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Évolution du marché : Yaourts et laits fermentés (CN 0403) — 2015–2025

Introduction

Le code douanier 0403 couvre un ensemble de produits laitiers fermentés — yaourts, képhir, babeurre, laits et crèmes caillés ou acidifiés — qui constituent un segment significatif de l'industrie laitière européenne. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde pour ces produits a connu des mutations profondes : une croissance marquée des exportations, un recul des importations, une diversification des partenaires commerciaux et une montée en puissance du segment yaourts en tant que catégorie distincte. Le présent rapport s'appuie sur les données du tableau de bord du commerce de l'UE pour analyser ces dynamiques en trois volets.


1. Une expansion remarquable des exportations européennes portée par la hausse des prix

1.1. Des exportations en forte progression en valeur comme en volume

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE (code 0403) vers les pays tiers a progressé de 69,0 %, passant de 708 M€ à 1 197 M€. En volume, la hausse est plus modérée mais néanmoins significative : +22,5 %, de 485 236 t à 594 461 t. Cette divergence traduit un effet prix substantiel : le prix moyen à l'exportation a augmenté de 37,9 %, de 1 459 €/t à 2 012 €/t, atteignant son niveau le plus élevé en fin de période.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Valeur exportations (M€) 708,0 1 196,6 +69,0
Volume exportations (t) 485 236 594 461 +22,5
Prix moyen export (€/t) 1 459 2 012 +37,9

Cf. données générales sur le commerce

1.2. Le Royaume-Uni, partenaire dominant mais en mutation post-Brexit

Le Royaume-Uni demeure de loin le premier débouché des exportations européennes. En 2025, il absorbe 642 M€, soit plus de la moitié de la valeur totale des exportations (+48,7 % sur la période). Toutefois, sa part relative a probablement diminué à mesure que d'autres marchés émergent. Par ailleurs, sa stabilité est remarquable : le coefficient de variation des flux vers le Royaume-Uni n'est que de 0,059, le plus faible de tous les partenaires, ce reflète la solidité des liens commerciaux existants malgré le Brexit.

1.3. L'essor spectaculaire de marchés lointains : États-Unis, Philippines, Kosovo

Trois destinations affichent des taux de croissance exceptionnels sur la période :

Partenaire Valeur 2015 (M€) Valeur 2025 (M€) Variation (%)
États-Unis 1,8 59,8 +3 276
Philippines 9,6 66,2 +586
Kosovo 6,0 15,4 +157
Bosnie-Herzégovine 6,8 13,1 +94
Suisse 16,6 20,5 +24

Cf. principaux partenaires à l'exportation

La progression vers les États-Unis (+3 276 %) est particulièrement frappante : d'un flux marginal en 2015, ce marché est devenu un débouché majeur, sans doute alimenté par la demande croissante pour les produits fermentés (yaourts grecs, kéfir). En sens inverse, les exportations vers la Chine ont reculé de 44,4 %, passant de 52 M€ à 29 M€, suggérant un tassement de la demande ou une concurrence accrue sur ce marché.

1.4. Des prix à l'exportation en hausse généralisée

Le prix moyen des exportations du segment 040390 (babeurre, kéfir et laits fermentés hors yaourts) est passé de 1 380 €/t à 2 048 €/t (+48 %). Celui du segment 040320 (yaourts) se situe autour de 1 985 €/t en 2025, avec une relative stabilité depuis son apparition dans les données en 2022. La hausse des prix à l'exportation reflète à la fois l'inflation des coûts de production (énergie, matières premières) et une orientation vers des produits à plus forte valeur ajoutée (yaourts aromatisés, bio, fonctionnels).


