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Évolution du marché : Fromages (CN 0406) — 2015–2025

Introduction

La période 2015–2025 a été marquée par une expansion significative du commerce extérieur de l'Union européenne en matière de fromages et caillebotte (code NC 0406). L'UE, traditionnellement l'une des principales régions fromagères mondiales, a vu ses exportations vers les pays tiers augmenter de plus de 80 % en valeur sur la période, tandis que la production intérieure a progressé de près de 114 % en valeur. Ce rapport examine les grandes dynamiques structurelles et conjoncturelles qui ont façonné ce marché, en s'appuyant sur les données commerciales disponibles sur le tableau de bord.


I. Une position de net exportateur qui se renforce considérablement

Le commerce extérieur de l'UE enregistre une forte croissance déséquilibrée

Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE de fromages (CN 0406) ont progressé de manière spectaculaire, avec une hausse de 80,8 % en valeur (passant de 5,02 milliards € à 9,07 milliards €), tandis que les importations n'ont augmenté que de 45,0 % (de 867 millions € à 1,26 milliard €).

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 5,02 Mrd € 9,07 Mrd € +80,8 %
Exportations (volume) 1 159 091 t 1 420 746 t +22,6 %
Importations (valeur) 867 M€ 1 257 M€ +45,0 %
Importations (volume) 187 431 t 199 560 t +6,5 %
Solde commercial 4,15 Mrd € 7,81 Mrd € +88,3 %

La divergence entre la croissance des exportations (+80,8 %) et celle des importations (+45,0 %) a mécaniquement fait passer le solde commercial de 4,15 milliards € à 7,81 milliards €, soit un quasi-doublement (+88,3 %).

Une dépendance aux importations qui diminue nettement

Le taux de dépendance nette aux importations est resté négatif sur l'ensemble de la période, confirmant le statut structurel de l'UE en tant qu'exportateur net. Ce taux est passé de −8,6 % à −13,2 %, signe que l'écart entre exportations et importations se creuse. L'UE produit et exporte bien plus qu'elle n'importe. Ce renforcement de l'autonomie s'accompagne parallèlement d'une augmentation de la propension à exporter, passée de 9,7 % à 13,5 %, indiquant qu'une part croissante de la production fromagère européenne est destinée aux marchés extérieurs.

Une production en forte hausse, tirée par la valeur

La production de fromages de l'UE a progressé de 36,7 % en volume (de 8,54 à 11,67 millions de tonnes) mais de 114,1 % en valeur (de 29,3 à 62,6 milliards €). Cette différence traduit une augmentation substantielle de la valeur ajoutée unitaire, liée à la fois à la montée en gamme des produits, à l'inflation des coûts (énergie, matières premières) et à la hausse des prix mondiaux des produits laitiers.


II. Reconfiguration des flux commerciaux et émergence de nouveaux partenaires

Les marchés traditionnels restent dominants mais progressent modérément

Les principaux partenaires à l'exportation de l'UE restent le Royaume-Uni (2,62 milliards € en 2025, +55,6 %), les États-Unis (1,33 milliard €, +58,8 %), le Japon (449 M€, +69,4 %) et la Suisse (566 M€, +84,4 %). Ces quatre marchés représentent à eux seuls la majeure partie des exportations et ont connu une croissance régulière.

Côté importations, le Royaume-Uni (594 M€, +31,1 %) et la Suisse (556 M€, +42,8 %) dominent largement, reflétant à la fois la proximité géographique et l'existence de filières fromagères complémentaires (notamment pour la Suisse avec ses AOP).

L'Ukraine, un cas d'expansion exceptionnel

La dynamique la plus frappante concerne l'Ukraine, qui figure à la fois parmi les principaux partenaires à l'importation et à l'exportation. Les exportations de l'UE vers l'Ukraine ont bondi de 19 M€ à 239 M€ (+1 159,5 %), tandis que les importations en provenance d'Ukraine ont été multipliées par plus de 4 000 (passant de 2 621 € à 11,2 M€). Cette trajectoire exceptionnelle s'explique vraisemblablement par l'Association Agreement UE-Ukraine (entré en vigueur provisoirement en 2016, puis pleinement), qui a progressivement libéralisé les échanges agroalimentaires, et par la recherche de nouveaux débouchés pour les producteurs ukrainiens.

La Turquie et la Serbie, des sources d'approvisionnement en forte croissance

Parmi les partenaires ayant connu la plus forte croissance à l'import, on note la Turquie (passant de 1 141 € à 10,2 M€, soit une multiplication par près de 9 000) et la Serbie (de 1,4 M€ à 9,0 M€, +556 %). Ces trajectoires s'inscrivent dans le cadre des accords de libre-échange conclus par l'UE avec ces pays (union douanière avec la Turquie, accord de stabilisation et d'association avec la Serbie), qui ont facilité l'intégration de ces économies dans les chaînes d'approvisionnement laitières européennes.

Une diversification géographique qui se confirme

L'indice de concentration HHI des exportations est passé de 1 530 à 1 197 (−21,8 %), indiquant une diversification progressive des débouchés. Du côté des importations, le HHI a diminué de 4 745 à 4 204 (−11,4 %), mais reste élevé, signe que les importations restent plus concentrées sur un nombre limité de partenaires, principalement le Royaume-Uni et la Suisse.

