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Évolution du marché : Légumes surgelés (CN 0710) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 0710 couvre l'ensemble des légumes non cuits ou cuits à l'eau ou à la vapeur, puis congelés — un secteur qui englobe aussi bien les pommes de terre surgelées, les pois, les haricots, le maïs doux, les épinards et les mélanges de légumes que de nombreuses autres spécialités végétales. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'affirme comme un acteur majeur de ce marché mondial, à la fois en tant que premier producteur, premier exportateur et importateur significatif. Ce rapport analyse l'évolution des échanges extra-UE en s'appuyant sur les données annuelles disponibles sur le tableau de bord. Trois dynamiques majeures structurent la décennie : une hausse de la valeur bien plus rapide que celle des volumes, une reconfiguration géographique des partenaires commerciaux, et un renforcement simultané de la spécialisation et de la vulnérabilité du secteur européen.


1. Une croissance tirée par la valeur : l'effet prix au service d'un excédent commercial structurel

1.1. L'UE conserve un excédent commercial durable sur les légumes surgelés

Tout au long de la période 2015–2025, l'Union européenne maintient un solde commercial nettement excédentaire avec le reste du monde sur le segment des légumes surgelés. L'excédent passe de 392,8 M€ en 2015 à 620,3 M€ en 2025 (+57,9 %), avec un pic à 636,5 M€ en 2024. Ce surplus traduit une dépendance nette aux importations négative (passant de −2,5 % à −11,3 %), confirmant que l'UE exporte structurellement davantage qu'elle n'importe.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 725,6 M€ 1 163,8 M€ +60,4 %
Importations (valeur) 332,9 M€ 543,5 M€ +63,3 %
Solde commercial 392,8 M€ 620,3 M€ +57,9 %

1.2. La valeur progresse bien plus vite que les volumes : le rôle clé de l'inflation des prix

Le trait le plus marquant de la période est l'écart considérable entre la trajectoire des volumes et celle des valeurs. Du côté des exportations, les quantités ne progressent que de 8,1 % (de 774 074 t à 836 727 t), tandis que la valeur bondit de 60,4 %. C'est donc la hausse du prix moyen à l'exportation — de 937 €/t à 1 391 €/t, soit +48,4 % — qui explique l'essentiel de la croissance.

Flux Quantité (variation) Valeur (variation) Prix moyen (variation)
Exportations +8,1 % +60,4 % +48,4 %
Importations +48,3 % +63,3 % +10,1 %

Ce phénomène est observable à travers les volumes et valeurs du commerce. L'inflation des prix à l'exportation s'accélère nettement à partir de 2022, année marquée par la hausse des coûts énergétiques et des matières premières dans l'agroalimentaire européen. Les prix d'importation augmentent plus modérément (+10,1 %), passant de 1 391 €/t à 1 532 €/t, ce qui suggère que les fournisseurs tiers ont partiellement absorbé la pression inflationniste ou bénéficient de coûts de production plus compétitifs.

1.3. Des segments de produits aux trajectoires contrastées

La décomposition par sous-position douanière révèle des dynamiques segmentaires très différentes :

À l'importation, le code 071080 (légumes divers hors pommes de terre, légumes à cosse, épinards et maïs doux) domine massivement et voit ses volumes passer de 163 257 t à 270 170 t (+65 %), tandis que les importations de mélanges (071090) reculent de 19 982 t à 10 811 t (−46 %) et celles de pommes de terre surgelées (071010) s'effondrent de 4 778 t à 1 475 t (−69 %).

Code Produit Import 2015 (t) Import 2025 (t) Variation
071080 Légumes divers 163 257 270 170 +65,5 %
071021 Pois 25 432 30 176 +18,6 %
071040 Maïs doux 10 324 13 980 +35,4 %
071022 Haricots 6 793 13 374 +96,9 %
071029 Autres légumes à cosse 6 913 9 954 +44,0 %
071090 Mélanges 19 982 10 811 −45,9 %
071010 Pommes de terre 4 778 1 475 −69,1 %

À l'exportation, le code 071080 reste le premier segment en valeur (538,6 M€ en 2025) bien que ses volumes reculent légèrement (de 375 748 t à 330 770 t), tandis que les mélanges (071090) progressent fortement en volume (86 698 t → 148 634 t, +71 %). Les haricots (071022, +31 %) et les épinards (071030, +57 %) sont également en forte croissance.