2. Un recul des importations et une diversification des sources d'approvisionnement

2.1. Des importations en repli marqué

À l'inverse des exportations, les importations de produits 0403 ont reculé de 35,7 % en valeur (de 77 M€ à 49 M€), alors que le volume est resté quasi stable (+4,6 %, autour de 47 000 t). Cette divergence traduit un effondrement du prix moyen à l'importation : de 1 700 €/t en 2015 à 1 045 €/t en 2025 (–38,5 %). Le prix minimum a été atteint à 894 €/t, ce qui indique que l'UE s'approvisionne désormais à moindre coût, probablement auprès de pays tiers à faible coût de production.

Indicateur 2015 2025 Variation (%)
Valeur importations (M€) 76,9 49,4 –35,7
Volume importations (t) 45 245 47 312 +4,6
Prix moyen import (€/t) 1 700 1 045 –38,5

Cf. données générales sur le commerce

2.2. L'Irlande, premier importateur en déclin — la montée de la Croatie et de la Bulgarie

L'Irlande, qui représentait 57 M€ d'importations en 2015 (soit la grande majorité du total), a vu ses achats chuter à 18 M€ en 2025 (–69 %). Ce recul peut s'expliquer par la restructuration des flux liés au Brexit (l'Irlande étant historiquement un point d'entrée pour les produits britanniques).

En parallèle, plusieurs États membres ont considérablement accru leurs importations :

État membre Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation (%)
Irlande 57,2 17,7 –69
Croatie 1,0 9,6 +852
Bulgarie 0,0003 6,4 > +10 000
France 4,6 7,3 +59
Pays-Bas 2,8 3,5 +24

Cf. principaux États membres importateurs

2.3. Une diversification spectaculaire des partenaires d'approvisionnement

L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des importations a chuté de 8 380 à 2 851 (–66 %), ce qui témoigne d'une diversification très significative des sources d'approvisionnement. En 2015, les importations étaient quasi exclusivement dominées par le Royaume-Uni (70 M€ sur 77 M€). En 2025, le paysage est bien plus fragmenté :

Partenaire Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation (%)
Royaume-Uni 70,2 23,3 –66,9
Bosnie-Herzégovine 0,2 9,2 +3 758
Serbie 0,8 6,7 +752
Norvège 0,04 2,3 +5 403
Nouvelle-Zélande 0,06 3,1 +4 905
Suisse 5,1 2,9 –42,5
Ukraine 0,0002 0,3 > +10 000

Cf. principaux partenaires à l'importation

L'irruption de pays des Balkans (Bosnie-Herzégovine, Serbie) et de la Norvège comme sources majeures d'importation est un fait marquant. Ces pays bénéficient d'accords commerciaux préférentiels avec l'UE et d'une industrie laitière compétitive. La Nouvelle-Zélande, quant à elle, confirme sa présence comme fournisseur de produits laitiers fermentés, probablement dans le segment du babeurre et des laits fermentés séchés.


3. L'essor du segment yaourts et le renforcement de l'autonomie commerciale de l'UE

3.1. L'émergence du yaourt comme catégorie autonome dans les statistiques

À partir de 2022, les statistiques douanières distinguent deux sous-catégories au sein du code 0403 :

  • 040320 — Yaourts (aromatisés, additionnés de fruits, céréales, etc.)
  • 040390 — Babeurre, kéfir et autres laits fermentés (hors yaourts)

Cette distinction révèle que les yaourts (040320) représentent désormais la majorité des exportations de l'UE en volume : 357 813 t en 2025, contre 236 648 t pour le segment 040390. Le segment yaourts a connu une croissance très rapide entre 2022 et 2025 : +57 % en volume (de 228 127 t à 357 813 t) et +75 % en valeur (de 406 M€ à 710 M€).

