Explorer les données en direct

Évolution du marché : Légumes conservés provisoirement (CN 0711) — 2015–2025

Introduction

Le code nomenclature combinée 0711 couvre les légumes conservés provisoirement — par exemple au moyen de gaz sulfureux ou dans de l'eau salée, soufrée ou additionnée d'autres substances — mais encore impropres à l'alimentation en l'état. Cette catégorie regroupe cinq sous-positions principales : les olives (071120), les concombres et cornichons (071140), les champignons du genre Agaricus (071151), les autres champignons et truffes (071159), ainsi que les autres légumes et mélanges (071190). Il s'agit de produits semi-transformés destinés à une transformation ultérieure dans l'industrie agroalimentaire.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers sur cette position a connu des mutations profondes : un déficit commercial qui s'est considérablement creusé, une reconfiguration des flux géographiques tant à l'import qu'à l'export, et des dynamiques de prix et de volumes divergentes selon les segments de produits. Le présent rapport s'appuie sur les données du Tableau de bord du commerce pour analyser ces évolutions.


1. Un déficit commercial structurel en creusement continu

1.1. Un solde qui se dégrade de 60 % sur la période

Le commerce extérieur de l'UE sur la position CN 0711 est structurellement déficitaire, et ce déficit s'est aggravé de manière significative entre 2015 et 2025. Le solde commercial est passé de −110,7 M EUR en 2015 à −177,3 M EUR en 2025, soit une détérioration de 60,3 %. Le point bas du déficit a été atteint en 2023 à −219,1 M EUR, avant un léger retrait lié à une correction des volumes importés.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Exportations (M EUR) 46,4 53,3 +14,7 %
Importations (M EUR) 157,1 230,6 +46,8 %
Solde (M EUR) −110,7 −177,3 −60,3 %

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2. Des importations en forte hausse en volume comme en valeur

Les importations ont connu une progression vigoureuse, tant en valeur (+46,8 %) qu'en volume (+59,4 %). Les quantités importées sont passées de 107 293 tonnes à 171 049 tonnes, ce qui traduit une demande européenne croissante pour ces produits semi-transformés en provenance de pays tiers. En valeur, les importations ont culminé en 2023 à 267,1 M EUR avant de refluer légèrement. Le prix moyen à l'import a, quant à lui, connu une tendance baissière modérée (−7,9 %), passant de 1 464 EUR/t à 1 348 EUR/t, ce qui suggère un accès à des fournisseurs à moindre coût ou un effet de composition des flux.

1.3. Des exportations en valeur stable mais en volume en recul marqué

Les exportations de l'UE ont progressé de 14,7 % en valeur (de 46,4 à 53,3 M EUR) mais ont chuté de 38,4 % en volume (de 49 682 à 30 582 tonnes). Cette divergence s'explique par une hausse très significative des prix à l'export (+86,4 %), passant de 934 à 1 742 EUR/t. L'UE exporte donc moins de volume mais à des prix unitaires nettement plus élevés, ce qui indique une spécialisation croissante sur des produits à plus forte valeur ajoutée ou un repositionnement vers des marchés de niche.

1.4. Une dépendance aux importations qui franchit le seuil des 50 %

La dépendance nette aux importations a progressé de 41,1 % en 2015 à 51,9 % en 2025, franchissant symboliquement le seuil de la moitié. Ce niveau atteint en 2025 constitue le maximum observé sur la période. Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport du commerce extérieur à la production) est passée de 54,8 % à 66,8 %, et la propension à l'exportation a augmenté de 16,0 % à 23,2 %, indiquant que si l'UE reste un exportateur actif, sa dépendance vis-à-vis de l'approvisionnement extérieur s'est accentuée.


2. Reconfiguration géographique des flux et montée de nouveaux fournisseurs

2.1. L'Inde et l'Égypte, moteurs de la croissance des importations

Les deux premiers fournisseurs de l'UE — l'Inde et l'Égypte — ont connu des progressions spectaculaires sur la période. L'Inde est passée de 34,7 M EUR à 62,6 M EUR (+80,6 %), tandis que l'Égypte a doublé presque ses ventes à l'UE (de 21,0 à 39,9 M EUR, +89,8 %). Ces deux pays fournissent principalement des légumes et mélanges de légumes (071190) et des concombres et cornichons (071140), des segments où les coûts de production sont favorables dans ces régions.

La Chine reste un fournisseur important (36,7 à 38,4 M EUR, +4,7 %) mais avec une croissance très modérée, ce qui traduit peut-être des effets de la politique commerciale européenne et une concurrence accrue d'autres origines.