2. Une reconfiguration géographique : montée des partenaires émergents et diversification des débouchés

2.1. L'Asie et le bassin méditerranéen à l'offensive côté importations

La structure des partenaires d'importation se transforme sensiblement sur la décennie. La Chine demeure le premier fournisseur extra-UE avec une progression de 78,3 % (de 105,1 M€ à 187,4 M€), consolidant sa position dominante grâce à une main-d'œuvre compétitive et des capacités industrielles considérables. Mais ce sont surtout l'Égypte et la Turquie qui enregistrent les hausses les plus spectaculaires :

Partenaire Import 2015 Import 2025 Variation
Chine 105,1 M€ 187,4 M€ +78,3 %
Égypte 30,9 M€ 77,9 M€ +151,7 %
Turquie 29,6 M€ 58,8 M€ +98,9 %
Royaume-Uni 48,7 M€ 54,2 M€ +11,4 %
Chili 20,3 M€ 26,7 M€ +31,7 %
Équateur 22,9 M€ 28,0 M€ +22,4 %
Serbie 20,5 M€ 23,5 M€ +14,3 %

L'Égypte, dont la valeur importée a été multipliée par 2,5, et la Turquie (+98,9 %) illustrent la montée en puissance de fournisseurs situés à proximité géographique de l'UE, disposant de coûts de production bas et de saisons complémentaires. Le Royaume-Uni, devenu partenaire « tiers » après le Brexit, conserve une position importante mais à une croissance modérée (+11,4 %), reflétant l'effet de la nouvelle barrière douanière.

2.2. Les marchés outre-atlantiques et océaniens deviennent des relais de croissance à l'exportation

Côté exportations, la carte des destinations se diversifie nettement. Le Royaume-Uni reste de loin le premier débouché (354,8 M€ en 2025, soit 30,5 % de la valeur totale exportée), mais sa part relative tend à se réduire au profit de marchés lointains en forte expansion :

Destination Export 2015 Export 2025 Variation
Royaume-Uni 309,0 M€ 354,8 M€ +14,8 %
États-Unis 95,0 M€ 233,1 M€ +145,4 %
Canada 18,3 M€ 53,9 M€ +194,8 %
Australie 15,3 M€ 41,7 M€ +173,1 %
Israël 9,5 M€ 35,3 M€ +270,3 %
Algérie 26,3 M€ 20,7 M€ −21,2 %
Biélorussie 14,9 M€ 5,5 M€ −63,0 %

Les États-Unis, le Canada et l'Australie ont vu leurs importations de légumes surgelés européens plus que doubler en valeur, ce qui traduit une internationalisation croissante des débouchés de l'industrie européenne. Israël, avec une progression de 270,3 %, est le cas le plus frappant. À l'inverse, la Biélorussie (−63 %) et l'Algérie (−21,2 %) voient leurs importations en provenance de l'UE reculer, possiblement sous l'effet de tensions géopolitiques et de restrictions commerciales.

2.3. La concentration des exportations diminue, celle des importations augmente

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) confirme ces tendances structurelles :

Indicateur HHI 2015 2025 Variation
Importations (valeur) 1 540 1 712 +11,2 %
Exportations (valeur) 2 129 1 495 −29,8 %

L'indice des exportations chute de 29,8 %, signe d'une diversification géographique nette des débouchés de l'UE (moins de dépendance au seul Royaume-Uni). À l'inverse, l'indice des importations augmente de 11,2 %, indiquant une concentration accrue des approvisionnements, qui s'explique par la prééminence croissante de la Chine, de l'Égypte et de la Turquie parmi les fournisseurs.


3. Spécialisation, production et vulnérabilités : les défis de la filière européenne

3.1. Une production européenne en forte expansion, portée par quelques États membres

La production intra-UE de légumes surgelés connaît une croissance remarquable sur la décennie. En volume, elle passe de 3,81 milliards de kg à 4,97 milliards de kg (+30,6 %), avec un pic à 5,61 milliards de kg. En valeur, la progression est encore plus forte : de 3,63 milliards d'euros à 6,26 milliards d'euros (+72,4 %), confirmant l'inflation des prix de production.