Segment Volume exports 2022 (t) Volume exports 2025 (t) Variation (%)
040320 — Yaourts 228 127 357 813 +57
040390 — Autres fermentés 281 876 236 648 –16

Cf. ventilation par produit

3.2. Le recul du segment 040390 et la recomposition du commerce extérieur

Le segment 040390 (babeurre, kéfir, laits fermentés hors yaourts) affiche une trajectoire contrastée. En volume d'exportations, il a reculé de 305 100 t (2015) à 236 648 t (2025), soit –22 %. Toutefois, en valeur, les pertes sont plus limitées (–16 % à l'exportation, de 421 M€ à 486 M€) grâce à la hausse des prix (+48 %, de 1 380 à 2 048 €/t). Du côté des importations de ce segment, le volume a au contraire triplé, passant de 12 743 t à 35 136 t, ce qui suggère un besoin accru d'approvisionnement en babeurre et laits fermentés non-yaourts auprès de fournisseurs tiers.

3.3. La Grèce, championne de la spécialisation à l'exportation

L'analyse des avantages comparatifs révèle que la Grèce possède le plus fort indice de spécialisation (RSCA de 0,88) parmi les États membres pour les produits 0403. En 2025, la Grèce est le quatrième exportateur de l'UE (184 M€), derrière la France (242 M€) et l'Allemagne (182 M€), mais devant la Belgique (143 M€) et l'Irlande (130 M€). Son poids dans le commerce mondial de produits fermentés dépasse largement celui de son industrie laitière dans son ensemble, ce qui reflète la force du yaourt grec (et de ses dérivés) sur les marchés internationaux.

État membre Valeur exports 2015 (M€) Valeur exports 2025 (M€) Variation (%)
France 199,5 242,3 +21
Allemagne 163,0 182,4 +12
Grèce 50,6 184,2 +264
Belgique 52,7 143,3 +172
Irlande 37,9 129,6 +242
Espagne 22,8 79,5 +248
Pays-Bas 81,7 32,6 –60

Cf. principaux États membres exportateurs

La progression fulgurante de la Grèce (+264 %), de l'Irlande (+242 %) et de l'Espagne (+248 %) contraste avec le recul des Pays-Bas (–60 %), qui ont perdu leur position de troisième exportateur européen.

3.4. Le passage au statut de net exportateur et la réduction de la vulnérabilité

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de +0,3 % en 2015 à –6,8 % en 2025. Un chiffre négatif indique que l'UE est devenue un exportateur net de produits 0403. Le solde commercial a bondi de 631 M€ à 1 147 M€ (+82 %). Parallèlement, la propension à exporter (export propensity) a été multipliée par plus de 11, passant de 0,6 % à 6,6 %, ce qui constitue le signal le plus marquant de l'orientation exportatrice croissante de l'industrie européenne des produits fermentés.

Indicateur 2015 2025
Dépendance nette aux importations (%) +0,3 –6,8
Solde commercial (M€) 631 1 147
Intensité commerciale (%) 1,4 6,9
Propension à exporter (%) 0,6 6,6

Cf. indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité


Conclusion

Sur la décennie 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE en produits laitiers fermentés (CN 0403) a connu une transformation profonde. L'Union européenne s'est affirmée comme un exportateur net de premier plan, avec un solde commercial multiplié par près de deux et une propension à exporter décuplée. Cette dynamique repose sur trois piliers : la hausse des prix à l'exportation (effet valeur ajoutée), l'ouverture de nouveaux marchés lointains (États-Unis, Philippines) et la montée en puissance du segment yaourts, qui est devenu le principal moteur de croissance des exportations. Du côté des importations, la diversification des sources d'approvisionnement — passant d'une quasi-unipolarité britannique à un paysage fragmenté incluant les Balkans et la Scandinavie — a renforcé la résilience de l'approvisionnement. Toutefois, cette expansion ne va pas sans risques : la volatilité des flux vers certains partenaires (Islande, CV = 1,64 ; Nouvelle-Zélande, CV = 1,45) et l'instabilité des prix sur certains marchés (choc sur les Philippines en 2022) rappellent que la diversification commerciale reste un impératif stratégique pour l'industrie européenne des produits laitiers fermentés.

Généré le 2026-08-07. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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