seul partenaire stable, est désormais rejoint par plusieurs fournisseurs balkaniques et asiatiques de taille comparable.
En revanche, l'HHI des exportations a plus que doublé, passant de 717 à 1 536 (+114,2 %), indiquant une concentration croissante des débouchés extérieurs. Le Royaume-Uni absorbe désormais une part disproportionnée des exportations de l'UE (49,2 M€, +85,4 %), suivi de la Suisse (26,8 M€, +22,3 %). En sens inverse, les exportations vers l'Algérie (−71,1 %), la Turquie (−57,7 %) et la Norvège (−15,5 %) ont fortement reculé. La Roumanie et la France, autrefois exportateurs significatifs au sein de l'UE, ont vu leurs exportations hors UE s'effondrer respectivement de 82,5 % et 84,8 %.
Les spécialisations au sein de l'UE montrent que la Finlande (RSCA de 0,70), la Slovaquie (0,62) et la Bulgarie (0,53) concentrent le plus leur profil d'exportation sur ce produit, tandis que l'Irelande, la France et la Grèce en sont quasi-absentes.
3. L'inflation durable des prix de l'acier et la divergence valeurs-volumes
3.1 Un doublement des prix moyens entre 2015 et 2022
La période 2015–2025 a été marquée par une hausse spectaculaire des prix unitaires, tant à l'import qu'à l'export :
| Indicateur | 2015 (€/t) | Pic | 2025 (€/t) | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Prix à l'importation | 461 | 1 111 | 711 | +54,3 % |
| Prix à l'exportation | 630 | 1 146 | 881 | +39,9 % |
Les prix ont culminé en 2022, avec un prix moyen à l'importation de 1 111 €/t et un prix à l'exportation de 1 146 €/t. Ce pic reflète la conjonction de plusieurs facteurs : la crise énergétique post-Covid, la perturbation des chaînes d'approvisionnement, et le choc d'offre provoqué par l'invasion de l'Ukraine. Bien qu'en repli par rapport à ce sommet, les prix de 2025 restent très supérieurs à leur niveau de 2015, suggérant un rééquilibrage partiel mais pas un retour à l'ancien régime de prix.
3.2 Des valeurs maintenues en hausse malgré l'effondrement des volumes
La divergence entre valeurs et volumes constitue l'un des traits marquants de la période. À l'exportation, le volume a reculé de 38,8 % (de 260 680 à 159 654 tonnes) tandis que la valeur ne s'est contractée que de 6,7 % (de 164,1 M€ à 153,2 M€). À l'importation, le volume a baissé de 9,8 % mais la valeur a progressé de 39,2 %, passant de 203,6 M€ à 283,5 M€.
L'analyse par sous-position tarifaire confirme cette dynamique :
Importations 2025 :
| Sous-code | Volume (t) | Valeur (M€) | Prix (€/t) |
|---|---|---|---|
| 72085291 (largeur ≥ 2 050 mm) | 227 487 | 165,9 | 729 |
| 72085299 (600 mm ≤ largeur < 2 050 mm) | 168 906 | 115,6 | 685 |
| 72085210 (largeur ≤ 1 250 mm, 4 faces) | 2 180 | 1,9 | 873 |
Exportations 2025 :
| Sous-code | Volume (t) | Valeur (M€) | Prix (€/t) |
|---|---|---|---|
| 72085299 (600 mm ≤ largeur < 2 050 mm) | 116 964 | 103,2 | 799 |
| 72085291 (largeur ≥ 2 050 mm) | 37 134 | 45,1 | 1 141 |
| 72085210 (largeur ≤ 1 250 mm, 4 faces) | 5 556 | 4,8 | 861 |
Les tôles de très grande largeur (≥ 2 050 mm, code 72085291) dominent les importations en volume (57 %) et affichent un prix d'exportation très élevé (1 141 €/t en 2025), suggérant que l'UE exporte ces produits à forte valeur ajoutée vers des marchés exigeants comme le Royaume-Uni et la Suisse, tout en important des tôles standard à prix compétitif.
3.3 Des chocs de prix ponctuels mais significatifs sur certains partenaires
L'analyse de volatilité révèle des niveaux de variabilité très hétérogènes selon les partenaires. La Chine (CV de 2,12), le Japon (1,10) et le Brésil (0,97) présentent les plus fortes volatilités à l'importation, tandis que les partenaires historiques comme le Royaume-Uni (0,29) et la Macédoine du Nord (0,26) offrent des flux plus stables. À l'exportation, l'Algérie (CV de 1,48), l'Ukraine (1,34) et le Mexique (1,76) sont les destinations les plus volatiles.
Les principaux chocs détectés se concentrent sur l'année 2021 :
| Partenaire | Flux | Type de choc | Amplitude | Anomalie |
|---|---|---|---|---|
| Serbie | Importation | Prix | +92,1 % | 18,9 |
| Suisse | Exportation | Prix | +73,3 % | 14,8 |
| Égypte | Exportation | Prix | +46,5 % | 11,8 |
Le choc de prix à l'importation en provenance de Serbie en 2021 (+92,1 %) est le plus anormal de la série (score d'anomalie de 18,9), coïncidant avec la flambée mondiale des prix de l'acier. À l'exportation, les chocs vers la Suisse (+73,3 %) et l'Égypte (+46,5 %) illustrent la transmission rapide de l'inflation des coûts de production aux marchés de destination.
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément transformé le commerce extérieur de l'Union européenne en tôles laminées à chaud (CN 720852). Trois dynamiques principales structurent cette évolution :
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Un déficit commercial structurel : l'UE est passée d'une position de quasi-équilibre (déficit de 39,5 M€, dépendance nette de −1,5 %) à un déficit chronique de 130,3 M€ (+9,3 % de dépendance), sous l'effet de l'effondrement des exportations (−38,8 % en volume) combiné à la relative résilience des importations.
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Une reconfiguration géopolitique des flux : l'éviction de la Russie (−98,9 %) et l'effondrement de l'Ukraine (−89,8 %) ont été compensés par l'essor de partenaires balkaniques (Macédoine du Nord, Serbie) et asiatiques (Indonésie, Corée du Sud), entraînant une diversification réussie des sources d'importation (HHI en baisse de 20,8 %) mais une concentration croissante des exportations vers le Royaume-Uni et la Suisse.
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Une inflation durable des prix : les prix unitaires ont quasiment doublé entre 2015 et 2022 avant de refluer partiellement, maintenant les valeurs d'échange à un niveau élevé malgré la compression des volumes. Ce phénomène masque un appauvrissement de l'intensité commerciale de l'UE sur ce produit et un recentrage de la production sidérurgique européenne sur le marché intérieur.
Ces évolutions reflètent à la fois les effets de la crise Covid-19, du conflit russo-ukrainien et de la politique commerciale européenne (safeguards, droits antidumping, sanctions). La capacité de l'UE à préserver sa base industrielle sidérurgique tout en maintenant des débouchés extérieurs constituera un enjeu majeur pour les années à venir.