Fournisseur 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Variation (%)
Inde 34,7 62,6 +80,6
Égypte 21,0 39,9 +89,8
Chine 36,7 38,4 +4,7
Maroc 22,2 26,8 +21,1
Turquie 8,8 26,4 +199,2
Royaume-Uni 9,3 2,2 −76,1
Syrie 2,8 12,5 +340,6

Source : Partenaires par valeur

2.2. L'émergence de la Turquie et de la Syrie comme fournisseurs majeurs

Deux dynamiques remarquables se distinguent à l'import. La Turquie a vu ses exportations vers l'UE passer de 8,8 M EUR à 26,4 M EUR (+199,2 %), avec un pic à 37,4 M EUR en 2023. La République arabe syrienne a connu une progression encore plus spectaculaire, passant de 2,8 M EUR à 12,5 M EUR (+340,6 %). La Turquie est un fournisseur historique d'olives et de légumes conservés, et sa croissance reflète à la fois l'essor de son industrie agroalimentaire et l'approfondissement de l'union douanière UE-Turquie. La progression syrienne, bien que portée par des volumes plus modestes, témoigne d'une reprise partielle des capacités de production et d'exportation du pays.

2.3. L'effondrement des importations en provenance du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni, qui figurait parmi les principaux fournisseurs de l'UE en 2015 avec 9,3 M EUR, n'occupe plus qu'une place marginale en 2025 avec 2,2 M EUR (−76,1 %). Cette chute brutale est directement imputable au Brexit : la sortie du Royaume-Uni du marché unique et de l'union douanière en 2021 a introduit des barrières tarifaires et non tarifaires (contrôles sanitaires et phytosanitaires, déclarations douanières) qui ont considérablement réduit les flux commerciaux bilatéraux.

2.4. Une diversification des exportations européennes, avec une percée biélorusse

Côté exportations, le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE mais avec un recul de 31,0 % (de 23,1 à 15,9 M EUR), là encore sous l'effet du Brexit. En revanche, plusieurs évolutions notables se dessinent :

  • La Biélorussie est apparue comme un débouché majeur : les exportations y ont bondi de 0,2 M EUR en 2015 à 11,0 M EUR en 2025 (+6 447 %), avec un pic à 10,9 M EUR en 2024. Cette trajectoire pourrait refléter des réexportations vers la Russie ou un développement du marché local.
  • Les États-Unis ont progressé de 2,8 à 9,6 M EUR (+239,2 %), avec un pic spectaculaire à 28,0 M EUR en 2021, année au cours de laquelle un choc de prix à l'export anormal (abnormalité de 9,5) a été détecté, avec un bond de 90,3 % des prix moyens et une part de valeur atteignant 27,9 %.
  • L'Inde est également devenue un débouché plus important (de 1,0 à 2,6 M EUR, +173,2 %).
Destination 2015 (M EUR) 2025 (M EUR) Variation (%)
Royaume-Uni 23,1 15,9 −31,0
États-Unis 2,8 9,6 +239,2
Brésil 6,7 2,3 −65,1
Suisse 2,5 1,1 −57,5
Biélorussie 0,2 11,0 +6 447,3
Inde 1,0 2,6 +173,2
Norvège 0,7 0,6 −10,6

Source : Partenaires par valeur

2.5. L'Italie et l'Espagne, piliers du commerce intra-UE sur ce segment

Au sein de l'UE, l'Italie est de loin le premier importateur (de 107,2 à 101,9 M EUR en 2025, avec un pic à 120,4 M EUR en 2023), suivie de l'Espagne (de 25,2 à 53,4 M EUR, +111,6 %). La Pologne a connu une croissance très forte (+430,3 %) en tant qu'importateur, passant de 2,6 à 13,8 M EUR, ce qui peut refléter le développement de son industrie de transformation agroalimentaire.

À l'export, l'Espagne domine avec 26,7 M EUR en 2025 (+39,8 %), suivie des Pays-Bas (12,3 M EUR, +30,5 %). La Grèce a connu une progression remarquable (+127,5 %), confirmant son rôle de spécialiste dans l'exportation de légumes conservés.

Source : Rapporteurs par valeur


3. Dynamiques segmentaires : polarisation des volumes et envolée des prix à l'export

3.1. Les légumes et mélanges (071190), segment dominant mais en recul à l'export

Le segment 071190 (légumes et mélanges, excluant olives, concombres, champignons et truffes) représente la part la plus importante du commerce, tant à l'import qu'à l'export. Les importations dans ce segment ont progressé régulièrement, passant de 39 522 tonnes (67,9 M EUR) en 2015 à 74 210 tonnes (119,9 M EUR) en 2025, soit un quasi-doublement en volume.

À l'export, le constat est inverse : les volumes sont passés de 30 164 tonnes (24,8 M EUR) à seulement 13 998 tonnes (20,0 M EUR), soit un recul de 53,6 % en volume. Les prix à l'export ont cependant presque doublé (de 822 à 1 426 EUR/t), ce qui compense partiellement la perte de volume en valeur.