L'analyse de la spécialisation des États membres pour l'année 2025 révèle une géographie industrielle très concentrée :

État membre RSCA Part prod. UE Part export. UE
Belgique 0,591 32,9 % 8,5 %
Espagne 0,568 21,0 % 5,8 %
Portugal 0,363 3,0 % 1,4 %
Pologne 0,206 10,1 % 6,6 %
Grèce 0,114 0,8 % 0,7 %

La Belgique et l'Espagne dominent nettement, avec des indices de spécialisation (RSCA) supérieurs à 0,5, tandis que des pays comme le Luxembourg (RSCA −0,78), le Danemark (−0,77) ou l'Irlande (−0,99) sont structurellement non spécialisés. Au sein des principaux exportateurs de l'UE, la Belgique exporte pour 447,5 M€ en 2025, suivie par l'Espagne (257,4 M€, +142,3 %) et les Pays-Bas (193,1 M€). L'Espagne et l'Italie (+139,4 %) sont les pays dont la croissance à l'exportation est la plus dynamique.

3.2. L'intensité commerciale et la propension à l'exporter s'accélèrent

Deux indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité traduisent l'ouverture croissante de la filière :

Indicateur 2015 2025 Variation
Intensité commerciale 13,4 % 26,2 % +95,1 %
Propension à exporter 8,3 % 19,4 % +132,3 %
Dépendance nette aux importations −2,5 % −11,3 % n. s.

L'intensité commerciale, mesurant la part des échanges dans le total production + échanges, a presque doublé. La propension à exporter (part des exportations dans la production) a encore plus progressé, passant de 8,3 % à 19,4 %. Cela signifie que la filière européenne exporte une part croissante de sa production, signe d'une compétitivité internationale renforcée, mais aussi d'une exposition accrue aux aléas des marchés extérieurs.

3.3. Volatilité et chocs d'approvisionnement : des risques à surveiller

L'analyse de la volatilité des flux commerciaux met en évidence des risques concentrés sur certains partenaires. Parmi les importateurs, le Maroc (CV = 0,98), l'Ukraine (0,59), l'Égypte (0,61) et la Macédoine du Nord (0,42) affichent des coefficients de variation très élevés, réflétant une instabilité structurelle des flux. Côté exportations, la Biélorussie (CV = 0,72) et le Chili (0,40) sont les plus volatils.

Deux événements de choc significatifs ont été détectés :

  • Biélorussie (exportations, 2018) : un choc de prix qualifié d'anormalité extrême (score 12,5), avec une hausse soudaine de 154,7 % du prix moyen, coïncidant avec des tensions géopolitiques et des restrictions d'accès au marché.
  • Équateur (importations, 2022) : un choc de prix modéré (anormalité 6,2), avec une hausse de 18,4 %, probablement lié aux perturbations logistiques post-COVID et à la flambée des coûts de transport maritime.

Ces épisodes illustrent la sensibilité des flux de légumes surgelés aux chocs géopolitiques et logistiques, même pour des segments de marché apparemment matures.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché des légumes surgelés (CN 0710) confirme la position structurellement excédentaire de l'Union européenne, avec un solde commercial qui s'établit à 620 M€ en 2025. La dynamique dominante est celle d'une croissance de la valeur (+60 % à l'exportation) bien supérieure à celle des volumes (+8 %), sous l'effet d'une hausse généralisée des prix. Parallèlement, la géographie commerciale se reconfigure profondément : l'Égypte, la Turquie et la Chine renforcent leur présence côté importations, tandis que les États-Unis, le Canada, l'Australie et Israël émergent comme des débouchés majeurs côté exportations. La concentration des exportations diminue (HHI −30 %), signe d'une diversification réussie, mais celle des importations augmente (+11 %), ce qui pourrait constituer un risque en cas de tensions avec les principaux fournisseurs. La filière européenne, dominée par la Belgique, l'Espagne et les Pays-Bas, a considérablement accru sa production (+31 % en volume, +72 % en valeur) et sa propension à exporter (de 8 % à 19 % de la production). Néanmoins, la volatilité persistante de certains partenaires et les chocs de prix observés rappellent que la résilience de cette filière reste conditionnée par la stabilité des chaînes d'approvisionnement et des marchés de débouchés.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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