Les États membres : des trajectoires divergentes

Au sein de l'UE, les principaux exportateurs ont tous connu une croissance, mais à des rythmes très différents :

Pays Exportations 2015 Exportations 2025 Variation
Italie 839 M€ 2 009 M€ +139,5 %
France 985 M€ 1 257 M€ +27,5 %
Pays-Bas 662 M€ 954 M€ +44,1 %
Allemagne 516 M€ 893 M€ +73,3 %
Irlande 541 M€ 859 M€ +58,8 %
Danemark 428 M€ 923 M€ +115,9 %
Pologne 176 M€ 393 M€ +123,1 %

L'Italie a connu la progression la plus remarquable (+139,5 %), devenant de loin le premier exportateur de fromages de l'UE. Le Danemark (+115,9 %) et la Pologne (+123,1 %) ont également connu une forte expansion, témoignant de la dynamique des filières laitières nordiques et d'Europe de l'Est.

Côté importations intra-UE, l'Allemagne (432 M€) et la France (296 M€, +120,6 %) restent les principaux importateurs, tandis que la Belgique a connu une augmentation spectaculaire (+310 %).

En termes de spécialisation à l'exportation, le Danemark (RSCA = 0,51), la Grèce (0,64) et le Luxembourg (0,62) se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans les fromages par rapport à la moyenne de leurs exportations.


III. Hausse des prix et chocs de 2022 : une période de tensions marquée

Une inflation des prix qui touche l'ensemble de la chaîne

L'un des traits les plus marquants de la période 2015–2025 est la hausse généralisée des prix à la fois à l'exportation et à l'importation. Le prix moyen des exportations de fromages a augmenté de 47,5 % (de 4 327 €/t à 6 381 €/t), tandis que le prix moyen des importations a crû de 36,2 % (de 4 627 €/t à 6 300 €/t).

Cette tendance, amorcée dès 2017, s'est accélérée à partir de 2021-2022 sous l'effet conjugué de la hausse des coûts de l'énergie, des intrants agricoles et des perturbations logistiques post-Covid.

2022, année de chocs de prix sur les marchés asiatiques et nord-africains

L'analyse des chocs d'approvisionnement détecte trois événements significatifs concentrés sur l'année 2022 :

Partenaire Type de choc Variation de prix Part de la valeur
Algérie Prix (exportations) +53,1 % 1,6 %
Japon Prix (exportations) +39,4 % 7,9 %
Corée du Sud Prix (exportations) +39,9 % 3,6 %

Ces trois chocs, tous de nature tarifaire et tous localisés autour de 2022, coïncident avec la période de forte inflation mondiale et de tensions sur les chaînes d'approvisionnement qui a suivi la pandémie de Covid-19 et le déclenchement du conflit en Ukraine. L'impact est particulièrement notable sur le marché japonais, qui représente près de 8 % de la valeur des exportations de fromages de l'UE.

Une volatilité contrastée selon les partenaires

Les indicateurs de volatilité révèlent des profils très différents selon les partenaires. Les échanges avec le Royaume-Uni (CV = 0,06) et les États-Unis (CV = 0,05) à l'exportation sont remarquablement stables, ce qui s'explique par l'ancienneté et la profondeur de ces relations commerciales. À l'inverse, les flux vers l'Ukraine (CV = 0,61) et la Chine (CV = 0,39) présentent une volatilité élevée, reflet de marchés encore en structuration et sensibles aux aléas géopolitiques et réglementaires.

Du côté des importations, la Nouvelle-Zélande (CV = 1,37) et l'Ukraine (CV = 1,41) affichent une volatilité extrême, typique de partenaires dont les flux commerciaux sont de faible ampleur et susceptibles de variations importantes d'une année sur l'autre.

Des segments de produits aux dynamiques différenciées

La répartition par sous-catégorie révèle des trajectoires distinctes :

  • CN 040690 (fromages traditionnels, hors frais/fondus/persillés) : reste le segment dominant, représentant environ 52 % des volumes exportés. Ses prix ont augmenté de 48 % (de 4 810 à 7 360 €/t).
  • CN 040610 (fromages frais et caillebotte) : le segment le plus dynamique en exportations, avec une croissance de 49 % en volume (de 316 508 à 472 300 t) et de 136 % en valeur (de 940 M€ à 2 220 M€), porté par l'essor des fromages frais à forte valeur ajoutée.
  • CN 040620 (fromages râpés ou en poudre) : en forte progression à l'exportation (+93 % en volume), ce segment bénéficie de la demande croissante de l'industrie agroalimentaire mondiale.
  • CN 040630 (fromages fondus) : un net recul des importations (de 14 709 t à 6 988 t, −52 %), suggérant un repositionnement de la production intra-européenne.
  • CN 040640 (fromages à pâte persillée) : segment stable en volume mais à forte valeur unitaire (prix export dépassant 9 300 €/t en 2025).

Conclusion

Le marché européen des fromages (CN 0406) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation profonde marquée par trois tendances majeures : le renforcement spectaculaire de la position de l'UE en tant que net exportateur (solde commercial doublé), une diversification géographique des débouchés accompagnée de l'émergence de nouveaux partenaires (Ukraine, Turquie, Serbie), et une hausse structurelle des prix amplifiée par les chocs de 2022. La production européenne s'est à la fois intensifiée en volume et rehaussée en valeur, portée notamment par les fromages frais et les fromages à pâte persillée à haute valeur ajoutée. L'Italie s'est imposée comme le premier exportateur de l'UE, tandis que la Pologne et le Danemark ont connu les progressions les plus rapides. Si les marchés traditionnels (Royaume-Uni, États-Unis, Japon) demeurent les piliers du commerce fromager européen, la baisse de l'indice de concentration HHI témoigne d'une ouverture vers de nouveaux horizons commerciaux, dans un contexte où la compétitivité repose de plus en plus sur la qualité, l'origine et la diversification de l'offre.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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