3.2. Les concombres et cornichons (071140) : un segment d'import dynamique

Les importations de concombres et cornichons conservés provisoirement ont progressé de 51 275 à 76 139 tonnes (+48,5 %) en volume et de 41,5 à 62,2 M EUR en valeur. Ce segment est fortement dépendant de fournisseurs tiers, notamment l'Inde et la Turquie. Les exportations, en revanche, ont connu un effondrement : de 3 727 tonnes en 2015 à 1 812 tonnes en 2025, avec un pic intermédiaire de 9 104 tonnes en 2016.

3.3. Les champignons (071159) : une spécialisation à très forte valeur ajoutée

Le segment des champignons (hors Agaricus, 071159) illustre le mieux le phénomène de montée en gamme des exportations européennes. Les prix à l'export ont été multipliés par 3,7, passant de 1 655 EUR/t en 2015 à 6 089 EUR/t en 2025, tandis que les volumes exportés se sont effondrés de 1 242 à 106 tonnes (−91,5 %). Ce segment concentre des produits de niche à haute valeur ajoutée. Les importations, en revanche, sont restées relativement stables en volume (autour de 12 000–16 000 tonnes), avec des prix qui ont progressé de manière plus modérée (de 3 026 à 3 125 EUR/t).

3.4. Les olives (071120) : un segment volatil mais en expansion structurelle

Les importations d'olives conservées provisoirement ont connu une croissance très erratique mais globalement forte, passant de 1 117 tonnes en 2015 à 8 748 tonnes en 2025, avec des pics à 17 164 tonnes en 2020 et 21 096 tonnes en 2024. Cette volatilité (coefficient de variation de 0,71 pour la Syrie, principal fournisseur en croissance) reflète la dépendance vis-à-vis de fournisseurs soumis à des aléas climatiques et géopolitiques. Les exportations sont restées plus stables en volume (autour de 13 000–15 000 tonnes) mais les prix ont presque doublé (de 1 026 à 2 029 EUR/t).

3.5. Concentration des échanges et chocs identifiés

La concentration des importations, mesurée par l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), est restée relativement stable (de 1 501 à 1 622 en valeur), indiquant un marché d'approvisionnement modérément diversifié. En revanche, la concentration des exportations a fortement diminué (de 2 782 à 1 720 en valeur, −38,2 %), témoignant d'une diversification significative des débouchés.

Deux chocs d'approvisionnement majeurs ont été détectés :

  • Un choc de prix à l'export vers les États-Unis en 2021 : bond de 90,3 % des prix, avec un degré d'anormalité de 9,5 et une part de valeur de 27,9 % des exportations cette année-là. Ce pic exceptionnel est vraisemblablement lié aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales liées à la pandémie de COVID-19 et à une demande américaine exceptionnelle.
  • Un choc de prix à l'import en provenance d'Égypte en 2022 : hausse de 28,0 % des prix avec une part de valeur de 24,5 %, reflétant possiblement les effets de la crise énergétique et de l'inflation des coûts de production.

3.6. Une production intérieure européenne en nette progression

La production européenne de légumes conservés provisoirement (code Prodcom 10.39.12.00) a connu une croissance très importante : les quantités produites ont été multipliées par plus de 3 (de 106,1 à 330,9 millions de kg, +211,9 %), tandis que la valeur de production a progressé de 67,9 % (de 121,7 à 204,2 M EUR). Cette croissance spectaculaire de la production n'a cependant pas suffi à endiguer la montée des importations, ce qui confirme que la demande européenne pour ces produits semi-transformés croît plus vite que l'offre intérieure. L'UE affiche une spécialisation marquée au niveau de la Grèce (RSCA de 0,91), de l'Espagne (0,75) et du Portugal (0,53).


Conclusion

Le marché européen des légumes conservés provisoirement (CN 0711) a connu entre 2015 et 2025 une triple transformation. Premièrement, le déficit commercial s'est creusé de manière structurelle, la dépendance aux importations franchissant le seuil des 50 %, sous l'effet d'une demande européenne en croissance soutenue. Deuxièmement, la géographie des échanges s'est reconfigurée : l'Inde, l'Égypte et la Turquie ont consolidé leur position de fournisseurs dominants, tandis que le Brexit a pratiquement éliminé le Royaume-Uni des flux d'importation. Enfin, les exportations européennes se sont repositionnées vers des segments à plus forte valeur ajoutée, avec des prix unitaires en forte hausse, au détriment des volumes.

Ces dynamiques posent des questions en termes de résilience de l'approvisionnement. La concentration des importations sur un nombre limité de partenaires, combinée à la volatilité observée sur certains corridors (Syrie, Turquie, Égypte), suggère que l'UE devrait poursuivre ses efforts de diversification géographique et valoriser sa production intérieure en croissance pour réduire sa vulnérabilité face aux chocs d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.